Kouaii ti miao „Tcmple de Rouan ü
Nous sommes maintenant arrivés à côté de deux collines
enclavées toutes deux dans une vaste enceinte; ce sont les collines Hao-li et Ch'ô-cheou. La colline Hao-li est celle où la croyance populaire localise le royaume des morts (cf. p. 14); son nom primitif était Kao-li ; c’est ainsi
que dans le Ts'ien Han choti (chap. VI, p. 1 2 r°), nous lisons que le douzième mois de l’année 104 av. J.-C., l’empereur Wou offrit le sacrifice chan à la terre sur le Kao-li; d’autre part cependant, une élégie funèbre, composée en 202 av.
Fig. 28.
Statues de bronze doré dans le Ling-ying kong (n° 766).
Au premier plan, les deux assistants du côté Ouest, en avant de la Princesse des nuages colorés qui est invisible. A l’arrière-plan, le Bodhisattva du côté Ouest et ses deux assistants.
J.-C. et devenue une complainte rituelle qu’on chantait aux funérailles, commençait par les mots Hao-li ^ ') ;
on ne tarda pas à faire une confusion entre les deux termes Kao-li et Hao-li-, la montagne consacrée aux divinités qui sont sous la terre, et l’élégie qui accompagne à leur dernier séjour les morts, produisirent, par une association d’idées, la conception d’un monde souterrain où se donnent rendezvous les âmes des hommes défunts; cet obscur domaine des ombres fut localisé sous la colline Kao-li dont le nom se tranforma en Hao-li. La croyance populaire relative aux âmes des morts qui habitent le Hao-li est aujourd’hui encore très vivace; nous le constatons dès que nous pénétrons dans l’enceinte où nous introduit la porte surmontée des mots Hao-li chan ^ jjj ; dès que nous avous passé devant la scène destinée aux représentations théâtrales, nous voyons s’élever de tous côtés, et plus particulièrement le long de deux avenues, une véritable forêt de stèles funéraires (p. 14 fig. 4) qui signalent ^l’endroit où on fait les offrandes aux parents de trois générations défuntes” si kou san tai tsong ts'in hiang tsi tche tcli ou
la plupart de ces stèles sont érigées à frais communs par les habitants d’un ou plusieurs villages réunis en une association religieuse ; voici par exemple ce que nous lisons sur l’une d’elles (fig. 29):
„Les habitants du village de Mong kia yen qui est dans le district méridional de la sous-préfecture de
i) Voyez, dans le chapitre Epigraphie, le début d’une inscription de 1284 qui se trouve dans l’un des temples de la colline Hao-li.
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Tch' ang-cJian, dépendant de la préfecture de Tsi-nan, dans la province de Chan-tong, sacrifient avec respect à l’emplacement où se trouvent leurs parents des générations défuntes.
Erigé par Ho Tchouang-kong en un jour faste du second mois de l’année ping-won (1906) de Kouang-siu, sous la grande dynastie Ts'ing.
Le président (c. à d. le religieux Taoïste ayant présidé à la cérémonie) Tcliang Neng-cJiouen."
Une autre stèle (fig. 30) est ainsi conçue:
„ Association conforme à la raison des villages de Won-li k'iao et de Tao tclionang, faisant partie du district oriental
de la sous-préfecture de Tch'angchan, qui dépend de la préfecture de Tsi-nan, dans la province de Chan-tong.
Emplacement de leurs parents de trois générations.
Erigé le deuxième mois de la vingtneuvième année (1903) Kouang-siu.
Le président Kao Tche-yu".
D’autres stèles, plus verbeuses, rappellent les traditions qui concernent la montagne Hao-li-, toutes concourent à nous attester que nous sommes bien là dans le domaine des mânes. — Suivant jusqu’au bout l’allée la plus méridionale des stèles, nous tournons vers le Nord, et, après avoir franchi un porche défendu par deux gardiens farouches, l’un vert et l’autre bleu, nous arrivons devant un grand et beau bâtiment qui est le
17 1. ^ ^ ^ Chen-lo tien „Salle de Che7i-lo" (A, XX,
19 v°; B, VII, 35 v°, VIII, 2 v°, XVIII, 26 v°; C, III, 20 v°; VII, 25 r°-v°). — On voit là un dieu colossal assis dans une niche rouge; il a un aspect de redoutable majesté, qui est véritablement émouvant; son visage et ses mains sont dorés: il tient un kouei vert sur lequel est représentée une constellation triangulaire; en avant du dieu sont postés debout, de chaque côté, deux assistants, l’un civil et l’autre militaire ; l’assistant civil de l’Ouest est muni d’un pinceau et d’un livre intitulé „ Registre général des naissances et des morts” ; celui de l’Est porte un rouleau ; les deux militaires sont armés, l’un d’une lance, l’autre d’une hallebarde; sur les murs sont des représentations des dix enfers ').
Derrière cette salle, au fond de la cour, on voit la stèle de 1284 dont on lira plus loin la traduction '-).
Tout le long du mur d’enceinte de la cour sont rangées soixante-quinze cours de justice des enfers avec la représentation des supplices qui y sont infligés’’); les chambres numérotées de nombres impairs, de i à 73, sont à l’Est; les chambres numérotées de nombres pairs, de 2 à 74, plus la chambre 75, sont à l’Ouest; le point de départ des deux séries est le centre du mur Nord où sont représentés les trois juges {San ts' ao ^ ^ ), celui du milieu habillé de rouge et portant la moustache, celui de l’Est vêtu de bleu et portant la barbe; celui de l’Ouest vêtu de vert et imberbe; le point d’arrivée des deux séries de chambres est la porte d’entrée du mur Sud, mais elles sont séparées de la porte par deux chambres dont l’une, celle de l’Est, est consacrée aux deux dieux qui président respectivement aux jours et aux années {je tche sseii 0 it ^ , nien tche sseu tandis que l’autre est consacrée aux deux dieux qui président
1) Cf. p. 96.
2) Voyez, dans le chapitre Epigraphie^ l’inscription n° 6.
3) Sur les soixante-quinze cours de justice, voyez, dans le chapitre Rpigraphie^ les inscriptions n"* 7 (1285) et 8 (1284).
respectivement aux mois et aux saisons [yue tche ssue p] , che tche sseu (^ ^ )■
Si nous sortons de la cour du chen lo tien, nous pourrons encore visitér trois autres sanctuaires qui sont compris dans l’enceinte commune des temples de la montagne Hao-li-, nous commençons par jeter un coup d’oeil sur un pavillon élevé qui renferme, au premier étage, une divinité; une carte du T'ai chan tche (B, IV, 25 v° — 26 r°) indique ce pavillon sous le nom de tour du général de fer ( t'ie tsiang kiun le eu), mais je n’ai pu découvrir qui était ce personnage au-dessus de la statue duquel on lit l’inscription: „Son visage de fer est sans partialité” {t'ie mien wou sseîi ). Nous entrons maintenant dans le premier des trois sanctuaires qui nous restent à visiter; c’est le fs] ^ ^ „Salle de (Yama).” On y voit
trois dieux coiffés du chapeau à franges; celui du milieu qui a le visage et les mains dorés, appuie les poings sur ses genoux et paraît interroger un coupable avec un air terrifiant; les deux autres dieux tiennent en main des konei\ devant la statue du centre, deux assistants debout portent, l’un le sceau, l’autre le décret ; contre les murs latéraux se trouvent, à l’Est le dieu à tête de boeuf et un mandarin à figure blanche ; à l’Ouest, le dieu à tête de cheval et un mandarin à figure brune. Sur les murs latéraux eux-mêmes sont peintes des fresques représentant les vingt-quatre exemples de piété filiale.
Ce bâtiment occupe l’emplacement de l’ancien pavillon Houan-ts'onei ^ (B, VIII, 2 r°). Plus bas, on
remarque un pilier octogonal de pierre sur lequel est inscrit une dhâranî ou prière mystique, aujourd’hui presque entièrement effacée; ce monument, érigé sous la dynastie des Tstn postérieurs, date de l’année 944 (B, XV, 46 r°) ; on sait que ces piliers octogonaux, très fréquents en Chine, sont désignés par le mot tch'onang ||j^ qui signifie proprement
une banderole; ils sont en effet le substitut des anciennes banderoles (dhvaja) qu’on suspendait autour d’une hampe centrale après y avoir inscrit des textes sacrés.
Nous visitons ensuite le
ti tsang tien „ Salle (du Bodhisattva) ti-tsang (Ksitigarbha)’’’ où nous voyons un Bodhisattva assis avec les jambes repliées à l’hindoue; il porte une coiffure à cinq pointes, celle du centre étant rouge ; celles des deux extrémités, bleues; celles qui sont intermédiaires, vertes.
Nous entrons enfin dans une dernière enceinte située plus haut sur la colline; c’est le