‹ Le Tʾai chan; essai de monographie d'une culte chinoisChapitre 7 sur 109 · Sommet du beau-père · texte numérisé non relu

Sommet du beau-père

A l’époque des 7''ang, l’expression i: A tchang jen désignait le père de la femme de quelqu’un ; peut-être le T'ai chan était-il connu sous cette épithète parceque les autres montagnes de l’empire pouvaient être considérées comme ses gendres. Quoi qu’il en soit, le fait que le nom de Tchang jen était appliqué au T'ai chan a été cause que le nom de T'ai chan lui même a pu servir à désigner un beau-père. Nous en avons la preuve dans une curieuse anecdote que rapporte le Yeou yang tsa tsou (chap. XII, dernière page) publié vers la fin du huitième siècle par Touan Tch' eng-che : lorsque l’empereur Hiuan tsong célébra, en l’année 725, les cérémonies fong et chan, Tchang Yue ^ avait le titre de commissaire délégué à ces sacrifices ;

son gendre Tcheng Yi ^ était alors un petit fonctionnaire du neuvième degré; après que les cérémonies fong et chan eurent été accomplies, il se trouva, sur la recommandation de Tchang Yue, promu au cinquième degré; il arriva que l’empereur s’aperçut de cette brusque élévation de grade

et en demanda la raison; „C’est, lui répondit-on, un effet de la puissance du T'ai cJian.” Ce mot à double entente pouvait signifier, soit que Tcheng Yi avait été promu à la suite des cérémonies fong et chan accomplies sur le T'ai chan, soit qu’il devait son heureuse chance à l’influence de son beau-père, puisque le terme T'ai chan pouvait désigner un beau-père. L’auteur du Tai lan (X, 24 r° — v°) fait cependant remarquer que l’expression tcharig jen s’applique non seulement à un beau-père, mais encore à tous ceux qu’on veut honorer ; le pic tchang jen serait donc simplement le pic qui, par sa hauteur, est particulièrement honorable.

T'ien tchou fong. „Sommet colonne du Ciel”. Ce terme désigne le sommet le plus élevé du T'ai chan\ là se trouve un temple consacré à la divinité taoïste appelée l’Empereur de jade; aussi donne-t-on encore à ce sommet le nom de:

■8- SM ri Yu houang ting. „Sommet de souverain de jade”. Ce nom est inscrit à l’entrée du temple (A, VIII, 2 v° — 4 r°; B, X, 21 v°; C, VII, 34 r°) dont nous allons maintenant donner la description :

Après avoir franchi la porte sur laquelle se lisent les mots ^ ^ iM «(Temple du) sommet du souverain

de jade, réparé par ordre impérial” nous nous trouvons dans une cour dont le centre est occupé par une barrière octogonale en pierre (fig. 13); la barrière a 84 centimètres et les huit colonnes d’angle ont i mètre 28 centimètres de hauteur ; le diamètre intérieur de l’octogone mesure 5 mètres 80 centimètres. Cette barrière sert à encadrer les roches blanches qu’on voit émerger sur la fig. 13'); elle indique l’endroit où est le point le plus élevé du T'ai chan.

Le petit sanctuaire dont la porte s’ouvre derrière la

i) Voyez aussi la fig. 30 dans l’ouvrage du P. Tschepe.

barrière octogonale est la salle du souverain de jade; les tuiles qui le recouvrent sont en fer afin de pouvoir résister aux vents violents qui soufflent au sommet de la montagne.

Fig- 13-

Les roches formant le sommet du T'ai chan dans^ la cour du temple Yu houang ling.

A l’intérieur de la salle, le dieu tout doré est assis dans une niche rouge sur un fauteuil de même couleur (fig. 14); il tient en main l’insigne de dignité appelé kotiei ^ ; il porte une moustache retombante, une barbiche et de longs filaments de favoris noirs. Il est coiffé du chapeau mien ^ , sorte de planchette rectangulaire de laquelle pendent par devant et par derrière 13 fils rouges sur lesquels sont enfilés des boules vertes, rouges et bleues; cette frange descend par devant jusqu’aux yeux du personnage. Devant la statue est une tablette portant les mots : ^ ^

„image du grand dieu souverain de jade. Empereur d’en haut.”

Fig. 14.

Statue du souverain de jade à l’intérieur du temple Yu houang ting.

Fig. 15-

Deux divinités placées à l’Est du souverain de jade dans le temple Yu houang ting.

Fig. i6.

Deux divinités placées à l’Ouest du souverain de jade dans le temple Yu houang ting.

De chaque côté de la salle sont placées deux divinités ; toutes quatre portent en main l’insigne kouei, mais il est de couleur verte, tandis que l’insigne du souverain de jade était doré. Du côté de l’Est (fig. 1 5), le personnage barbu porte une robe verte et le personnage imberbe une robe rouge; du côté de l’ouest (fig. 16), le vieillard à barbe blanche est vêtu de brun, tandis que son acolyte a une robe bleue. Ces statues toutes modernes sont totalement dénuées de valeur artistique; il serait cependant intéressant de savoir ce qu’elles représentent; mais c’est un point que je ne suis pas parv'enu à tirer au clair.

Sur le mur formant le fond de la salle, on a peint, à l’Est, les cinq vieillards regardant le diagramme mystique du t'ai ki\ à l’Ouest, les huit immortels.

Si on ressort du sanctuaire, on remarque du côté Ouest de la façade une inscription rappelant que c’était en ce lieu que s’élevait autrefois la terrasse où on faisait le sacrifice fong au sommet de la montagne ^ m ^ . D’autre part, à l’Est de la façade, on aperçoit une ouverture surmontée des mots ^ „ trésor où on cache les ob-

jets précieux.” Cette expression est la désignation populaire de l’endroit où on cachait, après la cérémonie religieuse, les fiches de jade attachées avec un lien d’or sur lesquelles on écrivait la prière adressée à la divinité. Un auteur de l’époque des Ming nommé K'iao Yu ’) dit que, pendant la période tch'eng-houa (1465 — 1487), on trouva dans le temple du Souverain de jade une boîte de pierre contenant seize fiches de jade sur lesquelles était inscrite une prière adressée en l’année 1008 par l’empereur TcJien tsong lorsqu’il sacrifia

i) K'iao Yu écrivait vers 1510; voyez le texte de la relation de sa visite au T'ai chan dans la section Chati tch'ouan tien (chap. XV'I, p. 12 v”- 13 r°) du T' ou chou tsi tch'eng. Dans le chapitre quatrième, on trouvera une prière impériale que K'iao Yu fut chargé de présenter au T'ai chan en l’année 1510.

au T'ai chan et à la Souveraine terre (A, VIII, 15 v°). C’est sans doute ce témoignage qui explique qu’on ait localisé dans l’enceinte du temple du Souverain de jade l’endroit où s’élevait en 1008 la terrasse du sacrifice fong et l’endroit où on cacha une des prières écrites sur fiches

Fig. 17.

Le stèle sans inscription au pied du temple • Vu huang ting.

de jade. Mais, de l’avis des érudits chinois les plus autorisés, il y a là une erreur de fait; les fiches qu’on découvrit pendant la période tch'eng-hona, et plus exactement en l’année 1482, furent trouvées auprès du sommet je kouan

fong (no 23) et c’est en ce dernier lieu qu’il faut chercher l’emplacement du sacrifice fong à l’époque des T'ang et à celle des Song (A, VIII, 15 v°).

.9. if ^ î? Won tseu pei „la stèle sans inscription.” — Au-dessous du mur de soutènement qui supporte la terrasse par laquelle on accède au temple du Souverain de jade, se dresse un fût de pierre quadrangulaire d’une hauteur de 4 mètres 85 sans le chapiteau dont il est surmonté (fig. 17); ce bloc mesure i mètre 25 de largeur à la base et i mètre 10 au sommet, 90 centimètres d’épaisseur à la base et 85 centimètres au sommet. La tradition veut que ce monument soit la stèle qui fut érigée en l’année 219 av. J.-C. par T'shi CJie houang ti-, l’inscription, dont le texte nous a été conservé par l’historien Sseu-ma Ts'ien (trad. fr. t. II, p. 140 — 142), aurait été complètement effacée par les intempéries auxquelles elle se trouva exposée pendant plus de deux mille ans. — L’auteur du Tai lan (A, VIII, 5 r°-6 v°) a bien montré que cette opinion devait être rejetée: en premier lieu, le monolithe qui se trouve près du temple du Souverain de jade ne peut être identifié avec la stèle de T'sin Che houang ti qui était auprès de l’étang de la femme de jade, c’est-à-dire à l’endroit où s’élève maintenant le Pi /lia /song (n°. 35); en second lieu, ce monolithe paraît n’avoir jamais reçu aucune inscription car ses surfaces parfaitement lisses ne présentent pas le moindre vestige d’écriture; enfin on a conservé des estampages fragmentaires de la stèle de Ts'in C/ie /louang ti^) et leurs dimen-

i) Ces estampages sont au nombre de trois; le plus ancien date du douzième siècle de notre ère; il a été reproduit dans le A7« che roî/o et, d’après ce dernier ouvrage, dans le tome II de ma traduction de Sseu-via Ts'ien (P- 554 — 557); second estampage, qui ne présente que 29 caractères, représente l’état de l’inscription à l’époque des Ming; il a servi à graver en 1825 une réplique sur pierre qui se trouve aujourd’hui maçonnée dans le mur et protégée derrière une grille en fer à l’entrée de la petite cour don-

sions ne s’accordent point avec celles du monolithe devant le temple du Souverain de jade. L’auteur du Tai lan conclut que ce dernier monument doit être en réalité la pierre que l’empereur Won de la dynastie Han fit transporter en l’année i lo av. J.-C. au sommet du T'ai chan quand il s’apprêtait à célébrer le sacrifice fong ’) ; Ssen-ma Ts'ien nous apprend en effet que cette pierre fut dressée sur la montagne et, comme il ne dit point qu’on y ait rien gravé, nous sommes en droit d’admettre qu’elle resta vierge de toute inscription et qu’elle n’est autre que le bloc majestueux dont la masse à défié l’assaut de vingt siècles.

A côté du monolithe que nous appellerons dorénavant la pierre de l’empereur Won, on remarque, à l’Est, une stèle (fig. 17) sur laquelle a été gravée en 1617 une poésie d’ailleurs assez insignifiante de TcJiang Ts'iuan ^ ; on

en trouvera le texte dans le Tai lan (VIII, 8 v°).

19 bis"^). ^ yiifi t'ing „ Pavillon des nuées qui

se forment.” Ce nom est tiré de l’inscription 7^ ^ ^ placée à l’entrée de ce petit bâtiment: ces quatre mots signifient; „Le soleil qui s’y plonge, les nuées qui s’y nourrisent”; ils décrivent ainsi le spectacle magnifique qu’on a de là lorsqu’on contemple à l’Orient la profonde vallée d’où émerge le soleil et d’où s’élèvent les nuées. On appelle aussi ce bâtiment i! if, ^ sin t'ing „ Pavillon qui

va au-devant du soleil levant” (A, VIII, 4 v°; D, 20 r°).

nant accès au Lou Pan tien

, à l’ouest du Tai miao

de T'ai-ngan fou (voyez plus loin, n*> 218, y); enfin le troisième estampage qui ne porte plus que 10 caractères, passe pour reproduire les deux fragments authentiques de la stèle de Ts'in C/te /loitang ti qui auraient été conservés jusqu’à nos jours dans un temple taoïste de T'ai-ngan fou. J’ai vu la réplique du Lou Pan lien.^ lorsque j’ai visité le Tai miao.^ mais je n’ai pu découvrir où se trouvaient les deux fragments réputés authentiques.

1) Sseu-maTs'ien., trad. fr., t. III, p. 49g.

2) Ce numéro est omis sur la carte; il correspond au petit bâtiment qui est à l’Est du Vu houang ting., exactement sous le n® 18.

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