‹ Le tailleur de pierres de Saint-PointChapitre 35 sur 38 · II 1 A 1 I. L E U It DE PIERRES · texte numérisé non relu

II 1 A 1 I. L E U It DE PIERRES

<]<• la porte. Donc, en sortant de traire l< vres, Denise, toujours aussi compatissante qu'autrefois au pauvre monde, tenant à la main une écuelle pleine de lait, el prenant sur la plan che un morceau de miedepain qu'elle trempa dedans, s'approcha de moi tout près, se pencha avec bonté, el me parlant de sa voix la plus douce : ■■ Rèveillez-vous, pauvre Benoît, qu'elle me "lit ; il fait grand soleil, il y a bien longtemps que vous dormez; vous devez avoir besoin de déjeuner. Voilà une écuelle de lail et du pain •. prenez, el vous prierez le bon Dion pour toute la maison... el pour Claude!. . « ajouta-! elle encore d'une voix |>lu> tendre.

Ah! monsieur, mon nom dans ses lèvres el ne pas oser embrasser le boul de ses sabots ! vous figurez-vous ?

Mais je me sentis comme Foudroyé de je ne sais quoi au front, au cœur el dans tous les membres. Le bon Dieu m'aurait, j<- crois, dit de bouger, que je n'aurais pas fait un mouvement, le n'en li- aucun, monsieur; j'espérais qu'elle .-'en irail -an- m'avoir réveillé.

MaisDenise, inquiète dece que je ne lui répondais pas el de ce que je retenais même mon sou filo

DE SAINT-PO! NI 2 -,

pour ne pas renm ite que

imbé li. malade ou exténué faute il<>

nourriture, m'appela encore [<lu- haut, ■ ■(. n«-

recevant touji

à terre, prit l'écuelle de la main çauche, el de

la main droitetira mon manteau de dessus mon ■ m- que le soleil m'e âl dans l<

el me réveillât.

Ile devint elle-même, quand mon man-

; plein

>nl>-il, au lieu du visage de l'idiot qu'elle s'at-

figure de -"ii fiancé Claude, couvert des haillon? d'un men<l

I eta un cri qui tii sauver les enl

r . elle laissa tomber • I-- ses doigts l'éi uelle el I>- lait sur l'hi elle i".. - ne i la renverse, !

droite - .. r.- corps sur

la prem • le l'< scalier.

!••- • el pleurer n

La vieille mère sortit au bruit, à moitié vèt uo, sur la galerie, pourvoir quel malheur était arrivé à Denise.

Elle me reconnut, jeta un cri, étendit les bras. J'y courus, je l'embrassai, je la reportai sur son lit de mort. Puis je vins relever et reconsoler Denise à moitié évanouie de sa peur, et je la soutins dans mes bras pour la ramener toute tremblante à la maison et pour la : sur 11- banc de bois auprès de la nappe.

« Est-ce bien vous, Claude, sous ces pauvres hal.it>? me dit-elle.

— Est-ce bien toi, mon pauvre enfant, sous cette besace de mendiant ? Est-ce que la maison esl assez malheureuse pour qu'un enfant des Hutte-, si gentil au travail el si serviable aux autr.--, cherché aujourd'hui son pain de porte

en porte ? Ah ! mon Dieu !... »

Je les rassurai bien vite en leur avouant pourquoi j'avais changé d'habits avec l'idiol sur la Millv, afin de ne pas être reconnu des bergers et de savoir des nouvelles de la mai

son, sans y rentrer pourtant si Je

pas achever toute ma pensée, de peur de rap-

UNI poin r 2^5

peler !<• passi tirai «lu fi<m>-

sel <!>• mon ^il«-i une poignée de piè< es de tr.-ut.- sous qi mises de côté

m, pour la maison, si ou avait besoin d'argent, el je montrai à ma mère el à Denise !>•> manches de ma chemise, qui étaient <!>• belle toile de coton rayée, comme !<•> plus fières filles <lu pays auraient été bien heureuses d'en avoir de pareille pour • des tabliers.

. les deux femmes restèrent con-

devenu un mauvais sujet et un mendiant rentrant chea lui pour avilir sa famille.

l me- firent bo les en-

: ii s'accoutumaient a moi et <|ui riaient en s'affublant 'Ju manteau et de la besace du mendiant. Je leur racontai en peu de m

- de tour de France. » Mon Dieu ! que l<- monde est grand! » disaient-elles .< mes racon tances. D'-;iU<- devint toute pale quand ma mère me demanda si n'a\ lis p is fait rencontre d'une fille <|ni me plûl • ■

2<,ù LE TAILLE Ut! DE PIERRES

sortit, sous couleur d'aller donner de l'herbe aux cabris, quand j'eus répondu que non, el que je n'avais jamais pensé ■< me marier.

Alors, quand je fus seul avec ma mère, elle profita de ce que non-; n'étions que nous deux, et elle me raconta ce qui s'étail passé pendanl mon absence à la maison, en se dépéchanl el en parlant bas pour ne pas Faire pleurer De nise.

'. mon pauv re ( Claude, commen par me dire, que j'ai donc eu tort el que j'ai besoin d'être pardonnée par toi ! Il ne Faul jamais vouloir autremenl que le bon Dieu veut, . mon garçon, ou bien toi ou lard notre volonté esl é rasée sous la sienne. Tu aimais Denise, Denise t'aimait; j'ai voulu autremenl que vous : j'ai trop aimé mon pauvre Gratien. C'était bien naturel, puisqu'il était le plus affligé de mes enfants; j'ai pensé qu'il n'y avail que Denise qui piil le reconsoler dans sa triste vie. Elle m'a <>\><-ï par sacrifice, la bonne fille! n'a dil : « Ma tante j'épouserai celui a que vous me direz, puisque je vous • !■ ■ el que vous êtes comme ma mère le t'a

que toi qui étais un fort yeux, tu trou* issez d'autres : l.int qu'il n'y

• qu'une pour l'aveugle. El qu'esl

. Le ■ ;. i,: .11 esl entré p u la poi te '!<• la

que tu l'eusses refermée, vois-tu!

lie <|iii a duré

i force

■ pâle i omme

Ips violet)

a L' • douter, puis-

qu'on ne le lui d sait pas, el il la i royail le len-

lle. Sa com| douceu mes, el le son

de plus

tendre qu'autrefois. On a d'une

cloche fêlée par le marteau. 1 oyail que

i 1 1 < - n 1 1 - . - pour

lui, !>• |

menl le momenl où je lui d I >> peux

:\J LE I A I L L E U R DE P I f R It f S

<■ A la fin, je le lui dis. Denise consentit sans murmure à ce que je lui commandai. Elle n'avait rien contre Gratien ; au contraire, elle l'aimait comme un Frère malheureux.

« Elle se consacrait à son cœur toute sa vie, ■ omme le chien que nous lui avions donné quand il était enfant s'était attaché à ses jambes qu'il ne voulait plus quitter. Je les fiançai un an aprè» ton départ, el ils ne tardèrenl quejusqu'après la Saint-Jean à se mari. t. G'la ne fit ni

bruit, ni joie, ni ch inge ni dans la maison, pas

plus que -M y était entré une nouvelle servante. Gratièn était bien heureux, et Denise ne montrait point sa pensée. Seulement, -i ton sac venait à tomber du clou à terre, ou si quelque parent passant par les Hutt< - demandait de tes nouvelles el disail ton nom, elle s'en allait appeler ses poules ou balayer le palier de l'escalier. Mais jamais un mol plus haut que l'autre enti

i :- passèrent i omme ça, el Denise

d'abord sa fille, puia son garçon. Il senv

POINT 2 <, 9

blail <| ■ mettre du bonheur '!<" plus

à l.i maison. lh bien! non, ça ne Fui pas :omme

i qu'un soir qu'on parlait de toi dans

-. un garçon de Saint-Poinl revenant de

l'armée passa aux Huttes, rem

sur I" pas de la porte, el lui 'lit : « Jr reviens

de Toulon-sur-Mer; ton Frère Claude travaille

antier «lu fort, mais il ne travaillera pas

;temps, le malheureux : ses camarades

I qu'il a le chagrin au cœur, qu'il ne

veul ni se divertir, ni boire, ni rire avi

• qu'il est plus sec que son marteau el |>lus

l'il ::•■ | i--.-r.-i pas

■ l'hiver en vie. Il vienl de partir. Ou p t- pour quel autre en • pas pu

l<- trouver pour lui demander ses commis- -. »

Ce pauvre soldai ne savait pas le mal qu'il p de mort pour l'aveugle.

il le fond <!<• la m donner 'oui entendu

le ne ii> semblant de rien, mais <?•' Im tourna son lait tellement que non, fûmes nourrir la petite par une de n

• Qj , •■, il jeta un

tit !<• f: deux mains,

avait vu, pour la première foi-, un éclair du \ ; ! j'ai tué mon frère ! qu'il me

r ! \l 1 I F " i Dl 1*1 ERRES

« dil le soir toul bas en rentrant ; c'esl mou « bonheur qui lui coûte le sien, je ne puis plus

> Depuis ce jour il n'eul plus un moinen de paix; Denise elle même n'en pouvait obte nir un mol de consolation. Sa voix même, au trefois si nécessaire à son oreille, semblail lu Faire mal. Il ne dormait plus, il ne mangeai

plus de 1 ci pur, il ne voulait |>lu~ que le!

enfants ni Denise restassenl auprès de lui dans la i oui- ou dans la maison. Il alla coucher tou seul avec les moutons dans l'écurie. Il ne vou Lui pas même de moi pour le consoler. Il me disail : « C'esl vous qui les avez sacrifiés pour o mou bonheur, vou-. avez eu tort, el moi j'ai

été un Caïn ! Qui- l<- bon Dumi nous pardon u ne à tous et qu'il me prenne vite! Je veux aller - là-haul demander pardon à mou frère I » Je ii- venir le médecin; le médecin médit: • Cet

• homme n'a poinl de mal, i 'esl le moral ; il

• faiil t'en Apporter au temps, el lui complaire ■ en tout, pauvre femme '■ ■

u Au boul de six mois, il mourut, sans ma ladie, en te demandanl pardon, comme si tu

i h!, el en disant : <• De dans l'éternité de t'a voir aim>- d'un uutr.-!

é le bonheur d'un autre i ton cœur!

h de mourir |»>ur punition de mon malheui . imme

■ ri pauvre Claude.

» Denise, les enfants e( moi, nous le pleu- ; ■ h rt.i 1 1 1 bien ! 11 était si bon '. ■ 'est - i '•me qui l'avait u\r.

deux ans, mon pauvre enfant. Depuis ce moment le temps dm- pour nous, vois-tul L>- mal me p

irds de ton malheur, de celui de 1 1 et avec le chagrin de la mort de Ion frê rdirent leur force i omme moi mes j'tinl"- ne me suppoi • ir aller

• mon orne comm< m'appuyer sur le manche de mon

■ filer ma quenouille,

- deux | •••' 1 1 -

ivanl le

le -" ■ !••" iprès minuit pour t<>m

faire, les orges, les Foins, les châtaignes, piocher, sarcler, moissonner, rapporter les gerbes, égrener les épis, battre les châtaigniers, enfin touti Elle n'y pouvait pas suffire, la pauvre enfant, et le pain commençait à devenir rare sur la nappe. J'ai été forcée de m'aliter il y a trois semaines. 11 a fallu qui- les bêtes se gardent toutes seules avec le chien. Denise passé les jour- à mon chevet pour me soigner. La misère était a la porte aussi bien que le chagrin et la mort, quand le bon Dieu t'a envoyé. Qu'il te bénisse comme je te bénis, mon pauvre Claude! Peut-être il y aura du remède à tout, si tu peux rester avec mou- maintenant, devenir l'ouvrier de ta mère, le père des peut-, et, qui sait, ajouta-t-elle en pleurant, une seconde fois le fiancé de Denise?

— Ali! que oui, répondis-je, ma mèrel -i Denise ne me méprise pas, à présent qu'elle m'a vu sous ces habits de mendiant, je resterai, je ne m'en irai plus jamais; j'aimerai a comme les fils de mon frère el comme les miens; j'aimerai Denise comme je l'ai aimée toujours et comme elle consentira que je l'aime. »

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