LUCIEN ADAM
J’espérais que’ le jugement identique porté sur l’attitude étrange de M. Parisot par deux savants dont l’autorité est si grande, modifierait les dispositions de Dom Couturier qui, dans le second paragraphe de sa lettre, semblait avoir voulu laisser une porte ouverte.
Ne voyant rien venir, j’écrivis à M. J. Parisot:
MONSIEUR
Sommé par M. Daniel Brinton de soumettre, à l’examen d'hommes compétents, les manuscrits sur lesquels vous avez composé la Grammaire et le vocabulaire de la langue taensa avec textes traduits, je vous ai prié instamment de me confier ces documents, et vous avez, à plusieurs reprises, déclaré qu'il ne vous était pas possible de remettre la main dessus.
Mes amis estiment que cette réponse ne dégage point suffisamment ma responsabilité, et que je dois vous inviter à saisir de la question un jury d'honneur. Je viens donc vous demander de faire choix d’un arbitre résidant à Paris; de mon côté, j'en choisirai un dans cette même ville, et si vous le voulez bien, nous conviendrons dès aujourd’hui qu’au cas où les deux arbitres ne se mettraient point d’accord, ils seraient départagés par telle personne que le bureau de la Société de Linguistique serait prié de vouloir bien désigner.
JO PSE
Dans l'espoir d’une réponse qui me donne la satisfaction à laquelle j'ai droit, je suis, Monsieur, votre humble et obéissant serviteur,
Lucien Apam.
Dom Couturier m’a fait feire par Dom J. Parisot, la érponse que voici :
Solesmes, 14 août 1885.
MonsIEur,
Je m'empresse de donner réponse à votre lettre que J'ai reçue avant-hier.
Vous m'y proposez la constitution d’un jury d’honneur auquel serait déférée la question de la grammaire taensa.
Vous l’avouerai-je ? La proposition m'a causé quelque surprise. Je me suis demandé comment la décision de ce jury d'honneur, quelle qu’elle puisse être, vous aiderait à répondre aux doutes élevés par M. Brinton contre l'authenticité de quelques-uns de nos textes ? Le JURY D'HONNEUR SUFFIRA-T-IL A RETROUVER LES MANUSCRITS ? Alors même que l’on y pourrait parvenir, l’argumentation ne se dresserait-elle pas toute entière contre les manuscrits eux-mêmes ? La question avancera-t-elle pour avoir été déplacée ?
Et puis, que dirai-je, moi, à ce jury d'honneur? Sinon ce que j'ai dit tout haut, grâce à la publicité que vous avez vous-même donnée à mes lettres. Je lui dirais, en effet, que j'ai possédé autrefois ces manuscrits; qu’à votre demande, sur la fin de l'impression, j'offrais de vous les faire parvenir sauf à ajourner un peu la publication; qu’ils se sont égarés depuis et que je n'ai pu les retrouver ; qu'il n'est point trop malaisé d'expliquer ia disparition des manuscrits dont on a fait, par une pu-
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