DE M. FABER
Il y a deux ans environ, les journaux annonçaient avec un certain retentissement l'arrivée à Paris d'une machine parlante, qui laissait loin derrière elle le canard de Vaucanson et qui devait attirer au plus haut point l'attention publique. Malheureusement cette invention, n'ayant pas été placée dès le début sous le patronage d'aucune autorité scientifique, fut bien vite reléguée parmi les curiosités que l'on montre chez les prestidigitateurs, et comme dans notre pays essentiellement frondeur et gouailleur il se trouve toujours des esprits soi-disant forts, qui se refusent même à l'évidence, on prétendit bientôt que cette machine ne parlai t que parce que celui qui la montrait était un habile ventriloque ; c'est toujours le même refrain, et nous l'avons encore entendu tout dernièrement au sujet du phonographe; toujours est-il que certains journaux scientifiques s'étant fait l'écho de cette absurdité, celte machine s'est trouvée tellement discréditée qu'elle passe aujourd'hui inaperçue, bien qu'elle soit une
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conception des pins ingénieuses et des plus intéressantes. Quand donc notre pauvre pays se guérira-t-il de celte manie de tout nier sans examen préalable !...
Pour nous qui ne jugeons les clioses qu'après les avoir sérieusement étudiées, nous croyons devoir rétablir la vérité sur la machine parlante de M. Faber, et pour cela il nous suflîra de la décrire exactement.
A la page 287 du chapitre précédent, je disais qu'il fallait établir une grande différence entre la reproduction d'un son et la manière de déterminer ce son, et qu'une machine apte à reproduire les sons comme le plionographe pouvait différer essentiellement d'une machine réellement parlante. En effet, la reproduction de sons même articulés pourra être très-simple, du moment où l'on aura entre les mains un moyen de clicher en quelque sorte les vibrations de l'air appelées à transmettre ces sons ; mais pour les produire et surtout pour émettre les vibrations compliquées qui constituent la parole, il faudra la mise en action d'une foule d'organes particuliers se rapprochant plus ou moins de notre mécanisme vocal et remplissant plus ou moins exactement les fonctions du larynx, de la bouche, de la langue, des lèvres, du nez môme ; c'est pourquoi une machine réellement parlante est forcément très-compliquée, et c'est précisément le cas de la machine dont nous nous occupons en ce moment. Ce n'est pas, du reste, la première fois qu'on a fait des machines de ce genre, et dernièrement encore, on rappelait à l'Académie une tôle parlante qui existait au treizième siècle chez le philosophe Albert le Grand, et qui fut brisée par saint Thomas d'Aquin comme étant une invention diabolique.
La machine parlante de M. Faber que l'on a vue, il
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y a deux ans, au Grand-IIôlel et qu'on peut voir aujourd'hui dansle Salon attenant aulhéâlrede M. Robert Houdin, là précisément où M. Giffard a fait ses exhibitions du téléphone, se compose de tiois parties distinctes : 1° d'un grand soufflet mu par une pédale qui fournit les courants d'air nécessaires à la production des sons, et qui joue en quelque sorte le rôle des poumons ; 2° d'un appareil vocal composé d'un larynx accompagné de diaphragmes plus ou moins découpés pour modifier les sons, d'une bouche avec lèvres et langue en caoutchouc, et d'un conduit de dégagement imitant plus ou moins bien les fosses nasales ; 5° d'un système de leviers articulés et de pédales aboutissant à des touches que l'on manœuvre comme les touches d'un piano.
La partie la plus intéressante de cette machinerie que nous représentons en principe, fig. 75, est l'appareil vocal qui a exigé des études sans nombre faites sur nature pour arriver à la production des sons articulés. Elle se compose d'abord d'un tuyau assez gros de caoutchouc, à l'intérieur duquel se trouve disposé, comme dans une clarinette, une sorte de sifflet L. Ce silflet est composé d'un pelit cylindre de caoutchouc, présentant, suivant une de ses génératrices, une fcnle, devant laquelle est placée une trèsmince lame d'ivoire doublée de caoutchouc. Cette lame est fixée par un bout au cylindre et s'en écarte légèrement par son bout libre, de manière à permettre au courant d'air projeté par le soufflet S, de pénétrer entre les deux pièces et d'y déterminer les vibrations de la lame d'ivoire nécessaires à la production du son. L'extrémité du cylindre de caoutchouc est fermée de ce coté et se trouve adaptée à une tige de fer t qui sort du