‹ Le tailleur de pierres de Saint-Point (volume 3)Chapitre 2 sur 25 · XY · texte numérisé non relu

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— Oui, monsieur, » me répondit en hésitant, avec un certain accent d'incrédulité et de doute, le père Lilaud ; mais je voyais dans sa physionomie ,

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dans son regard qui parcourait des pensées distraites, et dans l'attitude de sa tète qui se penchait comme pour chercher quelque chose sur l'herbe , que le vieillard n'aftirinait pas assez intérieurement le oui qu'il m'avait dit de premier mouvement.

« Esl-ce qu'il n'y a pas un tailleur de pierres dans les hameaux, repris-je, pour bien assurer ma réparation?

— Oui , monsieur, il y en a un , répondit le vieillard, et un bien bon ouvrier et bien serviable encore, ajouta-t-il; mais je ne suis pas bien sûr qu'il consente à descendre et à venir travailler pour la maison.

— El pourquoi donc? réphquai-je avec étonnement. Est-ce que mon argent ne vaut pas celui des autres? Est-ce que je ne lui payerai pas la dalle de pierre taillée au même i)rix et même plus cher, vu l'urgence, que les paysans de la contrée? Pourquoi ne viendrait-il pas , si vous le faites appeler tout à l'heure en mon nom ?

— C'est que ce tailleur de pierres ne travaille pas pour de l'argent.

— Eh bien , je lui donnerai du grain , du blé , des pommes de terre, de l'huile de noix, des paniers de pommes ou de prunes, ce qu'il voudra, enfin.

— Mais, c'est qu'il ne travaille pas non plus pour des denrées , comme nous autres.

22 LE TMIIAIVW DE l'IERHES

— Kl pourquoi donc Irdvaillc-l-ir!'

— Pour le bon Dieu, monsieur, et pour ks pauvres gens du Ijon Dieu. Kien que ])0ur lui , rien que pour eux; et. cnuiuie monsieur est riche, (ju'il esl maître des bois, des prés et du château, j'ai peur que cet homme, qui est doux , mais qui est résistant comme sa pierre dans son idée , ne se dise : " Le monsieur est assez à l'aise pour faire faire sou « ouvrage par des ouvriers à la journée ou à Fen- '< treprise à bon salaire ; si j'accepte de travailler « pour lui, je manquerai au pauvre monde qui au- « ront une porte ou une fenêtre à tailler, et puis f< monsieur voudra me donner un prix supérieur à " celui que je prends pour mes journées et qui re- « présente juste mon pain ; je ne saurai pas com- «t ment le refuser, son argent, et je manquerai, si « je l'accepte, à ma règle de vie. » En un mot, monsieur, je vous le redis, j'ai peur que cet homme ne vienne pas.

— Non, non, dis-je, il ne pourra pas refuser do venir. Il fera son prix lui-même, puisqu'il est ;^i juste. Et si mon argent, qu'il aura bien gagné, lui pèse sur sa conscience d'homme charitable , il le donnera à de plus malheureux que lui , voilà tout. Envoyez-le prier de descendre par un de vos bergers ce soir. Demain, je l'attendrai à midi ici. Lors même que je ne m'entendrais pas avec lui , je serai bien aise d'avoir vu un homme qui refuse

l'ni' diiiis iiit [lays comme ces muiilaj^iies , où ramour du gain est si âpre, qu'un sou de cuivre rouge à perdre ou à gagner semble la dernière fin de l'homme à tant de riches chrétiens. Ce sera pour moi une source d'eau sortant du rocher au milieu de ce sahle qui boirait les nuées du ciel.

— Eh bien, monsieur, je vais vous obéir et l'engager à descendre. Mais j'irai moi-même, car il n'écouterait pas mon berger. Je le raisonnei'ai mieux que ne ferait un enfant. »

En parlant ainsi, le père Litaiid reprit d'un pas encore élastique et vigoureux lo sentier de sa ferme pour aller quitter ses sabots, boutonner ses guêtres et prendre son bâton à pointe de fer qui se cram- [)onne au sable de la montagne.

Je rentrai pour prendre mes chiens et mon fusil, et pour monter aux bois sur la montagne du couchant.

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