CHAPITRE V
« Je suU y > répliqua le nain , avec une grande aflfectaUon dia sérieux et de dignité , « je suis le douzième iman ^ je suis Mahomet , Mohadi , le guide et le conducteur des fidèles. Cent cbeVaux sont sellés , sont prêts pour moi et ma suite dans la cité sainte , et un pareil nombre daos la cité du refuge ; je suis celui qui portera témoignage, et voilà une de mes houris.
— Tu mens » » répondit la femme interrompant son compagnon avec des accents plus per<2ants que les siens ; « je ne suis pas une houris , et tu n'es pas un infidèle tel que le Mahomet dont tu parles : que ma sin(;ère malédiction s'appesantisse sur sa tombe ! je te le dis , âne d'issachar » que tu es le roi Arthur de Bretagne, que les fées enlcTèrent du champ de bataille d'Ascalon ; et moi je suis la belle Genèvre» célèbre par ses charmes.
— En vérité , noble sire » reprit le nain, nous sommes des priih ces malheureux , qui nous étions retirés sous Faite de Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, lorsqu'il fut chassé de son propre nid par ces brigands infidèles.
— Paix ! t dit une voix partait du côté par où le chevalier était entré, « paix! bouffons, et partez ! votre ministère est fini. »
Les nains n'eurent pas plus tôt entendu cet ordre que , se baragouinant Tun à l'autre à voix basse quelques phrases dans un jargon baroque , ils éteignirent leurs lampes, et laissèrent le chevalier dans une obscurité totale : enfin , lorsque le bruit de leurs piétinements eut cessé , un profond silence régna parmi les ténèbres.
Le chevalier se sentit soulagé par le départ de ces créatures* D'après leur langage , leur costume et leurs manières , il ne pouvait douter qu'ils n'appartinssent à cette classe d'êtres dégradés que la difformité de leur personne et la foiblesse de leur raison faisaient recevoir comme cortège et meubles indispensables dans les ftimilles les plus puissantes , où leur physique grotesque et leur imbécillité servaient d'aliment à la gatté de toute la maison. Le chevalier écossais , qui n'était pas au dessus des idées et des mœurs de son temps , aurait pu , dans tout autre moment , s'amuser beaucoup des bouffonneries de ces misérables rebuts de Thumanité ; mais leur aspect , leurs gestes et leur langage étaient venus interrompre le cours de sentiments profonds et solennels ; il se r^ouit donc de voir disparaître ces êtres difformes.
Quelques minutes après qu'ils se furent retirés , la porte d'entrée s'ouvrit lentement, et restant mi-close, laissa pénétrer une faible lumière provenant d'une lanterne placée sur le seuil. Sa clarté
ÏM TALIMAH* S
fO m tàLlSMAN.
4ottt«ttM M vaeAlàtttd perûiit d'apef cevoir mm ottbre épaisse oôuehH I l'entrée, oiâii en dehon. En iipprochant de plus près , sir Kennetb reconnut Termite étendu dans l'humble posture qu'il lui a? ait déjà f u prendre ^ et dans laquelle il était sans doute resté tout lo temps que son hôte était demeuré dans la ehàpelle.
c Tout est fini , > dît Termite quand il entendit le ebevalier s'ap^ proeber t «> le plus misérable des pécheurs de la terre , et eelui qui de tous les mortels a droit de se croire le ptui fetorisé et le plu» heureuk ^ doif eut également se retirer ; prenez la lumière et gui^ Aei^moi Jusqu'en bas » ear il ne m*est pas permis de me découvrir les yeux que Je ne sois hors de ce lieu saeré. t
Le chevalier écossais obéit en silence , car le sentiment à la fblâ
extatique et solennel de tout ce qu'il avait vu avait feit taire en lui la voit inquidte de la curiosité; Il traversa le premier , d'un pas sûr et lans se tromper j lei divers passages et escaUers secrets qui lea avalent ecmdttits h la ebapelle; et ils se retrouvèrent enfin dans la première cellule de la caverne.
« Le condamné est rendu à sa prison s il est renvoyé d'un )ôtir à Fautre jusqu'à ce que son Juge terrible décide que la sentence bien méritée doit être mise à eSLécutiOn. >
En disant ces mots , Termite Ota le voile qui lui couvrait les yèuï, et le regarda avec un soupir profond et étoufiié. Il ne Teut pas plus tôt remli dans la cachette dont 11 l'avait feit tirer par TÊcossais , qu'il dît d'un ton bref et sévère I son compagnon t « partez , partez , allei chercher du repos s vous pouvez dormir, vous pouvez vous Imposer; moi , ]e ne le puis ni ne le dois. >
Respectant Tagitation profonde avec laquelle ceci ftit prononcé ^ le chevalier se retira dans la cellule du fond ; mais ayant jeté un regard derrière lui en quittant la caverne extérieure, il vit Tanachorète qui, avec un empressement frénétique, se dépouillait les épaules do manteau velu qui le couvrait ; et avant d'avoir pu ftermer la porte fragile qui séparait les deux divisions de la caverne, il entendit les sifflements du fouet , et les gémissements qu'arrachait au pénitent le châtiment qu'il s'inBlgealt à lui-même. Un frisson glacial parcourut tes membres du chevalier quand 11 réfléchit à Ténormlté du péché et à la profondeur du remords qu'une aussi rigoureuse pénitence ne pouvait ni effacer ni affaiblir. Il dit dévotement son chapelet sur sa couche grossière , jeta un regard sur le musulman toujours plongé dans le sommeil, et fatigué lui-même des diverses scènes de la Jownée et de la nuit ^ il s'endormit bientôt aussi profondément
CflÀPlf RÉ VI. Il
tpi'ûn éûMt. £11 sMveillaût le ttiàtîn, !Ï éut âVec le solitaire mie longue conféreûcè sur des îfatértU importants; et le i^ésullat de cèl "ehtretien le ibrtja de prolonger dé deux fois vlligt-quatrè heures Son séjour dans la caverne. buraUt celte intervalle , il remplit régulièrement , ainsi qu'il convenait à un pèlerin, ses exercices de dévotion ; mais il tte fut plus admis dafls là chapelle où II avait été témoin de choses si merveilleuses.
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