CHAPITRE VI
lution qu'avait adoptée le conseil de conclure avec Saladin une trêve de trente jours ; ca^ si d'un côté il se sentait irrité du délai foi suspendait la marche de cette grande entreprise , de Tautre il s'en consolait un peu en songeant que les autres guerriers chrétiens n'acquerraient point de lauriers pendant qu'il restait inactif sur le lit où la maladie l'enchaînait.
ToutefDis y ce que Richard pouvait le moins excuser , c'était l'inactivité générale qui régna dans le camp des croisés du moment où l'on y apprit que sa maladie prenait un aspect sérieux. Les nouvelles qu'il en arrachait à ceux dont il était entouré , malgré leur répugnance à s'expliquer sur ce point , lui disaient comprendre que les espérances de l'armée s'étaient aflaiblies à mesure que sa maladie devenait grave. Enfin , il voyait cet intervalle de trêve employé non pas à renibrcer les troupes , à ranimer leur courage , à exalter en elles l'esprit de conquête , et à les préparer à marcher promptement sur la Cité sainte y qui était le but de l'expédition , mais à fortifier le camp , à l'entourer de tranchées , de palissades et d'autres moyens de défense , comme si les croisés se préparaient plutôt à repousser l'attaque d'un ennemi puissant , dès le renouvel-lement des hostilités , qu'à prendre l'attitude altiêre d'agresseurs et de conquérants.
Le roi anglais s'irritait à ces rapports comme le lion emprisonné qui contemple sa proie à travers les barreaux de fer de sa cage. Naturellement emporté et fougueux , son impétuosité le dévorait. Il était l'effroi des gens de sa suite , et les médecins eux-mêmes craignaient de prendre sur lui cette autorité qu'il leur est indispensable d'exercer sur leurs malades pour réussir à les guérir. Un fidèle baron , peut-être à cause du rapport qui existait entre leurs caractères , s'était exclusivement dévoué à la personne du roi , et osait seul s'interposer entre le lion et sa colère : son calme et sa fermeté lui assuraient sur ce dangereux malade un empire que personne n'osait prendre ; et si Thomas de Multon lui-même était arrivé à ce point d'autorité, c'est qu'il estimait la vie et l'honneur de son souverain bien au dessus du degré de laveur qu'il risquait de perdre ; c'est qu'il savait mépriser les périls auxquels il s'exposait personnellement en soignant un malade d'un naturel indomptable» et dont le mécontentement pouvait être Mal.
Sir Thomas était lord de Gilsland , dans le Cumberland. Dans un siècle où les surnoms et les titres n'étaient pas, comme de nos jours y invariablement attachés aux individus, il était appelé par les
Norm^n^s le Iqrd dç y«m ; mais les SaxQpsi , ^f resteiqit ^U^cbés ^ leur l^gue et étaiept fiers cle la part de san^ saison qui coulait d^ns les veines de cet illustre guerrier , Iç uammsiieut eu 9,nçlm Thomas de§ Gills, déçignant ainsi le$ étroites vç^llées d*QÙ sçs ya^te* domaines avaient tiré leur appellsition bien connue.
Ce chef valeureux avait été engagé dans presque toutes les guerres qui avaieut eu lieu entre TAngleterre et rÇcosse, et dans les di^rentes factions intestines qui déchiraient alors le premier dç ces deux pay$ : partout il s'était distipgué tant pj(r ses talents militaires que par s9 valeur personuelle. C'était d'ailleurs uu soldât; £[rQssier, brusque çt oéçligé d?^ps ses manières ; tî^citurne ^ et wénae presque insoçi^ble d«Uft m ll^bitudes , pu seuiblsiut dédaigner du mpin§ cçttç pQiite$<e {idrçjte qui réu§$it ^. 1^ cour. Néanmoins , quelques uns dç cc$ CSprita qui prétendent pénétrer le cœur des hommes assuraient. qu¥^ , malgré sa rudesse et sa brusquerie , lor4 de Y^^ux n'en était p^ pioins ^ml^iticux et rusé : ils pensaient qu'eu s'assimilant au caractère de hardiesse et de brusque franchise qui distinguait le roi , il avait en vue d'établir sa faveur et d'a$souvir son ambition secrète . Néapmoiu^^ personne ne se souciait de s'opposer à ses desseins^ s'il était vrai qu'il en ettt de semblables, en lui disputant le dangereux emploi de veiller auprès du lit du patient» dont le mal avait été jugé contagieu:!; : on se rappelait surtout que le malade était Richard Cœur-de-Lion, souffrant avec toute l'impatience frénétique d'un guerrier privé de couibats^ d'un monarquç sevré d'autorité. Les simples soldats , du moins ceux de l'armée anglaise, pensaient généralenieut que de Vaux soignait le roi comme il eût soigné tout ^utre ciimarade, avec le désintéressement et rhonnète fr^chise d'uqe an^itié de frères d'armes, si naturel^Q entre hommes qui partagent tpu$ les jours les ipémes dangers.
Sur le déclin d'un de ces jours brûlants qui dévorent la Syrie , Richard était étendu sur sa couche ; son esprit U maudissait inté-. rieuren^ent, son corps , irrité par la maladie, eu était fatigué. Son œil bleu, qui brillai^ d^ns tous les temps d'une vivacité et d'un éclat extraordinaires, encpre animé par l'ardeur de la fièvre et par l'impatience qui le dévorait , étincelait sous ses longues boucles de eheyeux blonds en désordre , et lançait des jets de lumière aussi rapides, aussi éclatants que les derniers reflets du soleil qui illuminent encore les nuages précurseurs de U tempête. Ses traits m&les attestaient par leur changement les progrès de la maladie qui le consumait ; sa feiarbç négligé^} et qui dçf»W$ lon^-temps n'avait p^
ité riiiéei «mivrnit m^ mej^toii et lei lèfrei. SejftiRt «Utmitifd» meftt 4^ Ym 9t dt rputra câtâ â« «oq ut , taotot il iUirMt I lui «en fsouf erturcft , I0 moment d'Apre il if» repouiiait iQlINltiel|lale^t 9 le d#aor4re de «a concbe et rirrîUitiQQ de ie« gestes montmient T^ P^rgici et la fougue ipdQmptat>Ie d'uQ earaetère dont l« ipbère Da-f turelle était le mouvement et Factivitii.
À G6té de la eouebe royale se teoait sir Thomas de Vaui , dont la figure , l'attitude et loi manières offraient le plua grand de toua les contrastes avea le (nonarque malade. Sa taille était inresque gi" gante^que , et <es ebeireux , pour leur épaisseur, auraient pu rappe^ 1er œui de Samian , apr^ toutefois que It ebampion isi^élite eut passé par le ciseau pbiUitin 1 car de Vaut portett sa ehevelure fort courte , afin de pouvoir la renfermer aoos son easque. L'éelat de son œil grand et ouvert, d'un brun fkuve, reiaemblait I eelui d-une ma« tinée d'automne i il ne se troublait que par ui^e aorte do contre*eoup des marques violentes d'agitation et d'inquiétude que donnait dn temps en temps le roi Richard. Ses traits, quoique aussi massift que sa personne , pouvaient a?oir été beaux avant d*ètre défigurés par dea eicatriceii. Sa lèvre supérieure , d'après la mode des Normands, était couverte d'une épaisse moustache , qui avait pris aasez de dé<« veloppement pour se j(Hndre à ses ebeveus ; moustache et ebeve** Jure étaient d'un châtain fpnoé , et commeneaient également à grisonner. La charpente de son corps était de celles qui semblent le plus en état de défier la fetigue et les changements de climat : il avait la taille élancée , la poitrine large, les bras longs et les mem«« bres robustes. Il y avait plus de trois nuits qu'il n'avait àté son justaucorps de buffle , et depu& il n'avait pris que ee repos mo* mentané et interrompu auquel pouvait se livrer par intenFalle et à l'échappée le gardien d'un monarque malade. Il changeait rariH ment de posture, excepté pour administrer ^ Richard les médicaments ou les boissons qu'aucun d^^ autres serviteurs ne pouvait foire aecepter \ l'impatient monarque ; il y avait quelque chose do touchant dans la manière g^uebe mais aésetueu«e dont le vieui soldat s'acquittait de soinsi si étrangement opposés è jea habitude! et à ses manières.
Le pavillon où étaient ces personnagei offrait % comme il oonvo*» nait au temp$ ^ au caractère personnel de Richard , un aspect plus guerrier que magnifique et royal. Des armea offensives et déftmsi^ Tes , dont quelques unea étaient d'une forme biaarre et dlnY^tont
n)Qd«rne,^ «i«i^At diipir^ «ou» la («iiit« wjnf^wAim aux pikn
qui la soutenaient. Des peaux â*aniinaux tués à la chassé étaient étendues à terre , et sur un monceau de ces dépouilles des hôtes des forêts reposaient trois alans , suivant lé nom qu'on leur donnait alors ( c'est-à-dire trois lévriers ), tous trois de la plus haute taille et aussi blancs que la neige. Leurs museaux marqués de plus d'une cicatrice de griifes et de serres indiquaient qu'ils avaient participé à la conquête des trophées sur lesquels ils reposaient, et leurs yeux 9 qui de temps en temps s'ouvraient d'une manière expressive et se fixaient sur le lit de Richard , leurs yeux témoignaient à quel point ils s'étonnaient et se fatiguaient de l'inactivité inaccoutumée qu'ils étaient forcés de partager. Jusque-là rien n'indiquait que les attributs du chasseur et du guerrier ; mais sur une petite table , à côté du lit, était placé un bouclier d'acier travaillé , de forme triangulaire , portant les trois lions passants qu'adopta , le premier , ce monarque chevaleresque ; et tout auprès , on voyait le diadème d'or ressemblant beaucoup à une couronne ducale , s ce n'est qu'il était plus haut devant que derrière : ce diadème 9 avec la tiare de velours pourpre brodé qui le doublait , était alors l'insigne de la souveraineté d'Angleterre. A côté , et comme toute prête à défondre Je diadème , était une énorme hache d'armes qu aurait fatigué tout autre bras que celui de Cœur-de-Lion .
Dans une autre division de la tente se teuai eut deux ou trois officiers de la maison du roi , abattus , inquiets sur la santé de leur maître ainsi que sur leur propre sort dans le cas où il viendrait à mourir. Ces sombres craintes s'étendaientsur j usque les gardes de la porte, qui se promenaient à grands pas et en silence , avec l'air du découragement , ou , se reposant sur leur pique , restaient immobiles à leurs postes , plutôt comme des trophées d'armes que comme des guerriers vivants.
- « Ainsi, tu n'as pas de meilleures nouvelles à m'apprendre du dehoi*s , sir Thomas, > dit le roi après un long et inquiet silence passé dans l'agitation brûlante que nous avons essayé de décrire, c £h quoi ! tous nos chevaliers sont devenus des fommes , toutes nos dames sont devenues dévotes , et il n'y a plus une étincelle de valeur et de bravoure pour ranimer ce camp qui renforme la fleur de la chevalerie d'Europe ? Ah !
— La trêve, milord, > reprit de Vaux avec la même patience qu'il avait mise à répéter vingt fois cette explication \ c la trêve nous empêche de nous comporter en hommes d'action. Quant aux dames , Votre Miyesté sait bien que je me mêle peu à leurs fotes
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et que j'échange rarement le buffle et Tacier pour le velours et For; mais j'ai entendu dire que nos plus célèbres beautés accompa^ gnent notre gracieuse reine et la princesse Edith dans un péleri ^ nage au couvent d'Engaddi , pour accomplir le vœu qu'elles ont fiait dans Fespoir d'obtenir la guérison de Votre Altesse.
— Et convient-il, » s'écria Richard avec Firritation que donne la maladie , « convient-il que des matrones et des filles royales s'exposent dans un pays souillé par des chiens d'infidèles, aussi perfides envers les hommes que parjures au vrai Dieu ?
— Mais , milord , objecta de Vaux , elles ont la parole de Saladin pour garantie de leur sûreté.
- — C'est vrai, c'est vrai, dit Richard. J'étais injuste envers le Soudan païen; je lui dois une réparation. Plût à Dieu que je fusse en état de la lui offrir corps à corps , entre les deux armées , avec tous les chrétiens et tous les infidèles pour témoins ! •
Tout en parlant , Richard sortit du lit son bras droit nu jusqu'à Fépaule , et se levant avec peine sur sa couche , il secoua son poing fermé comme s'il tenait une épée ou une hache , et comme s'il brandissait son arme sur le turban du Soudan. Ce ne fut pas sans un certain degré de violence , violence que le roi n'aurait pas soufferte de tout autre, que de Vaux, en sa qualité de garde-malade , força son royal maître à se remettre dans son lit : il fit rentrer son bras nerveux sous les couvertures , et ramena celles-ci jusque sur les épaules du malade avec le même soin qu'une mère donne à un enfant impatient.
« Tu es une garde un peu brusque quoique fort zélée , de Vaux, » dit le roi avec un sourire amer , tout en se soumettant à une contrainte à laquelle il était hors d'état de résister. « Il ne te manque plus qu'une coiffe sur tes traits austères ; cela te siérait aussi bien qu'à moi un béguin. Nous ferions , toi et moi , une nouiTice et un nourrisson capables d'effrayer les petites filles.
— Nous avons bien effrayé des hommes dans notre temps , sire, répondit de Vaux ; et je me flatte que nous vivrons encore assez long-temps pour en effrayer d'autres. Qu'est-ce qu'un accès de fièvre que nous ne puissions le supporter patiemment afin de nous en débarrasser plus vite?
— Un accès de fièvre ! » s'écria Richard avec impétuosité ; c tu peux croire que je n'ai, moi, qu'un accès de fièvre ; mais que me diras-tu de tous ces autres princes chrétiens? de Philippe de France, du lourd Autrichien , du marquis de Montferrat , du grand-mattre
(les ilQspit^lien et 4f; celui des Templiers ? Quel est le mal ^i lei tient? Je m'en vaî§ te le dire , moi ! C'eit vne paralysie , ç'e^t mn léthîirçîe mortelle qui lefi pme de U faculté d^gir et de ps^rler j m
y et qui a roqgé jusqu'au cçpur ce qu'il y ^yait de noble i de el^eva^ leresque et de Tcrtueus^ parmi euiç ; qui les a rendus parjures au serment le plus saipt que chevaliers aient jamais fait; qui leur fait négliger leur gloire et publier leur Dieu,
^ Pour l'amgur du ciel • milord , dit de Vau^ , prenej: les ehoseï avec moins de Tiolepce; ou tous euteudra du debors, et Dieu fait que de semblables discours pe se rëpèteut déjà que trpp parmi les simples soldats, engendrant les querelles et la discorde daus l'ar-r mée chrétienue. Songez que Totre maladie paralyse le principal ressort de la saiute entreprise. On i^ra plutôt agir un mau^ gonneau saps çprdes et levier que l'armée ehrétieuue san^ te r<4 Richard.
— Tu me flattes ^ de Vaux, » dit Richard i qui n*était pa^ entièrement insensible au pouvoir de la louapge , et il appuya sa tète $ur son oreiller avec plus de calme qu'il u'avait encore fait. Maif Thomas de Vaux n'était pas uu courtisan. S'il avait pronoueé ce^ paroles ^ c'est qu'elles s'étaiçut offertes naturellemeut sur ses lè^ vres , et il ignorait l'art d'insister sur ce ^ ujet flatteur de manière ^ entretenir le sensatiQU agréable qu'il avait excitée. Il garda donfe le silence , et permit au roi de retomber dans de sombres médit^-r tiens dont il qe sortit que pour s*écrier brusquement : « De p(\r Dieu ! voilà qui était bien dit pour flatter un malade ! mais une ligue de monarque^. ^ une réuniou de nobles , une assemblée de toute la chevalerie de TÇurope , lauguissent-ellcs à cause de la maladie d'un seul, quand bi^u même il arrive que ce soit le roi d'Augl&r terre? Pourquoi la maladie ou la mort de Richard arrêterait-elle la marche de trepte mille hommes aussi braves que lui ? Quaud le cerf dix cors est abattu , s^ troupe se disperse-t-eUe aussitôt ? Quand le faucon frappe la grue conductrice > uue autre preud sa place à la tète du vol. Pourquoi les puissances ne s^assemblent-elles pas pour choisir un homme à qui elles pui§seul confier la conduite de l'armée ?
— Parbleu ! sous le bon plaisir de Votre M^esté» reprit de Vauiç, j*ai entendu dire qu'il y avait eu à ce sujcft quelques délibératious entre les chefs spuverams.
— Ah , ah ! > s'écria Richard i dont la jalousie çoudaiuement éveillée donnait uu autre cours à son irritabilité , « suis-je oublié
ps^ mes aiuéf gvant â'aYoir rç^u le dernier sacrement 7 ^ç \i^
mnAAU ijéjà pQur mort?... Mm non, non, \\$ ont r^Uon, £| qiû choisissent-ils pour chef de l'armée chréti^nç ?
— L^ pr^éo^inence du r^ng 4é§ign^ 1^ rpi de Franchi répondit de Vaux,
— Oh , oh ! Philippe de France et de N^^^rrç * • Montjoie, $aint Denis, « Sa Majesté très chrétienne ! Grands mots qui remplissent bien la bouche ! Il n'y a qu'une chose h craindre , e*est qu'il ne s^ trompe de luots, et prenant en arrière pourri» avant ^ ne nous ra« m^ue. à Pari$, ^u lieu de marcher sur Jérusalem. 3a cervelle pOT^ litique a fait l'expérience qu'il y a plus de profit à opprimer se^ ^U' d^tâiro? et l piUcr %^ alliés qu'à combattre contre \^ Turcs pour le
S2(int- Sépulcre.
— On pourrait choisir le duc d'Autriche.
-^ Quoi! parce qu'il est gros et gra^ comme toif Thomas, et qu'il a le crâne presque aussi épais , quoiqu'il n'ait pas cepen^an^ ton indifférence dan^ le danger , et la même taciUté à oublier une offense ! Je te dirai que dans toute cette masse de chair autri*chienne « |1 u'y a pas plus de hardiesse et de courage que la colore n'en peut donner à une guêpe ou à un roitelet. Fi de lui ! Lui! cou* duire la cheYaleriç à de nobles feits d'armes ! ])onnez-lui plutôt un baril de yin du Rhin à boire avec ses lourds barons allemands*
— Il y a le grand-maltre 4es templiers , » continua le baron , qui n'ét£|it pas fâché de tenir l'attention de son mattre occupée de toutç autre chose que de sa maladie , fdtrce même aui^ dépens des princes et des potentats s « il y a , continua-t-il , le grand-maître de% templiers, intrépide, habile, brave dans |e combat, sage dans lo conseil, n'ayant pas de royaume à lui dont les intéréUi puissent le détourner de la délivrance de la Terre-Sainte. Que pense Yotr^i Majesté du grand-maltre pour chef général de l'armée chrétienne?
— Ah ! Beau-séant ? répondit le roi. Oh ! il n'y a rien à dire contre le frère Gilles Amaury. Il entend Tojdre d'une bataille , et s^it combattre çn face quand le signal eit donné* Mais , sir Tbomait ^rait-ilju^te de prendre la TerrerSainte au païen Saladin si rempli de toutes les vertus qui peuvent distinguer un homme qui n'est pas chrétien , pour la donner à Gilles Amaury , cent fois plus païen que lui ; un idolâtre , un adorateur du diable , un nécromancien qui , dans des Qaveaui^ et autres \mx secrets d'abomination et do
1, Bst-tt bien «ùr qae Vf aller Seott ne fasse pas ici un anachroni^e en donnant le titre de rot de ffavarrê et de majesté trè$ chrétieulie aux rois de France 4e celt^ ipoqiie ? A* M.
ténèbres, commet chaque jour les crimes les plus noirs , état qui révoltent le plus la nature ?
— La renommée n'accuse le grand-maltre des hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem ni d'hérésie, ni de magie.
— Mais n'est-il pas d'une avarice sordide? n'a-t-il pas été soupçonné, et même plus que soupçonné d'avoir vendu aux infidèle» des succès qu'ils n'auraient jamais obtenus par la Ibrce. Bah ! il vaudrait mieux trafiquer les intérêts de l'armée avec les matelots vénitiens, ou les colporteurs lombards, que la confier au grandmaître de Saint-Jean '.
— £h bien donc ! je n'en nommerai plus qu'un seul : que dit Votre Majesté du brave marquis de Montferrat, si sage et si brillant, et si habile homme d'armes ?
— Sage, c'est-à-dire rusé, répliqua Richard; brillant , soit, dans la chambre d'une dame... Oh , oh ! qui ne connaît ce fanfaron de Ck)nrad? Politique et versatile , il change de dessein aussi souvent qu'il renouvelle la garniture de son manteau , et ce n'est jamais la couleur extérieure de ses habits qui vous fera deviner celle de la doublure... Un habile homme d'armes, dis-tu? oui, vraiment, il monte bien à cheval , et se comporte noblement dans un champ clos , quand les épées sont émoulues et que les lances sont garnies de bois au lieu de fer. N'étais-tu pas avec moi, lorsque je dis à ce brillant marquis : Nous voici trois bons chrétiens , et je vois là-bas , dans la plaine , une soixantaine de Sarrasins : si nous allions fondre sur eux à Fimproviste , ils ne sont que vingt infidèles et mécréants contre un loyal chevalier?
— Je me le rappelle , le marquis vous répondit que'ses membres étaient de chair et non de bronze , qu'il aimait mieux porter un cœur d'homme que le cœur d'aucun animal , fût-ce même d'unlion.
i. En général , il est bon de se méfier des sorties qne Vf alter Scott met dans la bouche de Richard contre les templiers. 11 les a peints d'après les manuscrits des moines, les adtersaires les pins implacables de ces chetaliers qui rapportèrent d'Orient la Téritable doctrine du Christ, non telle que leurs ennemis Pont faite, altérée, mutilée au gré des intérêts du sacerdoce , mais telle que Jean Tapôtre la conserva et la remit à ses disciples, dont les descendants la confièrent, Ters Tan 1118, à Hugues des Païens , premier grand-mattre des templiers ; doctrine dont Tinfluence deyint la •ause secrète de leur condamnation en 1514; doctrine sublime, pure de superstitions et de mensonges , et qui pourrait contribuer singulièrement à rémancipation du genre humain. Une dernière preuTO de la Tertu des templiers , c'est que Richard Gœur-de-Lion ne Toulut se confier qu'à des cheyaliers du Temple pour reyenir de Palestine en Surope. a. jk»