‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 2 sur 99 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le prince Darid d'Ecosse, qui était alors à Farmée , et qui fat à son retour eu Europe le héros de quelques aventures très dramatiques, fut aussi enrôlé à mon service, et il foit partie de mes personnages.

Il est vrai que j'avais déjà employé dans une de mes nouvelles ifvanhoe) le personnage de Richard Cœur-de-Lion. Mais je me suis proposé de le montrer sous un jour plus particulier dans le Talisman. Alors, c'était un chevalier déguisé i maintenant il figure sous le caractère déclaré d'un monarque conquérant : je n'ai point douté qu'un souverain aussi cher aux Anglais que notre Richard P' ne fût capable de les intéresser plus d'une fois.

Il m'était permis de m'emparer de tout ce que nos pères ont raconté , soit réalité, soit iable , sur le compte de cet illustre guerrier , qui fut la plus grande gloire de l'Europe et de la chevaleries Les Sarrasins, selon un historien de leur propre pays , se servaient de son nom terrible pour réprimander leurs chevaux lorsqu'ils étaient effrayés : c Pensez-vous, disaient-ils , que le roi Richard est sur vos traces, que vous montrez une si grande frayeur? » Le livre le plus curieux sur l'histoire du roi Richard est un roman traduit du normand ; ce fiit d'abord sans aucun doute un livre de chevalerie^ mais il s'est rempli successivement des fables les plus étonnantes et les plus monstrueuses. Il n'existe peut-être pas un roman en vers qui présente, au milieu de iaits réels et curieux, un mélange pareil d'événements absurdes ou exagérés.

Un des principaux incidents de cette histoire est celui d'où son titre est tiré. De tous les peuples de la terre, les Perses furent peutêtre le plus remarquable par leur crédulité inébranlable dans les amulettes , les charmes ou talismans , composés , eroyaient-ils , sous l'influence de quelques planètes particulières, et possédant de grands pouvoirs médicaux ou pouvant donner aux hommes les moyens de commander à la Ibrtune. On raconte dans l'ouest de l'Ecosse une histoire de ce genre, qui est arrivée à un croisé de distinction : la relique à laquelle elle se rapporte existe encore, et même elle est tenue en grande vénération.

Sir Simon Lockhart de Lee et Cartiand fiit un personnage eoDsl« dérable sous le règne de Robert Bruce et sous celui de son fils David. 11 était un des che& de cette bande d'Écossais qui accom^ pagnèrent Jacques, le bon lord Douglas, dans son expédition com-i mencéepour laTerre-Sainle où il voulailporter le cœur du roi Robert Bruce. Douglas,impatientdeeombattrelesSarrasins, entra etguare

avec les Maures d'Espagne , et fat tué dans la péninsule. Lockhart poursuivit sa route vers la Terre-Sainte avec les chevaliers écossais qui avaient échappé au sort de leur chef, et prit part, pendant quelque temps , à la guerre contre les Sarrasins.

La tradition raconte que Faventure suivante lui est arrivée^

U fit prisonnier dans une bataille un émir distingué par son im^ portance et ses grandes richesses. La mère du prisonnier, femme d'un ftge avancé, vint au camp des chrétiens pour racheter son fils de la captivité. Lockhart ayant fixé le prix de la rançon du prisonnier, la dame tira de sa poche une large bourse brodée, s'apprétant à payer , comme une mère qui ne regarde pas à For quand il s'agit de la liberté de son fils. Pendant cette opération elle laissa tomber de sa bourse une petite pierre enchftssée dans une pièce de monnaie, <[ui , selon quelques personnes , était une médaille du Bas*Empire. La vieille dame montra un tel empressement à la ramasser, que le chevalier écossais en conçut une haute idée de la valeur de ce caillou comparativement à celle de For ou de Targent. « Je ne consentirai pas , dit-il , à donner la liberté à votre fils, si vous n'ajoutez pas cet amulette à la rançon convenue. » La dame non seulenient y consentit , mais encore expliqua à sir Simon Lockhart la manière dont il devait se servir de ce talisman, et l'usage qu'il pouvait en faire. L'eau dans laquelle il était plongé devenait un puissant fébrifuge , un excellent styptique, et acquérait encore plusieurs autres propriétés médicales.

Sir Simon Lockhart , après avoir fait plusieurs fois l'expérience des miracles qu'il produisait , l'apporta dans son pays ; il le laissa à ses héritiers. Ses descendants et tous les habitants du Glydesdale désignent encore cet amulette sous lé nom de Lee-Penny , Lee étant le manoir où sir Simon était né.

La partie la plus remarquable de l'histoire de ce talisman est peut-être celle qui concerne la manière singulière dont il échappa à la condamnation que l'Eglise d'Ecosse porta contre plusieurs autres remèdes qui se donnaient pour miraculeux , prétendant qu'ils provenaient de quelque sorcellerie : elle en défendit solennellement ^'emploi, exceptant seulement cet amulette, appelé Lee-Penny auquel il avait plu à Dieu d'attacher quelques vertus médicales que «l'Eglise ne pensait pas devoir condamner. Ce talisman, comme on l'a dit , existe encore, et quelquefois on a recours à son pouvoir. Dans les derniers temps, il n'a guère été employé que pour guérir les personnes mordues par des chiens enragés, et comme dans ces cas*

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