Le tâelâephone, le microphone, et la phonographe
A proprement parler, le téléphone n'est qu'un instrument apte à transmettre les sons à distance, et l'idée de cette transmission est aussi ancienne que le monde. Les Grecs employaient des moyens susceptibles de la réaliser, et il n'est pas douteux que ces moyens n'aient été quelquefois mis à contribution dans les oracles du paganisme. Seulement celte transmission des suns ne sortait pas de certaines limites assez restreintes, ne dépassant pas sans doute celles des portevoix. Suivant M. Preece, le document le plus ancien où cette transmission du son à distance soit formulée d'une manière un peu nette, remonte à l'année J667, comme il rû^sulte d'un écrit du physicien Robert Hookc; qui dit à ce propos : « 11 n'est pas impossible d'entendre un bruit à grande distance, car on y est déjà parvenu, et l'on pourrait même décupler cette distance
LE TKI.KI'IIONF:.
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sans qu'on puisse taxer la chose d'impossible. Bien que certains auteurs estimés aient affirmé qu'il était impossible d'entendre à travers une plaque de verre noircie même très-mince, je connais un moyen facile de faire entendre la parole à travers un mur d'une grande épaisseur. On n'a pas encore examiné à fond jusqu'où pouvaient atteindre les moyens acoustiques, ni comment on pourrait impressionner l'ouïe par l'intermédiaire d'autres milieux que l'air, et je puis affirmer quen employant un fil tendu, fai pu transmetire instantanément le son à une grande distance et avec une vitesse sinon aussi rapide que celle de la lumière, du moins incomparablement plus grande que celle du son dans Vair. Cette transmission peut être effectuée non-seulement avec le fil tendu en ligne droite, mais encore quand ce fil jwésente plusieurs coudes. »
Ce système de transmission des sons, sur lequel sont basés les téléphones à ficelle qui attirent l'attention depuis quelques années, est resté à l'état de simple expérience jusqu'en 1819, époque à laquelle M. AYheatstone l'appliqua à sa lyre magique. Dans cet appareil, les sons étaient transmis à travers une longue tige de sapin dont l'extrémité était adaptée à une caisse sonore ; de là à l'emploi des membranes utilisées dans les téléphones à ficelle, il n'y avait qu'un pas. Quel est celui qui eut cette dernière idée?... il est assez difficile de le dire, car beaucoup de ces vendeurs de téléphones se l'attribuent sans se douter même de la question. S'il faut en croire certains voyageurs, ce système serait depuis longtemps employé en Espagne pour les correspondances amoureuses. Quoi qu'il en soit, les cabinets de physique ne possédaient pas ces appareils il y a
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quelques années, et beaucoup de personnes croyaient même que la ficelle était constituée par un tube acoustique de petit diamètre. Cet appareil, quoique devenu un jouet d'enfant, est d'une grande importance scientifique, car il montre que les vibrations capables de reproduire la parole, peuvent être d'un ordre infiniment petit, puisqu'elles peuvent être transmises mécaniquement à des distances dépassant cent mètres. Toutefois, au point de vue télégraphique, le problème de la propagation des sons à distance était loin d'être résolu de cette manière, et l'idée d'appliquer les effets électriques à cette sorte de transmission, dut naître aussitôt qu'on put être témoin des effets merveilleux de la télégraphie électrique, ce qui nous reporte déjà aux époquesqui suivirentl'année 1859. Une découverte inattendue faite par M. Page eu 1857, en Amérique, et étudiée depuis par MM. Wertheim, delà Rive et autres, devait d'ailleurs y conduire naturellement; car on .avait reconnu qu'une tige magnétique soumise à des aimantations et à des désaimantations très-rapides, pouvait émettre des sons, et que ces sons étaient en rapport avec le nombre des émissions de courants qui les provoquaient.
D'un autre côté, les vibrateurs électriques combinés par MM. Mac-Gauley, Wagner, Neef, etc., et disposés dès 1847 et 1852 par MM. Froment et Pétrina pour la production de sons musicaux, prouvaient que le problème de la transmission des sons à distance était possible. Toutefois, jusqu'en 1854, personne n'avait osé admettre la possibilité de transmettre électriquenient la parole à distance, et quand M. Cliarles Bourseul publia à cette époque une note sur la transmission èlpctriqije de la parole, on regarda cette idée comme
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un rêve fantastique. Moi-même, je dois l'avouer, je ne pouvais y croire, et quand, dans la première édition de mon exposé des applications de l'électricité publiée en 1854 \ je rapportai cette note, je crus devoir raccompagner de commentaires plus que dubitatifs. Cependant, comme la note me paraissait bien raisonnée, je n'hésitai pas à la publier en la signant seulement des initiales Ch. B***. La suite devait donner raison à cette idée hardie, et quoiqu'elle ne renfermât pas en elle le principe physique qui seul pouvait conduire à la reproduction des sons articulés, elle était pourtant le germe de l'invention féconde qui a illustré les noms de Graham Bell et d'Elisha Gray. C'est à ce titre que nous allons reproduire encore ici la note de M. Charles Bourseul.
« Après les merveilleux télégraphes qui peuvent reproduire à distance l'écriture de tel ou tel individu, et môme des dessins plus ou moins compliqués, il semblerait impossible, dit M. B***, d'aller plus en avant dans les régions du merveilleux. Essayons cependant de faire quelques pas de plus encore. Je me suis demandé, par exemple, si \i\ parole elle-même ne pourrait pas être transmise par l'électricité, en un mot, si l'on ne pourrait pas parlera Vienne et se faire entendre à Piiris. La chose est praticable : voici comment :
« Les sons, on le sait, sont formés par des vibrations et appropriés à l'oreille par ces mêmes vibrations que reproduisent les milieux intermédiaires.
« Mais l'intensité de ces vibrations diminue trèsrapidement avec la distance ; de sorte qu'il y a, même en employant des porte-voix, des tubes et des cornets
* Voy. t. II, p. 225, et t. III, p. 110, de la 2^ édition du même ouvrage publié en 1857.
acoustiques, des limites assez restreintes qu'on ne peut dépasser. Imaginez que Ton parle près d'une plaque mobile, assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par la voix, que cette plaque établisse et interrompe successivement la communication avec une pile : vous pourrez avoir à distance une autre plaque qui exécutera en môme temps les mômes vibrations.
(( Il est vrai que l'intensité des sons produits sera variable au point de départ, où la plaque vibre par la voix, et constante au point d'arrivée, où elle vibre par l'électricité; mais il est démontré que cela ne peut altérer les sons.
« Il est évident d'abord que les sons se reproduiraient avec la même hauteur dans la gamme.
« L'état actuel de la science acoustique ne permet pas de dire a priori s'il en sera tout à fait de même des syllabes articulées par la voix humaine. On ne s'est pas encore suffisamment occupé de la manière doutées syllabes sont produites. On a remarqué, il est vrai, que les unes se prononcent des dents , les autres des lèvres, etc., mais c'est là tout.
(( Quoiqu'il en soit, il faut bien songer que les s\llabes ne reproduisent, à l'audilion, rien autre chose que des vibrations des milieux intermédiaires ; reproduisez cxaclement ces vibrations, et vous reproduirez exactement aussi les syllabes.
« En tous cas, il est impossible de démontrer, dans l'élat actuel de la science, que la transmission électrique des sons soit impossible. Toutes les probabilités, au contraire, sont pour la possibilité.
(( Quand on parla pour la première fois d'appliquer l'électro-magnétisme à la transmission des dépêches ,
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un homme haut placé dans la science traita cette idée de sublime utopie, et cependant aujourd'hui on communique direclement de Londres à Vienne par un simple fil métallique. — Cela n'était pas possible, disait-on, et cela est.
« Il \'a sans dire que des applications sans nombre et de la plus haute importance surgiraient immédiatement de la transmission de la parole par l'électricité.
« A moins d'être sourd et muet, qui que ce soit pourrait se servir de ce mode de transmission qui n'exigerait aucune espèce d'appareils. Une pile électrique, deux plaques vibrantes et un lîl métallique suffiraient.
« Dans une multitude de cas, dans de vastes établissements, par exem[)le, on pourrait, par ce moyen, transmettre à distance tel ou tel avis, tandis qu'on renoncera à opérer cette transmission par l'électricité, dès tors qu'il faudra procéder lettre par lettre et à l'aide de télégraphes exigeant un apprentissage et de l'habitude.
« Quoi qu'il arrive, il est certain que dans un avenir plus ou moins éloigné , la parole sera transmise à distance par l'électricité. J\ii commencé des expériences à cet égard : elles sont délicates et exigent du temps et de la patience, mais les approximations obtenues font entrevoir un résultat favorable. »
11 est certain que cette description n'est pas assez complète pour qu'on puisse y découvrir la disposition qui pouvait conduire à la solution du problème, et si les vibrations de la lame au poste de réception devaient résulter d'interruptions et de fermetures de courant effectuées au poste de transmission, sous l'influence des vibrations déterminées par la voix, elles
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lie pouvaient fournir que des sons musicaux et non des sons articulés. Néanmoins l'idée était très-belle^ comme le dit M. Preece, tout en regardant sa réalisation comme impossible ^ Il est du reste facile de voir que M. Bourseul lui-même ne se dissimulait pas les diCficultés du problème en ce qui touchait les sons articulés, car il signale, comme on vient de le voir, les différences qui existent entre les vibrations simples produisant les sons musicaux et les vibrations complexes déterminant tessons articulés; mais, comme il le disait fort justement : Reproduisez au poste de réception les vibrations de Vair déterminées au poste de transmission^ et vous aurez la transmission de la parole quelque compliqué que soit le mécanisme au moyen duquel on Vobtient. Nous verrons à l'instant comment a été résolu ce problème, et il est probable que certains essais avaient déjà fait pressentir à M. Bourseul la solution de la question ; mais rien dans sa note ne peut faire entrevoir quels étaient les moyens auxquels il avait pensé ; de sorte que l'on ne peut raisonnablement pas lui rapporter la découverte de la transmission électrique de la parole , et nous ne comprenons guère qu'on ait pu nous faire un reproche de ne pas avoir apprécié, dès cette époque, l'importance de cette découverte qui pouvait bien alors paraître un peu du domaine de la fantaisie.
Ce n'est qu'en 1876 que le problème de la transmission électrique de la parole a été définitivement résolu, et cette découverte a soulevé dans ces derniers temps, entre MM. Elisha Gray, de Chicago, et Graham Bell un
^ Voy. le Journal de la Société des Ingénieurs lélégraphislesde Londres, U y [, ^. Ul et 419.
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débat de priorité intéressant sur lequel nous devons dire quelques mots.
Dès l'année 1874, M. Elisha Gray s'occupait d'un système de téléphone musical qu'il voulait appliquer aux transmissions télégraphiques multiples, et s'il faut l'en croire, les recherches qu'il dut entreprendre pour établir ce système dans les meilleures conditions possibles, lui firent entrevoir la possibilité de transmettre électriquement les mots articulés. Tout en expérimentant son système télégraphique, il aurait combiné, en effet, vers le 15 janvier 1876, un système de téléphone parlant dont il déposa à l'ofiice des patentes américaines, sous la forme de caveat ou de brevet provisoire, la description et les dessins. C; dépôt fut fait le 14 février 1876 : or ce même jour M. Graham Bell déposait également à l'oftice des patentes américaines une deinande de brevet dans laquelle, en dehors d'un système de transmissions électriques simultanées par des moyens téléphoniques, étaient mentionnés, non-seulement, un appareil téléphonique parlant basé sur l'emploi de courants électriques ondulatoires, mais encore les moyens que l'on pouvait employer pour obtenir ces courants ondulatoires eux-mêmes, soit par l'induction, soit par des variations dans la résistance du circuit. L'appareil téléphonique qui était représenté dans celte demande de brevet n'avait pas, il est vrai, fourni dans l'origine des résultats satisfaisants, comme l'avoue M. Bell luimême; mais exécuté dans de meilleures conditions, il a pu très-bien reproduire la parole, et on peut le considérer comme le point de départ des téléphones magnéto-électriques qui ont fourni les résultats si intéressants que nous connaissons. Dans le caveat de
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M. Gray il n'est, il est vrai, question que du téléphone parlant, et les dessins qui en sont donnés sont tellement précis, qu'un appareil exécuté d'après eux pouvait parfaitement fonctionner, mais le principe de ce téléphone était nettement indiqué dans le brevet de iM. Bell, et dans les conditions où il était placé, il n'était guère susceptible d'application ; c'était en effet un téléphone qui mettait à contribution une pile et un conjoncteur liquide, et la meilleure preuve de son peu d'importance pratique, c'est que M. Gray lui-même, dans les derniers perfectionnements qu'il a apportés à ce genre d'instruments, n'a fait que perfectionner le téléphone Bell. Néanmoins, on peut le considérer comme le point de départ des téléphones à pile qui, perfectionnés par M. Edison, devaient fournir sur les longues lignes lélégraphiques les meilleurs résultats et qui devaient, plus tard, donner naissance au microphone.
On sait que c'est M. Bell qui fut mis en possession du brevet américain ; mais celte décision a été attaquée dernièrement par M. Gray devant la cour suprême de l'olTice des patentes américaines. La suite dira de quel côté élait le bon droit.
Quoi qu'il en soit, c'est seulement à partir de la prise de possession de son brevet, que M, Bell commença à s'occuper sérieusement du téléphone parlant, et ses efforts ne tardèrent pas à être couronnés de succès, car peu de mois après, il exposait à Philadelphie son téléphone parlant qui excita, dès cette époque, l'attention publique au plus haut degré, et qui, perfectionné encore au point de vue pratique, nous arriva en Europe dans l'automne 1877 avec la forme que nous lui connaissons et qui est évidemment la plus pratique.
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Comme complément à cette histoire sommaire du téléphone, nous devons dire que, depuis sa réussite, bon nombre de réclamations de priorité ont surgi comme par enchantement. Nous voyons d'abord qu'un certain M. John Camack, Anglais d'origine, s'attribue l'invention du téléphone, se basant sur ce qu'en 1865 il aurait non-seulement fait la description de cet appareil, mais encore exécuté les dessins ; il ajoute môme que si les moyens ne lui avaient pas fait défaut pour le construire, le téléphone aurait été découvert dés cette époque. Une prétention semblable a été également émise par M. Dolbear, compatriote de M. Bell, et nous verrons bientôt ce qu'en dit ce dernier.
11 en est de même d'un certain M. Manzetti, d'AosIe, qui prétend que son invention téléphonique a été décrite dans beaucoup de journaux de 1865, entre autres dans le Petit Journal, de Paris, du 22 novembre 1865.
11 est vrai qu'aucune description n'a été donnée de ce système, et que les journaux en question n'ont fait qu'assurer que les expériences qui avaient été faites avaient montré que la solution pratique du problème de la transmission électrique de la parole par ce système était possible. Quoi qu'il en soit, M. Charles Bourseul aurait encore la priorité de l'idée ; mais suivant nous, on ne doit ajouter qu'une médiocre confiance à toutes ces revendications faites après coup.
Avant de nous occuper du téléphone de Bell et des diverses modifications qu'on lui a apportées, il nous a paru important, pour bien familiariser le lecteur avec ces sortes d'appareils, d'étudier les téléphones électro-musicaux qui l'ont précédé, et en particulier celui de M. Reiss, qui fut construit en 1860 et qui a été le point de départ de tous les autres. Nous verrons
LE TELEPHONE.
d'ailleurs que ces instruments ont des applications très-importantes, et la télégraphie leur devra probablement un jour de grands progrès.
TELEPHONES MUSICAUX.
Téléphone de M. Reiss. — Lc téléphone dc M. RoisS
est fondé, quant à la reproduction des sons, sur les effets découverts par M. Page en 1857 et, pour leur transmission électrique, sur le système à membrane vibranle utilisé dès 1855 par M. L. Scott dans son phonautographe. Cet appareil se compose donc, comme les systèmes télégraphiques, de deux parties distincles, d'un transmetteur et d'un récepteur, et nous les représentons û<;. 1.
Le transmetteur était essentiellement constitué par une boîte sonore K, qui portait à sa partie supérieure une large ouverture circulaire à travers laquelle était tendue une membrane, et au centre de celle-ci était adapté un léger disque de platine o, au-dessus duquel était fixée une pointe métallique 6, qui constituait avec le disque l'interrupteur. Sur une des faces de cette boîte sonore K, se trouvait une sorte de porte-voix T qui était destiné à recueillir les sons et à les diriger à l'intérieur de la boîte pour les faire réagir ensuite sur la membrane. Une partie de la boîte K est brisée sur la figure pour qu'on puisse distinguer les différentes parties qui la composent.
Les tiges a, c, qui portent la pointe dc platine b, sont réunies métalliquement avec une clef Morse t placée sur Je côté de la boîte K, et avec un électro-aimant A, qui appartient à un système télégraphique
destiné à échanger les signaux nécessaires à la mise en action des deux appareils aux deux stations.
Le récepteur est constitué par une caisse sonore B, portant deux chevalets d, d, sur lesquels est soutenu un fil de fer d d de la grosseur d'une aiguille à tricoter. Une bobine électro-magnétique fj enveloppe ce fil
Fiu-.
et se trouve enfermée par un couvercle D, qui concentre les sons déjà amplifiés par la caisse sonore ; cette caisse est même munie, à cet effet, de deux ouvertures pratiquées au-dessous de la bobine.
Le circuit de ligne est mis en rapport avec le fil de cette bobine par les deux bornes d'attache 3 et 4, et
LE TÉLÉPHONE. d3
une clef Morse t se trouve placée sur le côté de la caisse B pour réchange des correspondances.
Pour faire fonctionner ce système, il suffit de faire parler l'instrument dont on veut transmettre les sons devant Touverture T, et cet instrument peut être une flûte, un violon ou même la voix humaine. Les vibrations de l'air déterminées par ces instruments font vibrer à l'unisson la membrane téléphonique, et celleci, en approchant et éloignant rapidement le disque de platine o de la pointe b, fournit une série d'interruptions de courant qui se trouvent répercutées par le fil de fer cl d et transformées en vibrations sonores dont le nombre est égal à celui des sons successivement produits.
D'après ce mode d'action, on comprend donc qu'il soit possible de transmettre les sons avec leur valeur relative; mais l'on conçoit également que ces sons ainsi transmis n'auront pas le timbre de ceux qui leur donnent naissance, car le timbre est indépendant du nombre des vibrations, et, il faut même le dire ici, les sons produits par l'appareil de M. Reiss avaient un timbre de flûte à l'oignon qui n'avait rien de séduisant; toutefois le problème de la transmission électrique des sons musicaux était bien réellement résolu, et l'on pouvait dire en toute vérité qu'un air ou une mélodie pouvait être entendu à une distance aussi grande qu'on pouvait le désirer.
L'invention de ce téléphone date, comme on l'a déjà vu, de l'année 1860, et le professeur Ileisler en parle dans son traité de physique technique, publié à Vietme en 1866; il prétend même dans l'ariicle qu'il lui a consacré, que, quoique dans son enfance, cet appareil élait susceptible de transmettre non-seule-
ment des sons musicaux, mais encore des mélodies chantées. Ce sysième fut ensuite perfectionné par M. Yeates et par M. Vander Weyde qui, après avoir lu la description publiée par M. lleisler, chercha à rendre la boiîe de transmission de l'appareil plus sonore et les sons produits par le récepteur plus forts. Voici ce qu'il dit à ce sujet dans le Scientific american Journal :
a Ayant fait construire en 1868 deux téléphones du genre de celui décrit précédemment, je les montrai à la réunion du club polytechnique de l'Institut américain. Les sons transmis étaient produits à l'extrémité la plus éloignée du Cooper Institut, et tout à fait en dehors de la salle où se trouvaient les auditeurs de l'association ; l'appareil récepteur était placé sur une table, dans la salle même des séances. 11 reproduisait lîdèlement les airs chantés, mais les sons étaient un peu faibles et un peu nasillards. Je songeai alors à perfectionner cet appareil, et je cherchai d'abord à obtenir dans la boîte K des vibrations plus puissantes en ies faisant répercuter par les côtés de cette boîte au moyen de parois creuses. Je renforçai ensuite les sons produits par le récepteur, en introduisant dans la iDobine plusieurs fils de fer, au lieu d'un seul. Ces perfectionnements ayant été soumis à la réunion de l'Association américaine pour l'avancement des sciences qui eut lieu en 1869, on exprima l'opinion que cette invention renfermait en elle le germe d'une nouvelle méthode de transmission télégraphique qui pourrait conduire à des résultats importants. Celte appréciation devait être bientôt justifiée par la découverte de Ëell et d'Elisha Gray.
Téléphone de MM, Çécîl et Léonard Wray, — Ce
LE TELErMIONE. ir)
système, que nous représentons fig. 2 et 5, n'est qu'un simple perfeclionncment de celui de M. Reiss, imaginé en vue de rendre les effets produits plus énergiques. Ainsi le transmetteur est muni de deux membranes au lieu d'une, et son récepteur, au lieu d'être constitué par un simple fil de fer recouvert d'une bobine magnétisante, se compose de deux bobines distinctes, H, ir, fig. *2, placées dans le prolongement l'une de l'autre, et à l'intérieur desquelles se trouvent deux liges de fer. Ces tiges sont fixées par une de leurs extrémités à deux lames de cuivre A, B, maintenues
Fi-. 2.
elles-mêmes dans une position fixe au moyen de deux piliers à écrous I, T, et les deux autres extrémités de ces tiges, entre les bobines, sont disposées à une très-petite distance l'une devant l'autre, mais sans cependant se toucher. Le système est d'ailleurs monté sur une caisse sonore, munie d'un trou T dans l'espace correspondant à l'intervalle séparant les bobines, et cellis-ci communiquent avec quatre boutons d'attache qui sont mis en rapport avec le circuit de ligne de telle manière que les polarités opposées des deux tiges soient de signes contraires, et ne forment
LE TELEPHO>'E.
qu'un seul et même aimant coupé par le milieu. II parait qu'avec celte disposition les sons produits sont beaucoup plus accentués.
La forme du transmetteur est aussi nn peu différente de celle que nous avons décrite précédemment; la partie supérieure, au lieu d'ètie horizontale, est un peu inclinée, comme on le voit fig. o, et l'ouver-
ture E par laquelle les sons doivent se communiquer à la membiane vibrante, occupe une grande partie du côté le plus élevé de la caisse qui, à cet effet, se présente sous une ceriaine obliquité. La seconde membrane G, qui est en caoutchouc, forme une .'-oite de cloison qui divise en deux la caisse, à partir du bord supérieur de l'ouverture, et, d'après l'inventeur, elle
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aurait pour effet, tout en augmentant l'amplitude des vibrations produites par la membrane extérieure D, comme dans un tambour, de protéger celle-ci contre les effets de la respiration et plusieurs autres causes nuisibles . L'interrupteur lui-même diffère aussi de celui de l'appareil de M. Reiss. Ainsi le disque de platine h, appelé à fournir les contacts, n'est mis en rapport métallique avec le circuit que par l'intermédiaire de deux petits fils de platine ou d'acier qui plongent dans deux petits godets a, c remplis de mercure et reliés à ce circuit. Par ce moyen, la membrane D se trouve libre dans ses mouvements et peut vibrer plus facilement.
L'interruption est d'ailleurs effectuée par une petite pointe de platine portée par un levier à ressort articulé KH qui se trouve au-dessus du disque, et dont l'extrémité, étant fixée au-dessous d'une sorte de clef Morse Ml, permet d'effectuer à la main les fermetures de courant nécessaires à l'écbange des correspondances pour la mise en train des appareils.
Harmonica électrique. — Longtemps avant M. Reiss et à plus forte raison longtemps avant M. Elislia Gray qui a imaginé un télépbone du même genre, j'avais fait mention d'une sorte d'harmonica électrique qui a •été décrit de la manière suivante dans le tome I, p. 167, de la première édition de mon Exposé des applications de V électricité publié en 1855 ^
« La faculté que possède l'électricité de mettre en mouvement des lames métalliques et de les faire vibrer, a pu être utilisée à la production de sons distincts, susceptibles d'être combinés et harmonisés ; mais, en
1 Celte description n'était que la répétition d'un article publié antérieurement dans le Journal de V Arrondissement de Vulognes.
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48 LE TELEPHONE.
outre de cette application toute physique, l'électro-magnétisme a pu venir en auxiliaire à certains instruments, tels que pianos, orgues, etc., pour leur donner la facilité d'être joués à distance. Ainsi jusque dans les arts en apparence les moins susceptibles de recevoir de l'électricité quelque application, cet élément si extraordinaire a pu être d'un secours utile.
« Nous avons déjà parlé de Tinterrupteurde M. delà Rive. C'est, comme on le sait, une lame de fer soudée à un ressort d'acier et maintenue dans une position fixe vis-à-vis un électro-aimant, par un autre ressort ou un butoir métallique en connexion avec l'une des branches du courant. Comme l'autre branche, après avoir passé dans le fil de l'électro-aimant aboutit à la lame de ferelle-même, l'électro-aimant n'est actif qu'au moment où cette lame touche le butoir ou le ressort d'arrêt ; mais, aussitôt qu'elle l'abandonne, l'aimantation cesse, et la lame de fer revient en son point d'arrêt, puis l'abandonne ensuite. 11 se détermine donc une vibration d'autant plus rapide que la longueur de la lame vibrante est plus courte et que la force est plus grande par suite du rapprochement de la lame de l'électro-aimant.
« Pour rendre les sons de plus en plus aigus, il ne s'agit donc que d'employer l'un ou l'autre des deux moyens. Le plus simple est d'avoir une vis que l'on serre ou que l'on desserre à volonté, et qui par cela même éloigne plus ou moins la lame vibrante de l'électro-aimant. Tel est l'appareil de M. Froment au moyen duquel il a obtenu des sons d'une acuité extraordinaire, bien qu'étant fort doux à l'oreille.
c( M. Froment n'a pas fait de cet appareil un instrument de musique ; mais on conçoit que rien ne serait
plus facile que d'en constituer un ; il ne s'agirait pour cela que de faire agir les louches d'un clavier sur des leviers métalliques, donl la longueur des bras serait en rapport avec le rapprochement de la lame nécessité pour la vibration des différentes notes. Ces différents leviers, en appuyant sur la lame, joueraient le rôle du butoir d'arrêt, mais ce butoir varierait de position suivant la touche.
« Si le courant était constant, un pareil instrument aurait certainement beaucoup d'avantages sur les instruments à anches dont on se sert, en ce sens qu'on aurait une vibration aussi prolongée qu'on ie voudrait pour chaque note, et que les sons seraient plus veloutés ; malheureusement l'inégalité d'action de la pile en rend l'usage bien difficile. Aussi ne s'est-on guère servi de ce genre d'appareils que comme régulateurs auditifs pour l'intensité des piles, régulateurs iniiniment plus commodes que les rhéomètres, puisqu'ils peuvent faire apprécier les différentes variations d'une pile pendant une expérience, sans qu'on soit obligé d'en détourner son attention. »
En 1856, M. Pétrina, de Prague, imagina un dispositif analogue auquel il donna le nom àliarmomcaélectrique, bien qu'à proprement parler il ne constituât pas dans sa pensée un instrument de musique.
Yoici ce que j'en disais dans le tome IV de la seconde édition de mon exposé des applications de l'électricité publié en 1859.
« Le principe de cet appareil est le même que celui du rhéotome de Neef, au marteau duquel on a substitué une baguette dont les vibrations transversales produisent un son. Quatre de ces baguettes, différentes en longueur, sont placées l'une à coté de l'autre, et
étant mises en mouvement au moyen de touches, puis arrêtées par des leviers, produisent des sons de combinaison dont il devient facile de démontrer l'ori gine. »
Dans ce qui précède je ne dis pas, il est vrai, que ces îippareils pouvaient être joués à distance ; mais celte idée était toute naturelle, et les journaux allemands prétendent que M. Pétrina l'avait réalisée même • avant 1856. Elle était la conséquence de ce que je disais en débutant : « que l'électro-magnétisme pou- « vait venir en auxiliaire à certains instruments tels « que pianos, orgues, eic.^ pour leur donner la faci- « lilé (Vètre joués à distance », et j'indiquais plus loin les moyens employés pour cela et même pour les faire fonctionner sous l'influence d'une petite boite à musique. Je n'y avais du reste pas attaclié d'importance, et ce n'est que comme document historique que je parle de ces systèmes.
Téléphone de M. Elislia («ray, de Chicago. — Ce Système, imaginé en 1874, n'est en réalité qu'un appareil du genre de ceux qui précèdent, mais avec des combinaisons importantes qui ont permis de l'appliquer utilement à la télégraphie. Dans un premier modèle il mettait à contribution une bobine d'induction à deux hélices superposées, dont l'interrupteur, qui était à rembleur, était multiple et disposé de manière à produire des vibrations assez nombreuses pour émettre des sons. Ces sons, comme on l'a vu, peuvent avec cette disposition être modifiés suivant la manière dont l'appareil est réglé, et s'il existe à côté les uns des autres un certain nombre d'interrupteurs de ce genre, dont les lames vibrantes soient réglées de manière
LE TELEPHONE. 21
à fournir les différentes notes de la gamme sur plusieurs octaves, on pourra, en mettant en action tels ou tels d'entre eux, exécuter sur cet instrument d'un nouveau genre un morceau de musique dont les sons se rapprocheront de ceux produits par les instruments à anches, tels que harmoniums, accordéons, etc. La mise en action de ces interrupteurs pourra d'ailleurs être effectuée au moyen du courant primaire de la bobine d'induction qui circulera à travers l'un ou l'autre des électro-aimants de ces interrupteurs, sous l'influence de l'abaissement de l'une ou l'autre des touches d'un clavier commutateur, et les courants secondaires qui naîtront dans la bobine sous l'influence de ces courants primaires interrompus, pourront transmettre des vibrations correspondantes à distance sur un récepteur. Celui-ci pourrait être analogue à ceux dont nous avons parlé précédemment pour les téléphones de Reiss, deWray, etc., mais M. Gray a dû le modifier pour obtenir des effets plus amplifiés.
Nous représentons (fig. 4) la disposition de ce premier système. Les vibrateurs sont en A et A', les touches du clavier en M et M', la bobine d'induction en B, et le récepteur en G. Ge récepteur se compose, comme on le voit, d'un simple électro-aimant NN' au-dessus des pôles duquel est adaptée une caisse cylindrique en métal G dont le fond est en fer et sert d'armature. Gelte boîte étant percée comme les violons de deux trous en S, joue le rôle de caisse sonore, et M. Elisha Gray a reconnu que les mouvements moléculaires déterminés au sein du noyau magnétique et de son armature, sous l'influence des alternatives d'aimantation et de désaimantation, étaient suffisants pour engendrer des vibrations en rapport avec la rapi-
LE TELEPHO>E.
dite de ces alternatives, et fournir des sons qui devenaient percepiibles par suite de leur amplification par la boîte sonore.
On comprend aisément que les effets obtenus dans le système représenté (fig. 4) pourraient être reproduits, si au lieu d'interrupteurs ou de rhéotomes
Fig. 4.
électriques, on employait à la station de transmission des interrupteurs mécaniques disposés de manière à fournir le nombre d'interruptions de courants en rapport avec les vibrations des différentes notes de la gamme. On pourrait encore, par ce moyen, se dispenser de la bobine d'induction et faire réagir directement sur le récepteur le courant ainsi interrompu par l'interrupteur mécanique. M. Elisha Gray a du
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reste combiné une autre disposition de ce système téléphonique qu'il a appliquée à la télégraphie pour les transmissions électriques simultanées, et dont nous parlerons plus tard.
S'il faut en croire M. Elisha Gray, les vibrations transmises par des courants secondaires seraient capables de faire résonner à distance, par l'intermédiaire du corps humain, des lames conductrices susceptibles d'entrer facilement en vibration et disposées sur des caisses sonores. Ainsi l'on pourrait faire produire des sons musicaux à des cylindres de cuivre placés sur une table, à une plaque métallique appliquée sur une sorte de violon, à une feuille de clinquant tendue sur un tambour ou à toute autre substance résonnante, en touchant d'une main ces différents corps et en prenant de l'autre le bout du fil du circuit. Ces sons qui pourraient avoir un timbre différent, suivant la nature de la substance touchée, reproduiraient la note transmise avec le nombre exact de vibrations qui lui corresponde
1 M. Gray dans un article inséré dans le Telegrapher du 7 octobre 187G. et dont on trouvera une traduction dans les Annales télégraphiques de mars avril 1877, p. 97-120, entre dans de longs détails siu" ce mode de transmission des sons par les tissus du corps humain, et voici suivant lui, les conditions dans lesquelles il faut être placé pour obtenir de bons résultats :
1° Les émissions électriques doivent avoir une tension considérable pour rendre l'effet perceptible à l'oreille;
2° La substance employée pour toucher la plaque métallique doit être douce, flexible et conductrice jusquau point de contact; là, il faut interposer une résistance trés-mince. ni trop grande ni trop petite;
ù" La plaque et la main ou autre tissu, ne doivent pas seulement être en contact, il faut que ce contact résulte d'un frottement ou d'un glissement;
4" Les parties en contact doivent être sèches, afin de conserver le degré voulu de résistance.
U LE TELEPHONE.
M. Elisha Groy a combiné d'après ce mode de génération des sons, et en substitnant à la main un simple morceau de peau humecté frottant sur un disque de mêlai, un nouveau système de téléphone musical; mais comme il a pu, par une disposition nouvelle, obtenir par ce moyen la reproduction de la parole, nous n'entrerons dans quelques détails à ce sujet qu'au chapitre des téléphones parlants. (Voir p. 102.) Nous en dirons autant du téléplione musical de M. Edison que nous décrivons p. 82, et qui est fondé sur l'application du principe de l'électro-motographe au système de Reiss comme organe reproducteur des sons. Bien que ce système n'ait été combiné que comme téléphone musical, il a pu, cependant, d'après ce que m'a assuré M. Adams, transmettre la parole, quand, au lieu d'un transmetteur à courants interrompus, on a employé le transmetteur à charbon d'Edison, c'est-à-dire un transmetteur capable de fournir des courants o?2f/2</rt/oiVe.s. U est curieux qu'alors que tant de moyens de reproduction des sons à distance étaient entre nos mains, on n'ait pas découvert plus tôt le téléphone.
Téléphone de M. Varley. — Ce téléphone u'cst à
proprement parler qu'un téléphone musical dans le genre de celui de M. Gray, mais dont le récepteur présente une disposition originale vraiment intéressante.
Cette partie de l'appareil est essentiellement constituée par un véritable tambour de grandes dimensions (5 ou 4 pieds de diamètre), dans l'intérieur duquel est placé un condensateur formé de quatre feuilles de papier d'étain séparées par des feuilles en matière parfaitement isolante et dont la surface représente à peu
LK TKLKPIIONE. 25
près la moitié de celle du tambour. Les lames de ce condensateur sont disposées parallèlement aux membranes du tambour et à une très-petite distance de leur surface.
Si une charge électrique est communiquée à l'une des séries de plaques conductrices de ce condensateur, celles qui leur correspondront se trouveront attirées, et si elles peuvent se mouvoir, elles pourront communiquer aux couches d'air interposées un mouvcmenl qui, en se communiquant aux membranes du tambour, pourront, pour unesérie de charges très-rapprochées les unes des autres, faire vibrer ces membranes et engendrer des sons; or ces sons seront en rapport avec le nombre des charges et décharges qui seront produites. Comme ces charges et décharges peuvent être déterminées par la réunion des deux armatures du condensateur aux extrémités du circuit secondaire d'une bobine d'induction dont le circuit primaire sera interrompu convenablement, on voit immédiatement que, pour faire émeltre par le lambour un son donné, il sufiira de faire fonclionner l'interrupteur de la bobine d'induction de manière à produire le nombre de vibralions que comporte ce son.
Le moyen employé par M. Varley pour produire ces interruptions est celui qui a été déjà mis en usage dans plusieurs applications électriques et notamment pour les chronographes; c'est un diaspason éleclro-magnétique réglé de manière à émettre le son qu'il s'agit de Irarisineltre. Ce diapason peut, en formant lui-môme interrupteur, réagir sur le courant primaire de la bobine d'induction, ets'il ya autant de ces diapasons que de notes nmsicales à transmettre, et que les électroaimants qui les animent soient reliés à un clavier de
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piano, il sera possible de transmettre de cette manière une mélodie à dislance comme dans le système de M, Elislia Gray.
La seule chose particulière dans ce système' est le fait de la reproduction des sons par l'action d'un condensateur, et nous allons voir que celte idée, reprise par MM. PoUard et Garnier, a conduit à des résultais vraiment intéressants.
Condensatcnr chantant de IflIU. Pollard et Garnier. — Cet appareil, qui étonne aujourd'hui tous ceux qui l'entendent, n'est qu'une simplification de l'appareil précédent, lequel avait provoqué déjà à Londres, il y a quelque temps, la curiosité publique.
Pourquoi cet appareil n'a-t-il pas eu plus de retentissiment, alors qu'on s'est occupé de beaucoup d'autres moins curieux?.,. Il est difficile de le dire ; peutêtre sa disposition était-elle alors trop compliquée : toujours est-il que, grâce à MM. Pollard et Garnier, nous pouvons aujourd'hui voir sortir les chants d'une espèce de cahier de papier, et cela av(3c une force telle qu'on peut les entendre dans tout un appartement. Sans doute, ces chants ainsi reproduits ne sont pas toujours des plus purs ; cependant, quand la personne qui chante dans le transmetteur est un peu musicienne et a saisi la manière de s'en servir, le condensateur en question peut émettre des sons assez doux qui se rapprochent un peu de ceux du violoncelle ou du haut-bois.
L'appareil chantant consiste dans un condensateur K,fig. 5, formé de trente feuilles de papier superposées, de neuf centimètres sur treize, entre lesquelles sont intercalées vinp^t-huit feuilles d'étain de six centi-
LE TÉLÉI'HOXE. 27
mèlrcs sur douze, réunies de manière àconstiluer les denx armures du condensateur. A cet effet, les feuilles paires sont réunies ensemble à lun des bouts du cahier de papier, et les feuilles impaires à l'autre
bout. En appliquant ce système sur nn carton rigide, après avoir eu soin de le ligaturer avec une bande de papier, et en serrant les feuilles d'étain réunies aux deux bouts du condensateur avec deux garnitures de cuivre D, D', munies de boutons d'attache pour les fils
'28 LE TÉLKPJIONE.
du circuit, on obtient ainsi un appareil qui joue le rôle (l'un véritable chanteur. Un poids assez lourd placé sur le condensateur pour serrer les lames, n'arrôle nul. lement son fonctionnement ; il en affaiblit seulement les sons qui deviennent alors plus harmonieux, ce qui rend douteuse l'hypothèse de mouvements attractifs des lames qu'on avait émise dans l'origine pour expliquer ces effets.
L'appareil transmetteur se compose d'une sorte de téléphone sans manche E, dont la lame vibrante est constituée par une lame de fer blanc L L très-mince, au centre de laquelle est soudé un morceau cylindrique de charbon G, et contre ce charbon appuie un autre cylindre de la même matière H, qui est porlé par une traverse de bois A B, articulée d'un côté en A, sur le bord inférieur de la boite du téléphone et fixé de l'autre côté B sur le bord opposé de la boite, au moyen d'une vis de réglage Y. Un ressort arqué R (un bout de ressort de pendule) placé en travei s de cette pièce, lui donne une certaine élasticité sous son serrage, et cette élasticité est nécessaire pour le bon fonctionnement de l'appareil qui constitue, par le fait, une sorte de microphone à diaphragme.
La lame de fer est mise en rapport avec l'un des pôles d'une pile P, de six éléments Leclanché, et le charbon inférieur H correspond à l'hélice primaire d'une bobine d'induction M déjà reliée au second pôle de la pile. Enfin, les deux bouts de rhélice secondaire de la bobine a et 6 sont reliés directement aux deux armures D,D' du condensateur.
Cette hélice secondaire doit être constituée par vingt coi.ches de fil n° 52 ou mieux du n° 42, recouvert de soie; et l'hélice primaire est formée par quatre
LE TELEPHONE. 29
couches de fil n° 16. La longueur de la bobine nedoitpas dépasser sept centimètres, et le diamètre du noyau de fils de fer fins doit être d'environ un centimètre. Pour obtenir le chant sur le condensateur, il faut régler le transmetteur de manière que les deux charbons G et 11 ne se touchent pas à l'état normal, mais soient assez près l'un de l'autre pour que, en chantant, les vibrations de la plaque L L puissent effectuer des contacts suffisants. On arrive facilement à ce réglage par le tâtonnement et en émettant une môme note jusqu'à ce que le condensateur résorme. Si trois notes, faites successivement, sont bien reproduites, l'appareil peut être considéré comme suffisamment réglé, et pour le faire fonctionner, il suffit d'enfoncer la bouche dans l'embouchure, comme on le fait quand on chante dans un mirliton. Il faut, pour obtenir un bon résultat, que l'on entende la lame de l'appareil vibrer à la manière des flûtes à l'oignon. Au lieu de charbons, on peut employer des contacts de platine ; mais avec la disposition précédente, l'appareil peut être employé à divers usages comme on le verra plus lard. Cet appareil est construit chez MM. Chardin et Prager.
TÉLÉPHOES PARLA>'TS,
Les téléphones que nous venons d'étudier ne peuvent transmettre, comme on l'a vu, que des sons musicaux, puisqu'ils ne peuvent répéter que des vibrations simples, en nombre plus ou moins grand, il est vrai, maisnonen combinaisons simultanées, telles que celles qui doivent reproduire les sons articulés. Jusqu'à l'époque de l'invention de M. Bell, la transmission de la parole ne pouvait donc se faire que par des tubes acous-
50 LE TELEI'IIOXE.
tiques ou par les téléphones à ficelle dont nous avons déjà parlé. Bien que ces sortes d'appareils n'aient aucun rapport avec ceux que nous nous proposons d'ctudiei' dans cet ouvrage, nous avons cru devoir en dire ici quelques mots, car ils peuvent quelquefois être combinés avec les téléphones électriques, ef, d'ailleurs, ils représentent la première étape de l'invention.
Téléphones à ficelle. — Les téléphones à ficelle qui depuis plusieurs années inondent les boulevards et les rues de différentes villes d'Europe, et dont l'invention remonte, comme on l'a vu, à l'année 1667, sont des appareils très-intéressanls par eux-mêmes, et nous sommes étonné qu'ils n'aient pas figuré plutôt dans les cabinets de physique. Ils sont constitués par des tubes cylindro-coniques en métal ou en carton, dont un bout est fermé par une membrane tendue de parchemin, au centre de laquelle est fixée par un nœud la ficelle ou le cordon destiné à les réunir. Quand deux tubes de ce genre sont ainsi réunis et que le fil est bien tendu, comme 'on le voit fig. 6, il suffit qu'une personne applique un de ces tubes contre l'oreille et qu'une autre personne parle très-près de l'ouverture de l'autre tube, pour que toutes les paroles prononcées par cette dernière soient immédiatement transmises à l'autre, et l'on peut même converser de cette manière à voix presque basse. Dans ces conditions, les vibrations de la membrane impressionnée par la voix se trouvent transmises mécaniquement à l'autre membrane par le fil qui, comme l'avait annoncé le physicien de 1667, transmet les sons beaucoup mieux que l'air. On a pu par ce moyen converser à une distance de cent cinquante mètres, et il paraîtrait que la
«grosseur et la nature des fils exercent une certaine influence. Suivant les vendeurs de ces appareils, les fils de soie seraient ceux qui donneraient les meilleurs résultats, et les ficelles de chanvre les moins Ijons. Ce sont ordinairement des fils de coton tressés qui sont employés afin de permettre de livrer à bon marché ces appareils.
Dans certains modèles on a disposé les tubes de
Fijr. G.
manière à présenter, entre la membrane et l'embouchure, un diaphragme percé d'un trou, et l'appareil ressemble alors à une espèce de cloche dont le fond aurait été percé et recouvert à quelques millimètres audessus de la membrane de parchemin ; mais je n'ai pas reconnu de supériorité bien marquée à ce modèle.
On a également prétendu que les cornets en métal nickelé étaient préférables ; je n'en suis pas davantage
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convaincu. Quoi qu'il en soit, ces appareils ont donné des résultais qu'on était loin d'attendre, et bien que leurs usages pratiques soient très-restreints, ils constituent des instruments scientifiques trcs-intéressants et des jouets instructifs pour les enfanis.
D'après M. Millar, de Glascow, l'intensité des effels produits dans ces téléphones dépend beaucoup de la nature de la ficelle, de la manière dont elle est attachée et de la manière dont la membrane est placée sur l'embouchure.
Les effets prodigieux des téléphones Bell ont dans ces derniers temps remis à la mode les téléphones à ficelle, et la possibilité qu'ils ont donnée de transmettre à plusieurs personnes la parole reproduite sur un téléphone électrique, a fait rechercher les moyens de les utiliser concurremment avec ces derniers. Pour cela on a dû d'abord examiner le moyen le plus efficace de les faire parler sur un fil présentant plusieurs coudes; nous avons \u que, dans les conditions ordinaires, ces appareils ne parlaient distinctement que quand le fil était tendu en ligne droite. Or pour résoudre ce problème, M. A. Brégueta eu l'idée d'employer comme supports des espèces de petits tambours de basque par le centre desquels on fait passer le fil ; le son porté par la partie du fil en rapport avec le cornet dans lequel on parle, fait alors vibrer la membrane de ce tambour, et celle-ci communique ensuite la vibration à la partie du fil qui suit. On peut de cette manière obtenir autant de coudes que Ton veut et soutenir le fil sur toute la longueur qui peut convenir à ces sortes de téléphones, laquelle ne dépasse guère cent mètres.
M. A. Bréguet a fait encore de ce système des espèces
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de relais pour arriver au même but, et pour cela il fait aboutir les fils à deux membranes qui ferment les deux ouvertures d'un cylindre de laiton ; les sons reproduits par l'une des membranes réagissent sur l'autre, et celle-ci vibre sous cette influence comme si elle était impressionnée par la voix ; le cylindre joue alors le rôle d'un tube acoustique ordinaire, et sa forme peut être aussi variée qu'on peut le désirer.
Il paraît que M. A. Badet, dès le l"' février 1878, était parvenu à faire fonctionner d'une manière analogue les téléphones à ficelle, et il se servait pour cela de parchemins tendus sur des cadres qui faisaient l'office de tables résonnantes. Le fil était fixé au centre de la membrane et faisait avec elle tel angle que l'on voulait.
Plusieurs savants , entre autres MM. Wheatstone, Cornu et Mercadier, se sont occupés il y a déjà longtemps de ces sortes de transmissions par les fils, et tout dernièrement MM. Millar, Heaviside et Nixon ont fait des expériences intéressantes dont nous devons dire quelques mots. Ainsi, M. Millar a reconnu qu'avec un fil télégraphique tendu et relié par deux fils de cuivre à deux disques susceptibles de vibrer, on pouvait transporter les sons musicaux à cent cinquante mètres, et qu'en tendant des fils à travers une maison, ces fils étant reliés à des embouchures et à des cornets auriculaires placés dans différentes chambres, on pouvait correspondre avec toutes ces chambres de la manière la plus facile.
Il a employé pour les disques vibrants, soit du bois, soit du métal, soit de la gutta-percha, ayant la forme d'un tambour, et les fils étaient fixés au centre. L'intensité du son semblait augmenter avec la grosseur du fil.
LE TELEPHONE,
MM. Heaviside et Nixon, dans leurs expériences à New-Castle sur la Tyne, ont reconnu que la grosseur du fil qui donnait les meilleurs résultats était le fil if 4 de la jauge anglaise. Les disques qu'ils avaient employés étaient en bois de | de pouce d'épaisseur, et ils pouvaient être placés en un point quelconque de la longueur du fil. Avec un fil bien tendu et tranquille, la parole a pu être entendue de cette manière à une distance de deux cents mètres; mais il paraît que M. Huntley, en employant des diaphragmes en fer très-mince et en isolant le fil de ligne sur des supports de verre, a pu la transmettre à 2450 pieds, malgré les zigzags que faisait la ligne à travers ses supports.
Téléphone électrique de M. Grahani Bell. — Tel était
l'état des appareils téléphoniques, lorsqu'on 1876 apparut à l'Exposition de Philadelphie le téléphone de Bell que sir W. ïhomson n'a pas craint d'appeler la merveille des merveilles^ et sur lequel l'attention du monde entier s'est trouvée immédiatement portée, bien qu'à vrai dire son authenticité ait soulevé dans l'origine bien des incrédulités. Ce téléphone, en effet, reproduisait les mots articulés, et ce résultat dépassait tout ce que les physiciens avaient pu concevoir. Cette fois ce n'était plus une conception que l'on pouvait, jusqu'à preuve contraire, traiter de fantastique: l'appareil parlait, et même parlait assez haut pour n'avoir pas besoin d'être placé contre l'oreille. Voici ce qu'en disait sir W. Thomson à l'Association britannique pour l'avancement des sciences lors de sa réunion à Glascow en septembre 1876.
« Au département des télégraphes des États-Unis, j'ai vu et entendu le téléphone électrique de M. Elisha
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Gray, merveilleusement construit, faire résonner en même temps quatre dépêches en langage Morse, et avec quelques améliorations de détails, cet apparei serait évidemment susceptible d'un rendement quadruple.... Au département du Canada , j'ai entendu : To be or not to be. — Theres tlie rub, articulés à travers un fil télégraphique, et la prononciation électrique ne faisait qu'accentuer encore l'expression railleuse des monosyllabes; le fil m'a récité aussi des extraits au hasard des journaux de New- York.... Tout cela, mes oreilles l'ont entendu articuler très-distinctement par le mince disque circulaire formé par l'armature d'un électro-aimant. C'était mon collègue du jury, le professeur Watson,qui, à l'autre extrémité de la ligne, proférait ces paroles à haute et intelligible voix, en appliquant sa bouche contre une membrane tendue, munie d'une petite pièce de fer doux, laquelle exécutait près d'un électro-aimant introduit dans le circuit de la ligne, des mouvements proportionnels aux vibrations sonores de l'air. Cette découverte, la merveille des merveilles du télégraphe électrique, est due à un de nos jeunes compatriotes, M. Graham Bell, originaire d'Edimbourg et aujourd'hui naturalisé citoyen des États-Unis.
« On ne peut qu'admirer la hardiesse d'invention qui a permis de réaliser avec des moyens si simples, le problème si complexe de faire reproduire par l'électricité les intonations et les articulations si délicates de la voix et du langage, et pour obtenir ce résultat, il fallait trouver moyen de faire varier l'intensité du courant dans le même rapport que les inflexions des sons émis par la voix. »
S'il faut en croire M. G. Bell, l'invention du téléphone n'aurait pas été le résultat d'une conception
spontanée et heureuse ; elle aurait été la conséquence de longues et patientes études entreprises par lui sur l'acoustique et les travaux des physiciens qui s'en étaient occupés avant lui^ Déjà son père, M. Alexandre Melville Bell, d'Edimbourg, avait fait de cette science une étude approfondie, et était même parvenu à représenter d'une manière excessivement ingénieuse la disposition des organes vocaux pour émettre des sons. 11 devait naturellement inculquer à son fils le goût de ses études favorites, et ils firent ensemble de nombreuses recherches pour découvrir les relations qui pouvaient exister entre les divers éléments de la parole dans les différentes langues et les relations musicales existant entre les voyelles. Plusieurs de ces recherches avaient, il est vrai, déjà été entreprises par M. Helmholtz, et môme dans de meilleures conditions ; mais ces études lui furent d'une grande utilité quand il s'occupa plus tard du téléphone, et les expériences d'Helmholtz qu'il répéta avec un de ses amis, M. Hellis, de Londres, sur la reproduction artificielle des voyelles au moyen de diapasons électriques, le lancèrent dans l'étude de l'application des moyens électriques aux instruments d'acoustique. 11 combina d'abord un système d'harmonica électrique à clavier, dans lequel les différents sons de la gamme étaient reproduits par des diapasons électriques de différentes tailles, accordés suivant les différentes notes, et qui, étant mis en action par suite de l'abaissement successif des
* Voici les noms des physiciens qu'il cite dans son Mémoire sm^ Velectric telephomj \ MM. Page, Marrian, Beatson, Gassiot, De la Rive, Matteucci, Guillcmin, 'NVerthcim, ^Vartman^, Janniar, Joule, Laborde, Légat, Rei?^s, Pog:gendorff, du Moncel, Delezcnne, Gore, etc. (Voy. le Mémoire de M. G. Bell, dans le Journal de la Société des Ingénieurs télégraphistes de ï/)ndres, t. VI, p. 590, 591),
LE TELEPHONE. 57
touches du clavier, pouvaient reproduire les sons correspondants aux touches abaissées, comme cela a lieu dans les pianos ordinaires.
11 s'occupa ensuite, dit-il, de télégraphie et pensa à rendre les télégraphes Morse auditifs en faisant réagir l'organe électro-magnétique sur des contacts sonores. Ce résultat, il est vrai, était déjà obtenu dans les parleurs usités en télégraphie, mais il pensa qu'en appliquant ce système à son harmonica électrique et en employant des appareils renforceurs tels que le résonnateur d'Helmohltz à la station de réception, on pourrait obtenir à travers un seul fil des transmissions simultanées, fondées sur l'emploi des moyens phonétiques. Nous verrons plus tard que cette idée s'est trouvée réalisée presque simultanément par plusieurs inventeurs, entre autres par MM. Paul Lacour, de Copenhague, Elisha Gray, de Chicago, Edison etYarley.
C'est à partir de ce moment que commencèrent sérieusement les recherches de M. G. Bell sur les téléphones électriques, et des appareils compliqués il passa aux appareils simples, en faisant une étude complète des différents modes de vibrations résultant d'actions électriques différentes ; voici ce qu'il dit à cet égard dans son Mémoire lu à la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres, le 51 octobre 1877 :
« Si l'on représente par les ordonnées d'une courbe les intensités d'un courant électrique, et les durées des fermetures de ce courant par les abscisses, la courbe fournie pourra représenter des ondes en dessus ou en dessous de la ligne des x, suivant que le courant sera positif ou négatif, et ces ondes pourront être plus ou moins accentuées suivant que les courants transmis seront plus ou moins instantanés.
« Si les courants interrompus pour produire un son sont tout à fait instantanés dans leur manifestation, la courbe représente une série de dentelures isolées comme on le voit, lig. 7, et si les interruptions sont faites de manière à ne provoquer que des différences d'intensité, la courbe se présente sous la forme de la figure 8. Enfin si les émissions de courant sont effectuées de
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manière que les intensités soient successivement croissantes ou décroissantes, la courbe prend l'aspect représenté fig. 9. Or je donne aux premiers courants le nom de courants intermittents, aux seconds le nom de courants d'impulsion et aux troisièmes le nom de courants ondulatoires.
« Naturellement ces courants sont positifs ou négatifs, suivant leur position au-dessus ou au-dessous de la ligne des a;, et s'ils sont alternativement renversés, les courbes se présentent sous l'aspect de la figure 10,
courbes essentiellement différentes des premières, non-seulement par le sens différent des dentelures, mais surtout par la suppression du courant résiduel qui existe toujours avec les courants d'impulsion et les courants ondulatoires.
« Les deux premiers systèmes de courants ont été employés depuis longtemps pour la transmission électrique des sons musicaux, et le téléphone de Reiss
Fig. 8.
dont nous avons déjà parlé en a été une application intéressante. Mais les courants ondulatoires n'avaient pas été employés avant moiS et ce sont eux qui ont permis de résoudre le problème de la transmission de la parole. Pour qu'on puisse se rendre compte de l'importance de cette découverte, il suffit d'analyser les effets produits avec ces différents systèmes de courants,
* Ceci avait été contesté par M. Elisha Gray; mais il y a eu, comme on le verra plus loin, un malentendu sur le mot courant ondulatoire.
40 LE TELEPHONE.
quand plusieurs sons de hauteur différente doivent entrer en combinaison.
« La fig. 7 montre une combinaison dans laquelle les styles a et a' de deux instruments transmetteurs provoquent l'interruption du courant d'une môme batterie B, de manière que les vibrations déterminées soient entre elles dans le rapport d'une tierce majeure, c'est à-dire dans le rapport de quatre à cinq. Dans ces conditions, les courants sont intermittents, et quatre fermetures de a se produiront dans le même espace de temps que les cinq fermetures de a', et les intensités électriques correspondantes seront représentées par les dentelures que l'on voit en A^ et en B^; la combinaison de ces intensités A^ + B^ donnera lieu aux dentelures inégalement espacées que l'on distingue sur la troisième ligne. Or l'on voit que, bien que le courant conserve une intensité uniforme, il est moins de temps interrompu quand les styles interrupteurs réagissent ensemble que quand ils réagissent isolément; de sorle que pour un grand nombre de fermetures simullanées effectuées par des styles animés de différentes vitesses, les effets produits équivalent à celui d'un courant continu. Toutefois le nombre maximum des effets distincts qui pourront être oblenus de cette manière, dépendra beaucoup du rapport existant entre les durées des fermetures et des interruptions du courant. Plus les fermetures seront courtes et les interruptions longues, plus les effets transmis sans confusion seront nombreux et vice versa.
« Avec les courants d'impulsion , la transmission des sons musicaux s'effectue comme l'indique la figure 8, et l'on voit que quand ils sont produits simultanément, l'effet résultant A^ -H B* est analogue à celui
qui serait produit par un courant continu d'intensité minima.
« Avec les courants ondulatoires, les choses se passent autrement , mais pour les produire il est nécessaire d'avoir recours aux effets d'induction, et la fig. 9 indique la manière dont l'expérience doit être faite. Dans ce cas, les courants réagissant sur le récepteur