DISPOSITION ORDINAIRE DES TELEPHONES BELL
La disposition la plus généralement employée pour les téléphones est celle que nous avons représentée fig. 21. C'est une sorte de petite boite circulaire en bois adaptée à l'extrémité d'un manche M, également de bois, qui renferme dans son intérieur le barreau aimanté NS. Ce barreau est fixé au moyen d'une vis t, et est disposé de manière à pouvoir être avancé ou reculé quand on serre ou l'on desserre la vis, condition nécessaire pour le réglage de l'appareil. A l'extrémité libre du barreau est fixée la lobirie magnétique B qui, d'après MM Pollard et Granier, doit, pour fournir le maximum d'effet, être construite avec du fil n° 42 et présenter un grand nombre de spires. Les bouts du et de cette bobine aboutissent le plus généralement à
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rextrémité inférieure du manche par deux tiges de cuivre fy f, qui traversent celui-ci dans sa longueur et viennent se relier à deux boutons d'attache I, 1' où l'on fixe les fils C, C du circuit. Cependant dans les appareils construits par M. Bréguet, il n'y a pas de boutons d'attache, et c'est une petite torsade de deux fils flexibles recouverts de gutta=percha et de soie qui est lixôe aux deux tiges ; un capuchon en bois se visse alors à l'extrémité du manche, et la torsade passe par un trou pratiqué dans ce capuchon ; de sorte que l'on
n'est nullement gêné dans la manipulation de l'appareil. Des serre-fils adaptés aux extrémités des fils de la torsade, permettent d'ailleurs de les réunir à ceux du circuit. La figure 22 représente cet appareil.
Dans une autre disposition, les fils de la bobine aboutissent directement à des boutons d'attache placés au-dessous de la boite de bois ; mais celte disposition est incommode.
Au-dessus de l'extrémité polaire du barreau aimanté, est placée la lame vibrante en fer LL qui est recouverte soit de vernis noir ou jaune, soit d'élain, soit d'un
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oxyde bleu, mais qui doit toujours être très- mince. Cette lame a la forme d'un di?que, et c'est par les bords de ce disque, appuyés sur une bague en caoutchouc, qu'elle est fixée fortement sur les bords circulaires de la boîte de bois qui est à cet effet composée de deux parties. Ces parties s'ajustent l'une sur l'autre soit au moyen de vis, soit au moyen d'un pas de vis, ménagé à mi-épaisseur de bois. Cette lame doit être le plus rapprochée possible de l'extrémité polaire de l'aimant, mais paô assez pour que les vibrations de la voix déterminent le contact de ces deux pièces.
Enfin l'embou chureRR',f]g.21, par laquelle on parle et qui a la forme d'un entonnoir trés-évasé, termine la partie supérieure de la boîte et doit être disposée de manière à laisser un
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certain vide entre la lame et les bords du trou V qui est ouvert à son centre. La capacité intérieure do la boîte doit être calculée de manière à pouvoir jouer le rôle de caisse sonore, sans cependant provoquer dï'cbos et d'interférences de sons.
Quand l'appareil est bien exécuté, il peut produire des effets très accentués, et voici ce que m'écrivnit à ce sujet M. Pollard, qui est un des premiers qui se soient occupés en France de téléphone.
0 L'appareil que j'ai confeclionné donne des résultats réellement étonnants : D'abord, au point de vue de la résistance, 5 ou 6 personnes introduites dans le circuit n'affaiblissent pas sensiblement l'intensité des sons. Quand on met un appareil sur chaque oreille on a absolument la même sensation que si le correspondant parlait derrière à quelques mètres. L'intensité, la netteté, la pureté du timbre sont irréprochables.
« Je puis parler à mon collègue à voix complètement basse, avec le souftle pour ainsi dire, et causer avec lui sans que des personnes placées à deux mètres de moi puissent saisir un seul mot de notre conversation.
« Au point de vue de la réception, lorsqu'on m'appelle en élevant la voix, j'entends cet appel de tous les points de mon bureau, du moins quand le silence y règne: dans tous les cas, lorsque je suis assis à ma table et que l'instrument est à quelques mètres de moi, je m'entends toujours appeler. Pour augmenter l'intensité des sons, j'adapte à l'embouchure un cornet en cuivre de forme conique, et dans ces conditions, on entend, au bout de la ligne, parler dans mon bureau à 2 ou 0 mètres de l'embouchure ; de ma place, à 1
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mètre environ du cornet, je puis entendre et parler sans effort à mon collègue. »
Pour se servir du téléphone ordinaire de Bell, il fnut parler nettement devant l'embouchuro du téléplione qu'on tient à la main, pendanl que l'auditeur placé à la station correspondante lient contre son oreille l'embouchure du téléphone récepteur. Ces deux appareils
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composent un circuit fermé avec les deux lils qui les relient, mais un seul suffit pour réaliser complètement la transmission, si l'on a soin de mettre en communication les deux appareils avec la terre qui, de cette manière, tient lieu de second fil. M. Bourbouze prétend qu'en emplo^jant ce moyen, l'inlensitè des sons dans le téléphone est grandement augmentée ; mais nous croyons que celte augmentation dépend des condi-
lions du circuit, quoiqu'il prétende qu'on puisse la constater sur un circuit ne dépassant pas 70 mètres.
Dans la pratique, il convient d'avoir à sa disposition deux téléphones à chaque station, afin d'en avoir un à l'oreille pendant qu'on parle dans l'autre, comme on le voit fig. 25. On entend aussi beaucoup mieux quand on applique un téléphone contre chaque oreille.
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On tient alors les deux téléphones comme on le voit fig. 24. Afin d'éviter la fatigue des bras, on a disposé un modèle qui les tient suspendus devant les oreilles au moyen d'une sangle à ressort qui entoure la tête.
11 y a du reste des différences considérables dans le pouvoir de transmission téléphonique des différentes voix. Suivant M. Preece, crier ne sert à rien : il faut
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pour obtenir de bons résultats, que l'intonation soit claire, que l'articulation soit distincte, et que les sons émis se rapproclient le plus possible des sons musicaux.
«J'ai entendu, dit-il, M. Wilmot, l'un des électriciens de l'administration des postes, sur des circuits à travers lesquels aucunes autres voix n'auraient pu se faire entendre. Les sons des voyelles viennent toujours le mieux, et parmi les autres lettres, e, g, j, k, q sont toujours les plus mal répétées. L'oreille aussi demande à être exercée, et les facultés auditives varient d'une manière surprenante suivant les personnes. Le chant est toujours entendu avec une grande netteté ainsi que les sons des instruments à vent et surtout ceux du cornet à piston qui, de Londres, pourrait être entendus par des milliers de personnes à la fois à travers le large Corn Exchange de Basingsloke. »
Suivant M. Rollo Russel, le circuit d'un téléphone n'aurait pas besoin d'isolation sur une longueur relativement petite ; ainsi avec un circuit de 418 mètres, on a pu employer un fil de cuivre nu déposé sur un gazon sans que les transmissions téléphoniques résultant d'une petite boîte à musique fussent annulées, mais à la condition que les deux fils ne fussent pas en contact. On a pu même obtenir des transmissions quand ce circuit était enterré dans de la terre mouillée sur une longueur de 50 mètres, ou immergé dans un puits sur une longueur de 40 mètres. La parole transmise dans ces conditions ne semblait même pas différente de ce qu'elle était quand le circuit était isolé.
Le téléphone peut se faire entendre simultanément à plusieurs auditeurs, soit en prenant sur les deux fils réunissant les deux téléphones en correspondance
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(près du téléphone récepteur) des dérivations aboutissant à différents téléphones, qui peuvent facilement être au nombre de 5 ou 6, sur les courts circuits, soit au moyen d'une petite caisse sonore fermée par deux membranes légères dont l'une est fixée sur la lame vibrante. En faisant aboutir à cette caisse un certain noml)re de tubes acoustiques, plusieurs personnes pourraient, suivant M. Me. Kcndrick, entendre très-distinctement.
On peut obtenir encore des auditions simultanées du téléphone en les interposant dans un même circuit, et les expériences faites à New-York ont montré qu'on pouvait ainsi en faire parler cinq échelonnés en différents points d'une ligne télégraphique. Dans des essais téléphoniques faits sur les lignes des écluses du département de l'Yonne, on a constaté que sur un fil de 1"2 kilomètres où Ton avait placé à des distances différentes plusieurs téléphones, trois ou quatre personnes ont pu causer entre elles à travers ces téléphones, chacune entendant ce que disaient les autres. Les réponses et les demandes tout en se croisant restaient perceptibles. On a pu même, en plaçant un téléphone sur un second fil de dix kilomètres éloigné du premier de cinquante centimètres, et le suivant sur une loBgueur de deux kilomètres seulement, saisir la conversation échangée sur l'autre fil. On pouvait même distinguer très-bien les timbres des voix des deux interlocuteurs.
Depuis l'apparition du téléphone en Europe, beaucoup d'inventeurs prétendent être parvenus à faire parler un téléphone de manière qu'il soit entendu des différenis points d'une vaste salle. Nous avons vu que M. Bell avait déjà obtenu ce résultat, et sons ce
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rapport nous ne voyons pas que ceux qui ont perfec" tionné le téléphone soient arrivés à des résultats beaucoup plus importants. Mais ce qui est certain, c'est qu'un téléplione ordinaire peut parfaitement émettre des sons musicaux susceptibles d'être entendus dans une pièce assez grande et tout en étant attaché à la muraille. On doit se rappeler les résultats obtenus par MM. PoUard et Garnier lors des essais qu'ils firent à Cherbourg pour relier la digue à la préfecture maritime de cette ville.
La digue de Cherbourg est, comme on le sait, une sorte d'ile factice créée de main d'homme devant cette ville pour constituer une rade. Les forts établis sur cette digue sont reliés par des cables sous-marins au port militaire et à la préfecture maritime. Un jour qu'après des expériences faites dans le cabinet du préfet sur l'un de ces cables, au moyen de téléphones, plusieurs des personnes présentes causaient ensemble dans la pièce, elles furent très-étonnées d'entendre le clairon sonner la retraite, et les sons semblaient venir de l'un des points de la pièce. On cherche, et l'on reconnaît bientôt que c'est le téléphone pendu à la muraille qui se livrait à cet exercice. On s'informe et l'on apprend que c'était un des expérimentateurs de la station de la digue qui avait fait la plaisanterie de sonner du clairon devant le téléphone de cette station. Or la digue est éloignée de Cherbourg de plus d'une lieue, et la préfecture maritime est au milieu de la ville. Les télé()hones étaient pourtant construits grossièrement dans les ateliers du port de Cherbourg, ce qui prouve une fois de plus combien ces appareils exigent peu de précision pour fonctionner.
Les téléphones du modèle de Bell les plus variés dans
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leurs dispositions se trouvent chez M. C. Roosevelt,
représentant de M. Bell à Paris, 1 , rue de la Bourse. Ils
sont généralement construits par M. Bréguet, et les
modèles les plus recherciiés sont, indépendamment de
celui que nous avons décrit, le grand modèle carré dont l'aimant est en fer à cheval et qui est renfermé dans une boîte plate, portant sur sa face antérieure un cornet qui sert en même temps d'embouchure.
Nous représentons (figure 25), ce système, qui a du reste été construit tout récemment à Boston dans de meilleures conditions. Dans ce nouveau modèle, établi par M. Gower, l'aimant est composé de plusieurs lames terminées par dss noyaux magnétiques en fer sur lequels sont fixées les bobines, et le tout est '^' '^' recouvert d'une épaisse
couche de paraffine. Les sons reproduits sont alors beaucoup plus nets et plus forts. M. Gower aujourd'hui associé de M. Roosevelt, a du reste considérablement perfectionné les téléphones Bell des différents modèles. Il y a aussi un modèle en forme de tabatière dans lequel
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l'aimant est contourné en spirale afin de conserver sa longueur sous une forme ronde. Le pôle qui occupe la partie centrale de celte spirale est alors muni d'un noyau de for sur lequel est fixée la bobine d'induelion, et le couvercle de la tabatière porte la lame vibrante ainsi que l'emboucbure; nous représentons ce modèle fig. 26. Dans un autre modèle, dit télépJione miroir^ le dispositif précédent est adapté sur
un manche comme la glace d'un miroir portatif, et l'embouchure se présentant sur l'une des faces latérales, on parle avec cet instrument comme si l'on parlait devant un écran de cheminée.
On trouve d'un aulre côté chez M. Bailey les divers modèles de téléphones à pile et à charbon d'Edison dont nous parlerons bientôt et qui ont donné les meilleurs résultats sur les longues lignes, ainsi que les téléphones de MM. Gray et Phelps.
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DISPOSITIONS DIFFEUENTES DES TELEPHONES.
Les résultats si prodigieux obtenus avec le iéléphoneBell et dontrauthenticilé avait éternise en doute par la plupart des savants, devaient nalurellement, étant une fois démontrés, provoquer une foule de recherches de la part des inventeurs et môme de ceux qui avaient été dans l'origine les plus incrédules. Il en est résulté une foule de perfectionnements et de modifications qui ont évidemment leur intérêt, et dont nous allons maintenant nous occuper.