‹ Le Tʾai chan; essai de monographie d'une culte chinoisChapitre 62 sur 109 · Yao ts'an t'ing „ Pavillon où on salue de · texte numérisé non relu

Yao ts'an t'ing „ Pavillon où on salue de

loin” (B, X, I r°-v°; D, 13 v°). Ce bâtiment était, à l’origine, un pavillon ouvert à travers lequel passaient les visiteurs qui se rendaient au temple; ils s’y prosternaient pour saluer de loin la divinité et c’est de là que ce pavillon prit son nom. Mais, sous les Ming, on installa la statue de la Pi hia yuan kiun dans ce pavillon qui devint une salle fermée et qui se trouva ainsi masquer l’entrée du temple principal. Considérons donc les abords de ce premier édifice après lequel nous pénétrerons dans la véritable enceinte du temple.

Lorsqu’on a parcouru la voie dallée (fig. 2) qui, partant de la porte sud de la ville, se dirige droit vers le Nord, on arrive à un bassin quadrangulaire entouré d’une balustrade en pierre (fig. 33) ; une gargouille en forme de tête de dragon émerge dans le haut de l’angle Nord-Ouest du bassin; elle y déverse toutes les eaux qui tombent sur la vaste étendue du Tai miao pendant la saison des grandes pluies; au moment où j’étais à T'ai-ngan fou (17 — 25 Juin 1907), ce réservoir était entièrement à sec ; on voyait au centre un petit pilier de pierre surmonté d’une boule qui doit sans doute servir à mesurer l’étiage des eaux.

Immédiatement au Nord du bassin, un arc de triomphe qui porte les mots yao ts'an t'ing annonce que nous allons

1) Cet arc de triomphe date de la 35e année (1770) (D, 13 v®)

I arriver au pavillon de ce nom. En effet, après avoir franchi j par une porte basse un mur d’enceinte, nous nous trouvons i en présence de ce qui fut autrefois le Pavillon où on salue

; Fig. 33.

Bassin destiné à recevoir les eaux du Tai miao.

î de loin; depuis l’année 1504, cet édifice est devenu, comme nous l’avons dit, un temple de la Pi hia yuan kiun\ la statue de la déesse, toute dorée, est presque invisible dans I la niche vitrée qui lui sert d’abri; à l’Est, deux femmes I debout, dont l’une est représentée portant un sceau [yin) j enveloppé dans une étoffe jaune, tandis que l’autre tient I une branche de corail [chan hou chou) ; à l’Ouest, deux i autres femmes, dont l’une présente un édit impérial [tchè), et la seconde une gourde à double renflement [pao-p'tng). i Derrière la niche de la déesse, un disque représente le j miroir magique Tchao yao dont la clarté fait

I disparaître les obscurs démons.

Après avoir traversé ce sanctuaire de la Pi hta yuan kiun,

nous trouvons un petit pavillon quadrangulaire qui est appelé le Pavillon des eaux courbes {K'iu chouei t'ing parce qu’il est suivi de deux petits étangs en forme de demi-lune. Continuant à marcher vers le Nord, nous sortons de l’enceinte du temple de la Princesse et nous voyons se dresser devant nous un fort bel arc de triomphe en pierre (fig. 34) qui est l’arc de triomphe du Pic de l’Est [Tong y 0 fang ^ ').

Aussitôt après on rencontre le mur d’enceinte ®) du Tai miao percé de trois entrées ; celle du centre qui a trois ouvertures, est la porte qui fait face droit au Sud [tcheng yang inen lEltP^ ); l’entrée de l’Ouest est la porte où on contemple la grandeur {kien ta men ); l’entrée

de l’Est est la porte où on admire la hauteur [yang kao men W PI )• Cette dernière issue est seule ouverte aux visiteurs; nous la franchissons donc et nous nous trouvons dans la première cour du temple.

Cette cour, comme d’ailleurs celle qui la suit, est toute plantée de beaux cyprès. Près de l’entrée, deux stèles colossales, s’érigent sur des socles en forme de tortue; celle de l’Ouest ; haute d’environ 7 mètres, est datée de l’année 1013; elle commémore l’ordonnance par laquelle l’empereur Tchen tsong, de la dynastie Song, éleva le dieu du T'ai chan du rang de roi à celui d’empereur en le nommant „Empereur égal au Ciel, bon et saint” [T'ien ts'i jen cheng tï)^). La stèle de l’Est, haute d’ün peu plus de 6 mètres, est datée de l’année 1124; elle rappelle la réfection du temple et fait l’éloge du dieu du T'ai chan *). D’autres stèles peuplent

1) Il fut érigé sous le régne de K'ang-hi (D, 13 v°).

2) Ce mur a 3 li de côté et 30 pieds de haut (D, 13 v°).

3) Voyez le texte de ce monument dans A, VI, 15 v®-2i r°; B, X\ I 36 v°-4i v°; C, XI, 22 v°-26 v°.

4) Voyez le texte dans A, VI, 27 r'’-30 r°; B, XVII, 32 r°-34 v®; C, VII, 3 v°-5 r°; A'in che tsouei pien^ chap. CXLVII.

Fig. 34- Tong yo fang

Arc de triomphe devant l’entrée du Tai miao,

riAN PU TA! ftlAO

encore cette cour; elles sont moins anciennes et moins grandes que les deux précédentes; l’une d’elles, du côté de l’Ouest, présente au revers, une carte du T'ai chan gravée en 1781; mais cette carte est assez grossièrement exécutée et n’offre pas d’intérêt '). A côté d’elle, une stèle porte écrits en gros caractères les trois mots ^ ^ „Pic du

dragon volant”, qui ont été tracés en 1567 par le calligraphe Lieou Hoiian (A, VII, 14 r°).

Comme on peut le voir sur le plan du temple (fig. 35), la cour où nous nous trouvons en ce moment est occupée par trois bâtiments; celui du centre est une porte monumentale (/) qui est appelée Porte de celui qui est associé au Ciel {p'ei t'ien men PI ); cette périphrase désigne le dieu du T'ai chan

qui concourt avec le Ciel à diriger l’univers; cette porte est précédée de deux lions {soiian yi de bronze;

sous le porche, une statue colossale à visage blanc symbolise le tigre blanc à l’Ouest, tandis qu’une autre statue à visage sombre symbolise le dragon vert à l’Est ; les chevaux de ces deux guerriers et les deux garçons [ma t'ong) qui les tiennent en laisse sont représentés de l’autre côté de la porte.

Le bâtiment de l’Est [h) est la Salle des trois marquis divins [San ling heou tien ) (A, VI, 6 v"; C, VII,

29 v°); ces personnages furent anoblis par l’empereur Tchen tsong après que, au moment où celui-ci faisait l’ascension du T'ai chan en l’année 1008, ils lui furent apparus auprès de Nan t'ien men-y ils passent pour être des censeurs de l’époque des Tcheou nommés T’ang Tch'en, Ko Yong et Tcheou Won mais nous ne les trouvons mentionnés dans aucun texte historique du temps des Tcheou.

Plus mal connu encore est le personnage qu’on vénère dans le bâtiment de l’Ouest [g) appelé salle du T'ai-wei [T'ai

i) L’mscription qui est à l’avers de cette stèle est l’oeuvre de Tchou Hiao-chouen\ elle est reproduite dans A, Vil, 25 v°-27 r°.

Fig. 36.

Pierre du Fou-sang.

wei tien Je il ^ ) ; d’après Tchou Tso qui écrivit un supplément au Ts'ien ting Ion, ce fai-wei, ou commandant militaire, serait un certain Tou Ts'ong, duc de Pin (A, VI, 6 v°; B, X, 7 v°; D, 14 r°); cependant un ouvrage taoïste lui attribue le nom de famille Tchou (cf. plus haut, p. 41, lignes 12 — 15).

En arrière de ces trois bâtiments, nous arrivons à un mur

qui sépare la première cour de la seconde; il est percé de trois ouvertures, celle du centre (?) étant la porte

Esplanade au centre de la seconde cour du Tai miao.

Fig. 38.

Bassin en fonte (iioi ap. J.-C.), dans la seconde cour du Tai miao.

La seconde cour est plus vaste que la précédente. Son mur d’enceinte était autrefois tout garni de chambrettes qui, d’après quelques vestiges de peinture qu’on peut encore discerner, devaient être les soixante-quinze tribunaux des enfers '). L’intérieur de la cour est planté de beaux thuyas parmi desquels se détache la blancheur des stèles nombreuses. Au centre de la place, une esplanade rectangulaire (fig. 37)> entourée d’une élégante barrière est occupée par des pierres aux formes bizarres ; d’autres de ces pierres se trouvent à l’Est et à l’Ouest de la cour 2) ; après avoir traverse l’esplanade, nous arrivons à un escalier de dix marches qui nous amène à une première terrasse sur laquelle est encore une pierre étrangement contournée (fig. 36); on ht sur ce rocher les mots Fou sang che ^ ^ ^ „ Pierre du

Fou-sang y \ Une nouvelle rampe d’escaliers nous élève enfin sur la seconde terrasse au fond de laquelle se dresse la majestueuse façade et la double toiture de la salle de Celui dont l’élévation culmine (Smn ki tien'^^ est le sanctuaire du dieu; à chacune des deux extrémités de

1) Voyez, dans le chapitre Epigraphie, les inscriptions no^- 7 et 8.

2) Une de ces pierres porte une inscription attestant qu’elle a ete donnée au temple sous la dynastie Kin, en l’année i20q; mais la plupart des autres paraissent avoir été apportées à l’époque des M.ng (A, VI 33 v°).

3) Dans cette dénomination, le mot Fou-sang doit désigner 1 Orient; a pierre du Fou-sang, c’est la pierre de l’Orient. - Sur la fig. 36, mon compagnon L voyage, M. Alexéief, se tient debout à côté de la pierre. - Dans l’ouvrage du p. Tschepe, la fig. 3 est intitulée par erreur «Temple de la Pi hia yuan kiun” ; elle représente, en réalité, au premier plan, la pierre u Fou-sang considérée sous la face opposée à celle que j’ai photographiée moimême; à l’arrière-plan, on aperçoit la façade du Siun ki tien, c est-a-dire de la salle principale où trône le dieu du T'at-chan.

4) lIÈ ^ est l’abréviation de l’élévation

culmine jusqu’au ciel”; nous trouvons déjà dans une inscription de l’annee 1262 (A, VII, I r°-v°), cette expression complète qui traduit la meme idee

que l’épithète ^ ^ «Celui qui égale le ciel” (cf. p. 6, n. 4)-

la terrasse est un petit pavillon (fig. 39) qui abrite des poésies, gravées sur pierre, de l’empereur K'ien-long.

Fig. 39-

Pavillon à l’angle oriental de la façade du Siun ki tien.

Avant d’entrer dans le sanctuaire, redescendons de la terrasse pour considérer les deux bas-côtés de la cour dont nous venons de traverser le centre. Tout d’abord, au pied même de l’escalier conduisant à la terrasse, nous voyons de chaque côté deux superbes bassins circulaires {t'ong ) en fonte de fer; la fig. 38 reproduit celui de l’Ouest; l’inscription ’)

i) Le texte de cette inscription se trouve dans A, VI, 25 r°-v®.

qui est gravée sur leur panse nous apprend qu’ils furent fabriqués sous les Song, en l’année iioi, et nous donne la

Fig. 40.

Pilier de l’espèce dite che tch’ouang à l’Ouest de la seconde cour du Tai miao.

liste des gens qui contribuèrent de leurs deniers à cette bonne oeuvre. — Non loin du | bassin circulaire de l’Est se trouve un grand bassin quadrangulaire monté sur quatre pieds ‘); il est daté de la année wan-li (1573) et dédié au saint temple de la Pi hia yuan kiun du T'ai chan Pic de l’Est

i) Voyez le livre du p. Tschepe, fig. 8.

[tong yo t'ai chan pi hia yuan kiun cheng fou ^ ^ ^ jjj

Du côté Ouest de la cour, nous relevons les inscriptions suivantes, en allant du Sud au Nord:

Stèle de la 13e année hong-tche (1500); — un che-tch' ouang ^ ijj^, c’est-à-dire un de ces piliers sur lesquels les bouddhistes inscrivent des textes sacrés ‘) (cf. fig. 40) ; l’inscrip-

tion est entièrement effacée, mais les ornements en forme de feuilles de lotus se laissent encore apercevoir sur la base ; — stèle de la 44e année kia-tsing (1565)^); — stèle portant à l’avers (face Ouest) une inscription de la 2e année ta-tchongsiang-fou (1009)*), et, au revers (face Est), une inscription de la 5e année t'ien-chotien (1461)®); — stèle de la ne année hong-tche (1498); — plus à l’intérieur de la cour on trouve une grande stèle de la loe année hong-wou (1377)*’), — derrière laquelle est une stèle de la 17e année K'ang-hi (1678)*); — enfin, dans un kiosque spécial, une grande stèle de la 3e année hong-wou (1370)®).

1) Cf. p. iio, lignes 29 et suiv.

2) Voyez aussi la fig. 7 du livre du p. Tschepe. Le p. Tschepe est assurément dans l’erreur quand il soutient que ce monument doit être de l’époque de Ts'ùt Che-hotiang-ti\ cf. A, VI, 6 r’, où la désignation de che tch'ouang appliquée avec raison à ce monument prouve qu’il est d’origine bouddhique.

3) Traduite dans le chapitre Prières.

4) Texte dans A, VI, 1 1 v°-i5 v° ; B, XVI, 32 r°-36 v°; Kin che tsouei pien.,

chap. CXXVII. — Cette inscription porte le titre ^Inscription de la salle du don céleste” Il semble donc bien que la salle du don

céleste (ainsi nommée à cause de l’écrit céleste qui était apparu au pied du T'ai chan en l’année 1008) occupait l’emplacement où se trouve aujourd’hui le Tai miao de T'ai-ngan fou.

5) Texte dans A, VU, 8 v°-i2 r°.

6) On en trouvera le fac-similé et la traduction dans le chapitre Prières. Cf. A, VU, 8 r°-v'’.

7) Cf. A, VU, 19 r°, mais le texte n’est pas donné.

8) On en trouvera le fac-similé et la traduction dans le chapitre Epigraphie (inscription n° 10).

Devant l’esplanade qui porte les pierres au formes étranges, on voit deux stèles qui sont toutes deux datées de la 27e année K'ien-long (1762) *).

Du côté Est de la cour, en allant du Sud au Nord, nous trouvons :

Une petite inscription de la 28e année K'ang-hi (1679) ^), — puis, sur un terre-plein surélevé, sept stèles dont la première, non datée, porte une poésie de Lieoîi Yuan-yuan *) ; les six autres portent respectivement les dates suivantes: 15e année hong-tche (1502); — 22e année ta-ting (1182; cette stèle, de l’époque des Kin, a près de 4 mètres de haut) '*) ; — année tch'eng-houa (1473); — 5e année tcheng-td (1510; cette inscription est en petits caractères tchouan) ; — 40e année kia-tsmg (1531)“); — 6e année long-k'ing (1572). — Plus à l’intérieur, deux inscriptions de la 20e et de la 24e années K'ien-loyig (1755 et 1759)’); — une inscription de la 15e année K'ang-hi (1676)’’); — sous un kiosque, une inscription colossale de la 35e année K'ien-long (1780), en Chinois et en Mandchou'*); enfin deux inscriptions de la 30e et de la 24e années K'ang-hi (1691 et 1685) '°).

Après avoir parcouru ainsi toute la cour, nous revenons sur la terrasse d’où nous avons accès dans la grande salle

1) Elles sont traduites toutes deux dans le chapitre Prier es.

2) Texte dans A, VII, 19 r'’-2i r°.

3) Cf. A, VII, 16 r°, mais le texte n’est pas donné, ce qui est fâcheux, l’inscription étant en cursive.

4) lexte dans A, VI, 30 r°-33 r°; B, XVII, 61 v'’-64 r" ; Kin che tsouei pien.^ chap. CLVI, p. i et suiv.

5) Voyez le fac-simile et la traduction dans le chapitre Prières,

6) Traduite dans le chapitre Prières.

7) Texte dans C, I, B, 23 r'’-v° et 24 v°.

8) Texte dans C, I, b, 4 v°. Traduit dans le chapitre Epigraphie.

9) Texte chinois dans C, I, a, 13 v°. Traduit dans le chapitre Prières.

10) Les estampages de toutes les inscriptions qui viennent d’être énumérées

ont été déposés par moi au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale.

de Celui dont l’élévation culmine {siun ki tien) *) ; c’est un fort beau bâtiment à neuf travées; sa double toiture (fig. 39) est faite en tuiles jaunes; sa façade, percée de cinq portes, est toute garnie d’un treillis en bois peint en rouge; après avoir pénétré à l’intérieur de la salle, nous nous trouvons en présence du dieu du T'ai chan trônant dans une niche, vêtu d’une ample robe jaune et tenant en main la tablette oblongue qui est l’insigne de son autorité; il a tout l’air d’un empereur. Devant lui sont disposés cinq ustensiles sacrificatoires portant les images conventionnelles des cinq pics. Il est gardé par quatre personnages debout, deux à l’Est et deux à l’Ouest. La salle ne renferme rien d’autre, malgré ses vastes dimensions. Sur les parois se déroule une longue fresque en partie endommagée, qui représente le voyage de l’empereur depuis son palais jusqu’au T'ai chan-, sur le mur Ouest, on voit partir le souverain dans sa chaise jaune posée sur un char à quatre roues; le cortège se déroule sur le mur sud et aboutit au T'ai chan sur le mur Est.

Si nous sortons du siun ki tien par la porte de derrière et si nous traversons une petite cour plantée de grands pruniers, nous arrivons au temple de la chambre à coucher [ts'in kong ^ c’est le bâtiment consacré à la femme

du dieu du T'ai chan-, on y voit la statue du dieu et celle de son épouse; sur les murs, des peintures représentent les autres femmes qui peuplent ce gynécée.

Le commentaire du Heou Han chou (chap. XVII, p. 3 r°) cite un passage du Fong sou t'ong de Ying Tchao d’après lequel, lors des sacrifices offerts au T'ai chan, le gouverneur de la province officie en personne, puis, la cérémonie terminée, „il prend trente des tranches de viande qui ont été présentées devant le siège de la femme du prince du T'ai chan^^ [Jj ^

i) Cf. p. 134, n. 4.

^ A 4 # ; le gouverneur fait un rapport et les souspréfets transmettent le tout par relais successifs à Lo-yang (capitale des Han orientaux)”. Ce texte prouverait donc que, dès le second siècle de notre ère, époque où écrivait Ying Tchao, la femme du T'ai chan était associée au culte qu’on rendait à son époux; cependant, si nous nous reportons à ce même texte du Fong sou t'ong (chap. X, p. i v°), tel qu’il est imprimé dans le Han wei ts'ong chou, nous remarquons qu’il comporte une rédaction fort différente et que, notamment, la mention de la femme du T'ai chan en est absente. Tout ce que nous pouvons dire, c’est donc ceci: la citation faite par le commentaire du Heou Han chou prouve seulement que la femme du T'ai chan était connue comme une divinité au moins dès l’époque où fut publié ce commentaire qui parut en l’an 676. — La femme du T'ai chan porte le nom de Impératrice parfaite et intelligente {chou ming heou mm Je ), titre qui lui a été conféré le onzième mois de la quatrième année ta-tchong siang-fou (lOii), à la suite de la promotion qui éleva le dieu du T'ai chan de la dignité de roi à celle d’empereur (A, VI, 5 r°).

Les deux petits bâtiments situés à l’Est et à l’Ouest du ts'in kong renferment chacun la statue dorée d’une déesse ayant à ses côtés deux assistants.

Nous avons visité maintenant toute la partie centrale du temple ; il nous reste à parcourir les cours latérales. Nous commencerons par l’Est, et, nous entrerons dans laplus méridionale des cours orientales (plan, r). Nous y voyons (fig. 41) quelques thuyas à moitié morts de vétusté ; ils passent pour dater de l’époque des Han et les poètes n’ont pas manqué de célébrer à l’envi ces vénérables témoins du passé ’). Au

i) La fig. 42 est l’image de l’arbre qui est au Nord-Ouest de la cour; cette stèle fut gravée en 1762 par ordre de K'iefi-long\ la poésie et la notice placées en haut et à droite de la gravure sont l’oeuvre de cet empereur; on en trouvera le texte dans C, I, a, p. 31 v°.

Nord de cette cour, un petit bâtiment (plan, est le temple (du duc) de Ping-ling [Ping ling kong ^ ^ )•

Pmg-ling y est représenté entouré des dix-huit dieux urbains {che pa tch' eng houang) des diverses sous-préfectures dépendant

Fig. 41.

Les thuyas de l’époque des Han.

de T'ai-ngan fou. Nous sommes informés sur cette divinité secondaire par un texte de Ma Touan-lin ( Wen hien t' 07ig k'ao publié en 1319, chap. XC, p. 19 v°) qui est ainsi conçu : „Le temple du duc de Ping-ling est au pied du T ai chan\ sous les T'atig postérieurs, la troisième année tch'ang-hing (932), un décret impérial donna le titre de général redoutable et puissant ipæei hiong tsiang kiun) au troisième fils du T'ai chan. La première année ta-tchong siang-fou (1008), le dixième mois, après avoir terminé les sacrifices fong et chan, l’empereur visita en personne (cette divinité) et augmenta son titre nobiliaire ; il ordonna au préfet de Yen tcheou d’agrandir et de réparer son temple.

Le king tou tche tche che Wang K' in- jo déclara que ce dieu lui était apparu en songe; derechef, on établit sur l’enceinte Nord du temple un pavillon dont le nom fut Ling kan (manifestation surnaturelle)”. — Les architectes du Tai miao moderne se sont conformés à ce texte de ATa Touan-lin, et on voit, derrière le Ping-ling tien, un petit bâtiment, tout ouvert sur le devant, qui renferme une statue d’homme et une statue de femme et qui porte le nom de Ling-kan

Dans une cour située au Nord de la précédente, on accède à un bâtiment (plan, t) qui ne porte actuellement aucun nom; c’était autrefois la salle des trois Mao [Sa7i mao tien) ^ où on rendait un culte aux trois frères apelés Mao Ying , Alao Koîi ^ ^ et Alao Tchong . Le premier

d’entre eux nous est connu par un passage de P'ei Yin, commentateur de Sseu-ma Ts'ien (trad. fr., t. II, p. 163, n° 3) ; à propos d’une modification de nom que Ts'in Che houajig ti fit subir au sacrifice du dernier mois de l’année, P'ei Ym, qui mourut en 425 p.C., rappelle une chanson populaire qui avait cours en 216 av. J.-C. ; On y louait la science magique de ATao Ying dont le bisaïeul était monté au ciel sur un dragon. Ce texte présente d’ailleurs quelque obscurité; aussi certains exégètes ont-ils pensé que c’était le bisaïeul de Mao Ymg qui vivait au temps de Ts'iti Che houang ti et que, par conséquent, Alao Ying lui-même devait être rapporté à l’époque des Han ').

i) Dans le Yuan fong kin che pa wei jfTQ , composé

par Tseng Kong (appellation Tseu-kou Wi ), pendant la période

yuan-fong (i 078-1086), la première notice est consacrée à une inscription gravée sous la dynastie des Leang en l’année 522, à l’éloge des princes

Mao\ cette notice est ainsi conçue: ^Inscription des princes vJ/ac Les trois Mao sont; [Mao) Ying., prince véritable de la sublime

Considérons maintenant les cours latérales de l’Ouest : dans la plus méridionale (plan, u) se trouve un bel acacia (fig. 43) qu’on appelle l’acacia des T'ang [T'ang hoiiai ^ ^); il correspond aux thuyas des Han {Han po) dans l’emplacement symétrique de l’Est. Au Nord de cette cour est la salle de

origine ; (Mao) Kou^ prince véritable qui fixe les

situations officielles ; {Alao) Tchong^ prince bienheureux

qui protège les destinées « fl Tous trois vécurent pendant

la période tchong-yuan (149 — 144 av. J.-C.), sous le règne de l’empereur King^t de la dynastie Han. Alao Ying parvint au tao parfait en la quatrième année t'ieu-han (97 av. J.-C.); puis, sous le règne de l’empereur Yuan 'J^i cinquième année tch'ou-yua?i (44 av. J.-C.), il vint dans le Kiang-tso., sur la montagne de Kiu-k'iu /X i ® i lit (à 45 H au SE de la sous-

préfecture actuelle de Kiu-jong , dans la province de Kiang-sou ; cette

montagne est nommée aujourd’hui, à [ cause du souvernir de Atao Ying, la montagne Mao j 1 1 ; elle est comptée dans les livres taoïstes comme la

huitième des trente-six merveilles et comme le premier des soixante-douze lieux bienheureux ^ A 'M ). Sous le règne de l’empereur

Ngai la deuxième année yuan-cheou (i av. J.-C.), Mao Ying s’en alla en

s’élevant sur les nuages. Depuis cette époque jusqu’à la troisième année p'ou-t'ong (522), des Leang, il s’est écoulé 544 années (le calcul est, comme on le voit, inexact). — Mao Kou, à l’époque de l’empereur Hiao-yuan (48 — 33 av. J.-C.), fut nommé chef de la police . — Mao Tchong, en la

quatrième année ti-tsie (66 av. J.-C.), sous le règne de l'empereur Siuan*^^ , fut nommé gouverneur de la commanderie de Chang ±HÎ et wou-keng tafou ; A/ao Kou et Alao Tchong résignèrent tous deux leurs

charges et rentrèrent dans la vie privée pour s’y livrer à l’étude. Sous le règne de l’empereur Tch'eng , la troisième année ycng-che (14 av. J.-C.), Mao Kou reçut le titre de prince véritable qui fixe les situations officielles

; Alao Tchong fut nommé prince bienheureux qui protège les destinées

^ ^ fllj Sous la dynastie Leang , la troisième année p'ou-t'ong

(522), le taoïste Tchang Yi érigea cette stèle et Souen-wen T'ao

en écrivit le texte.

Fig. 42.

Gravure sur pierre re])réseutant un des thuyas de l'cpofiue des Han.

Fig- 43-

1,’acacia de l’époque des T'ang.

Yen-hi [Yen hi tien ^ j[ig ^ '). On y vénère le personnage taoïste connu sous le nom de l’Homme véritable Yen-hi. L’origine du culte rendu à ce dernier se trouve dans un passage de Ma Touan-lm où nous apprenons que pendant la période k'ai-yuan (713 — 741), sur la proposition du taoïste Ssen-ma Tcli eng-tcheng , on décida

d’élever auprès de chacun des cinq pics, un sanctuaire dédié à un saint homme taoïste ayant habité les grottes de de la montagne ; c’étaient en effet ces saints hommes qui avaient dans leurs attributions l’administration des montagnes et des cours d’eau et qui distribuaient avec régularité le vent et la pluie, le yin et le yang. — C’est alors sans doute que l’Homme véritable Yen-hi fut associé au culte du T'ai chan.

Au Nord de la cour du Yen-hi tien sont deux autres cours dont la disposition est assez compliquée. La première, dont les bâtiments annexes ont été affectés à une école primaire supérieure, a ses murs tout couverts de pierres gravées qui y sont encastrées; les lettrés y lisent avec délices des poésies composées et parfois même autographiées par des auteurs célèbres de diverses dynasties ®). Le pavillon qui se trouve dans cette cour porte le nom symbolique de Pavillon encerclé de chants {hoiian yong t'ing

1) En avant de cette salle devaient se trouver autrefois deux inscriptions de 1324 et de 1344 qui étaient rédigées dans le style particulier de la chancellerie impériale à l’époque mongole. Ces stèles existaient encore au temps de Kou Yen-wou (1612 — 1681) qui nous a conservé le texte de l’une d’-lles (reproduit et traduit dans le T'oung pao.^ 1905, p. 40 — 42). Mais Nie fVe/i., qui rédigea son T'ai chan tao H ki peu après l’année 1771, déclare que, de son temps déjà, ces inscriptions avaient disparu (D, 14 r°).

2) Wen hien t'ong k'ao.^ chap. LXXXII, p. 17 r®; le T'ang houei y ao

(ch. L, p. 19 v'’-20 r°) appelle Sseu-ma Tch'eng-yuan ^ ^ H

le taoïste qui fit la proposition qu’on va lire et il rapporte son initiative à la neuvième année k'ai-yuan (721).

3) Voyez l’énumération de ces compositions littéraires dans A, VII, 23 r°-2 5 v°.

— Par un couloir coudé, on accède plus au Nord à une petite cour dans le mur de laquelle est encastrée et défendue par une grille la réplique de l’inscription de Li Sseii (cf. p. 57, n. i). Le bâtiment qui est dans cette cour est la Salle des livres saints de la collection {ts' ang king f ang ; on y conserve en effet la

collection complète des ouvrages taoïstes imprimés sous le règne de Tao-kouang\ dans la salle où nous étions reçus par un religieux taoïste, j’ai vu exposé sur une table le superbe insigne kouei en jade verdâtre qui fut donné en 1771 par l’empereur K^ien-long au dieu du T'ai ckan-, il a environ i mètre de longueur (D, 14 v°).

Je n’ai pas visité les bâtiments qui sont plus au Nord, à savoir le Yti houa tao yuan et la salle de

Lon Pan 9 mm-, je crois d’ailleurs qu’ils sont en ruines et abandonnés.

Pour achever la description du Tai niiao j’ajouterai que la porte Nord de l’enceinte se nomme „Porte de ce que contemple le pays de Lon" {Lou tchan men ),

par allusion au passage du Livre des vers [Lou song, ode 4, str. 6) où il est dit: „Le T’ai ckan est très élevé; le pays de Lou le contemple.” La porte de l’Est est la Porte du yang vert [Ts’ing yang rnen ^ ), c’est-à-dire de

l’Orient, principe du soleil et de la végétation; la porte de l’Ouest est la Porte de la clarté épuisée [Sono king ^ ^ c’est-à-dire de l’Occident.

Nous parcourrons maintenant les autres monuments qui sont indiqués par notre carte à l’intérieur de la ville de T’ai-ngan fou-.

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