CHAPITRE YI
Mais je vois ce qu'il en est. Nous finirons comme nous avons commencé , sans espoir de prier au Saint-Sépulcre , à moins que le ciel ne rende la santé au roi Richard. »
A cette grave remarque, Richard partit d'un rire bruyant, le seul qui lui fût échappé depuis quelque temps. « Vois un peu ce que c'est que la conscience, dit-il, puisqu'un baron du Nord, qui n'a pas l'esprit plus subtil que toi , a pu amener son souverain à faire Faveu de sa faiblesse! II est vrai que s'ils ne se présentaient pour tenir mon bâton de commandement, je ne me serais guère soucié de dépouiller de leurs oripeaux ces marionnettes que tu viens de me faire passer en revue... Que m'importerait à moi qu'ils se couvrissent des manteaux éclatants dans lesquels ils se pavanent, si on ne les nommait pas mes rivaux dans la glorieuse entreprise à laquelle je me suis voué!... Oui, de Vaux , je confesse ma faiblesse et la témérité de mon ambition... Le camp chrétien renferme sans doute plus d'un meilleur chevalier que Richard d'Angleterre , et il serait juste et sage de confier au plus digne la conduite de l'armée. Mais, > continua le belliqueux monarque en se levant sur son lit et jetant sa couverture , tandis que ses yeux brillaient comme la veille d'une bataille , « si un tel ehevalier pianotait la bannière de la croix sur le temple de Jérusalem pendant que je suis incapable de participer à cette noble expédition, aussitôt que j'aurais la force de mettre une lance en arrêt , il recevrait mon défi au combat à mort, pour m'avoir ravi ma gloire, en courant sans moi vers le but de mon entreprise. Mais, écoule, quelles sont ces trompettes que j'entends dans le lointain ?
— Ce sont celles de Philippe , à ce qu'il me semble , mon souve* rain, » répondit le bravç Anglais.
c Tu as l'oreille bien dure, Thomas, > s'écria le roi en essayant, de se lever; « n'entends-tu pas ces sons aigus et perçants? De par Dieu ! les Turcs sont dans le camp ; j'entends leurs cris de guerre.»
Il essaya encore de sortir du lit , et de Vaux fut obligé d'employer toute sa force , et d'appeler à son aide les chambellans de la tente extérieure pour réussir à le contenir.
« Tu es un perfide un traître Thomas de Vaux, » dit le
monarque irrité , lorsque épuisé et hors d'haleine il fut obligé de céder à une force supérieure , et de se laisser aller sur sa couche, c Je voudrais être seulement assez fort pour te faire sauter la cer^ velle avec ma hache d'armes.
— Je voudrais aussi que vous en eussiez 1^ force 1 6 mon roi^ ré:;
LE TALISÎMAN.
pltquà de Vauï; et Je m^expoi^eràis voloûtiers au Hèque âb voils éft tdir hité cet uâdge ; il $et*ait Mi à désiref pour là chrétietité , atljc dépens des jours de Thomas Multon , que Richard fût rëdetêilU lui-même.
-^ Mou bfate et fidèle serviteiir, » dit Richard en ietidant là main au baron , qui la baisa respectueusement, • pardonne à ton ûiattre i^ette irritation de caractère ; c'est à cette fièvre dévorahte 4Ue tu dois t^Cn prendre, et non à ton bon souverain, Richard d'Âhgletëk're. Mais, Va, je t'en conjure, et reviens me dire quels sont les étrangers arrivés dans lé camp , car ces sdnè-là li'àppafttennefit pas à là chrétienté. »
De Tauï laissa lé pavillon pour rettiplir la commission dont il était charité ^ et en son absence, qu'il résolut de rehdt'e auissi courte ^ê possible , il recommanda aUx pages et aut domestiqties de la chambre de redoubler de vigilance auprès de leur souverain , en les menaçant de les rendre responsables de ce qui pourrait arriver';; mais cette menace augmenta plutôt qu'elle ne guérit la thnidité àVeô laquelle ils remplissaient leur devoir; car, après la colère du monarque lui-même, ce qu'ils redoutaient le plus au thonde était celle du sévère et inexorable lord Gilsland.