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LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTT

Les Fiancés n'ont pas obtenn l'approbation complète de too« mes amis. Plusieurs d'entre eux m'ont objecté que le sujet de ce roman ne répond pas bien au titre général de Contes tirés de r Histoire des Croisades, Ils ajoutaient que si je n'entreprenais point de peindre les mœurs de rOrient et les luttes caractéristiques de cette époque, un pareil titre ressemblerait trop à cette affiche de spectacle qui, dit-on , annonçait la tragédie d'Jïa/wfe/, dans laquelle on avait supprimé le rôle du prince de Danemarck. Pour moi , je sentis combien il était difficile de donner quelque vie à la peinture d'une partie du monde sur laquelle je n'avais presque aucune notion , à moins qu'on n'en excepte les souvenirs d'enfence que m'ont laissés les Nuits arabes. Ainsi , non seulement je devais travailler avec les inconvénients de Tignorance dans laquelle j'étais enveloppé , comme un Égyptien dans le brouillard d'une des sept plaies, à l'égard de tout ce qui a rapport aux mœurs de l'Orient,' mais encore il se trouvait que plusieurs de mes contemporains étaient aussi éclairés sur ce sujet que s'ils eussent été les habitants delà terre fortunée de Goshen. De nos jours, en e£RBt, l'amour des voyages a envahi tous les rangs et a transporté les sujets de la Grande-Bretagne dans tous les coins du globe. La Grèce, si attrayante par les vestiges des arts , par sa lutte contre la tyrannie mahométane , par son nom, par les légendes classiques qui y vivent attachées à la moindre fontaine ; la Palestine, si chère à l'imagination par des souvenirs encore plus sacrés : tous ces lieux ont été visités récemment par des Anglais et décrits par des voyageurs modernes. Si j'avais tenté Tentreprise difficile de substituer des mœurs fictives aux mœurs réelles de l'Orient , tout voyageur qui aurait poussé sa route au delà de ce qu'on appelait autrefois lé Grand Tour (le tour d'Europe) aurait été en droit de critiqua sévèrement ma présomption. Tout membre du club des voyageurs qui aurait pu prétendre avoir mis le pied sur le sol d'Edom , aurait été constitué , par ce fait seul , mon critique et mon correoteur. Il me semblait qu'à une époque où l'auteur A'yénastasias et celui iiHadji Baba viennent de décrire les coutumes et les vices des na« tions de l'Orient, non seulement ayec fidélité, mais aussi avec la

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ffXiè de Le Sage et ia caustique énergie de Fielding , la tentative d*un auteur entièrement étranger à un pareil sujet devait nécessairement produire un contraste défavorable. Le poète lauréat Soutbey y dans sa charmante histoire de Thalaba , avait aussi montré jusqu'à quel point un homme de talent pouvait se rendre familières, par la leule force de Fétude sédentaire , les antiques croyances , lliistoire et les mœurs de FOrient, berceau du genre humain* Moore dans Latla Roock avait suivi avec succès la même route ^ dâoi laquelle Byron, lui-même, joignant sa propre expérience à une longue étude ^ était entré pour quelques uns de ses plus char* mants poèmes. En un mot, tant de livres avaient déjà été écrits sur rOrienI avec tant de succès , et par des gens qui connaissaient si bien la matière qu'ils traitaient, que je ne pouvais songer sans déflunee à tenter la même voie.

Ces objections étaient bien puissantes , et la réflexion ne leur fit rien perdre de leur force , quoiqu'à la fin elles n'aient pourtant pas prévalu. D'un autre côté, on pouvait dire que, sans avoir Tespoir de rivaliser avec les contemporains que je vien^de désigner^ cepen*^ dant il était possible que je vinsse à bout de la tâche que je me prop^ais ^ sans entrer précisément en Concurrence avec eux : et cette dernière eiccuse emporta la balance.

L'époque qui se rapporté plus immédiatement vxxt croisades^ et pour laquelle je me décidai à la fin , fut celle où le caractère guer^ rier> riide et généreux de Richard V^j ce modèle de chevalerie aveé toutes ses vertus exagérées et ses erreurs non moins absurdes, s'est ttOBtré en regard de celui de Saladin , époque où l'on voit le mo'itarque anglais et chrétien montrer la cruauté et la violence d'un sultan d'Orient ; Saladin , au contraire , déployer la profonde politique et la prudence d'un souverain d'Europe, et tous deux en même temps chercher à se surpasser en qualités chevaleresques , en bra^ tMre et en générosité. Ce singulier contraste offrait , selon moi , fies matériaux pour un ouvrage de fiction d'un intérêt tout particu-* Uer. IJfi des personnages que je me proposai d'introduire sur le «eeondplail, fut une parente supposée de Richard Cœur-de-Lion. Celte violation de U vérité historique a choqué M. Mill^ Tauteûr it \ Histoire éJ^ ia Gheimlerie et des Croisades, qui ne s'est fioint rappelé^ je présume « que la composition d'un ouvrage d'ima* liÉatite hnpltq&e iBlatùrelleiiient que l'on accorde à l'auteur le peu» v«fa* d'une pareille invention, et que e'^t là, ^ vérité, ube des iécessitéi de l'art.

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