‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 13 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sais qui enjàniba derrière lui un assez grand nombre de marches; A la fin, ils arrivèrent à un petit caveau d'une forme irrégulière; à l'un des coins duquel Fescalier se terminait , tandis qu'à une autre extrémité se trouvait un second escalier tout semblable qui con^ duisait plus haut. Dans un troisième angle était une porte gothique, grossièrement ornée de groupes de colonnettes et de tous les attributs ordinaires de ce genre de sculpture. EUe était défendue par un guichet fortement garni de fer et de larges clous. Ce fot vers ce dernier point que Termite dirigea ses pas , qui semblèrent trembler lorsqu'il s'approcha.

< Ote tes souliers , » dit-il au chevalier qui le suivait. < Le sol que tu foules est sacré... Bannis des profondeurs de ton âme toute pensée profene ou mondaine , car en conserver une seule dans ce saint lieu serait une horrible impiété. »

Le chevalier quitta ses souliers comme on le lui commandait , et pendant ce temps l'ermite semblait s'être retiré en lui-même et prier intérieurement. Lorsqu'il s'approcha de nouveau , il ordonna au chevalier de frapper trois fois au guichet. Celui-ci obéit... la porte s'ouvrit spontanément^ du moins sir Kenneth ne vit personne, et ses sens forent tout-à-coup frappés par un torrent de la plus pure lumière et par les émanations délicieuses et presque enivrantes des plus riches parfoms. Il recula deux ou trois pas, et il lui feUut l'es** pace d'une minute pour se remettre de Téblouissement et de la surprise que lui avait causés ce passage soudain des ténèbres à lu lumière.

Lorsqu'il entra dans l'appartement d'où sortait tant d'éclat, il vit que la lumière provenait d'un assemblage de lampes d'argent , ali^ mentées par l'huile la plus précieuse , et exhalant les parfums les plus suaves , suspendues par des chaînes d'argent à la voûte d'une petite chapelle gothique qui , semblable aux autres appartements de la singulière habitation de Termite , avait été creusée aussi dans le roc solide. Mais dans toutes les autres divisions de la caverne que sir Kenneth' avait vues , le travail fait dans le roc était du genre le plus simple et le plus grossier : cette chapelle , au contraire , avait mis à contribution Tinvention et le ciseau des artistes les plus habiles. La voûte était soutenue de chaque cûté par six colonnes enrichies de la sculpture la plus précieuse ; et la manière dont les nervures des arcs venaient se rejoindre avec des ornements analogues , était dans le meOleur style de l'architecture du temps. Sur la même ligne que les colonnes il y avait de chaque côté six niches

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Au beut| et daas la partie orientale de la chapelle» s'élevait Tautel ) derrière lequel uu magnifique rideau surchargé de broderies en or cachait un enfioncemmit qui c(mtenait probablement quelque image ou quelque relique d'une sainteté peu commune , en rhonnem* de laquelle cette singulière chapelle avait été élevée. Dsms la persuasion que cela devait être ainsi, le chevalier s'avança vers Tautel ; et s'ag^ouillant sur les marches , se mit à réciter ses prières avec ferveur Son attention cependant fiit bientôt distraite par une nouvelle surprise. Le rideau fut levé , ou plutôt tiré de côté subitement) mais comment et par quelle main? c'est ce qu'il ne put voir $ toutefois dans la niche qui lui fut ainsi découvertOi il aperçut une armoire d'ébène et d'argent) avec une porte à double battant » e( offrant en miniature l'image d'une église gothique.

Fendant qu'il la contemplait avec une curiosité inquiète, les 4eux battants de l'armoire s'oyivrirent soudainement aussi, et il ^ipergut un grand morceau de bois sur lequel étaient gravés ces mots : Fera crux. £n même temps un chœur de voix de femmes chanta le Gloria Patri. Dès que les chants cessèrent , l'armoire se referma , le rideau la couvrit de nouveau , et le chevalier , toujours agenouillé devant l'autel , put continuer, sans être troublé, 4'offirir ses dévotions à la sainte relique qui venait d'être offerte à ses yeux. Il le fit, plein de l'impression profonde qu'^rouve cdui qui vient d'être témoin par ses propres yeux d'une preuve auguste de la vérité de sa religion , et il s'écoula quelque temps avant que ses oraisons fussent achevées ^ et que, se levant de terre, il se ha* sardàt à chercher autour de lui l'ermite qui l'avait guidé veirs ce lieu sacré et mystérieux. Il l'aperçut , la tête toujours enveloppée du voile dont il l'avait lui-même entouré, couché comme un diien qu'on a rebuté, su* le seuil de la chapelle sans oser le franchir. Son ^titude exprimait tout ce que le respect a de plus humble, le remords de plus poignant et la pénitence de plus sincère; C'était celle d'un homme accablé et renversé à terre par le poids de ses sensations intérieures. Il parut à TÉcossais que la plus profonde humilité , le sentiment le plus accablant de repentir et de pénitence avaient pu seuls prosterner ainsi un être doué d'un corps aussi ro^ buste, d'une àme aussi énergique.

Sir K^neth s'approcha dte lui comme pour lui parlei', mais le solitaire prévint son int^on, et mi^rinura d'une voix étoufiite

par le veile qui eBvel<)ppidt $i tète^ et dAiit leê aeeetiti iMMUâient 8<H*tird'im8Uairei... c Reète.... reste..;, heûreoz tnortéli {mtofûe cela t'est permis... la tision n'est pas encore terminée... » Efl parlant ainsi , il se retira en arrière du seuil où il s'était cDUché , et fel*ma la porta de là chapelle qui ^ assul-ée en dedans par tin réèiert dont le bruit fit retentit* la TOflte ^ se rejoignit an roe tif daiis lequel ce eaveau avait été creusé. Elle parut i^ire tellement partie du rocher, que Kenneth eut de la peine à distinguer aucune tétdë qui lui en indiquât l'eiistence. Il se trouva alors tout seul dans la chapelle bien éclairée qui contenait la relique à laquelle il tehait de rendre hommage, èeul, sans autre arme que son poignard) sans autre compagnie que odlé de ses pieuseè réflexidns et de son eonrage intrépide;

lUcertaih de ce qui allait lui arriver, mais décidé à suivre le coui^ des événements , sir Kenneth se proniena à pas lèhts dans la chapelle solitaire jusqu'au moment où se fait entendre le pretnier chant du coq. Â cette heure silencieuse du le jdur et la nuit se touchent, il crut onir, mais sans pouvoir distinguer de quel c6té venait le son \ le tintement d'une de ces petites sonnettes d'argent qui ahnéncent l'élévation de l'hostie pendant le Sacrifice de la messe. L'heure et le lieu donnaient à ce bruit léger quel(|ue chose de solenhel et d'effrayant; et tout intré^^ide qu'il était, le chevalier jugea è propos de se retirer dans le coin le plus éloigné de la chapelle et en face de l'autel , pour observer sans interruption les conséquences de ce signal inattendu.

Il ne fut pas long-temps sans voir le rideau s'ouvrir de nouveati et la relique s'offrir encore à ses regards. En tombant respect tieùsementà genoux, il entendit le chant des laudes, ou le premiet* office du matin de l'Église catholique que célébraient des voit de femmes ^ jointes en chœur comme précédemment. Le chevalier ne tarda pas è s'apercevoir que ces voix ne restaient plus statiohhaires dans l'éloignement ^ mais qu'elles s'approchaient de la chapelle et devenaient de plus en plus fortes. Bientôt une porte aussi impet*ceptible lOrsiiu'elle était lerinée , que celle par laquelle il était entré lui-même , s'ouvrit de l'autre côté de la chapelle , et les chants dti chœur vmrent résonner avec plus d'éclat sous les voûtes sacrées du temple;

Le chevalier, les yehx fixés sur la porte , respirant à peine et palpitant d'une impatiente curiosité, continua d'attendre, à genous et dans l'attitude pieuse que cette scène et ce lieu lui commsindaient j

eO LE TALISMAJNf.

le restât dé tout ce qu'il voyait. Il lui sembla qvHime procession allait paraître. Quatre jeuaes garçons » d'une grande beauté, dont les bras, le cou et les jambes, restés nus, offraient la teinte bronzée de rOrient et contrastaient avec les blanches tuniques dont ils étaient vêtus, entrèrent d'abord deux à deux. Le premier couple portait des encensoirs qu'ils agitaient devant eux, et qui ajoutaient de nouveaux parfums à ceux qui embaumaient déjà la chapelle. Le second couple joncha le pavé de fleurs.

Après eux venaient dans un ordre majestueux et imposant les femmes qui composaient le chœur. Six d'entre elles , à leurs noirs scapulaires et à leurs voiles noirs qui retombaient sur leurs blanches robes , paraissaient être des religieuses professes de l'ordre du Mont-Garmel , et un semblable nombre portaient des voiles blancs qui annonçaient qu'elles étaient des novices , ou qu'elles habitaient le cloître sans y être encore liées par aucun vœu. Les premières tenaient entre leurs mains de grands rosaires , tandis que les vierges plus jeunes et plus agiles qui les suivaient portaient chacune un chapelet de roses blanches et de roses rouges. Elles firent en procession le tour de la chapelle , sans paraître accorder la plus légère attention à sir Kenneth , quoiqu'elles passassent assez près de lui pour que leurs robes le touchassent presque. Pendant qu'elles continuaient leurs chants, le chevalier se persuada tout-à-feit qu'il était dans un de ces cloîtres où de nobles filles chrétiennes s'étaient ouvertement dévouées au service de Dieu. La plupart de ces couvents avaient été supprimés depuis que les mahométans avaient reconquis la Palestine ; mais plusieurs des religieuses ayant obtenu par des présents que les vainqueurs fermassent les yeux sur leur existence, ou étant peut-être l'objet de leur clémence et même de leur mépris, continuaient encore d'observer secrètement les rites auxquels leurs vœux les avaient consacrées. Quoique sir Kenneth sût bien qu'il en était ainsi , la solennité de l'heure et du lieu, la surprise que lui avait causée l'aspect soudain de ces religieuses, et la manière dont elles venaient de passer près de lui , et qui ressemblait tant à l'étrange vision d'un rêve , tout cela cependant eut tant de puissance sur son imagination, qu'il eut de la peine à se persuader que la majestueuse apparition qu'il contemplait était formée de créatures de ce monde : elle lui représentait plutôt un chœur d'êtres célestes, rendant hommage à l'objet des adorations universelles.

Telle fut la première idée du chevalier quand le cortège passa

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