I. Bulletin de la Société chimique, tome XII
un cercle où, tout en respirant un air saturé de vapeur de tabac, il consommait plus de vingt cigares dans les vingt-quatre heures du jour et de la nuit.
Il n’en fallait pas tant pour porter atteinte à sa santé, et bientôt, en effet, il vit ses fonctions digestives s’altérer, sa mémoire et son intelligence s’affaiblir, toutes ses forces musculaires défaillir, au point de tomber dans une impuissance absolue. Il avait des projets de mariage, et justement préoccupé du cas d’empêchement qu’il n’avait pas prévu, il alla prudemment consulter notre judicieux confrère, qui sut facilement l’éclairer sur la véritable cause de tous les désordres survenus dans sa santé, et sur les moyens tout simples d’y remédier. Il se borna, en effet, à lui conseiller, pour tout traitement, d’occuper autrement ses loisirs, de changer ses habitudes de vie et de régime, de quitter le cigare et de fuir les milieux nicotisés. Ses conseils furent aussi docilement écoutés que fidèlement observés , et quelques semaines purent suffire pour rendre le malade à tous les attributs de la santé, à toutes les conditions d’aptitude au mariage.
NICOTISME AIGU
Mais voici bien un autre fait, qui devrait achever de convaincre les plus incrédules sur la puissance délétère d’une atmosphère de tabac, comme pouvant draner lieu même à une asphyxie mortelle.
Un jeune homme de dix-sept ans était venu voir son oncle, attaché au service d’une ferme, où il occupait une chambre étroite et peu aérée. L’oncle rentra le soir en compagnie de deux camarades, et tous trois se mirent à fumer jusqu’à minuit. L’atmosphère de la chambre était tellement chargée de fumée de tabac, qu’on se voyait à peine. Les deux compagnons s’étant retirés, l’oncle se mit en mesure de se coucher auprès de son neveu; mais au moment où il entrait dans son lit, il s’aperçoit que le pauvre enfant est tout froid. Il appelle, et l’on accourt de tous côtés ; mais déjà tous les secours étaient devenus inutiles pour le rappeler à la vie. Il avait succombé à tous les accidents d’asphyxie et de congestion cérébrale.
Mais un fait plus général que nous avons déjà signalé, qui démontre encore jusqu’à l’évidence toute la puissance toxique d’une atmosphère chargée de
nicotine, c’est l’exemple des ouvriers employés dans