‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 46 sur 99 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LA BAIVNIÈRE ENLEVÉE.

Ai-je donc perdu ce riche trésor d'honneur accumnlé dans ma jeunesse pour mon Sge ayancé? La noble source en est-elle donc tarie ? n n'est que trop yrai ; elle est deyenue semblable au lit desséché d'un torrent, que des enfants moqueurs peuyent trayerser à pied sec , et dans lequel ils yiednent ramasser des cailloux. Drtdbn. Don Sébastien.

ÂpKÈs s'être livré à une foule de sensations affligeantes dont la violence Tétourdit et le cqnstema d'abojrd , la première pensée dç

WÈ LE TALISMAN*

sir Keiin«th fat de chereher autour delui Ids duteur» de Mt outrage Ikit à la bannièrd d'Angleterre ; mais il ne put nulle part découvrir Iqgrs traises. Son second mouveaient n'étonnera que oeux qui n'ont jamais possédé d'ami parmi la race canine : oe ftit d'examiner Tétat où se trouvait son Mêle Boswall , mortellement blessé , suivant toute apparence, pour avoir rempli un devoir dont son maître s'é^ tait laissé détourner. Il caressa l'animal mourant , qui toujours constant dans ses afRections, semblait oublier ses prq>res souffi*anoes dans la joie que lui causait la présence de son maître , et qui ne cessait de remuer la queue et de lui lécher la main. De temps en temps , à la vérité » des gémissements étouflSés exprimaient combien ses douleurs étaient augmentées par les efforts que fiiisait sir Kenneth pour tirer de la blessure le fragment de lance ou de javeline qui y était resté enfoncé ; mais bientôt le pauvre animal redoublait ses caresses , comme s'il eût craint d'avoir offensé son mattre en lui montrant qu'il souflirait. Il y avait dans les dernières démonstra* tiens d'attachement de l'animal expirant quelque chose qui ajoutait une nouvelle amertume au sentiment 4e désespoir et d'humiliation qui accablait sir Kenneth. Son seul ami allait lui être enlevé au mo^ ment otk il venait d'encourir le mépris et la haine générale. La force d'ftme du chevalier l'abandonna tout entière à cette pensée ; il ne put maîtriser l'excès de sa douleur , et ne sut plus retenir ses gémissements et ses sanglots.

Tandis qu'il se livrait ainsi à son désespoir » une voix claire et so* lennelle se fit entendre à côté de lui ; du ton sonore des lecteurs de la mosquée , et dans la langue franque , également comprise par les chrétiens et par les Sarrasins , elle prononça ces paroles :

c L'adversité est comme les dernières et les premières pluies , froides , pénibles pour l'homme et les animaux ; et cependant c'est d'elles que naissent la fleur et le fruit, la datte, la rose et la grenade. »

Sir Kenneth du Léopard se tourna vers celui qui parlait, et reeonnut le médecin arabe, qui, s'étant approché sans èlre entendu, t'était assis à quelques pas derrière lui , les jambes croisées , et proférait avec gravité , et non pourtant sans un mélange de compassion , les sentences consolatrices que lui fournissaient le Coran et ses commentateurs^ car, en Orient, pour être considéré comme un sage, il ne s'agit pas de déployer de grandes focultés inventives, mais d'avoir une grande proa)ptitude de mémoire et de foire i y»ropo$ VappUcation de ce qui eigt écrite

GHAPITRB xnr. l«t

Honteux d'être surpris s*abandonnant ainsi m chagrin eomme une Ibtnme, sir Kenneth essuya ses larmes arec indignation, et se remit à s'ooeuper de son pauvre fevori. « Le poète a dit , > continua l'Arabe sans foire attention à l'embarras et an mécontentement du chevalier : « Le bœuf est pour les champs et le chameau pour le àé$ett. La main du médecin , ipoins habfle à f^ire des blessures ^e eelle du soldat, n'est -elle pas plus propre à les guérir?

^ Les secours de ton art ne peuvent rien pour ce blessé , Hakim, n^ondit sir Kenneth ,* et d'ailleurs , d'après ta loi > c'est un animal impur.

^^ Le sage qu'Allah a doué de lumière, reprit le médecin, se rendrait coupable du péché d'orgueil en refusant de prolonger Tetistence ou d'adoucir la souffrance de l'être auquel Allah daigna accorder la vie et le sentiment de la douleur et du plaisir. Pour ce sage il doit exister peu de différence entre la guérison d'un mh sérable serviteur , d'un pauvre chien , ou d'un monarque conque^ rant. Laissez-moi examiner le blessé. »

Sir Kenneth consentit en silence, et le médecin visita et sonda la blessure de Roswall avec autant de soin et d'attention que si c'eût été une créature humaine. Il eut ensuite recours à sa botte d'instru^ ments , et par l'usage judicieux et adroit qu'il fit de ses pinces , il réussit à tirer de l'épaule blessée le fragment de lance qui y était resté $ pois il arrêta avec des styptiques et des bandages l'eifusion du sang qui s'ensuivit ; et le pauvre animal souffrait patiemment toutes ces opérations , cooune s'il eût compris les intentions biendisantes de l'étranger.

« Cet animal peut être guéri , dit £1 Hakim , si vous voulez me permettre de l'emporter dans ma tente , où je le traiterai avec le soin que mérite la noblesse de sa nature ; car sachez que votre ser-* viteur Adonebec n'est pas moins habile dans la connaissance des différentes races et espèces qui distinguent le chien fidèle et le no* ble coursier, que dans celle des maladies qui affiectent la race hu': maine.

— . Emportez-le donc avec vous , répondit le chevalier ; s'il guérit, je vous en feiis volontiers le don. Je vous dois une récompense pour avoir soigné mon écuyer , et je n'ai d'autre moyen de m'acquitter. Quant â moi , c'en est fait , je ne ferai plus résonner le cori le ne ferai plus entendre le cri de chasse. »

L'Arabe ne répliqua point, il frappa dans ses mains , et à ce signal deus; (esclaves noirs parurent immédiatement^ Il lenr donn^

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ses ordres en arabe, et en reçut la réponse habituelle , entendre est obéir. Prenant alors l'animal dans leurs bras, ils remportèrent sans trop de résistance de sa part, car , quoiqu'il tournât les yeux yer^ son maître , il était trop faible pour se débattre.

« Adieu donc, cher Roswall! s'écria Kenneth, adieu, mon dernier , mon unique ami ! Tu es quelque chose de trop noble pour dcTOir rester dans la possession d'un être tel que je suis devenu. Je voudrais, » ajouta-t-il pendant que les esclaves s'éloignaient, « je voudrais , tout mourant qu'il est , pouvoir changer de sort avec be généreux animal.

— Il est écrit , » reprit l'Arabe , quoique cette exclamation ne lui eût pas été adressée , « que tous les animaux (mt été faits pour le service de l'homme; le souverain de la terre prononce donc des paroles insensées lorsque , dans l'impatience et le mécontentement de son sort , 11 souhaiyte de changer ses espérances présentes et à venir pour la condition servile d'un être inférieur à lui.

— Un chien qui meurt en remplissant son devoir, » répliqua le chevalier d'un ton grave , « vaut mieux qu'un homme qui a trahi le sien. Laisse*moi, Hakim, tu possèdes sur cette terre, où l'on ne voit plus de miracles , la science la plus merveilleuse qu'ait jamais déployée aucun homme; mais les blessures de l'àme sont au dessus du pouvoir de ton art.

— Non pas, si le malade veut expliquer le mal dont il souffire et se laisser guider par son médecin , répondit Adonebec £1 Hakim.

— Sache donc , dit sir Kenneth , puisque tu y mets tant d'insis^ tance, sache qu'hier au soir la bannière d'Angleterre fiit déployée sur ce monticule.... j'avais été choisi pour la garder... l'aube commence à paraître, il ne reste plus qtie les débris de la hampe; l'étendard lui-même a disparu.. . et je vis pour en être le témoin !

— Eh quoi ! » dit £1 Hakim en l'examinant, « ton armure est entière... je ne vois pas de sang sur tes arme.s, et la renommée parle de toi comme d'un homme non accoutumé à revenir ainsi du combat. Tu auras été attiré hors de ton poste par les yeux noirs et les joues roses d'une de ces houris à qui vous autres Nazaréens rendez vraiment le culte que l'on doit à Allah , au lieu de l'amour qu'il est permis d'accorder à une enveloppe d'argile semblable à la nôtre. Il faut assurément qu'il en ait été ainsi, car c'est de cette manière que l'homme a failli dès les jours d'Adam.

— Et quand il en serait ainsi , médecin, dit sir Kenneth i quel iremède y aurait-il?

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