‹ Le tâelâephone, le microphone, et la phonographeChapitre 2 sur 22 · ASB · texte numérisé non relu

ASB

Fis. 9.

musical R résultent de renforcements et d'affaiblissements produits par l'action d'armatures, M, M' vibrant devant des électro-aimants e^e\ placés dans le circuit de la batterie B, et comme ces renforcements et affaiblissements successifs sont en l'apport avec les positions respectives des armatures par rapport aux p(Mes magnétiques, les courants qui en résultent peuvent avoir leur intensité représentée par des lignes ondulées comme

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on le voit en A^ et en B'; or ces ondulations, pour la tierce dont il a été question précédemment, seront telles qu'il s'en produira quatre en A% dans le même temps qu'il s'en produira cinq en B% et il résultera de la combinaison de ces deux effets une résultante qui pourra être représentée par la courbe A^ 4- B-, laquelle représente la somme algébrique des courbes A^ et B^ Un effet analogue est produit quand on

Fig. 10.

emploie des courants ondulatoires alternativement renversés comme on le voit fig. 10, et pour les obtenir, il suffit d'opposer aux armatures de fer M, M' employées dans la précédente expérience, des aimants permanents et de supprimer la batterie voltaïque B.

« Pour peu qu'on étudie les fig. 9 et 10, continue M. G. Bell, on reconnaît aisément que la transmission

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simultanée, par un même fil, de sons de différente force et de différente nature ne peut, dans le cas qui nous occupe en ce moment, altérer le caractère des vibrations qui les ont provoquées, comme cela a lieu avec les courants intermittents ou avec les courants d'impulsion; elle ne fait que changer la forme des ondulations, et ce changement se produit de la même manière que dans le milieu aériforme qui transmet à l'oreille la combinaison des sons émis. On peut donc de cette manière transmettre à travers un fil télégraphique le même nombre de sons qu'à travers l'air. »

Après avoir appliqué les principes précédents à la construction d'un système télégraphique à transmissions multiples, M. G. Bell ne tarda pas à en tirer parti dans de nouvelles recherches qu'il lit alors pour perfectionner l'éducation vocale des sourds et muets. «11 est bien connu, dit M. Bell, que les sourds et muets ne sont muets que parce qu'ils sont sourds et qu'il n'y a dans leur système vocal aucun défaut qui puisse les empêcher de parler. Par consé(|uent, si l'on parvenait à rendre visible la parole et à déterminer les fonctions du mécanisme vocal nécessaires pour produire tel ou tel son articulé représenté, il deviendrait possible d'enseigner aux sourds et muets la manière de se servir de leur voix pour parler. Le succès que j'obtins de ce système dans les expériences que je fis à l'école de Boston m'engagea à étudier d'une manière toute particulière les relations qui pouvaient exister entre les sons produits et leur représentation graphique, et j'employai, à cet effet, la capsule manométrique de M. Kœnig et le phonautographe de M. Léon Scott auquel M. Maurey, de Boston, avait appliqué un enregistreur assez sensible

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pour être mis en action par la voix. Cet enregistreur consistait d'ailleurs dans un style de bois de un pied de longueur environ, qui était fixé directement sur la membrane vibrante du phonautographe et qui pouvait fournir sur une surface plane de verre noirci, des traces assez amplifiées pour être d'une distinction facile. Quelques-unes de ces traces sont représentées fig. 11 . Je fus très-frappé des résultats produits par cet

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Fig. 11.

instrument, et il me sembla qu'il y avait une grande analogie entre lui et l'oreille humaine. Je cherchai alors à construire un phonautographe modelé davantage sur le mécanisme de l'oreille, et j'eus pour cela recours à un célèbre médecin spécialiste de Boston, M. le docteur Clarence J. Blake. Il me proposa de me servir de l'oreille humaine elle-même comme de phonautographe plutôt que de chercher à l'imiter, et

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d'après cette idée, il construisit l'appareil représenté fig. 12, auquel fut adapté un style traçant. En enduisant la membrane du tympan et le pavillon circulaire avec un mélange de glycérine et d'eau, on communiqua à ces

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organes une souplesse suffisante pour que, en chantant dans la partie extérieure de cette sorte de membrane artificielle, le style fût mis en vibration, et l'on obtint ainsi des traces sur une plaque de verre noircie, dispo-

sée au-dessous de ce style et soumise à un mouvement d'entraînement rapide. La disproportion considérable de masse et de grandeur qui, dans cet appareil, existait entre la membrane et les osselets mis en vibration par elle, attira particulièrement mon attention et me fit penser à substituer à la disposition compliquée que j'avais employée pour mon téléphone à transmission de sons multiples, une simple membrane à laquelle était fixée une armature de fer. Cet appareil fut alors disposé comme l'indique lafig. 15, et je croyais obtenir par lui les courants ondulatoires qui m'étaient nécessaires ^ En effet, en articulant à la branche sans

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bobine d'un électro-aimant boiteux une armature de fer doux A, reliée par une tige à une membrane en or battu w, je devais obtenir, par suite des vibrations de celles-ci, une série de courants induits ondulatoires qui, réagissant sur l'électro-aimant d'un appareil" semblable placé à distance, devaient faire reproduire à l'armature de celui-ci les mouvements de la première armature, et par conséquent faire vibrer la membrane correspondante, exactement comme celle ayant provoqué les courants. Toutefois les résultats que j'obtins de cet arrangement ne furent pas satisfaisants, et

* C'est cette disposition qui est représentée dans le brevet de M. Bell, de février 1876.

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il me fallut encore entreprendre bien des essais qui m'amenèrent à réduire autant que possible les dimensions et le poids des armatures et même à les constituer avec des ressorts de pendule de la grandeur de l'ongle de mon pouce. Dans ces conditions, au lieu d'articuler ces armatures, je les attachai au centre des membranes, et mon appareil fut alors disposé comme l'indique la fig. 14 ^ Nous pûmes alors, mon

Fi-. U.

ami M. Thomas Watson et moi, obtenir des transmissions téléphoniques qui nous montrèrent que nous étions dans la bonne voie. Je me souviens d'une

* Cet appareil était constitué par un système électro-magnétique composé d'un électro-aimant M recouvert par une bobine d'induction et devant les pôles- duquel était placée la membrane avec son disque de fer. Cette membrane pouvait être plus on moins tendue au moyen des vis V, V, V adaptées à une sorte d'entomioir E formant cornet acoustique, et servant d'embouchure : le système électro-magnétique était soutenu par une vis qui permettait de l'éloigner plus ou moins de la membrane et, par conséquent, du disque de fer qui servait d'armature.

expérience faite alors avec ce téléphone qui me remplit de joie. Un des deux appareils était placé à Boston dans une des salles de conférences de l'Université, l'autre dans le soubassement d'un bâtiment adjacent. Un de mes élèves observait ce dernier appareil, et je tenais l'autre. Après que j'eus prononcé ces mots : « Comprenez-vous ce que dis? », quelle a été ma joie quand je pus entendre moi-même cette réponse à travers l'instrument : « Oui, je vous comprends parfaitement.» Certainement l'articulation delà parole n'était

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pas alors parfaite, et il fallait l'extrême attention que je prêtais, pour distinguer les mots de celte réponse ;cependant l'articulation de ces mots existait, et je pouvais croire que leur manque de clarté devait être rapporté uniquement à l'imperfection de l'inslrument. Sans entrer dans le détail de tous les essais que je dus entreprendre pour améliorer la construclion de cet appareil, je dirai qu'au bout de quelque temps je fus conduit à employer comme téléphone de réception l'appareil représenté fig. 15, et c'est ce modèle joint

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à celui de la fig. 14, combiné commclransmetteur, qui fut admis à l'Exposition de Philadelphie.

c< Dans ce nouveau modèle de récepteur, la membrane était remplacée par une lame vibrante de fer L fixée sur l'enveloppe cylindrique d'un électro-aimant tubulaireC, et le système était monté sur un pont Pqui servait de caisse sonore. Les articulations produites par cet appareil étaient bien distinctes ; mais son grand défaut était qu'il ne pouvait servir d'appareil transmetteur ; il était donc nécessaire d'avoir deux appareils à chaque station, l'un pour la transmission, l'autre pour la réception.

« Je cherchai alors à changer la disposition du téléphone transmetteur en variant les conditions de ses éléments constituants, tels que les dimensions et la tension delà membrane, le diamètre et l'épaisseur de l'armature, la grandeur et la puissance de l'aimant et même les hélices de fil enroulé sur ce dernier; j'ai pu en reconnaître empiriquement les meilleures conditions d'organisation et combiner la meilleure forme à donner à l'appareil. Ainsi j'avais reconnu, par exemple, qu'en diminuant la longueur de la bobine du fil de l'hélice magnétisante et la surface de la lame de fer attachée à la membrane, j'augmentais non-seulement l'intensité des sons, mais encore leur netteté d'articulation; ce qui me fit naturellement abandonner la membrane en or battu pour n'employer qu'une simple plaque de fer, et comme il m'était démontré depuis longtemps que l'intervention du courant traversa rtt la bobine de l'électro-aimant n'était utile que pour magnétiser celui-ci, je me décidai à supprimer la pile et à employer pour noyau magnétique un aimant permanent. Toutefois, comme à l'époque où ces instru-

LE TELEPHOISE.

ments devaient être exposés pour la première lois en public, les résultats obtenus avec ce dernier système étaient moins satisfaisants qu'avec celui qui mettait à contribution la batterie Yoltaïque, je ne voulus exposer que cette dernière disposition d'instrument, ce qui donna l'occasion à certaines personnes et, entre autres au professeur Dolbear du collège deTufts, de réclamer la priorité pour l'introduction des aimants permanents dans le téléphone ; mais j'en avais eu l'idée dès le commencement de mes recherches et alors que

Fis. lô.

je m'occupais des transmissions simultanées des sons musicaux.

« La fig. 16 représente le premier perfectionnement que j'ai apporté à l'appareil exposé à Philadelphie, et la fig. 17 en représente un autre qui a fourni des effets très-puissants. Dans ce dernier, l'aimant était en fer à cheval et disposé à la manière de celui que M. Hughes a employé pour son télégraphe imprimeur. Avec cet appareil, les sons pouvaient être entendus (faiblement il est vrai) par une nombreuse assemblée ; il fut exposé le 12 février 1877 à l'institut d'Essex, à Salem

LE TELKI'IIONE.

(Massachusetts), et y reproduisit devant un auditoire de 600 personnes un discours prononcé à Boston dans un appareil semblable'. Les intonations de la voix de celui qui parlait ont pu être distinguées par l'auditoire. Toutefois l'articulation n'était distincte qu'à une distance de 6 pieds de l'instrument. Il fut fait à cette occasion un rapport qu'on transmit par l'appareil à Boston, et qui fut reproduit le lendemain dans les journaux de cette ville.

« Entre la forme de la fi g. 14 et celle de l'appareil actuel, représenté fig. 18, il n'y a qu'une différence bien légère, et cette der-

nière forme n'a été combinée que pour rendre l'appareil plus portatif et d'un usage plus commode. Sous ce rapport, je dois exprimer ma reconnaissance à plusieurs de mes amis, entre autres à MM. les professeurs Peirce et Blake, le docteur Channing, M. Clarke et M. Jones, pour l'aide qu'ils m'ont prêté. Ainsi M. Peirce a été le premier à démontrer la possibilité de l'emploi dans les téléphones d'aimants de très-petites dimensions. C'est lui également qui a donné à l'embouchure recouvrant la plaque vibrante la forme que j'ai adoptée pour le modèle définitif qui est représenté fig. 18.

Outre le modèle représenté fig. 14, il se trouvait encore à l'Exposition de Philadelphie un autre système de transmetteur téléphonique qui est reproduit fig. 19, et qui était fondé sur l'action directe des courants voltaïques. Un fil de platine p fixé à une

Fisr. 1'

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membrane tendue LL complétait par son immersion dans de l'eau V le circuit réunissant les deux appareils en correspondance. En parlant en E devant la membrane tendue, les vibrations communiquées à la pointe de platine modifiaient la résistance du circuit dans des conditions telles, que le courant réagissait sur le récepteur par impulsions ondulatoires tout à fait semblables à celles résultant des courants induits. Les sons produits devenaient plus forts quand le liquide était légèrement^acidulé ou salé, et l'on obtenait

Fis. 18.

encore de bons résultats au moyen d'une pointe de plombagine immergée dans du mercure, de l'eau acidulée ou salée, ou dans une solution de bichromate de potasse.

« Bien que mes recherches eussent poui' but final le perfectionnement de la télégraphie, je pus constater dans le cours de mes expériences quelques effets intéressants que je crois devoir rapporter ici. Ainsi j'observai qu'un son musical était produit par le seul fait du passage d'un courant à travers un morceau de plombagine ou de charbon de cornue Des effets extrê-

mement curieux résultaient aussi du passage de courants intermittents alteriialivemenl renversés à travers le corps humain. Ainsi un rliéotome étant placé dans le circuit primaire d'un appareil d'induction, et les deux bouts du fil du circuit secondaire étant réunis à deux électrodes de cuivre dont une était placée prés de l'oreille, on percevait des sons très-distincts aussitôt

Fie. 19.

que l'on touchait de la main l'autre électrode. En touchant des deux mains les deux électrodes et plaçant les doigts contre l'oreille, des craquements se faisaient entendre et semblaient venir des doigts, comme s'ils étaient la répercussion du tremblement musculaire résultant du passage des courants induits. Ces

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bruits pourlant n'existaient que pour la personne sur laquelle l'expérience était faite. Quand deux personnes se tenant par la main étaient interposées dans le circuit au lieu d'une seule, un son se produisait au contact des mains réunies, mais il fallait pour cela que les mains ne fussent pas humides. Ce phénomène se reproduisait, du reste, quand le contact de ces deux personnes était effectué sur une partie quelconque de leur corps. Au contact des bras, le bruit était assez intense pour être entendu à plusieurs pieds de distance, et il était alors presque toujours accompagné d'une légère secousse. L'introduction d'une feuille de papier entre les deux parties en contact n'interrompait pas la production du son, mais elle supprimait l'elfet désagréable de la secousse. Quand on faisait passer le courant intermittent de la bobine de Ruhmkorff à travers le bras d'une personne, on pouvait, en y appliquant l'oreille, entendre un son qui semblait provenir des muscles de l'avant-bras et du biceps.

« Du reste, des sons musicaux très-nets se font entendre quand on fait fonctionner l'interrupteur du circuit primaire de l'appareil de Ruhmkorff, et s'il y a deux interrupteurs , on obtient deux sons différents, ce qui montre que ces sons proviennent de l'étincelle.

« Voici encore une expérience très-intéressante faite par le professeur Blake avec un téléphone dont le barreau aimanté était remplacé par une tige de fer doux de six pieds de longueur. Ce téléphone, étant réuni électriquement à un téléphone ordinaire du modèle de la fig. 18, reproduisait très-bien les sons émis dans ce dernier; mais leur intensité variait suivant la direction que l'on donnait à la tige de fer, et le maximum

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correspondait à la position de la tige dans le méridien magnétique.

« Quand on interpose un téléphone dans un circuit télégraphique, on entend des bruits d'un caractère très-particulier dont l'origine me parait encore assez complexe et souvent obscure. Il en est pourtant qui doivent provenir de l'induction exercée par les fils voisins et des dérivations de courant qui se produisent toujours à travers les supports des fils, car les signaux télégraphiques échangés à travers ces fils voisins sont parfaitement perçus dans le téléphone. Certains bruits résultent aussi des courants terrestres, des vibrations du fil sous l'influence des courants d'air et même des frictions produites par des joints défectueux. La sensibilité du téléphone est, du reste, telle, que les bruits résultant des transmissions télégraphiques voisines peuvent être perçus quand on substitue au iil télégraphique du téléphone un rail de chemin de fer, et alors même que les flls télégraphiques les plus voisins de ce rail sont éloignés de quarante pieds. D'un autre côté, M. Peirce a reconnu que des sons peuvent être produits dans un téléphone, quand le fil télégraphique auquel cet appareil est réuni est impressionné par une aurore boréale. Quelquefois aussi, des airs chantés ou joués sur un instrument de musique se sont trouvés transmis par le téléphone sans qu'on ait pu savoir leur provenance ; mais ce qui montre le plus la mer veilleuse sensibilité de cet appareil, c'est la possibilité qu'il donne de reproduire la parole à travers des corps que l'on pourrait croire à peu près non conducteurs. Ainsi la communication à la terre d'un circuit téléphonique peut être faite par l'intermédiaire du corps humain malgré l'interposition des bas et des chaussures ; et

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elle peut même être effectuée si, au lieu d'être sur le sol, on est placé sur un mur en briques. Il n'y a que la pierre de taille et le bois qui constituent un obstacle assez grand pour couper la communication ; mais il suffit que le pied touche le terrain avoisinant, soit môme une touffe de gazon, pour qu'aussitôt les effets électriques manifestent leur présence.

« D'après ces résultats, une question toute naturelle pouvait se poser à l'esprit : quelle est la longueur maxima de circuit à laquelle les transmissions téléphoniques peuvent atteindre?... Mais il est difficile d'y répondre en raison des conditions différentes dans lesquelles peut être placée l'expérience. Dans les essais de laboratoire on est parvenu à échanger sans difficulté des correspondances sur des circuits de 60 000 ohms de résistance, soit 6000 kilomètres de fil télégraphique, et je suis parvenu à transmettre sur un circuit dans lequel étaient interposées 16 personnes se tenant par la main, lequel circuit avait une résistance d'environ 6400 kilomètres. Toutefois la plus grande longueur de circuit télégraphique sur laquelle j'ai pu obtenir une transmission nette de la parole, n'a pas dépassé 250 milles. Dans cette expérience, aucune difficulté ne survint, tant que les lignes télégraphiques voisines n'étaient pas en activité; mais aussitôt que les correspondances s'échangèrent à travers ces lignes, les sons vocaux, quoique encore perceptibles, étaient bien diminués d'intensité, et l'on aurait cru entendre une conversation échangée au milieu d'un orage. On a pu également transmettre la parole à travers les câbles sous-marins, et M. Peirce m'informe que des résultats satisfaisants ont été obtenus à travers un câble de 60 milles de longueur,

immergé entre Dartmouth et l'île de Guernesey, et cela avec des téléphones à main du modèle ordinaire. »

Part de M. Elislia Gray dans l'invention du téléphone. — Nous avons vu (p. 8) que si M. Bell a été le premier à construire et à rendre pratique le téléphone parlant, M. Gray avait conçu en môme temps que lui un appareil capable aussi de reproduire la parole, et

Fi". 20.

que la description qu'il en avait donnée dans son caveat était tellem.ent précise, que, construit d'après elle, il aurait pu parfaitement fonctionner. C'est en effet ce qui lui fut démontré dans la suite. Afin qu'on puisse juger avec connaissance de cause la part qui peut revenir à M. Elisha Gray dans l'invention du téléphone, nous reproduisons dans la figure 20 le dessin qui accompagne le caveat en question.

Le transmetteur, comme on le voit, se compose d'une sorte de tube fermé à son extrémité inférieure par une membrane à laquelle est fixée un fil de platine qui plonge dans un liquide peu conducteur, et au fond du vase contenant ce liquide, est fixée une électrode de platine en rapport avec une pile. Le récepteur se compose d'un électro-aimant dont l'armature est fixée au centre d'une membrane tendue sur une sorte de résonnateur ou de cornet acoustique que l'on approche de l'oreille, et les deux appareils sont réunis par le fil de ligne, comme on le voit sur la figure.

Dans ces conditions, les courants ondulatoires nécessaires à la reproduction de la parole étaient obtenus d'une manière analogue à celle indiquée par M. Bell dans son brevet, c'est-à-dire par les variations de résistance de la couche liquide interposée entre les fils de platine du transmetteur; et-leur action, en s'effectuant sur un électro-aimant dont l'armature était fixée sur le diaphragme du résonnateur, se produisait dans de meilleures conditions que dans l'appareil représenté dans le brevet de M. Bell (voir fig. 15), puisque celuici regarde cette disposition (représentée fig. 14) comme un perfectionnement important de celle qu'il avait primitivement conçue.

Toutefois, comme la partie importante de l'invention gît tout entière dans l'intervention des courants ondulatoires, indispensables, comme on l'a vu, à la reproduction de la parole, il s'agissait de savoir lequel de M. Bell ou de M. Gray en avait précisé le premier l'importance ; car dans les deux dépôts effectués le 14 février 1876, l'emploi de ces courants ondulatoires était mentionné comme indispensable. M. Gray assure que, dès l'année 1874, il en avait reconnu l'impor-

tance pour la transmission des sons combinés ; mais M. Bell croît que les courants ondulatoires mentionnés alors par M. Gray, n'étaient que des courants analogues à ceux qu'il a désignés sous le nom de courants d'impulsion, et que nous avons représentés fig. 8 ; or, comme on l'a vu, ces courants ne présentant que des élévations ou des abaissements brusques d'intensité, ne sauraient convenir à la reproduction des sons articulés, qui exigent au contraire que les variations d'intensité résultent d'effets successifs et en rapport exact avec toutes les inflexions des vibrations sonores déterminées par la voix. Il faut du reste que les droits de priorité de M. Bell sur cette question aient été reconnus par l'oflîce des patentes américaines, puisqu'il a été mis en possession du brevet. Quoi qu'il en soit , le système téléphonique de M. Gray était complet, et Ton peut y voir, comme nous l'avons déjà dit, l'origine des téléphones à piles qui ont fourni dans ces derniers temps des résultats si importants. Voyons maintenant ce qu'est par rapport à lui le système de M. Bell.

Le système Bell, comme on l'a vu, bien que mettant dans l'origine à contribution une pile, ne déterminait les affaiblissements et les renforcements électriques nécessaires à l'articulation des mots, qu'au moyen de courants d'induction provoqués par les mouvements d'une armature de fer doux, courants dont l'intensité était, par conséquent, fonction de l'amplitude et des inflexions de ces mouvements. La pile n'intervenait que pour communiquer à l'inducteur une forte aimantation. Or cet emploi des courants induits dans les transmissions téléphoniques était déjà d'une grande importance, car les diverses expériences faites depuis

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ont montré leur supériorité sur les courants voltaïques dans cette application. Mais Pexpérience lui montra bientôt que, non-seulement il n était pas besoin pour faire agir cet mstrument d'un appareil d'induction puissant animé par une pile, mais qu'un aimant permanent très-faible et très-petit pouvait à lui seul fournir des courants suffisants. Cette découverte à laquelle avait contribué M. Peirce, ainsi qu'on l'a vu, était d'une extrême importance, car elle permettait de réduire considérablement les dimensions de l'appareil, elle le rendait portatif et susceptible de se prêter à la transmission et à la réception, et elle montrait que le téléphone était le plus sensible de tous les appareils révélateurs de l'action des courants. On peut donc dire que si M. Gray aune certaine part dans l'invention du téléphone, une très-grande revient à M. Bell qui le premier l'a exécuté et expérimenté. N'y eût-il que la connaissance qu'il a donnée au monde étonné d'un instrument capable de reproduire télégraphiquement la parole, qu'une grande gloire lui serait acquise, car ce problème avait été regardé jusque-là comme insoluble.

Les prétentions de M. Gray à l'invention du téléphone ont été, du reste, résumées par lui de la manière suivante, dans un travail intéressant intitulé : Expérimental researches on electro-harmonic telegra-, phy and telephomj :

« 1° J'ai trouvé le premier les moyens pratiques de transmettre à travers un circuit fermé les sons composés et d'inflexions variables par la superposition de deux ou de plusieurs ondes électriques.

« 2° Je prétends avoir découvert et utilisé le premier le moyen de reproduire les vibrations par l'emploi d'un

aimant récepteur constamment animé par une action électrique.

« o" Je prétends encore être le premier à avoir construit un instrument ayant un aimant avec un diaphragme circulaire en matière magnétique, soutenu par ses bords à une petite distance en face des pôles de l'aimant, et susceptible d'être appliqué à la transmission et à la réception des sons articulés. »

Un fait assez curieux à rappeler ici , c'est que M. Yeales de Dublin avait, dés 1865, en essayant de perfectionner le téléphone Reiss, réalisé en quelque sorte le transmetteur à liquide de M. Gray, car il avait introduit entre les contacts de platine de l'appareil de Reiss, une goutte d'eau, ce qui le rendait propre à la reproduction des sons articulés. Toutefois ce résultat ne fut pas alors observé

EXAMEN DES PRINCIPES FONDAMENTAUX SUR LESQUELS REPOSE LE TÉLÉPHONE DE M. BELL.

Rien que l'historique qui précède soit suffisant pour faire comprendre aux personnes initiées dans la science électrique le principe du téléphone de Rell, il pourrait bien ne pas en être de môme pour la plupart des personnes auxquelles notre livre s'adresse, et nous croyons en conséquence devoir entrer dans quelques détails physiques sur l'origine des courants électriques qui sont en jeu dans les transmissions téléphoniques. Ces détails nous paraissent d'autant plus nécessaires qu'il est beaucoup de personnes qui croient encore que les téléphones de Bell ne sont pas électriques,

parce qu'ils ne mettent pas une pile à contribution, et le plus souvent elles les confondent avec les téléphones à ficelle, s'étonnant de la différence de prix qui existe entre les appareils que l'on \end dans les rues et ceux que l'on vend chez les constructeurs.

Sans détinir ici ce que c'est qu'un courant électrique, ce qui serait par trop élémentaire, nous pourrons dire que les courants éleclriques peuvent provenir de beaucoup d'effets divers, et qu'en dehors de ceux qui résultent des piles, il en est d'aussi énergiques qui peuvent provenir d'une action exercée par des aiman(s sur un circuit conducteur convenablement combiné. Ces courants sont alors appelés courants d'induction, et ce sont eux qui sont en jeu dans les téléphones de Bell. Pour qu'on puisse comprendre comment ils se développent dansées conditions, il sera nécessaire que nous examinions d'abord ce qui arrive quand, devant un circuit fermé, on avance ou l'on retire le pôle d'un aimant, et pour cela nous supposerons qu'un fil de cuivre sur lequel est interposé un galvanomètre est enroulé en cercle, et qu'on dirige vers le centre de ce cercle Tun des pôles d'un aimant permanent. Or voici ce que l'on observera :

r Au moment où l'on approchera l'aimant, un courant électrique prendra naissance et fera dévier le galvanomètre d'un certain côté. Celte déviation sera d'autant plus grande que le mouvement accompli sera plus étendu, et la tension de ce courant sera d'autant plus grande que le mouvement sera plus brusquement effectué. Ce courant toutefois ne sera jamais qu'ins^ tantané.

2° Au moment où l'on éloignera l'aimant^ un nouveau courant du môme genre prendra naissance, mais

il se manifestera en sens inverse du premier. Il sera ce que l'on appelle un courant direct, parce qu'il est de môme sens que le courant magnétique de l'aimant qui lui donne naissance, tandis que l'autre courant sera dit inverse.

5° Si au lieu d'avancer ou de retirer l'aimant par l'effet d'un seul mouvement, on le fait avancer par saccades, on reconnaît qu'il se détermine une succession de courants dans le môme sens dont la présence peut être constatée sur le galvanomètre quand les mouvements sont suffisamment espacés, mais qui se confondent en se superposant quand ces espacements sont très-faibles, et comme des effets inverses résultent des mouvements de l'aimant effectués dans un sens contraire, il arrive que l'aiguille du galvanomètre suit les mouvements de l'aimant et les stéréotype en quelque sorte.

4° Naturellement si, au lieu de réagir sur un simple circuit fermé, l'aimant exerce son action sur un nombre considérable de circonvolutions de ce circuit, c'est-à-dire sur une bobine de fil enroulé, les effets seront considérablement augmentés, et ils le seront encore plus si, à l'intérieur de cette bobine, se trouve un noyau magnétique, car l'action inductive s'effectuera alors de plus près et sur toutes les parties de la bobine. Comme le noyau magnétique en s'aimantant ou en se désaimantant plus ou moins sous l'influence du rapprochement ou de l'éloignement de l'aimant inducteur subit le contre-coup de tous les accidents qui peuvent se manifester pendant le mouvement de cet aimant, les courants induits qui en résultent les accusent parfaitement.

5° Au lieu d'admettre que l'aimant inducteur est

mobile, on peut le supposer fixe au centre de la bobine, et l'on peut dès lors déterminer les courants induits dont nous avons parlé en modifiant son énergie. Il suffît pour cela de réagir sur ses pôles au moyen d'une armature de fer. Quand cette armature est approchée de l'un de ces pôles ou de tous les deux en même temps, il acquiert de l'énergie et produit un courant inverse, c'est-à-dire un courant dans le sens qui aurait correspondu à un rapprochement de l'aimant du circuit fermé. Quand elle s'éloigne, l'effet inverse se produit ; mais, dans les deux cas, les courants induits sont en rapport avec l'étendue et le sens des mouvements accomplis par l'armature, et par conséquent, ils peuvent reproduire par leurs effets les mouvements de cette armature. Or si cette armature est une lame de fer et que cette lame vibre sous l'influence d'un son quelconque devant un système électro magnétique dis- , posé comme il vient d'être dit plushaul, les allées et venues de cette lame se traduiront par des courants induits, plus ou moins forts, plus ou moins accidentés, suivant l'amplitude et la complexité des vibrations, mais qui seront ondulaioii^es ^ puisqu'ils résulteront toujours de mouvements successifs et continus et seront, | par conséquent , dans les conditions voulues pour transmettre la parole ainsi qu'on l'a vu précédemment.

Quant à l'action déterminée sur le récepteur, c'est-àdire sur l'appareil qui reproduit la parole, elle est assez complexe, e nous aurons occasion de la discuter plus tard; mais, au premier abord, on peut la concevoir si l'on considère que les effets produits par ces courants induits d'intensité variable qui traversent la bobine du système électro -magnétique, doivent déterminer par

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les inagnélisations et démagnétisations qui en résultent, des vibrations plus ou moins amplifiées, plus ou moins accidentées de la lame armature, lesquelles représentent exactement celles de la lame devant laquelle on a parlé, mais qui n'en peuvent être qu'une réduction. Toutefois les effets sont par le fait plus compliqués, quoique se produisant dans des conditions analogues, et ce sont eux que nous discuterons plus tard quand nous en serons aux expériences faites avec le téléphone. Nous ferons observer néanmoins, dès maintenant, que pour ces reproductions delà parole, il n'est pas nécessaire que le noyau magnétique soit en fer doux, car les effets vibratoires peuvent résulter aussi bien d'aimantations différentielles que d'aimantations directes.

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