OUS
Ne pouvant ni me résoudre à revenir sur mes me décider à continuer plus i>
! de midi tellement clair que les me reconnaître de loin et la nouvelle de mon retour au p i . je m'enfonçai un peu à l'écart du sentier contre une roche, et je me mis la tête < t.m~ ns pour réfléchir. « Non, que je me dis, je ne peux pas retourner, c'est trop avancé;
des qui me tirent le ment <|u.- mon cœi
tirer de l'ai I rrai demain la mai-
son de ma m< qui vil ou qui meurt
m'en irai pas ; i une f<>i<
réjoui mon i
me ferai |>-i- voir, j'atteni leurs que la nuil soi) venue, je "
2 5 2 II I A I I I 1 U I! D b P I E IUC E S
pour ne pas éveiller le chien, je m'appi rai comme un voleur, hélas ! pour voler un seul coup d'cei! sur ceux que j'ai tant a lant regrettés. >>
Comme je parlais ainsi en dedans de moi, I" visage vers la terre, sans rien voir ■ ■ nen écouter du dehors, voilà que j'entends une ite cassée qu'il me semble reconnaître el qui me crie du -entier : u C'e-t donc vous, monsieur Cl. unie.' On disail que vous mort, et qu'on ne vous reverrail jamais plus .m pays ! ce n'était «loue pas vrai ! Comme vous avez l'air riche à présent '■ une bonne veste, un chapeau encore bon, el de forts sou clous! Donne/ moi Moue un sou par charité.
Je suis le vieux SiMS .l/»l('. ■> Je levai la tête
tout tremblant à cette voix et je reconnus le pauvre idiol qui .oui. ni les montagnes, sa besace sur le dos, depuis son enfance, el qu'on appelait dans le pays l'innocenl ou le Sans .lime. Les année- ne l'avaient guère changé, si oe n'est que les cheveux qui sortaient de son bonnet de laine déchiré étaient blancs au lieu d'être ijrjs, comme il- étaient déjà quand j'étais
DF SAINT-POINT 3
■ es hommes inno-
/oyez-vous, monsieur, comme la pluie
ro hes, p irce qu'ils ne l<- sentent pas
. Ils ne sont jamais vieux, parce <|u'il-
sonl toujours enfants, a Ah ! bonjour, mon
innocent '. que je lui « li~ ; tu m'as donc
onnu t'>ut de même? Mais qu'est-ce
qu'ils font aux Huttes
Je tremblais de -.t réponse.
* Aux Hutti-- ? me répondit-il. Ali '. ]•■ ne sais
pas ; il ' ii pas passé
par les Huttes, voyez-vous, parce qu'ils '«m un
i chien qui aboie comme un loup. Je
• ■ quand j'.u à passer la m
de loin leur fumée, de peur que les
- ne me lancent l<* chien. Je
ce qu'est devenu l'aveugle, ni la mère, ni D<-
la |><-iii<-: j'ai bien seulement vu les
débris '!<• loin sur les rochers; mais voilà tout.
e vous avez donc de beaux habits <-i de
|..mh\ sonliei - .
Cette ■■ '!•• Pinnoceni
■te et pour m » me lit venir une
avec lui, et si je me servais de sa besace, 'l" sa chemise de toile, de son bonnet et de ses sabots pour m'approcher des Huttes sans qu'on soupçonnât autre chose de loin que l'inn je pourrais voir et entendre sans être reconnu, et si je vois <|u'ils n'ont pas besoin de moi à la maison , eh bien ! je m'en retournerai sans avoir rien dérangé dans le cœur de personne. » Je n'eus pas de peine à persuadera l'innocent de changer ses sabots contre mes soulù tunique de toile contre ma veste, son manteau troué et sa besace vide contre mon chapeau. Cela fait, je lui donnai cinq sous pour aller me faire une commission soi disant dans un village à huit jieues de la montagne, afin de l'éloigner pour deux ou trois jours des Huiles. Il partit content, saris s.' douter de rien, la pauvre âme, et moi je m'enfonçai davantage sous l>-sapins, de peur d'être vu par quelque berger. Je mangeai des croûte- de pain que l'innocent avait laissées d.m- sa besace, et je bu9 dan- le creux de ma main à une source que j'avais trouvée quand je gardais les chevreaux. J'attendis ainsi, en priant Dieu el en pensant à la maison, que la nuit bien noire eût enveloppé les sapins. Je mis les sabots de l'idiol sur le sentier, afin qu'il pût les retrouver à son retour, et je m'avançai nu-pieds el sans bruit vers les Huttes.
DF SAIN r POIS I 2)\
Le hasard voulut qu'en approchanl de la
- briller une petite lumière,
je fu- rencontré par le chien qui revenait de
tout seul mi lièvre ou un lapin dans les
. Il jeta deux "u trois voix au bruit el
• sur les haillon- de l'innocent pour les
mordre. Mai- }<• lui laissai la besace dans les
et, l'ayant appelé i demi-voix par son
nom. il lâcha le haillon, se rapprocha peu a
danl 'le moins en muni-, comme
quelqu'un qu • Fâcher
ou rire; puis, m'ayuut flairé de plus ;
me reconnut a fou tour, me couvrit de caresses
moi sans plus vouloir me quitter.
Cela fit que personne dans la mai- fut
Il po « heures av. m'
minuit. Il n'y avait m lune I m- le
vraient tout. On ne
■ ■•n qu'une pi ' d'une
2 ] 6 II r A I LL EU R DE PIERRES
vitre d'une lucarne basse qui uuvrail dans le mur de Fond de la maison, du côté du qui domine le ravin. On n'entendait rien que linéiques peiits frissons de vent dans les bruyères, le travail précautionneux des taupes sous
îsons et le marmottement de l'eai rante au Fond du grand abîme, où j'étais tout à l'heure, monsieur. Je marchai doucement, dou* cernent, Faisan) bien attention à ne pas Faire rouler un caillou el à ne pas Faire bruire une herbe son- mes pieds nus. A mesure que j'approchais, je me sentais plu.- envie de m'en re tourner, sans avoir été |>!u> avant, de peur de savoir ce qui me Ferail ensuite trop de chagrin d'avoir appris. « Dieu ! me disais-je, si je n'allais revoir ni ma mère, ni mon Frère, ni Denise autour du Foyer, mais quelques visages de Femme et d'homme et d'enFants étrangers, entrés comme les Fourmis que vous voyez là dans la maison vide de l'escargot ! qu'est-ce que je deviendrais? Oui, oui, il vaul mieux s'en aller, avou- revu le mur, la Fumée el la lueur du creusieu, el croire que toul esl encore là comme de mon temps. »
Deux ou trois rois je m'arrêtai, el je li- un i- pour remonter d'où je descendais. Voué
.|ni in<> retinl el qui me força à redescendre. Il
grondait, il me lé< hail les pieds, il me mordait
I de mes haillons comme pour me forcer
ir avec lui. ' '•• bruit qu'il
allait faire, et je continuai u le suivre. Mais,
pour 'I • déjà |>lu- ce que je
i ..• que je ni - omme
'■<•- hommes qui marchent nt, <lit-
on, en dorm
Je n'osai pourtant jamais, malgré le chien, me dit -
■ de la maison. Je descendis dans le ra-
tre b >rd en me tenant avec
ivec les main> aux
. Arrivé en haut, je grimpai encore le
de base à la
• i contre le mur tout
. | ii était
■ grillée <mi dehors par les
fils des feuilli •
lais ri>-u que les Is de mon > œur dans ma
poitrind x du blutoir d'un moulin
qu'on a détraqué. J'écartai petit à petit les grappe* et les feuilles du lierre, et je parvins, sans être entendu, à faire à ma tète une étroite ouverture par laquelle je pouvais voira travers l.i vitre ce qui se faisait dans la maison. Mais, au premier moment, j'avais beau regarder, je ne voyais qu'un brouillard de feu, tant le trouble et l'impatience de mon esprit m'avaient jeté un nuage sur la vue. Peu à peu, ça se débrouilla pourtant, et je commençai ù apercevoir un feu dans l'âtrè et des figures qui allaient et qui venaient autour de la flamme, en fai- -,iu! résonner leurs sabots sur les cadettes <le pierre du plancher. Mais je ne pouvais me dire encore sj c'étaient des hommes femmes, des vieillards ou des enfants. « O ciel! me disais-je, si j'avais tant seulement une itrevu le corsage de Denise, ça me soulagerait, el je pourrais mieux voir les autres, o Puis je me -'•niais froid à tous les membres, et je médisais: u Mais si elle n'y était plus ! • Ah ! quel moment, monsieur, quel moment ! une éternité ne dure pas plus qu'une minute comme celle-là.
A la fin, mes yeux ou les vitres s'éclairèrent, î gros fagot de genêts jeta une grande flamme
Dt SAINT POINT 3}1
et illumina toute la chambre...
« Don C'était elle, monsieur, je l'avais bien s
■ du feu. Elle portail quelque lin comme une tasse qu'e venue prendre sur le feu, el elle la porl
- un lit qui était au fond de mbre. J>- tombai un instant -ur 11 1 1
et il me fallut un effort et du temps puni- me el pour reprendre seulement je - j'entendis distim temenl une •.
Il i de ma mère, qui disait <lu
fond >lu ht : » Merci, ma | se ! je te
bien des enni - • oucher bien
ever matin ; m Dieu, tu n'au-
Dieu ni
Ali ! monsieur, je compris que ma mère était turrais lui dire
. I me fendit et
r effacer
240 11 l A ! 1 I i imi Dl PIE-RRE5
de nouveau de tout voir dans la chambre, et voilà ce que je vis :
D'abord, l'escabeau de ma mère auprès du feu était vide : on avail mis dessus le coffre a sel et le sac de farine de blé noir. Je compris que ma mère ne sortait plus du lii depuis longtemps el que sa place était pourjamais vacante au coin cle la cendre.
Ensuite, je vis le petit trépied de bois de noyer sur lequel s'asseyait tous les soirs mon frère pour tiller le chanvre, renversé, les pieds en l'air, dans un coin de la chambre. Son d'aveugle, qu'il tenait toujours entre les jambes, même à la maison, pour toucher de lo mi cela, était rangé avec des manches de piode râteau contre le mur, le long de la pierre de la cheminée, el il y avail dessus de la poussière el des toiles d'araignée. Je m<doutai que mon pauvre frère étail mort, puisque l'aveugle n'avait plus besoin de bâton. Dieu! déjà deux places vides en -i peu de temps! Je fondis en larmes, el je m'é :artai un moment de la lucarne, de peur qu'on ne m'entendit sangloter du dedans.
Ce que c'est que de nous, monsieur ! I donc de vous en aller huit ans de votre i hâteau, qu'on 'lit si plein de monde, de tendresse, de e, el puis revenez-y, vous verrez. Ah!
i monsieur, je ne vous souhaite pas un
c| naît d'heure comme celui là !
•- avoir pie
l>- feu pour er les enfants; car il enfants de quatre à six ans qui allaient - Ii maison pendus tablier; j'avais oublié de vous le dire.
Donc, je pus voir Denise tout a mon aise, monsieur, <ar elle avait tourné
par la flamme, tourné du < ôté de la lucarne. Ah! monsieur, ce n'étail plus la même (|n<: j' ■ ' autre, mais
i toujours la mén . la belle j«-t 1 1 1«- fille de dix-huit an- sous la jeune veuve de vingt-six ans. Il semblait qu'il n'y eût qu'à ; sur l'ombre
omme elle b\ ■
j.. plus bl la bouche un
peu pi
veux un ; plus taché de bleu, comme quelqu'un < 1 1 1 j a reçu une légère meurtrissure anun peu [jlu-i
243 LE IAILLEUR DE PIEkRfcS
bas, les bras encore plus blancs de pi tant soit peu plus ma
Une personne qui n'a pas vieilli, mais <|ui .1 souffert ou qui a pleuré les nuits, enfin! voilà comme étaii Denise! Ah! je ne pouvais pas en détacher mes yeux, el je me disais : « Pauvre Denise! pauvre Denise! que n'étais-je là pour l'épargner des peines et de l'ouvrage! Je t'aime encore mieux comme cela que quand il n'y avait pas une larme dans le coin de tes yeux el pas un coup de doigl de chagrin sur la peau de tes jones! Dieu! que tu me plus mieux encore ainsi que plus jeune el plus avenante! Ah! je ne pourrai plus être ton fiancé! Mais que je voudrais être ton -.Tour- el ton serviteur, sans autre gage que de te voir el de tenir tes petits enfants orphelins sur mes genoux! »
Quand elle les eul à moitié déshabil deux petits, je veux dire un garçon de ~ix ou sepl ans e1 une petite fille de quatre ou cinq .m-, el qu'on vil leur- jolies petites épaules roses qui sortaienl de leurs chemises de toile bien propre) elle les lit mettre à genoux devant
Df SAINT-F 345
«li-mi \
les moi-, les mains jointes, dormis
qu'ils étaient
dont le bon
abandonnée au milieu de I . I.i nuit,
d'une vieille mère mou ■ - •- du !"■!•'• qu'il» ne
■ ciel, toul comme s'ils sur \o ■ , sur la bouche pour les récompenser elle!
Quand <;h fut fini, elle leur dit : • A|
tu bon pour nous, mes petits, il Faut qui iur les autn comme pour mieux fixer leur quelque
i > quelque chose qui p'-n i cheminée. C'était mon sai de tailleurde|
oubli le jour ou
omme
. juste ou y 1 *.« \ 1 1 - mis. Elle
. int les
- briller
quelque chose sur l< eur : i 'était 1 1
ollier, qu'elle
2^4 l-t TAILLEUR Dh PIERRES
m'avait voulu donner en partant et que je n'avais pas voulu prendre. Il paraît que depuis ce jour «'IN- n'avait pas voulu remettre ce collier
el eette croix à s ;ou, el qu'elle les avaii
laissés attachés avec une épingle sur mon petit sac de cuir.
« Allons, mes enfants, dit-elle, maintenant Faites une prière devant ce crucifix au bon Dieu, pour qu'il mette l'àme devotre père dans son saint paradis. «
Et les petits baissèrent la tête comme elle.
a Faites une prière pour que le bon Dieu soulage el guérisse votre grand'raère qui esl malade, el pour qu'il nous la conserve au moins jusqu'à ce que vous soyez grand?. «
Ii ils baissèrent la tête comme elle.
a Faites une prière pour votre oncle Claude, donl nous parlons tous les jours, el donl voilà le sac sou- ce crucifix, afin que, -'il esl mort, le bon Dieu lui Fasse grâce el miséricorde parmi ses anges, el que, s'il est vivant, le bon Dieu prenne soin de lui dans les pays bien loin. bien loin, où il voyage, qu'il lui fasse trouver une bonne femme el des enfants comme vous,
i ravail. «
h ils baissèrent la tête comme elle, mais elle la tint plus longtemps baissée encore que pour les autres; et, en approchant le crucifix el le sai de ses lèvres pour baiser la croix, elle Inu-
Df saint po:\ r
, ha le - h de ses lé ■ le rependre
.ni clou.
l'en voulus pas voir davani i^>-, monsieur.