SCÈNE VI
Les Mêmes, LORD CLARENDON. CLARENDON, a part, apercevant Daniel.
C’est lui !
DANIEL, a Clarendon.
Milord, j’ai bien l'honneur... (Bas a wilkis.) Il est encore bien conservé , cet homme-là !
WILKIS , lui faisant un signe.
Chut!
DANIEL , a lui-même , après avoir posé son chapeau sur un fauteuil.
Non , c’est qu’on se ligure qu’à la chambre haute , ils ont tous la télé branlante et le nez et le menton en cassc-noisctte. C’est encore une erreur.
WILKIS, a Clarendon.
Eh bien?
CLARENDON , A ini-Voix.
Docteur, il ressemble à sa mère.
WILKIS, a lui-même.
Oui, en laid.
CLARENDON, montrant un portrait a wilkis.
Depuis long-temps, je n’avais osé regarder cc portrait... mais voyez...
wilkis, avec émotion. *0
Je nie la rappelle. Milord.
CLARENDON
Pardon, mon ami... mais ces traits...
(Tous deux examinent tour-à-tour Daniel et ie
portrait.)
DANIEL, embarrassé.
Ah ça! mais c'est eux qui ont l’air de me prendre mesure... Est-ce que j’ai quelque chose dans les jambes ? c’est peut-être mon habit qui fait son effet ?
CLARENDON
Approche, mon ami.
• DANIEL, S part.
Tiens ! il me tuteye aussi , le gouverneur des Indes Orientales... Est-ce qu’ils vont tous me tuteyer, a présent?
WILKIS.
Mais, avance donc!..
DANIEL
J’ai bien entendu... Me voici. Milord... (A part) Ça commence, enfin ! Au premier accroc qui se fait dans la conversation, je lui faufile mon petit discours en faveur de sir Richard.
CLARENDON, à Daniel.
Voyons, prends un fauteuil.
DANIEL, étonné.
Un fauteuil! à moi!
WILKIS, avançant te fauteuil sur lequel Daniel a posé son chapeau.
Sans doute , quand on te le dit.
DANIEL
Un fauteuil à bras ! (Au moment oü il va s’y asseoir, il regarde Wilkis et Clarendon et s’arrête.) Mais ne faites-vous pas erreur? Je suis Daniel, le tailleur, moi, et, pour mon état, je préfère rester debout; ça m’est plus commode.
(Il lire une mesure, la déroule et fait un mouvement vers lord Clarendon.)
CLARENDON, avec un geste de contrariété.
Ton état ! ton étal ! Tu ferais bicu peut-être de l'oublier !
DANIEL
Oublier mon état! Eb bieu! je serais jjii garçon!.. (Regardant son habit) C'est pour le coup que je ferais des manches dans ce genre-là !
WILKIS , lui donnant un coup sur ie bras qui fait rentrer 1a mesure dans son éiuL 1
Assieds-toi donc !
CLARENDON
Ne veux-tu doue pas causer un instant avec moi, Daniel?
Causer avec vous? je ne suis venu que pour ça! Non, ce n’est pas ça que je voulais dire... (A paru) Allons, ça va très bien ! (Haut.) Puisque vous le permettez... (Il \a pour s’asseoir et s'aperçoit que son chapeau est sur le fauteuil, il le prend sous son bras cl s’assied.) Voyez-vous , c’est que nous autres, chez les pratiqués, ce n’csl guère l'usage de nous offrir un fauteuil... une chaise, tout au plus, et encore ! à moins qu’on ne nous doive cependant... Oh ! alors, c’est autre chose... on est très poli avec nous quand on u’a pas d’argent a nous donner. Eh ! bonjour, maitre Daniel, je parlais de vous! — On n’en parlait pas du tout.— Vous apporterez votre mémoire, j’espère.— Et on ne vous le paie pas.— ,
» Dinnei-vous donc la peine de vous asseoir. — Et on voudrait vous voir au diable !
(Pendant tout ce qui précédé, Daniel, embarrassé de sa contenance, a tantôt placé son chapeau sur ses genoux, tantôt devant lui, en le tenant à deux mains, tantôt sous l’un ou l’autre bras; à la fin, il le glisse sous son fauteuil.)
CLARENDON, qui l’a à peine écouté, à part.
Quel souvenir il me rappelle! (il se lève, va vers Daniel et s’arrête devant lui.) Pauvre Henriette !
DANIEL, A part.
Henriette ! Pourquoi donc qu’il m’appelle Henriette?
CLARENDON
Il me semble être reporté tout-à-coup au temps de ma jeunesse.
Bon ! S’il est question de sa jeunesse, voici l’instant d’entamer l’affaire au sujet de sir Richard. (Haut.) En fait de jeunesse , Milord...
WILKIS, l’interrompant, à voix basse.
Tais-toi ! ou tu perdras tout.
DANIEL, déconcerté.
Bah!
CLARENDON , qui a réfléchi un instant Je comprends , Daniel , la vôtre a dû s’écouler bien triste. Cependant, elles étaient généreuses , les mains qui se sout laissées pour vous ramasser sous le porche de Saint-André.
DANIEL
Comment!., vous savez!.. Écoutez donc. Milord , U faut bien qu'il sc trouve des braves geus dans le monde qui prennent soin des en fans des autres, puisqu’il y a des pères...
WILKIS , bas à Daniel.
Te tairas-tu ?
DANIEL, à part
Non , je ne me tairai pas.
CLARENDON, à Daniel.
Eh bien ! achève, Daniel, il y a des pères qui abandonnent leurs enfans... N’est-ce pas là ce que lu voulais dire ?
DANIEL, avec embarras.
Oh! non Milord, c’est pas ça... Je disais seulement à Votre Grâce qu'il y a des enfans qui sont abandonnés par leurs pères.
WILKIS, A lui-même.
Bon ! Je le laisse aller, et il dit une bêtise !
CLARENDON
Et tu as connu ce malheur-là, toi?
DANIEL, à part.
Tiens!., il me donne le joint, et en prenant un peu de biais...
CLARENDON
Ainsi, malgré les soins de ces bonnes gens, tu as regretté de ne pas connaître tes paréos ?
DANIEL
Oh! plus d'une fois, allez! on n’a pas l’air, mais on sent là qu’il vous manque quelque chose... Ou a beau vous dire ; Tu es l’enfant de la maison... La maisou... la maison... c’est des mots... Et, tenez, autrefois... quand je sortais, les petits du quartier étaient toujours à me passer leurs tartines de confitures sous le nez... Je leur donnais bien un coup de poing... ils me le rendaient... Mais c’est égal, ça me faisait mal , là... Et puis, je rentrais, et maître Blooiuiield
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