‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 14 sur 99 · CHAPITRE lY. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY. U

S0U5 ses yeux, d'un pas lent et régulier et sans fiiire-un mouvement qui ne fût nécessaire ; de manière que , vu à la lumière mystérieuse et voilée que les lampes jetaient à travers les nuages d'encens qui s'élevaient vers la voûte , il semblait plutôt glisser que marcher.

Mais lorsque, faisant une seconde fois le tour de la chapelle, les religieuses arrivèrent près de la place où il était agenouillé, une des jeunes filles à voile blanc détacha du chapelet qu'elle tenait un bouton de rose qui tomba peut-être par hasard sur le pied de sir Kenneth. Le chevalier tressaillit comme si un dard l'eût soudainement frappé; car lorsque l'esprit est parvenu à un haut degré d'attente et d'exaltation , le moindre incident imprévu fait franchir à l'imagination toutes ses bornes. Cependant il maîtrisa son agitation en se rappelant combien cette circonstance était simple et insignifiante en elle-iùème : il se dit que Funiformité monotone des mouvements des choristes l'avait seule rendue remarquable.

Néanmoins lorsque la procession revint une troisième fois sur ses pas, la pensée et les yeux de sir Kenneth suivirent exclusivement celle des novices qui avait jeté le bouton de rose. £lle ressemblait si parfaitement aux autres chanteuses par la démarche , l'air et la taille , qu'il était impossible de Ten distinguer par aucun signe particulier , et cependant le cœur de sir Kenneth bondit comme s'il eût voulu s'échapper de son sein : cette impulsion sympathique lui apprit que la jeune vierge qui se tenait du côté droit sur le second rang des novices , lui était plus chère , non seulement que toutes celles qui étaient présentes , mais encore que tout le reste de son sexe. La passion romanesque de l'amour, telle qu'elle était encouragée et même prescrite par les lois de la chevalerie , s'accordait parfaitement avec la dévotion non moins romanesque de ce temps, et l'on pouvait dire qu'elles contribuaient réciproquement à se fortifier plutôt qu'à s'affaiblir. Ce fut donc avec une ardeur d'impatience, qui avait une espèce de caractère religieux, que sir Kenneth, en proie à des sensations qui le faisaient tressaillir depuis le fond du cœur jusqu'au bout des doigts, attendit qu'un second signe lui annonçât la présence de celle dont il croyait fortement avoir reçu le premier. Quelque court que fût l'intervalle qui s'écoula avant que la procession eût encore achevé le tour de la chapelle, il parut une éternité à sir Kenneth. A la (in, celle qu'il suivait des yeux avec une attention exclusive s'approcha. Il n'y avait aucune différence entre cette figure voilée et les autres dont elle suivit avec

t/i LE t*ÀLISBfAN.

utië t^ai^feitè bartâoiitë tOiis lés mouyënieiiis jiiSq^'à ce qh'ëtiittt âl"^ rivée pour la troiiiîêiBc Ibis auprfiS du chetîlltef agenouillé, iiiié petite ntàih dotit les proj[)ortion$ k*aTiâ$àbte$ ëtaiéilt de tiattii*è à ddillier la plus haiitë idée dé la perfecUôn des termes aut^delléâ elle appartenait, sortit des plis de la gaze comme un rayon dé lUnë â travers les huàges bndoyànts d'une riuît d*été ; et un noilvëad bduton de rose tomba aux pieds dii chevalier du Léopard.

Cette fbis ce né pohvait être uile cttconstance purement àbcidéiltelle;.. Ce ne pouvait ette l'effet du hasard qilé la l-essetriBlance de cette t)etitfe ttlaiH qtfil venait d'ënti-evoir avec ùhfe aiitré î^Ue iéÈ lèvres avaient touchée une Ibis tahdis (til'ëh sdn eœûi* il feisàit secrètement le vœu d'uhe fidélité éteriielle envers ëelle à qui elle à^Jpârtenait. S'il eût eu besoin d'Une àUlre preuve , il Tetit trouvées dans la présence du rtibîfe préfcieux qdî ornait ce doigt de hëige; jôyaû dont sir Këritiëlh aurait moins pi'isë la vdleur que le l)lu8 léger signe de ce joli doigt; et toute Voilée (J[ti'était là jfeune tîérgë, le hasard oii sa btiiine étoile Itii avait permis d'àpercevdir tibe boucle détachée de cëâ tresses d'ëbëne doht un seul cheveu lui était plus préeietix cent fôis qùè là plus belle chattlë d'or thassif. C'était la dàmè dé ses anlours! Mais comment se irouvdit-elle là , dans eé lieu loihtàin et sauvage, parini les vierges qui Se Itiisaient habitantes des déserts et dès fcavernes, afin d'accbmplir eh sécrétées Mtès chrétiené àtix^uèls elles n'oèaiéntasSistel-publiqûeiiient..; Il paraissait incroyable que ce ftit une réalité... Ce devait être un rêvé j une illusion trOthpétise dé son iinagihdtion. Pendaht que ces pensées occtli)aicnt l'espHt dé sir Rennéth , la procession sortit pair le même passage qui Iiii atait donné entrée dans la chapelle. Les jeunes abdlytes, lés religieuses voilées de noir, disparurent suêcèsiivetnent par cette issue. . . A la fin , celle dont il avait reçu ce doublé gagede souvenir passa encore àsontOur; mais en sortant elle iifc un léger mouvement de tète vers Tendroit où le chevaliet* l'cstait immobile comme une statué. Il suivit des yeux les dernières ohdulatiohis dé son vOile , ces plis disparurent aiissi , et râtrie du chevalier resta plorièée dans une obscurité aussi profonde que celle (Jtil frappa Soudaiilemétit ses sens extérieurs , cai* à peine la dernière choriste eht-elle passé le seuil de la porte qu'elle se iteriha avec bruit , que les voix se turefat tout-à-coup , et que les lumières de là chapelle s'étant éteintes aussi soudainement , sir Kenneth se trouva seul et dans les tënèbres: Mais qu'étaient pour sir Kenneth la sbli- Jude ^ l'obscurité et l'incertitude dé sa mystérieuse situation ? Il ne

«'«il ôDèfii^à j^âd , fl b> âtfttiiâ p A9 tmé ]^ii»(te. tl hè %6iïgtSi d'àfibH à rien iiu'à là îisioh fti^tiVe qui tenait de lui 2ippàrattt*e , et iiii gages de soutenir qu'eUe lùiAtait jetés . Se pl-éeipitbr l terré, et j chercher à tfttons les bdiitons qu'elle avait laissés tomber ; attacha* ses lettres sué^ les fi*oides pierl*es qu'elle teilait de ibuler ; se litrer à toutes les folies qu'une passion ardente suggère à beux qdt s'y abandonnent et qu'elle Justifie & leurs yeux , telles étaient les marques d'un attiour pdssibàné qui sont comitiiihes à tous lés siè* clés. Mais ce qiii caractérisait le siècle de la chetalerie , c'est qu'au milieu de ses transpOHs les plus eitrâvagants le ëheTàlier hé songea pohit un moment à Hire lé moindre éifbrt pbur suivre ou Aé^ couvrir l'Objet de cet attachement exalté : b'était iine déité (}ui , ayant Jugé & propos de se montrer M instant à sôh adorateur zélé , était rentrée de nouveau dans les profondeurs dis soh sahbtUaii-e]*, c'était un astre qui, dans un moment iUvorable , avait jeté sui* lui un rayon propice , et s'était enveloppé de nouveau ddns un toile de vapeurs. Les actions de la dame de ses affections étalent potir lui celles d'un être supérieur , qui ne devaient être ni observées ni contraintes.;. Elle pouvait le réjouir par son asped ou le désoler par son absence, le ranimer par sa bonté oh le désespérer par sa rigueur, le tout suitaht Sa libre tôlônté ^ et sans avoir à craiiidre aucune importunité , aucun reproi;he de soh champion dévoué. Cb champion ne devait se rappeler h elle qile par les sentiments de son cceilr et la fidélité de son épée , et son seul but dans cette vie devait être d'accomplir les ordres de sa dame, et d'étendre le renom de sa beauté par l'éclat dé ses pr<^res exploits.

Telles étaient les lois de la chevalerie et de l'amour qui en était le principe dominant. Mais la passion de sir Kenneth avait été exaltée par des circonstances particulières. II n'avait jamais en-* tendu le son de voix de sa dame , quoiqu'il eût souvent contemplé sa beauté avec ivresse; Elle vivait dans un cercle dont sdn titre de chevalier lui permettait bien de s'approcher , mais auquel il lui était défendu de se mêler. Enfin , quoique hautement distingué par soh courage et ses talents mUitaires , le pauvre guerrier écossais n'en était pas moins forcé d'adorer sa divinité à une distance presque aussi grande que celle qui sépare le Guèbre du soleil , objet de son culte. Mais quelle femme , si haut qu'elle porte les yeux , manqua jamais de remarquer le dévoùment passionné d'un amant même bien inferieur à son rang dans le monde ? Son regard s'était arrêté hxsr lui dans le tournoi , son oreille avait recueilli ses louanges dans

M LE TAUSMLA^If.

les récits des combats. qui se livrai^t journellensent ; et t^dis que cpmtes, ducs et barons se disputaient à Tenvi un de ses regards» elle les laissa tomber involontairement d'abord , et peut-être même sans le savoir, sur le pauvre chevalier du Léopard, qui, pour soutenir son rang, n'avait guère que son épée. Quand elle Texamina et récouta avec plus d'attention , la noble damoiselle en vit et en ouït assez pour encourager un penchant qui s'était d'abord glissé dans son cœur à son insu. Si on louait la beauté personnelle d'un chevalier , les dames les plus prudes de la cour guerrière d'Angleterre oubliaient leur réserve pour citer le jeune Écossais ; il arrivait même souvent que , malgré les largesses que les princes et les seigneurs prodiguaient aux ménestrels , un noble esprit . d'indépendance et d'impartialité s'emparant du poète, sa harpe célébrait l'héroïsme de celui qui n'avait ni palefrois ni riches vêtements à donner en récompense de telles louanges.

Les moments où elle écoutait l'éloge de son amant acquéraient chaque jour plus de prix pour la noble Edith. C'était une douce distraction à la flatterie dont ses oreilles étaient fotiguées; c'était, pour ses méditations secrètes, un objet qui, d'après le bruit public, se trouvait plus digne de les occuper que tous ceux qui le surpassaient en rang et en fortune. A mesure qu'elle fixait davantage son attention sur sir Kenneth , elle se sentait plus convaincue de son dévouement pour elle ; elle s'affermissait de plus en plus dans la certitude secrète qu'elle Yoyait dans sir Kenneth d'Ecosse le chevalier destiné à partager avec elle les douceurs et les vicissitudes d'une passion dont la perspective n'était pas sans dangers , mais à laquelle les poètes du siècle attribuaient un empire universel et irrésistible , et que le siècle lui-même , dans ses mœurs et ses usages, élevait au niveau des vertus et de la piété.

JVous ne chercherons pas à abuser nos lecteurs. Lorsqu'Édith s'aperçut de l'état de son âme , tout chevaleresques que fussent ses sentiments, et dignes d'une fille que sa naissance approchait du trêne d'Angleterre , quelque flatté que dût être son orgueil de l'hommage silencieux, mais continuel du chevalier préféré, il y avait des moments où son cœur de f^mme, aimant et aimé, murmurait contre la tyrannie des formes dont elle était environnée, et accusait presque la timidité de son amant , qui paraissait décidé à ne pas les enfreindre : l'étiquette du rang et de la naissance avait tracé autour d'elle un cercle magique , en dehors duquçl il était bien permis à sir Kenneth de la saluer et de l'admirer, mais qu'il

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