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venu tout ce parfum de bonne éducation qui, durant des siècles, avait pu placer la France à la tête des nations civilisées? Ne serait-il donc plus qu’une fumée nauséabonde et malsaine?
Poison du corps et de l’esprit, poison de l’âme et de l’intelligence, il faut bien le dire, le tabac a su flétrir également l’homme physique, l’homme moral, l’homme intellectuel, l’homme social, et ce qui a pu être encore bien démontré, il le flétrit tout à la fois dans son individualité, dans son espèce et jusque dans sa race.
Une femme d’un esprit fin, répondant aux vœux d’émancipation de son sexe, a pu dire un jour, dans un langage de sanglante critique contre sa coupable faiblesse envers les fumeurs :
« Patience, mesdames ! patience! les hommes vous (I préparent merveilleusement le sort auquel vous « aspirez. Ces messieurs abrutis de plus en plus par « l’usage immodéré du tabac, ne seront bientôt plus « en état de s’occuper sérieusement des affaires pu- « bliques, ni même de leurs intérêts de famille. En- « couragez - les dans leur stupéfiante distraction, « donnez-leur vous-mêmes des cigares bien piquants,
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« bien chargés de nicotine ; c’est le moyen de hâter « l’heure de votre émancipation et de vous assurer a le triomphe de votre cause, de vous conquérir des « droits politiques, de vous ouvrir même toutes les « carrières diplomatiques. »
Et faut-il dire aussi tout ce que la consommation du tabac prélève sur la fortune publique, tout ce qu’elle enlève à l’agriculture de ses meilleures terres, de ses plus riches engrais ; tout ce qu’elle ravit de pain à la culture du blé, quand le pain de la France est devenu insuffisant pour l’alimentation de sa population ; quand il faut, chaque année, aller le mendier à prix d’or chez les étrangers? N’y a-t-il pas là encore un bien grave sujet de réflexion.
Puis, demanderez-vous au fumeur ce qu’il doit ajouter d’impôt personnel, au moins bien gratuit, à l’impôt commun pour son tabac, ses pipes, ses cigares, son papier, son briquet, son porte-cigares, pour tout son arsenal de fumeur? Et, pour ne rien oublier, demandez-lui donc, s’il ose vous le dire, ce qu’il
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dépense chaque jour en perte de temps, en frais de dissipation, en absinthe, en vermouth, en bitter, en whisky, en madère, en abus de tous les spiritueux ? Et si vous additionnez le tout, vous serez étonné, effrayé de voir tout ce qu’il en coûte pour s’empoisonner, tout ce que l’usage du tabac coûte matériellement et moralement à l’individu, à la famille, à la société, à la fortune publique, à la santé la plus riche de toutes; tant il est vrai qu’il en coûte plus cher pour satisfaire une passion que pour subvenir aux besoins detoute une famille, plus cher aussi pour nourrir un seul vice que pour pratiquer toutes
les vertus du monde. •
Devant tant et de si déplorables effets du tabac, et le nombre toujours croissant de ses victimes ; en présence de toutes les perturbations, de toutes les misères sociales qui en sont le triste cortège, il y avait bien lieu de se demander pourquoi l’on fume, et nous avons pu nous le demander à nousmême? Le tabac serait-il donc une substance si naturellement et si nécessairement appropriée à la condition humaine? son usage serait-il donc un besoin physiologique si indispensable à la vie indi-
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viduelle, pour qu’il faille le consacrer, au mépris même de l’ordre social, au mépris de la vie morale des peuples ?
Personne , assurément, ne pourrait le croire, car bien des siècles ont dû s'écouler, sans qu’aucun peuple du monde ait songé au tabac, et, comme l’a dit tout naïvement un poète contemporain :
Quand d’un heureux hymen Dieu féconde la couche,
11 ne nous fait pas naître un cigare à la bouche.
Berville.