‹ Le tâelâephone, le microphone, et la phonographeChapitre 8 sur 22 · LE TKLEI'IKI.NE · texte numérisé non relu

LE TKLEI'IKI.NE

ment, et dont l'un des bras réagit sur un interrupteur de courant qui peut produire à travers la ligne un nombre d'émissions de courants exactement égal à celui des vibrations du diapason. Si un manipulateur Morse est interposé dans le circuit, on comprend aisément qu'en le manœuvrant de manière à produire les traits et les points de l'alpbabel Morse, on pourra reproduire ces sortes de signaux à la station opposée, et ces signaux s'y manifesteronl par des sons longs et courts, si un récepteur électro-magnétique est disposé en conséquence. Ce transmetteur est indiqué fig. 59.

Fi-. 59.

La fig. 60 représente le récepteur de M.Lacour. C'est un diapason F non plus en acier comme le diapason transmetteur, mais en fer doux et dont chacune des branches est introduite dans le tube d'une bobine électro-magnétique CC; deux électro-aimants particuliers M, M réagissent très-prés de rexlréinité antérieure de ces branches et de telle manière que les polarités développées sur ces branches sous l'inlluence des bobines CC, se trouvent être des noms contraires à celles des électro-aimants M, M. Si ce double système électromagnétique est interposé dans un circuit de ligne, il arrivera que, pour chaque émission de courant qui sera

transmis, il se produira une attraction correspondante des branches du diapason, d'où naitra une vibration et par suite un son, si ces émissions sont nombreuses. Ce son sera naturellement bref ou long, suivant la durée d'action du transmetteur, et il sera le même que celui du diapason de cet appareil. De plus, si l'une des branches du diapason réagit sur un contact P iniroduit dans le circuit d'une pile locale correspondant à unré-

Fig. 00.

cepteur Morse, il pourra se produire sur ce récepteur des traces qui seront longues ou courtes suivant la durée des sons reproduits, car l'électro-aimant du Morse se trouvera si promptement actionné par ces fermetures successives de courant, que son armature ne changera pas de place pendant toute la durée de chaque vibration. « Je n'ai pu encore, dit M. Lacour, à l'Académie des sciences de Danemark, en 1875, calculer le temps nécessaire pour produire dans le dia-

pason du récepteur des vibrations d'un ordre déterminé. Ce temps est fonction de divers facteurs, mais l'expérience a montré que le temps qui s'écoule avant la fermeture du circuit local est une fraction de seconde si petile qu'elle est presque inappréciable, même quand le courant est très-faible.

« Comme les courants inlermittants n'agissent sur un diapason qu'à la condition que ce diapason vibre à l'unisson de celui qui produit ces courants, il en résulte que, si l'on dispose à l'une des extrémités d'un circuit une série de diapasons transmetteur s accordés sur différentes notes de l'échelle musicale, et que l'on dispose à l'autre extrémité une série semblable de diapasons électro-magnétiques accordés exactement sur les autres, les courants mtermittents qui seront transmis par les diapasons transmetteurs se superposeront sans se confondre, et chacun des diapasons récepteurs électro-magnétiques ne sera impressionnable qu'aux courants lancés par le diapason vibrant à son unisson. De cette façon, les combinaisons de signaux élémentaires représentant un mot pourront être télégraphiées au même instant. » .

xM. Lacour énumére de la manière suivante les applications que l'on peut faire de ce système : « Si les clefs reliées aux diapasons transmetteurs sont placées les unes à côté des autres et abaissées successivement ou simultanément en nombre plus ou moins grand, il suffira de jouer de ces clefs comme on joue de celles d'un instrument de musique pour jouer un air à distance; ou bien encore les signaux transmis simultanément pourront appartenir chacun à une dépêche différente. Ce système permettra donc à la station extiême d'une ligne de communiquer avec une ou plusieurs stations

intermédiaires et vice versa, sans troubler en rien l'installation des autres postes. Ainsi deux des stations pourront s'envoyer des signaux sans que les autres s'en aperçoivent. Cette faculté de transmettre beaucoup de signaux à la fois donne un moyen avantageux de perfectionner le télégraphe autographique. Dans les appareils qui existent actuellement, tels que ceux deCaselli de d'Atiincourt et autres, il n'y a qu'un seul style traceur, et, pour obtenir la copie d'un télégramme, il faut que ce style passe sur toute sa surface; mais avec le téléphone, on peut placer un certain nombre de styles à côté les uns des autres de manière à figurer un peigne, et il suffit de tirer ce peigne dans un sens pour qu'il parcoure la surface du télégramme. On obliendra ainsi en moins de temps une copie plus fidèle. »

M. Lacour fait remarquer également que son système offre cet avantage déjà signalé par M. Varley, que ses appareils laissent passer les courants ordinaires sans en accuser la présence, d'où il résulterait que les courants accidentels qui troublent générale ment les transmissions télégraphiques, seraient sans action sur les systèmes télégraphiques dont il vient d'être question.

Dans l'origine, M. Lacour n'avait pas adap té au transmetteur de son appareil un système électro-magnétique pour entretenir le mouvement du diapason; mais il n'a pas tardé à reconnaître que cet accessoire était indispensable, et il a dû faire de ses diapasons des élec tro-diapasons. D'un autre coté, il a pensé à transformer les courants transmis en courants ondulatoires en interposant dans le circuit, comme l'avait fait du reste M. Elisha Gray, une bobine d'induction. Enfin, pour obtenir la mise en action immédiate des diapasons et

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la cessation également immédiate de leur action, il les construisit de manière à rendre leur inertieaussi petile que possible. Le moyen qui lui a le mieux réussi a élé d'introduire d'abord les deux branches du diapason dans une même bobine, et de prolonger en arrière le pied du diapason de manière qu'après s'être recourbé, il passât à travers une seconde bobine, se divisant en deux branches et embrassant sans les toucher les deux branches vibrantes. Lorsqu'un courant traverse les deux bobines, il produit dans ces deux systèmes qui constituent une sorte d'électro-aimant en fer à cheval, des polarités contraires qui provoquent une double réaction sur les branches vibrantes, réaction par répulsion exercée par ces deux branches en raison de leur même polarité, réaction par attraction par les deux autres branches en raison de leurs polarités contraires, et cette double action est renouvelée par le jeu d'un interrupteur de courant adapté à l'une des l3ranches vibrantes du diapason.

Système de M, Eiîsha Gray. — Dans le Système breveté primitivement, chacun des transmetteurs dont nous représentons, fig. 61, la disposition, se compose d'un électro-aimant M M soutenu au-dessous d'une petite tablette de cuivre BS, de manière que ses pôles traversant cette tablette viennent affleurer la surface supérieure de celle-ci. Au-dessus de ces pôles se trouve fixée une lame d'acier AS qui peut être tendue plus ou moins au moyen d'une vis S, et contre laquelle vient appuyer une autre vis c, mise en rapport électrique avec une pile locale R'par l'intermédiaire d'une clef Morse. Au-dessous de cette lame AS se trouve un contact d relié au fil de ligne L, lequel contact, étant rencontré

par la lame au moment de son attraction par Télectroaimant, ferme le courant d'une pile de ligne P qui agit sur le récepteur de la station opposée. Enfin des communications électriques établies entre la pile locale R' et Télectro-aimant, comme on le voit sur la figure, permettent de déterminer à chaque abaissement de la clef, et à la manière des trembleurs ordinaires, des vibrations de la part de la lame d'acier AS, vibrations qui, pour une tension convenable de cette lame et une intensité donnée de la pile R', peuvent fournir une note musicale déterminée. De plus, comme

à chaque vibration, cette lame AS rencontre le contact, cl, des émissions du courant de ligne sont produites à travers la ligne L, et peuvent réagir sur l'appareil récepteur en lui faisant reproduire exactement les mêmes vibrations que sur l'appareil transmetteur.

L'appareil récepteur que nous représentons fîg. Q'2 est exactement semblable à celui que nous venons de décrire, seulement le contact d manque au-dessous de la lame vibrante AS, et le contact c, au lieu de correspondre au fil de ligne, est relié électriquement à un enregistreur E et à une pile locale P. Or il résulle de

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cette disposition que quand la lame AS vibre sous l'influence des courants interrompus traversant l'électroaimant MM, des vibrations semblables sont transmises à travers l'enregistreur; mais si l'organe électromagnétique de cet enregistreur est convenablement réglé, ces vibralions ne pourront produire que l'effet d'un courant continu, et dès lors les traces laissées sur l'appareil seront plus ou moins longues suivant la durée des sons produits ; on aura donc de cette ma-

Fis-. 62.

niôre l'enregistration des traits et des points qui composent les signaux du vocabulaire Morse.

Si l'on considère maintenant que la lame AS peut vibrer d'autant plus facilement, sous l'influence des attractions électro-magnétiques, que le nombre de ces attractions se rapproche davantage de celui des vibrations correspondantes au son fondamental qu'elle peut émettre, on comprend immédiatement qu'en accordant cette lame sur celle de l'appareil transmetteur correspondant, de manière à lui faire produire le même son, elle deviendra particulièrement impressionnable aux vibrations transmises parie transmetteur, et les autres vibrations qui pourraient l'affecter n'agiront que faiblement. De plus, un résonnateur placé au-dessus de

cette lame pourra encore augmenter dans une grande proportion cette prédisposition ; de sorte que si plusieurs systèmes de ce genre, accordés sur des tons différents, fournissent des transmissions simultanées, ,es sons en rapport avec les différentes vibrations transmises, se trouveront en quelque sorte triés et distribués, malgré leur mélange, sur les récepteurs qui leur sont spécialement appropriés, et chacun d'eux pourra conserver les traces des sons émis, par l'adjonction de l'enregistreur qui pourra être d'ailleurs un récepteur Morse ordinaire convenablement disposé. Suivant M. Elislia Gray, il peut y avoir autant d'appareils transmetteurs et de circuits locaux indépendants qu'il y a de tons et de demi-tons dans deux octaves, ou plus, pourvu que chaque lame vibrante soit accordée sur une note différente de l'échelle musicale. Les instruments pourront être placés les uns à côté des autres, et leurs clefs locales respectives, disposées comme les touches d'un piano, permettront de jouer facilement un air composé de notes et d'accords; on pourra encore espacer les appareils et même les éloigner assez les uns des autres pour que chaque employé ne soit pas importuné par des sons autres que ceux qui sont propres à l'appareil dont il est chargé.

Dans une nouvelle disposition qui a figuré à l'Exposition universelle de 1878, M. Elisha Gray a modifié assez notablement le mode de fonctionnement des diverses organes électro-magnétiques que nous venons de décrire ; cette fois les lames sont constituées par de véritables diapasons à une branche qui vibrent continuellement aux deux stations, et les signaux ne sont perçus que par des renforcements dans l'intensité des

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sons produits. Cette disposition a été la conséquence de la nécessité dans laquelle on se trouve, pour des transmissions multiples de ce genre, de maintenir le circuit de ligne toujours fermé, afin de réagir avec des couranfs ondulatoires, les seuls qui, ainsi qu'on l'a vu page 41, peuvent conserver à plusieurs sons

L Iqtie

Fig. 65.

transmis simultanément leur caractère individuel. Dans ces conditions, le transmetteur se compose, comme on le voit fig. 63, d'une branche de diapason a munie d'une rainure dans laquelle peut courir un curseur pesant afin d'accorder le 'diapason sur la note Youlue, et qui oscille entre deux électro-aimants e et /" et deux contacts 1 et G. Ces électro-aimants ont une

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résistance très-différente; celle de Fun f est de 5 kilomètres de fil télégraphique, et celle de l'autre ne dépasse pas 400 mètres. Les communications électriques étant établies ainsi qu'on le voit sur la figure, Yoici ce qui se passe : le courant de la pile locale BL étant fermé à travers les deux électro-aimants e et f par le contact de repos de la clef Morse H, la lame a se trouve sollicitée par deux actions contraires ; mais comme l'électro-aimant f a plus de spires que l'électro-aimant e, son action est prépondérante, et la lame a se trouve attirée du côté /*, déterminant avec le ressort G un contact qui ouvre une issue moins résistante au courant. Celui-ci passant alors presque entièrement par G, b, J, 2, B, permet à l'électro-aimant e d'exercer à son tour son action ; la lame a se trouve alors attirée vers e et, déterminant un contact sur le ressort I, peut transmettre à travers la ligne télégraphique le courant de ligne BP, si la clef II est en ce moment abaissée sur le contact de transmission ; si elle ne l'est pas, aucun effet n'a lieu de ce côté, mais comme la lame a a abandonné le ressort G, le premier effet attractif de l'électro-aimant f se renouvelle et tend à attirer de nouveau la lame vers f, et les choses se renouvelant ainsi indéfiniment, la vibralion de la lame a se trouve entretenue, déterminant des émissions de courants de ligne en rapport avec ces vibrations, toutes les fois que la clef II se trouve abaissée. Ces vibrations sont d'ailleurs facilitées par l'élasticité de la lame qui doit d'ailleurs être mise en vibration mécaniquement au début.

Le récepteur que nous représentons fig. 04 consiste dans un électro-aimant M, monté sur une caisse sonore C et dont l'armature est constituée par une lame de dia-

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pason LL solidement fixée sur la caisse avec arqueboulement par une traverse T. Celte armature porte un curseur P, mobile dans une rainure, qui permet d'accorder ses vibrations propres sur la noie fondamentale de la caisse sonore C, laquelle doit vibrer à l'unisson avec elle et est disposée en conséquence. Par conséquent, quand la lame LL vibre, l'intensité de la note

Fi■^ 64.

fondamentale est amplifiée suivant les lois bien connues desrésonnateurs, et un son ne pourra être reproduit par elle qu'à la condition de vibrer à l'unisson avec elle. Dans ces conditions, la caisse aussi bien que le diapason agira donc comme un analyseur des vibrations transmises par les courants, et pourra faire fonctionner l'enregistreur en réagissant elle-même sur un interrupteur de courant local. Pour obtenir ce résul-

tat, il suffit de tendre devant l'ouverluie de la caisse une membrane de baudruche ou de parchemin et d'y adapter un contact de plaline disposé de manière à rencontrer, quand la membrane entre en vibration, un ressort métallique relié à un enregistreur quelconque, soit un appareil Morse. Toutefois, comme en Amérique les dépèches sont généralement reçues au son, on n'emploie pas ce complément du sysième.

On règle l'appareil non-seulement au moyen du curseur P, mais encore d'une vis de réglage V qui permet de placer l'éleclro-aimant M dans une position convenable ; ce réglage est assuré au moyen de la petite vis v, et l'appareil est relié à la ligne par le iDouton d'altache B. Ce double dispositif est naturellement établi pour chacun des systèmes de transmission.

Comme je le disais, on pourrait à la rigueur transmettre simultanément de cette manière sept dépêches différentes à la fois, mais jusqu'à présent M. Elisha Gray n'a disposé ses appareils que pour quatre ; il leur a appliqué toutefois la combinaison en duplex, ce qui lui a permis de doubler le nombre des transmissions ; de sorte que huit dépêches peuvent être transmises en môme temps, quatre dans le même sens, quatre en sens contraire.

D'après V Engineering et, du reste, d'après ce que m'a affirmé M. Haskins, ce système aurait fonctionné avec le succès le plus complet sur les lignes de la Western- Union Télegraph Company, de Boston à New-York et de Chicago à Milwaukee. Mais, depuis ces expériences, de nouveaux perfectionnements ont permis de transmettre un beaucoup plus grand nombre de dépêches.

M. Elisha Gray a combiné encore, conjointement avec

M. Haskins, un système dans lequel il peut effectuer des transmissions téléphoniques sur un fil déjà desservi par des appareils Morse. C'est un problème qu'avait résolu avant lui M. A^arley; mais le système de M. Elisha Gray parait avoir fourni des résultats très-importants, et à ce titre il mérite de fixer l'attention. Nous ne le décrirons pas toutefois ici, car nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé, et nous nous réservons d'en parler dans les appendices que nous ajouterons à notre exposé des applications de l'électricité. En attendant, ceux que cette question pourra intéresser trouveront tous les détails nécessaires dans un travail inséré dans le journal de la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres, tome VI, p. 506.

système de M.variey. — Ce systèmc cst évidemment le premier en date, puisqu'il a été breveté en 1870 et que ce brevet indique en principe la plupart des dispositifs adoptés depuis par MM. Paul Lacour, Elisha Gray et G. Bell. Il est basé sur l'emploi du téléphone musical du même auteur que nous avons décrit page 26, et dont il a, du reste, varié la disposition de plusieurs manières qu'il indique, en le rapportant plus ou moins au système de Reiss.

En fait, le but que s'était proposé M. Varley était de faire fonctionner son appareil téléphonique concuremment avec des insliuments à courants ordinaires, par la superposition d'ondes électriques rapides, incapables d'altérer pratiquement le pouvoir mécanique ou chimique des courants formant les signaux ordinaires, mais susceptibles de produire des signaux distincts perceptibles à l'oreille et môme à l'œil. « Un électroaimant, dit-il, offre au premier moment une grande

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résistance au passage d'un courant électrique, et, par suite, peut être regardé comme un corps partiellement opaque eu égard à la transmission de courants inverses très -rapides ou d'ondes électriques. En conséquence, si Ton place à la station de transmission un diapason ou un instrument à lame vibrante accordé sur une noie déterminée et disposé de manière à avoir son mouvement sans cesse entretenu par des moyens éleclriques, on pourra, en faisant passer le courant qui l'anime à travers deux hélices superposées constituant l'hélice primaire d'une bobine d'induction, obtenir dans deux circuits distincts deux séries de courants rapidement interrompus qui correspondront aux deux sens de la vibration du diapason, et l'on aura encore les courants induits déterminés dans l'hélice secondaire par ces courants, qui pourront animer un troisième circuit. Ce troisième circuit pourra d'ailleurs être mis en rapport avec une ligne télégraphique déjà desservie par un système télégraphique ordinaire, si l'on y adapte un condensateur, et l'on pourra obtenir deux transmissions simultanées différentes ^ »

La ligure 65 représente le dispositif de ce système : D est la lame vibrante du diapason appelée à fournir les contacts électriques pour l'entretien de son mouvement. Ces contacts sont en S et S', et les électro-aimants qui l'actionnent sont en M et M'; la bobine d'induction est en I, et les trois hélices qui la composent sont indiquées par les lignes circulaires qui l'entourent. En A se trouve un manipulateur Morse ; un autre est en A', et en P et P' se trouvent les deux piles destinées à animer

^ J'avais décrit dans le tome III de mon exposé des applications de réiectricité, p. 4G6, un système de ce genre, que M. Varley avait expérimenté au moment de la pose du câble transatlantique français.

LE TELEPHONE.

le système. Le condensateur est en C et le téléphone T à l'extrémité de la ligne L.

Quand la vibration de la lame D se porte à droite et que le contact électrique est efCectué en S', le courant de la pile P', après avoir traversé la première hélice, arrive aux électro-aimants M, M' qui l'aclionnent en lui donnant une impulsion en sens contraire. Quand, au contraire, elle se porte vers la gauche, le courant est envoyé à travers le second circuit primaire qui sera équilibré avec le premier. Il en résultera donc, dans le circuit induit correspondant à la clef A', une série de courants renversés qui chargeront et déchargeront al-

Fio. 60.

ternativement le condensateur C, envoyant ainsi sur la ligne une série correspondante d'ondulations électriques qui réagiront sur l'appareil téléphonique placé à l'extrémité de la ligne ; et comme ces courants peuvent être transmis avec des durées plus ou moins longues suivant le temps d'abaissement de la clef A', on pourra obtenir sur cet appareil téléphonique une correspondance en langage Morse, en môme temps qu'une autre correspondance sera échangée avec la clef A et les récepteurs Morse ordinaires.

Pour rendre sensibles à la vue les signaux vibratoires, M. Varley propose d'employer, pour la repro-

duction des vibrations, un fil d'acier fin, tendu à travers une hélice, en regard d'une fente très-étroite. On place derrière la fente une lumière qui est interceptée par le fil. Mais aussitôt qu'un courant passe, le fil vibre et une lumière apparaît. Une lentille placée en avant projette une image agrandie de la fente lumineuse sur un écran blanc tant que le fil est en vibration.

APPLICATIONS DIVERSES DU TELEPHOISE. Applications aux usages domestiques. — NoUS

avons VU que le téléphone pouvait être employé avec beaucoup d'avantages aux services des établissements publics et privés ; ils sont en effet d'une installation beaucoup moins dispendieuse que les tubes acoustiques, et peuvent s'appliquer dans des cas où ceux-ci ne pourraient jamais être employés. Grâce aux avertisseurs dont nous avons parlé, ils présentent les mêmes avantages, et la liaison des appareils entre eux peut être beaucoup mieux dissimulée. La différence du prix d'installation est d'ailleurs environ dans le rapport de 1 à 7.

Pour ce genre d'application, les téléphones magnétoélectriques sont évidemment ceux auxquels on doit donner la préférence , car ils ne nécessitent pas de pile et sont toujours prêts à fonctionner. On les emploie déjà dans la plupart des bureaux des ministères, et il est probable que d'ici à peu de temps ils seront l'accompagnement des sonneries électriques pour le service des hôtels et des grands établissements publics et privés ; on pourra même les employer dans les maisons particulières pour donner des ordres aux dômes-

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tiques éloignés ou aux concierges qui, par leur intermédiaire, pourront éviter aux visiteurs la fatigue de monter inutilement plusieurs étages. Dans ce cas, ces appareils devront être accompagnés de commutateurs et de boutons d'appel dont la disposition se devine du reste aisément.

Dans les établissements industriels, les téléphones remplaceront évidemment prochainement les systèmes télégraphiques déjà inlallés dans beaucoup d'entre eux. Ils pourront alors servir non-seulement à la transmission des ordres ordinaires, mais encore aux services de secours en cas d'incendie, et ils feront partie intégranle des divers systèmes déjà établis dans ce but.

Dans les pays qui ont la liberté de communication télégraphique, le téléphone a déjà remplacé en grande partie les appareils de télégraphie privée jusque-là en usage, et si nous jouissons un jour de ce privilège, il est évident qu'on n'emploiera pas d'autre moyen de correspondance. Espérons que d'ici à peu de temps ce desiderata, exprimé depuis si longtemps aux divers gouvernements qui se sont succédé, sera enfin accompli, et le téléphone sera venu juste à point pour inaugurer cette ère nouvelle.

Application aux ser\'îccs félë^rapliiques. — LcS

avantages que le téléphone peut rendre aux services télégraphiques est assez restreint, car au point de vue de la célérité de la transmission des dépêches, il aurait évidemment une moindre valeur que beaucoup de nos appareils télégraphiques actuellement en usage, et les dépêches qu'ils fourniraient ne seraient pas susceptibles d'être contrôlées. Néanmoins, dans les bureaux

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municipaux peu chargés de dépêches, ils pourraient présenter des avantages en ce sens que l'on n'aurait pas hesoin de former des employés. Mais sur les hgnes un peu longues, leur emploi serait évidemment moins avantageux. Le Journal télégraphique de Berne a publié à cet égard des considérations d'un grand intérêt sur lesquelles nous appellerons l'attention du lecteur et qu'il résume ainsi :

[° Pour transmettre une dépêche avec tous les avantages que comporte le système, il faudrait que Texpéditeur pût parler direetement au destinataire sans Tintermédiaire d'employés. Et tous ceux qui connaissent l'organisation des réseaux savent que cela n'est pas possible, qu'il l'aut nécessairement des bureaux intermédiaires de dépôt, et que le public ne peut être admis dans les bureaux de transmission et de réception ; par conséquent l'expéditeur devra remettre sa dépêche écrite.

« 2" L'employé une fois chargé de ce soin, l'appareil a déjà perdu un de ses principaux avantages, car cet employé va lire la dépêche et devra la prononcer à son correspondant; mais si cette dépêche est écrite dans une langue étrangère, cela devient évidemment impossible.

« 0° Enfin, aujourd'hui les administrations possèdent des instruments qui permettent d'expédier les dépèches avec une vitesse plus grande que celle qu'on obtiendrait en les expédiant par la voix. »

Cependant on a installé en Allemagne dans différents bureaux télégraphiques un service téléphonique, et pour qu'on puisse comprendre les avantages qu'on peut y trouver, il suffira de se reporter à la circulaire administrative qui a créé l'établissement de ces services. Voici cette circulaire :

Les bureaux qui seront ouverts au public pour le service des dépêches téléphoniques en Allemagne seront considérés comme

des établissements indépendants ; mais ils seront en même temps rattachés aux bureaux télégraphiques ordinaires, lesquels se chargeront de la transmission, sur leurs fils, des télégrammes envoyés au moyen du téléphone.

« La transmission auia lieu de la manière suivante : le bureau qui aura un télégramme à expédier invitera le bureau de destination à mettre l'appareil en place. Dès que les cornets auront été ajustés, le bureau de transmission donnera le signal de l'envoi de la dépêche verbale.

« L'expéditeur devra parler lentement d'une manière claire et sans forcer la voix ; les syllabes seules seront nettement séparées dans la prononciation, on aura soin surtout de bien articuler les syllabes finales et d'observer une pose après chaque mot, afin de donner à l'employé récepteur le temps nécessaire à la transcription.

« Lorsque le télégramme a été reçu et transmis, l'employé du bureau de destination vérifie le nombre de mots envoyés ; puis il répète, à l'aide du téléphone, le télégramme entier rapidement et sans pause, afin de constater qu'aucune erreur n'a été commise.

« Pour assurer le secret des correspondances, les instruments téléphoniques sont installés dans des locaux particuliers, où les personnes étrangères au service ne peuvent entendre celui qui envoie la dépêche verbale, et il est interdit aux employés de communiquer à qui que ce soit le nom de l'expéditeur ou celui du destinataire.

(( Les taxes à percevoir pour les dépèches téléphoniques sont calculés à tant par mot, comme sur les lignes télégraphiques ordinaires. »

On a encore eu Tidée d'employer le téléphone pour vérifier la perfection des joints dans les lignes télégraphiques. 11 est certain que si le joint est hon on n'entendra pas de bruits anormaux, du moins des bruits autres que ceux qui résultent des courants accidentels ; mais si le joint est mauvais, les contacls imparfaits qui auront lieu alors détermineront des variations d'intensité électrique qui se traduiront par des sons plus ou

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moins marqués que l'on percevra dans le téléphone. Dernièrement, M. Mauborgne, électricien attaché au chemin de fer du Nord a eu l'idée de substituer le téléphone au galvanomètre pour s'assurer du bon état des circuits correspondants aux appareils de signaux électriques. Les réactions produites sur l'aiguille des galvanomètres par toutes les pièces en fer qui encombrent les abords des chemins de fer, en rendaient souvent les indications incertaines, et les vents très-forts provoquaient delà part de ces instruments des mouvements insolites qui nuisaient aux observations. Il fallait d'ailleursles orienler, attendre l'immobilitéde leuraiguille, ce qui entraînait des pertes de temps qui pouvaient ê(re préjudiciables. xVvec le téléphone Topération s'effectue de la manière la plus facile, puisque les battements de la sonnerie d'avertissement y sont reproduits nettement, et que, pour les provoquer, il suffît de faire fonctionner à la main les contacts que l'on doit vérifier et qui peuvent en môme temps indiquer si l'état de la pile est satisfaisant.

Application aux arts militaires. — Dcpuis la découverte du téléphone, de nombreuses expériences ont été entreprises dans les différents pays, pour reconnaître les avantages que pourrait fournir son emploi à l'armée pour les opérations militaires. Jusqu'à présent ces expériences n'ont été que médiocrement satisfaisantes à cause des bruits qui existent toujours dans une armée et qui empêchent le plus souvent d'entendre ; et l'on recherche avec empressement tous les moyens de rendre les bruits du téléphone plus accentués. Au moment de la découverte du microphone, on avait cru un instant le problème résolu, et plusieurs écoles

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militaires m'avaient demandé des renseignements à cet égard ; mais je ne vois pas jusqu'ici que la question ait bien avancé sous ce rapport. Quoi qu'il en soit, le téléphone a été un intrument excessivement utile dans les écoles de tir et sur les polygones d'artillerie. Avec la grande portée qu'ont aujourd'hui les armes à feu, il devenait nécessaire, pour juger de la justesse du tir, d'être prévenu télégraphiquement de la position des points frappés des cibles, et l'on avait même imaginé pour cela, des cibles télégraphiques ; mais le téléphone est bien préférable, et on l'emploie aujourd'hui avec un grand succès.

Si le téléphone présente des inconvénients pour le service de la télégraphie volante en campagne, en revanche il peut être d'un grand secours pour la défense des places, pour la transmission des ordres du commandant aux différentes batteries et même pour l'échange des correspondances avec des ballons captifs lancés au-dessus des champs de bataille.

Malgré les difficultés de son emploi à l'armée, des essais ont été tentés par les Russes à la dernière guerre ; le câble des fils de communication était assez léger pour être posé par un seul homme et avait de quatre cents à cinq cents mètres. « Le mauvais temps, dit le Telegrafic Journal du 15 mars 1878, ne troubla pas le fonctionnement des appareils; mais le bruit empêchait d'entendre, et l'on était obhgé de se couvrir la tôle avec le capuchon d'un grand manteau pour intercepter les sons extérieurs. » Les résultats n'ont donc pas été très-satisfaisants. Toutefois le téléphone peut rendre à l'armée de grands services, en permettant d'intercepter au passage les dépêches de l'ennemi; ainsi un homme résolu muni d'un téléphone de poche pourra,

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en se plaçant dans un endroit écarté, établir des déri- \ations entre le fU télégraphique de l'ennemi et son téléphone et saisir parfaitement, ainsi qu'on l'a vu, toutes les dépêches transmises. 11 pourra môme obtenir ce résultat en prenant ces dérivations à la terre ou sur un rail de chemin de fer. Bien des recherches sont du reste encore à tenter dans cet ordre d'idées, et il est probable que l'on arrivera quelque jour à des combinaisons tout à fait pratiques.

Applications à la marine. L'uU dcS pluS ffrands

avantages du téléphone est celui qu'il peut rendre à la marine pour le service des électro-sémaphores, des forts en mer, et des navires mouillés en rade. « Les essais faits entre la préfecture maritime de Gherbouro-, les sémaphores et les forts de la digue, dit M. Pollard, ont fait ressortir les avantages qu'il y aurait à munir ces postes de téléphones, ce qui assurerait une communication facile entre les bâtiments d'une escadre et la terre ou entre ces navires eux-mêmes. En mouillant de petits câbles qui viendraient à la surface de la mer le long des chaînes des corps-morts et aboutiraient aux bouées ou coffres disposés en permanence dans la rade, les navires de guerre en s'amarrant se mettraient de cette manière en relation avec la préfecture maritime, et en mouillant temporairement des cables légers d'un bâtiment à l'autre, l'amiral entrerait en communication intime avec les bâtiments de son escadre. »

On a essayé l'application du téléphone à bord des navires pour la transmission des ordres, mais le bruit qui existe toujours sur un bâiiment empêche d'entendre, et les résultats ont été négatifs.

C'est surtout pour les torpilles sous-marines que l'u-

276 LE TELEPHOIN'E.

sage du téléphone peut être ulile. Nous avons déjà vu le genre de service qu'il peut rendre quand il est accompagné d'un microphone ; mais il peut encore être très-utile pour la mise à feu des lorpilles, lorsqu'il s'agit de connaître la position exacte du navire ennemi d'après deux visées laites en deux points différents de la côte.

On peut d'un autre côté, au moyen du téléphone, vérifier à chaque instant l'état des torpilles et reconnaître si la continuité du circuit au sein des amorces ne présente pas de défectuosités. On sait que pour faire ces vérifications, il faut employer un courant excessivement faihle, et les galvanomètres ne sont pas loujours suffisants pour faire ces expériences. Or le téléptione, en raison de son extrême sensihiliié, permet de les faire de la manière la plus simple et la plus facile.

M. Mac Evoy, capitaine de l'armée américaine, a eu encore l'idée de faire savoir à terre si les conditions matérielles des torpilles immergées entre deux eaux sont bonnes, en reliant au rivage les bouées qui les soutiennent par une ligne téléphonique. Si l'on place, en effet, dans la bouée qui soutient la torpille des disques métalliques disposés de manière à entrer en vibration à chaque mouvement imprimé à la bouée par les vagues, on entendra dans le téléphone, après avoir complété le circuit téléphonique par ces disques, un bruit continu qui durera tant que les disques seront en mouvement oscillatoire, mais qui cessera aussitôt que la bouée sera enfoncée sous l'eau. On saura donc, quand cet effet se produira, qu'il provient d'une cause accidentelle ou du passage d'un navire ennemi au-dessus de la bouée.

D'un autre côté, M. Trêve a montré qu'on pouvait

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encore employer avec avantage le téléphone pour relier télégraphiquement des navires marchant à la remorque Tun de l'autre, et M. des Portes en a lait une tièsheureuse application pour les recherches que l'on est souvent appelé à faire au fond de la mer à l'aide du scaphandre. Dans ce cas, on remplace une glace du casque par une plaque en cuivre dans laquelle est enchâssé le téléphone, ce qui fait que le scaphandrier n'a qu'un léger mouvement de tête à faire soit pour recevoir des communications de l'extérieur, soit pour en adresser. Avec ce système, on peut visiter les carènes des navires et rendre compte de tout ce que l'on voit, sans qu'il soit besoin de ramener les scaphandriers hors de l'eau, comme on était obligé de le faire jusque-là.

M. de Parville, le spirituel et savant rédacteur scientifique du Journal officiel et du Journal des Débats, vient d'imaginer une nouvelle application du téléphone qui présente un certain intérêt. Il s'agit de la possibilité que le téléphone peut donner de déterminer exactement la position du méridien magnétique, c'està-dire la véritable direction de l'aiguille aimantée.

On prendrait pour cela un téléphone Bell, dont le noyau magnétique serait constitué par une tige de fer de 1 mètre de longueur et qui serait soutenue, par une suspension à la cardan, sous un angle d'inclinaison voisin de celui donné par la boussole d'inclinaison. Sous l'influence du magnétisme terrestre, cette tige s'aimantera, et le téléphone pourra transmettre les bruits produits par un vibrateur quelconque placé dans le voisinage de son embouchure. Ces bruits seront naturellement d'autant plus forts que l'aimantation du barreau de fer sera plus énergique, et si Ton tourne

278 LE TtLEPlIO.NE.

Je téléphone autour de l'horizon en conservant au barreau la même inclinaison, les sons transmis dans le téléphone de réception seront maxima quand l'axe du barreau sera dans le plan du méridien magnétique et minima, quand il en sera à 90°. On pourra donc, par la direction qu'occupera cet axe au moment où les sons ne seront plus entendus du tout, reconnaître la direction exacte de la ligne nord-sud de l'aiguille aimantée; car elle sera donnée par la perpendiculaire à la ligne suivant laquelle est dirigé l'axe du barreau de fer en ce moment.

Il serait peut-être possible qu'avec ce système, l'influence des masses de fer qui troublent d'une manière si sensible la direction de l'aiguille aimantée sur les navires en fer, fût à peu prés nulle, et l'on pourrait alors obtenir ainsi une orientation plus exacte que celle de la boussole.

Le même procédé permettrait d'apprécier et de mesurer les variations du magnétisme terrestre.

M. de Parville n'a pas, il est vrai, expérimenté ce système ; mais les expériences de M. Blake que nous avons rapportées page 54, permettent de croire qu'il pourrait être utilement appliqué.

Applications industrielles. — L'uuc dcs premières et des plus importantes applications qui ont été faites du téléphone est celle qui a été tentée dès l'automne de 1877 en Angleterre et en Amérique pour le service des mines. Les galeries de mines sont, comme on le sait, souvent bien longues, et les transmissions des ordres de services avaient déjà nécessité l'emploi de télégraphes électriques ; mais les mineurs sont loin d'être exercés à la manœuvre de ces appareils, et ce service

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laissait beaucoup à désirer. Grâce au téléphone qui permet au premier venu de transmettre et de recevoir, rien ne s'oppose plus maintenant à un échange facile de communications entre les galeries et le dehors.

On a pu aussi à l'aide du téléphone surveiller la ventilation dans les mines. Un téléphone étant placé près d'une roue mise en mouvement par l'air servant à la ventilation et étant relié à un autre téléphone placé dans le bureau de l'ingénieur, celui-ci pourra constater par le bruit qu'il entendra, si la ventilation se fait dans les conditions convenables et si la machine fonctionne ré^ifulièrement.

Applicatioia aux recherches scientifiques. — LcS expériences de M. d'Arsonval que nous avons rapportées page 157, nous ont montré qu'on pouvait employer le téléphone comme un galvanoscope des plus sensibles; mais, comme cet appareil ne peut fournir des sons que sous l'influence de courants interrompus, il faut que le circuit sur lequel on expérimente soit coupé à des intervalles plus ou moins rapprochés. Il n'est même pas nécessaire, comme on l'a vu, que le téléphone soit interposé dans le circuit ; il peut être impressionné à distance, soit directement, soit par l'induction du courant interrompu sur un autre circuit placé parallèlement à côté du premier, et l'on peut augmenter la puissance de ces etfets par la réaction d'un noyau de fer autour duquel on enroule le circuit inducteur. L'inconvénient de ce sytème est que l'on n'obtient pas le sens du courant et qu'il ne peut être employé comme instrument mesureur; mais, en revanche, il est tellement sensible, tellement facile à installer et si peu

280 LE TELEPHONE.

coûteux, qu'employé comme galvanoscope, il peut rendre les plus grands services.

M. Warren de la Rue a employé aussi le téléphone dons ses recherches sur les décharges électriques des piles de haule tension pour suivre les différentes phases de la décharge pendant les phénomènes lumineux qu'elle détermine. C'est ainsi qu'il a reconnu que quand un condensateur, mis en rapport avec une pile d'un nomhre considérable d'éléments isolés, se décharge graduellement à travers un tube deGeissler, un son sourd et faible est entendu dans le téléphone tout le temps que les stratifications de la lumière restent en apparence parfaitement stables ; mais ce son augmente considérablement de force et devient quelquefois perçant à mesure que ces stratifications se diffusent et se rapprochent davantage du point de leur extinction, ce qui démontre, par conséquent, que la décharge cVune pile dans les tubes où le vide a été fait est intermittmite.

iM.Spottiswoode, qui a répété les mêmes expériences avec des décharges de machines de Iloltz et de grands condensateurs, a trouvé que les bruits les plus perçants produits par le téléphone coïncidaient avec le plus grand développement des stratifications. Ces sons cependant s'éteignaient par moments. On pouvait même reconnaître, par l'intensité des sons développés, les différences de tension qui pouvaient se manifester dans la charge du condensateur et le ralentissement du mouvement de la machine, et les différences d'intensité de ces sons pouvaient, dans certains cas, dépasser une octave. Les chutes se manifestaient plus souvent par demi-tons que graduellement, et l'introduction de résistances dans le circuit modifiait beau-

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coup CCS sons ; on pouvait même les rendre plus forts en approchant le doigt du tube de décharge. Lors des essais que l'on a fails du téléphone entre Calais et Boulogne, on a constaté un résultat qui semblerait indiquer une application avantageuse de cet appareil à l'élude de la balistique. En effet, des expériences de tir étant faites sur la plage de Boulogne, on a placé près de la pièce de canon un téléphone, et l'on a perçu la détonation à trois kilomètres (point de chute). En mesurant le temps écoulé enlre la sortie du projectile et sa chute, on a pu calculer sa vitesse. Cette appréciation se fait ordinairement par l'observation visuelle de la flamme qui accompagne la sortie du projectile; mais dans certaines circonstances, telles que le brouillard ou le tir à longue portée, le téléphone remplacerait peut-être avec avantage l'observation visuelle. Sur le champ de bataille, un observateur muni d'un téléphone et placé sur une éminence, pourrait, à distance, rectifier le tir de sa batlerie établie généralement dans un endroit abrité et moins élevé.

fT Le phonographe de M. Edison, qui a tant préoccupé les esprits depuis quelques mois, est un appareil qui, nonseulement enregistre les diverses vibrations déterminées par la parole sur une lame vibrante, mais qui reproduit encore la parole d'après les traces enregistrées. La première fonction de cet appareil n'est pas le résultat d'une découverte nouvelle. Depuis bien longtemps les physiciens avaient cherché à résoudre le problème de l'enregistration de la parole, et, en 1856, M. Léon Scott avait combiné un instrument bien connu des physiciens sous le nom de plionautographe qui résolvait parfaitement la question ; cet appareil est décrit dans tous les traités de physique un peu complets ; mais la seconde fonction de l'appareil d'Edison n'avait pas été réalisée ni même posée par M. L. Scott, et nous nous étonnons que cet intelligent inventeur ait vu dans l'invention de M. Edison un acte de spoliation commis à son préjudice. Nous regrettons surtout pour lui, à qui, quoi qu'il en dise, tout le monde a rendu justice, qu'il ait à cette occasion publié, en termes amers,

284 LE PIIONOGRAniE.

une SOI le de pamphlet qui ne prouve absolument rien, et qui n'apprend que ce que tous les physiciens savent déjà. Si quelqu'un pouvait élever des pré- Icntions à l'égard de l'invention du phonographe, du moins dans ce qu'il a de plus curieux, c'està-dire la reproduction de la parole, ce serait bien certainement M. Ch. Gros; car dans un pli cacheté déposé à l'Académie des sciences, le 50 avril 1877, il indiquait en principe un instrument au moyen duquel on pouvait obtenir la reproduction de la parole d'après les traces fournies par un enregistreur du genre du phonaulographe \ Le brevet de M. Edison dans lequel

* Voici le texte du pli cacheté de M. Gros, ouvert sur sa demande à l'Académie des sciences, le 5 décembre 1877. (Voir Comptes remhis, t. 85, p. 1082). « En général, mon procédé consiste à obtenir le trace de va-et-vient d'une membrane vibrante el à se servir de ce tracé pour reproduire le môme va-et-vient, avec ses relations intrinsèques de durées et d'intensités, sur la même membrane ou sur une autre appropriée à rendre les sons et bruits qui résultent de cette série de mouvements,

« Il s'agit donc de transformer un tracé extrêmemen!; délicat, tel que celui qu'on obtient avec des index légers frôlant des surfaces noircies à lalkumne, de transformer, dis-je, ces tracés en relief ou creux résistants capables de conduire un mobile qui transmettra ses mouvements à la membrane sonore.

« Un index léger est solidaire du centre de figure d'une membrane vibrante; il se termine par une pointe (fil métallique, barbe de plume, etc.), qui repose sur une surface noircie à la flamme. Cette surface fait corps avec un disque animé d'un double mouvement de rotation et de progression rectiligne. Si la membrane est en repos, la pointe tracera une spirale simple; si la membrane vibre, la spirale tracée sera ondulée et ses ondulations présenteront exactement tous les va-et-vient de la membrane en leur temps et leurs intensités.

« On traduit, au moyen de procédés photographiques actuellement bien connus, cette spirale ondulée et tracée en transparence par une ligne de semblables dimensions, tracée en creux ou en relief dans une matière résistante (acier trempé, par exemple).

« Cela fait, on met cette surface résistante dans un appareil moteur qui la fait tourner et progresser d'une vitesse et d'un mouvement pareils

le principe du phonographe est indiqué pour la première fois, ne date en effet que du 51 juillet 1877, et encore ne s'appliquait-il qu'à la répétition des signaux Morse. Dans ce brevet, M. Edison ne fait que décrire un moyen d'enregistrer ces signaux par des dentelures effectuées par un style traceur sur une feuille de papier enveloppant un cylindre, et ce cylindre était creusé sur sa surface d'une rainure en spirale. Les dentelures ou gaufrages ainsi produits devaient être utilisés, d'après le brevet, pour transmettre automatiquement la môme dépêche, en repassant sous un style capable de réagir sur un intei rupteur de courant. 11 n'est donc dans ce brevet nullement question de l'enregistralion de la parole ni de s,a reproduction ; mais, comme le fait observer le Télégraphie Journal du P" mai 1878, l'invention précédente lui donnait les moyens de résoudre ce double problème aussitôt que l'idée lui en serait venue. S'il fau t en croire les journaux américains, cette idée ne tarda pas à se faire jour, et elle aurait été le résultat d'un accident. Pendant des expériences qu'il faisait un

à ceu,x dont avait été animée la surface d'enregistrement. Une pointe métaUique, si le tracé est en creux, ou un doigt à encoche, s'il est en relie f, est tenue par un ressort sur ce tracé, et, d'autre part, l'index qui .supporte cette pointe est solidaire du centre de ligure de la mcnibrai.ie propre à produire des sons. Dans ces conditions, cette membrane sera animée, non plus par l'air vibrant, maïs par le tracé connnandant l'index à pointe, d'impulsions exactement pareilles en durées et en intensités, à celles que la membrane d'enregistrement avait subies.

'x Le tracé spiral représente des temps successifs égaux par des longueurs croissantes ou décroissantes. Cela n'a pas d'inconvénients si l'on n'utilise que la portion périphérique du cercle tournant, les tours de spires étant très-rapprochés; mais alors on perd la surface cen. traie.

« .Dans tous les cas, le tracé de l'hélice sur un cylindre est très-préférable, et je m'occupe actuellement d'en trouver la réalisation pratique-, ï,

jour avec le téléphone, un style attaché au diaphragme lui piqua le doigt au moment où le diaphragme entrait en vibration sous l'influence de la voix, et celle piqûre avait été assez forîe pour que le sang en jaillit; il pensa alors que, puisque les vibrations de ce diaphragme étaient assez fortes pour percer la peau, elles pourraient bien produire sur une surface flexible des gaufrages assez caractérisés pour représenter toutes les inflexions des ondes provoquées par la parole, et il put croire que ces gaufrages pourraient même reproduire mécaniquement les vibrations"- qui les avaient provoquées, en réagissant sur une lame capable de vibrer à la manière de celle qu'il avait déjà employée pour la reproduction des signaux Morse. Dès lor5 le phonographe élait découvert, car de celte idée à sa réalisLilion, il n'y avait qu'un pas, et, en moins de de ux jours, l'appareil était exécuté et expérimenté.

Cette petite histoire est assez ingénieuse et li^it bien dans le tableau, mais nous aimons à croire quO cette découverte a été faite un peu plus sérieusemen't. En effet, un inventeur comme M. Edison, qui avait dc^cojiver V ëleclro-motographe^ et qui l'avait ap[)liqué ai.i téléphone, se trouvait par cette application môme sur la voie du phonographe, et nous estimons trop M. Edi^.^on pour ajouter foi au petit roman américain. D'ailleiirs le phonautographe de M. L. Scott était parfaitement connu de M. Edison.

Ce n'est qu'au mois de janvier 1877, que lephon(> graphe de M. Edison a été breveté. Par conséquent, a n point de vue du principe de l'invention, M. Ch. Cr'OS parait avoir une priorité incontestable; mais son svstème, tel qu'il est décrit dans son pli cacheté et tel qii'il a été publié dans la Semaine du clergé du 10 oc.to-

bre 1877, aurait-il été susceptible de reproduire la parole?... Nous eu doutons fort, et notre doute pourrait être légitimé par les essais infructueux tentés par M. l'abbé Leblanc qui avait voulu réaliser l'idée de M. Gros. Quand il s'agn de vibrations aussi accidenlées, aussi complexes' que celles qui sont exigées pour la reproduction df^s mots articulés, il faut que leur clicbage soit en rj-liclque sorte moulé par elles-mêmes, et leur reprod-Jction artificielle doit forcément laisser échapper les 'nuances qui distinguent les iines liaisons du langage.;;' d'ailleurs, les mouvements déterminés par une p'jinte enf^af^ée dans une rainure suivant une courbe sinusoïde^ ne peuvent s'effectuer avec toute la liberté \iécessaire au développement des sons, et les froltepj^ents exercés sur les deux bords opposés de la ram'iire seraient d'ailleurs souvent de nature à les éto' jffer. Un membre distingué de la Société de physiqu/e disait ave^ raison, quand j'ai présenté le phono- .^i^raphe à cette Société, que toute l'invention de M. Edison résidait dans la feuille métallique mince sur laquelle les vibrations se trouvent inscrites, et effectivement, c'est grâce à cette feuille qui a permis de clicher directement les vibrations d'une lame vibrante, que le problème a pu être résolu; mais il fallait penser à ce moyen, et c'est M. Edison qui l'a trouvé; c'est donc lui qui est bien l'inventeur du phonographe.

Après M. Ch. Gros, et encore avant M. Edison, MM. Napoli et Marcel Deprez avaient cherché à construire un phonographe; mais leurs essais avaient été si infructueux qu'ils avaient cru un moment le problème insoluble, et quand on annonça à la Société de physique l'invention de M. Edison , ils la mirent en doute. Depuis, ils ont repris leurs travaux et

nous font espérer qu'un jour ils pourront nous présenter un phonographe encore plus perfectionné que celui de M. Edison; c'est ce que la suite nous dira.

En définitive, c'est M. Edïson qui le premier a reproduit mécaniquement la parole, et a réalisé par ce fait, une des plus curieuses .et des plus importantes découvertes de notre époque ;».car elle a pu nous montrer que cette reproduction est li^eaucoup moms compliquée qu'on pouvait le supposer: Cependant il ne faut pas s'exagérer les conséquences tîl^éoriques de celte découverte qui n'a pas du tout démP^l^'^, suivant moi, que nos théories sur la voix fussel*^^ inexactes. Il faut, en effet, établir une grande différefi^cG ^"^''^ la reproduction d'un son émis et la manière' .^^ ^^' terminer ce son. La reproduction pourra êtî^^ ^[' fectuée d'une manière très-simple, comme le dP'sait M. Bourseul, du moment où l'on aura trouvé ^^ moyen de transmettre les vibrations de l'air, quelqi"-*^ compliquées qu'elles puissent être; mais pour pro-^ duire par la voix les vibrations compliquées de la parole, il faudra la mise en action de plusieurs organes particuliers, d'abord des cordes du larynx, en second lieu, de la langue, des lèvres, du nez, des dents mêmes, et c'est pourquoi une machine réellement parlante est forcément très-compliquée.

On s'est étonné que la machine parlante qui nous est venue, il y a deux ans d'Amérique, et qui a été exhibée au Grand-Hôtel, fut d'une extrême complication, alors que le phonographe résolvait le problème d'une manière si simple : c'est que l'une de ces machines ne faisait que reproduire la parole, tandis que l'autre l'émettait, et l'inventeur de cette dernière machine avait dû, dans son mécanisme, mettre à contribution

tous les organes qui dans* notre organisme concourent à la production de la parole. Le problème était infiniment plus complexe, et l'on n'a pas accordé à cette invention tout l'intérêt qu'elle méritait. Nous la décrirons du reste plus loin.

Il est temps de décrire le phonographe et les diverses applications qu'on en a faites et qu'on pourra en l'aire dans l'avenir.

Description dn phonographe . — manière de s'en servir .

— Le premier modélede cetappareil,celui qui est le plus connu et que nous représentons fig. QQ, se compose simplement d'un cylindre enregistreur R, mis en mouvement au moyen d'une manivelle M tournée à la main, et devant lequel est fixée une lame vibrante munie antérieurement d'une embouchure de téléphone E et, sur sa face postérieure, d'une pointe traçante; cette pointe traçante que l'on voit en s dans la fig. 68, qui représente la coupe de l'appareil, n'est pas fixée directement sur la lame^. elle est portée par un ressort r, et entre elle et la lame vibrante est adapté un tampon de caoutchouc c, constitué par un bout de tube, lequel a pour mission de transmettre à la pointe s les vibrations de la lame sans les étouffer ; un autre tampon r, placé entre la lame LL et le support rigide de la pointe, tend à atténuer un peu ces vibrations" qui seraient presque toujours trop fortes sans cette précaution.

Le cylindre, dont l'axe AA, fig. 66, est muni d'un pas de vis pour lui faire accomplir un mouvement de translation horizontal à mesure que s'effectue son mouvement de rotation sur lui-même, présente à sa surface une petite rainure hélicoïdale dont le pas est exactement celui de la vis qui le fait avancer, et la pointe tra-

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