SOKAERIES D APPEL ET AVERTISSEURS
Les sonneries d'appel appliquées aux services téléphoniques ont été combinées de diverses manières. Quand on emploie les sonneries trembleuses, comme dans les cas dont il a été question précédemment, il devient nécessaire d'employer une pile, et le grand avantage que présente le téléphone à courants induits se trouve ainsi notablement amoindri. On a donc cherché à se passer de pile et on a imaginé d'employer des sonneries magnéto-électriques.
Ce sont généralement deux timbres entre lesquels oscille un marteau, dont le support est constitué par l'armature polarisée d'un électro-aimant. Au-dessous de ce système, est disposé l'appareil magnétoélectrique qui, étant tourné à l'aide d'une manivelle, envoie les courants alternativement renversés, nécessaires pour communiquer au marteau un mouvement vibratoire, et ce mouvement est suffisant pour faire
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carillonner les deux timbres. Au-dessous de la manivelle de ce système magnéto-électrique, se trouve un commutateur à deux contacts qui dispose l'appareil pour la réception ou la transmission.
M. Mandroux a simplifié ce système et Ta réduit à de très-petites dimensions par la disposition suivante. Sur chacun des deux pôles d'un aimant en fei' à cheval composé de deux barreaux réunis par une culasse de fer, il fixe deux noyaux magnétiques munis de bobines, et entre les pôles épanouis de ces quatre noyaux, il introduit une armature soutenue inférieurcment par un ressort d'acier adapté à l'un des pôles. De cette manière, cette armature est polarisée, et peut osciller sous l'influence de courants renversés transmis par un appareil du môme genre muni d'un excitateur d'induction. Or ces oscillations peuvent avoir pour résultat de faire retentir un timbre d'appel, et le système excitateur d'induction peut consister dans une sorte de manipulateur-clef, adapté à un double système d'armature appliqué en temps normal contre les pôles des noyaux magnétiques pris deux par deux. En communiquant à ce manipulateur une série de mouvements, on détermine une série de courants induits de sens inverse qui font fonctionner l'armature du poste correspondant, ainsi qu'on l'a vu précédemment, et qui peuvent même fournir au besoin une série de signaux Morse pour une manipulation convenable. Ce système, en raison de ses petites dimensions, pourrait être appliqué aux services téléphoniques de l'armée.
La Compagnie du téléphone Bell à Paris a disposé encore un petit système d'appel, qui est bien suffisant et qui a l'avantage de servir de téléphone en même temps. C'est un modèle analogue à celui
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que nous avons désigné sous le nom de téléphone à tabatière, et qui possède un commutateur à bouton au moyen duquel la ligne est mise en rapport avecle système électro-magnétique de l'appareil, ou avec une pile capable de faire vibrer assez énergiquement ce genre de téléphone. Quand on appelle, on presse le boulon, et le courant de la pile est envoyé à travers l'appareil correspondant qui se met à vibrer sous l'influence d'un cri que l'on émet, et quand on est prévenu que le signal est reçu, on abandonne le bouton, ce qui permet de parler et de recevoir comme avec des téléphones ordinaires.
système de M. de Weinliold. — M. Zctzcbc parle aVCC
éloge d'un avertisseur, combiné par le professeur A. de Weinhold, qui est, du reste, analogue à celui de M. Lorenz que nous représentons fig. 56, et dont l'organe sonore est un timbre d'acier T de 15 à 14 centimètres de diamètre accordé ta environ 420 doubles vibrations par seconde. « Ce diamètre et cet accordement, dit- il, ne semblent pas sans quelque importance, et l'on ne peut s'en éloigner beaucoup sans nuire à l'effet. Le timbre a son orifice tourné en bas, et est fixé par son milieu sur un support. Ce dernier est traversé par une barre aimantée lecourbée légèrement , pourvue à ses deux extrémités d'appendices en fer entourés de bobines d'induction N, S. Le barreau aimanté du téléphone se termine également par un appendice en fer renfermé dans une bobine. Dans les deux cas, les changements qui se produisent dans l'état magnétique, paraissent être plus intenses que dans les aimants dépourvus d'appendices. La barre aimantée est placée à l'intérieur de la cloche dans le sens
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d'un de ses diamètres, de sorte que les appendices en touchent presque la paroi.
« Lors donc que le limlDie vient à être frappé à un endroit distant d'environ 90° de ce diamètre, au moyen d'un battant en bois M, mu par un ressort et que la main ramène en arrière en tendant le ressort (comme
Fi£r 56.
avec les timbres de table) pour le relâcher ensuite, les vibrations qui lui sont communiquées envoient des courants dans les bobines, et ces courants produisent dans la plaque de fer du téléphone des vibrations identiques, qu'un résonnatcur conique adapté au téléphone renforce suffisamment, pour qu'on puisse encore les entendre facilement à quelques pas de distance. Pour
LE TELEPHONE.
ics usages ordinaires, la bobine du timbre est fermée à court circuit au moyen d'un ressort métallique R, et par conséquent, lorsqu'on frappe le timbre, ce ressort doit être baissé pour faire cesser cette fermeture à court circuit. Un appareil du même genre a encore été combiné par M. W. E. Fein à Stuttgart. »
S.TStèmcde^i:^I. Dtitertre et Gouault. — Une dcS pluS
jolies solutions du problème de l'avertissement télépbo-
Fis. o
nique est celle qu'ont présentée récemment MM. Dutertre et Gouault et que nous représentons fig. 57 et 58, l'appareil étant \u sur ^cs deux faces opposées. C'est une sorte de téléphone en tabatière, analogue à celui que nous avons représenté fig. 26 et qui est disposé de manière à transmettre ou à recevoir l'avertissement, suivant la manière dont il est posé sur son support, lequel n'est autre qu'une petite console ordinaire pendue à la muraille. Quand il est posé sur cette console de manière
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à présenter extérieurement l'embouchure téléphonique, il est dans la position de réception, et alors il peut fournir l'appel. Quand, au contraire, il est renversé sur son support de bas en haut, il fournit l'appel à l'autre station en déterminant, sous l'influence d'une pile, les vibrations d'un trembleur, et ces vibrations se trouvent assez fortement répercutées dans l'appareil en correspondance pour fournir l'appel. En appuyant alors le doigt sur un petit bouton à ressort, et en le prenant à la main, on peut s'en servir comme d'un téléphone ordinaire.
Dans cet appareil, l'aimant NS, fig. 57, est disposé en forme de limaçon, comme ceux dont il a déjà été question, mais le noyau de fer doux S sur lequel est adaptée la bobine E peut déterminer à ses deux extrémités deux effets différents. D'un côté, il réagit sur la lame vibrante LL de l'appareil téléphonique, comme dans les appareils ordinaires, de l'autre, il réagit sur une petite armature adaptée à l'extrémité d'une lame vibrante C, fig. 58, qui, étant tendue contre un contact fixé au pont B, constitue un trembleur électro-magnétique. A cet effet, ce pont communique métalliquement avec le fil de la bobine dont l'autre bout correspond au fil de ligne, et le ressort C est monté sur une pièce A qui porte en môme temps un autre ressort DG agissant sur deux contacts, l'un situé en G et qui correspond au fil de terre, l'autre situé en II et qui est réuni au pôle positif de la pile. Un petit bouton mobile qui dépasse le couvercle de la boîte en passant à travers un trou, est fixé en G, et toute cette partie de l'appareil fait face au fond de la boîte. La lame vibrante et son embouchure constitue la partie supérieure, de sorte que tout les mécanismes que nous venons de décrire sont
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montés sur une c'oisoii inlérmédiaire entre les deux fonds de la boîte.
Quand celle boîte est appuyée sur son fond, du côté de la tig. 58, le petit bouton adapté en G appuie sur le ressort DG, et en le soulevant, rompt la communication avec la pile ; la bobine de l'appareil est alors simplement réunie au circuit, et elle peut en conséquence recevoir les courants transmis qui suivent le chemin suivant : le fil de ligne, bobine E, pont B, ressort C, ressort DG, contact de terre. Si ces courants sont transmis par un trembleur, ils sont assez forts pour déterminer un bruit capable d'être entendu de tous les points d'une pièce, et en conséquence l'avertissement peut être donné de cette manière. Si ces courants résultent d'une transmission léléplionique, on place l'appareil à l'oreille en ayant soin de pousser avec le doigt le bouton en G, et l'échange des correspondances se fait comme avec les appareils ordinaires; mais il est plus simple d'avoir pour cet usage un second téléphone intercalé dans le circuit et qui est plus maniable. Quand la boîte est renversée sur son embouchure, le bouton G ne pressant plus le ressort DG, le courant de la pile réagit sur le trembleur de l'appareil et transmet l'appel à la station correspondante en suivant la route : l D A C B E, ligne, terre et pile, et cet appel subsiste jusqu'à ce que le correspondant ait coupé le courant en prenant lui-même son appaieil, ce qui prévient l'autre qu'on est prêt à entendre.
Système de M. Puitij. — \ oici cucorc uu Système avertisseur proposé par le docteur Puluj. Il se compose de deux téléphones sans embouchure reliés entre eux, et dont les bobines sont placées en face de.«
branches de deux diapasons, accordés le plus exactement possible sur le même ton. Une sonnette en métal est adaptée à la face opposée de chacun des diapasons, et un fil suspendu à leur portée est muni d'une petite boule en contact avec leurs branches. Dès que, à la station de départ on fait vibrer le diapason en le frappant avec un marteau de fer recouvert de peau, le diapason de l'autre station se trouve mis en vibration, et sa boule fait retentir la sonnette. Dès que la première slalion a reçu le même signal de la seconde, on adapte aux téléphones des embouchures à membranes de fer, et l'on entame la correspondance. On peut, parait-il, en se servant d'un résonnateur, renforcer le son parvenu à la station de réception au point de le rendre perceptible dans une grande salle, et le signal par la sonnerie peut être entendu dans une pièce attenante, même à travers une porte fermée.
Système de M. Alfred Chîddey. Ce disposilif COUSlste
dans un mince tube de cuivre de 8 pouces de longueur ayant un orifice de un trentième de pouce de diamèlre, et dont le bout inférieur est soudé sur le diaphragme d'un téléphone. Un embranchement sur lequel est adapté un tuyau de caoutchouc le fait communiquer à une conduite de gaz, et il peut de cette manière constituer un bec de gaz que l'on allume et que Ton enveloppe d'un verre de lampe, de manière à lui faire produire, dans des conditions données, des sons analogues à ceux des flammes chantantes. Un système exactement semblable est disposé à l'autre extrémilé de la ligne, mais il doit être combiné de manière à ce que les sons émis de part et d'autre soient exactement
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à l'iiriisson. Si les deux syslèmcs sont à l'élal normal réglés de manière à ne pas émettre des sons, il suffira, pour les faire chanter, de faire résonner dans le voisinage de l'un ou de l'autre un diapason vibrant la même note, et alors la flamme correspondante se metira à chanter, provoquant une vibration du diaphragme du téléphone auquel elle correspond, et en- Iraînant par cela même la vibration du diaphragme de l'autre téléphone, et par suile celle de la flamme de l'appareil d'appel. On aura donc ainsi le signal d'appel sans l'intervention d'aucune pile.
APPLICATIOISS DU TELEPHOiNE.
Les applications du téléphone sont beaucoup plus nombreuses qu'on Taurait pensé à première vue. Au point de vue du service lélégraphique, son usage ne peut être évidemment qu'assez restreint, puisqu'il ne laisse pas de traces des dépêches transmises, et que sa vitesse de transmission est moins grande que celle des télégraphes perfectionnés ; mais il est une foule de cas où son emploi peut être précieux, même comme système télégraphique, car pour le faire fonctionner il n'est pas besoin d'une éducation télégraphique spéciale. Le premier venu peut transmettre et recevoir avec le téléphone, ce qu'on ne pourrait certainement pas faire avec les appareils télégraphiques, même les plus simples. Aussi ce système est-il employé maintenant pour le service des établissements publics et industriels, pour les services des mines, pour les travaux sous-marins, pour la marine militaire, surtout lorsque plusieurs vaisseaux marchent de con-
t>4(5 LE TELEI'HOM:.
serve dans les mêmes eaux et à la remorque les uns des autres, enfin pour les opérations militaires, soit pour les transmissions d'ordres à divers corps d'armée, soit pour les correspondances à échanger dans les écoles de tir. En Amérique, le service des télégraphes municipaux eî des télégraphes privés à l'intérieur des villes est effectué de celle manière, et il est probable que ce système sera prochainement adopté en Europe. Déjà en Allemagne un service de celte nature est établi depuis l'automne dernier aux bureaux télégraphiques de certaines villes, et le Post-office de Londres s'occupe en ce moment de l'établir en Angleterre. Il est à supposer que le réseau municipal do notre administiation française sera un joui' ou l'autre desservi ainsi. Mais indépendamment des services qu'il peut rendre comme appareil de correspondance, le téléphone peut être d'un grand secours aux services télégraphiques eux-mêmes en fournissant un moyen des plus simples d'obtenir un grand nombre de transmissions télégraphiques simultanées à travers un même fil et môme d'être associés en Duplex avec des télégraphes Morse. Ses applications sous la forme de microphone sont incalculables, et le proverbe qui dit que les murs ont des oreilles pourra devenir de cette manière matériellement vrai. On est effrayé des conséquences que pourrait avoir un organe aussi indiscret. Messieurs les diplomates devront évidemment redoubler de réserve, et les tendres confidences ne pourront plus se faire avec le même abandon. Y gagnera-t-on? nous n'osons le croire, mais en revanche le médecin pourra vraisemblablement un jour en tirer parti pour étudier avec une plus grande facilité tout ce qui se passe dans notre corps.
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APPLICATION DU TELEPHOiNE AUX TPxANS.MISSIO^S TELEGRAPHIQUES SIMULTANÉES.
L'une des plus curieuses et des plus importantes applications du téléphone est celle qu'on peut en faire aux appareils télégraphiques pour transmettre simullanément plusieurs dépêches à travers le môme fil, et nous avons vu que c'était cette application qui avait conduit MM. Gray et Bell à leurs téléphones parlants que nous admirons tant aujourd'hui, et qui ont fait perdre un peu de vue les conceptions primitives, hien qu'elles aient peut-être une plus grande importance pratique. Ce sont de ces systèmes dont nous allons maintenant nous occuper.
Pour obtenir la transmission simultanée, il n'est pas besoin d'un téléphone articulant; les téléphones musicaux imaginés par MM. Petrina, Elisha Gray, Froment, etc., peuvent parfaitement suffire, et pour qu'on puisse le comprendre, il me suffira d'en exposer brièvement le principe : Qu'on imagine aux deux stations en correspondance sept vibrateurs électro-magnétiques accordés sur les différentes notes de la gamme et d'après un même diapason, et admettons qu'une touche analogue à une clef de télégraphe Morse permette, par son abaissement, de faire réagir électriquement chaque vibrateur ; on comprendra aisément que ces vibrateurs pourront faire réagir par le môme moyen les vibrateurs correspondants de la station opposée ; mais il faudra qu'ils soient accordés sur la même note, et la durée des sons émis sera en rapport avec la durée de l'abaissement des touches. On pourra donc, au moven d'un
abaissement court ou prolongé, obtenir des sons longs et brefs qui pourront constituer les éléments du langage télégraphique usité dans le système Morse, et, par conséquent, se prêter à une transmission télégraphique auditive. Admettons maintenant que, devant chacun des vibrateurs dont nous avons parlé, soit placé un employé télégraphiste façonné à ce genre de transmission, et que ces employés transmettent en môme temps par ce moyen des dépêches différentes : le fil télégraphique se trouvera instantanément traversé par sept courants interrompus et superposés qui, à la station d'arrivée, sembleraient ne devoir fournir sur tous les vibrateurs qu'un mélange de bruits confus, mais qui, en raison de l'accord existant entre les vibrateurs en correspondance, n'influenceront d'une manière sensible que ceux de ces vibrateurs auxquels ils sont destinés. La pi'édominance des sons ainsi reproduits pourra d'ailleursôtreaccentuéedavantageenadaplantà chaque vibrateur un rcsonnateur cVHelmholtz \ c'est-à-dire un appareil acoustique susceptible de ne vibrer que sous l'influence d'une seule note sur laquelle il aura été accordé. Par ce moyen, il deviendra donc possible de
* Le résonnateur d'HelmhoUz repose sur ce principe qu'un volume d'air contenu dans un vase ouvert émet une certaine note quand il est mis en vibration, et que la hauteur de cetle note dépend de la dimension du vase et de celle de l'ouverture découverte. La forme employée par Ilelmholtz est celle d'un globe, avec ouverture large sur un côté et petite sur l'autre; c'est cette dernière qu'on approche de l'oreille. S'il y a dans l'air une série de sons musicaux, c'est celui qui est d'accord avec la note fondamentale du globe qui est renforcé et qui est perçu pnrnii tous les autres. C'est du reste le même effet qui se produit quand en chantant dans un piano, on entend certaines cordes qui vibrentplus fortement que les autres. Ce sont précisément celles qui vibrent à l'unisson des sons émis. On a donné aux résonnateurs des formes bien différentes; les plus employées sont des caisses plus ou moins longues qui servent en même temps de boîtes sonores.
LE TÉLÉl'llo.NE. )>i\)
trier les sons transmis et de ne faire arriver aux oreilles de chaque employé que les sons qui lui sont destinés. Conséquemment, que les sons soient mêlés ou non sur )es vibrateurs d'arrivée, l'employé du do ne recevra que des do, l'employé du sol ne recevra que des sol^ etc., de sorte que tous les employés pourront correspondre entre eux comme s'ils avaient chacun un fil spécial.
Tel qu'il vient d'eire exposé, ce système télégraphique ne permettrait que des transmissions auditives, et l'on ne pourrait pas, par conséquent, obtenir aucune trace des dépêches envoyées. Pour obvier à cet inconvénient, on a imaginé de faire réagir les vibrateurs du poste de réception sur des enregistreurs, en disposant ceux-ci de manière que leur organe électrique présentât assez d'inertie magnétique pour que, étant mis en action sous l'influence des vibrations sonores, il put maintenir l'effet produit tout le temps de la vibration. L'expérience a montré qu'un récepteur Morse, animé par le courant d'une pile locale, suffisait parfaitement pour cela; de sorte qu'en faisant réagir le vibrateur musical comme relais, c'est-à-dire sur un contact en rapport avec la pile locale et le récepteur, on pouvait obtenir sur celui-ci les traces longues et courtes qui sont les éléments constituants du langage de Morse.
D'après ces principes, et en considérant les espaces musicaux séparant les différentes notes de la gamme comme suffisants pour être facilement distingués par le résonnateur, on pourrait donc obtenir sept transmissions simultanées à travers le môme fil ; mais l'expérience a montré qu'il Fallait se contenter d'un moins grand nombre. Toutefois, comme on peut apphquer à ce système les moyens de transmission en sens contraire, on peut doubler ce nombre facilement.
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Suivant lAI. G. Bell, l'idée de l'application du téléphone aux transmissions électriques multiples serait venue simultanément à MM. Paul Lacour de Copenhague, à M. Elisha Gray de Chicago, à M. C. Varley de Londres et à M. Edison de New-Marck ; mais nous croyons qu'il a fait confnsion, car nous voyons déjà, les brevets en main, que le système de M. Varley date de 1870, que celui de M. Paul Lacour date de septembre 1874, que celui de M. Elisha Giay date de lévrier 1875, et que ceux de MM. Bell et Edison sont postérieurs, mais si l'on se reporte aux caveatsdeM. Elisha Gray, on pouirait croire que c'est lui qui, le premier, a conçu et exécuté des appareils de ce genre. En effet, dans un caveat rédigé le 6 août 1874, il exposait nettement le système que nous avons décrit précédemment et qui fut la base de ceux dont nous parlerons plus loin. Ce caveat n'était d'ailleurs lui-même qu'un complément de deux autres remplis en avril et en juin 1874. Quant au système de M. Yarley, il ne se rapportait que trèsindirectement à celui que nous avons exposé. Du reste, M. Bell lui-même ne semble avoir attaché maintenant qu'un intérêt secondaire à cette invention. Toici, toutefois, ce qu'il disait à cet égard dans son mémoire lu à la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres :
« Ayant été frappé de l'idée que la durée plus ou moins grande d'un son musical pouvait représenter le point et la barre de l'alphabet télégraphique, je pensai qu'au moyen d'un clavier de diapasons (analogue à celui d'Helmholtz) adapté à l'une des extrémités d'une ligne télégraphique et disposé de manière à réagir électriquement à l'autre bout de la ligne sur des appareils électro-magnétiques frappant sur des cordes de piano, on pourrait obtenir, par des combinaisons convenables
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de sons longs et courts, des transmissions télégraphiques simultanées, dont le nombre ne pourrait être limité que par la délicatesse de l'ouïe. 11 ne s'agissait pour cela que d'affecter au service de la transmission un employé pour chaque touche du clavier, et de faire en sorte que son correspondant ne put distinguer, au milieu de tous les sons transmis, que celui qui lui était propre. Cette idée envahit tellement mon esprit que je ne m'occupai plus que de résoudre le problème ainsi posé, et c'est ce qui m'a conduit à mes recherches sur la téléphonie.
« Pendant plusieurs années, je cherchai le meilleur moyen de reproduire, à distance, les sons musicaux au moyen de rhéotomes à trembleur ; celui qui m'a donné les meilleurs résultats était une lame d'acier vibrant entre deux contacts et dont les vibrations étaient provoquées et entretenues électriquement au moyen d'un électro-aimant et d'une batterie locale. Par suite de sa vibration, les deux contacts se trouvaient alternativement touchés, et il en résultait des fermetures alternatives de deux circuits, l'un local qui entretenait le mouvement de la lame, l'autre en rapport avec la ligne, et qui réagissait à distance sur le récepteur de manière à lui faire accomplir des vibrations isochrones. Une clef Morse était adaptée dans ce dernier circuit près de l'appareil transmetteur, et quand elle était abaissée, les vibrations étaient transmises à travers la ligne ; quand elle était relevée, ces vibrations cessaient, et l'on comprend aisément qu'en abaissant plus ou moins longtemps la clef, on pouvait obtenir les sons brefs et longs nécessaires aux différentes combinaisons du langage télégraphique. De plus, si la lame vibrante de l'appareil récepteur avait été réglée de
LE TELEPHONE.
nière à vibrer à l'unisson de celle de l'appareil transmetteur correspondant, elle devait vibrer beaucoup mieux avec ce transmelteur qu'avec un autre qui n'aurait pas eu sa lame ainsi accordée.
« Il est facile de comprendre, d'après cette disposition d'interrupteur, comment on peut obtenir avec plusieurs lames de sons différenls des transmissions simultanées, et comment, au poste de réception, il est possible de distinguer les sons qui sont destinés à cbaque employé, puisque c'est celui qui se rapporte au son fondamental de chaque lame vibrante qui est reproduit le plus fortement par cette lame. Conséquemment, les sons provoqués par la lame vibrante du do, par exemple, ne seront bien perceptibles à la station d'arrivée que sur l'appareil dont la lame aura élé accordée sur le do, et il en sera de môme pour les autres lames ; de sorte que les sons an ivcront à destination, sinon sans confusion, du moins suffisamment clairement pour êlre distingués par les employés.
« Sans entrer dans les détails de cette disposition, je dirai seulement qu'il existait dans ce système plusieurs défauts qui peuvent se résumer ainsi :
(( 1° L'employé qui devait recevoir les dépêches devait avoir une bonne oreille musicale afin de bien distinguer la valeur des sons.
« 2° Les signaux ne pouvant être produits qu'autant que les courants transmis sont dans la même direction, il fallait employer deux fils pour échanger les dépêches dans les deux directions.
« Je surmontai la première difficulté en adaptant au récepteur un appareil auquel je donnai le nom d'interrupteur de circuit vibratoire et qui permettait d'enregistrer automatiquement les sons produits. Cet
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interrupleiir était disposé dans le circuit d'une pile locale qui pouvait actionner un appareil Morse sous certaines conditions. Quand les sons émis par l'appareil ne correspondaient pas à ceux pour lesquels il avait été accordé, l'interrupteur restait sans actionsur l'appareil télégraphique ; au contraire il agissait sur lui quand les sons émis étaient ceux qui devaient être interprétés, et naturellement celte action durait plus ou moins, suivant que ces sons étaient brefs ou longs. Dés lors, on obtenait sur l'appareil télégraphique les points et les traits qui correspondaient aux signaux transmis. »
M. Bell dit encore qu'il a appliqué ce système aux télégraphes électro-chimiques, mais nous n'insisterons pas davantage sur cette partie de l'invention, puisque, ainsi que nous l'avons dit, il ne semble plus s'en occuper spécialement.
système de M. Paul Lacour de Copenhague. — Le
système de M. Paul Lacour a été breveté le 2 septembre 1874, mais les premières expériences ont été faites dès le 5 juin de la même année. A cette époque, comme M. Lacour craignait que les vibrations ne fussent pas perceptibles sur de longues lignes, les essais ne furent entrepris que sur une ligne assez courte; mais au mois de novembre 1874, de nouvelles expériences furent exécutées entre Frédériccia et Copenhague, sur une ligne dont la longueur était de 590 kilomètres, et l'on put constater que les etïels vibratoires pouvaient être transmis facilement, même sous l'influence d'une pile assez faible.
Dans le système de M. P. Lacour, l'appareil transmetteur est un simple diapason soutenu horizontale-