CHAPITRE Xlt. m
« Confiteor! > répondit Ricbard d'un air abattu et ave^une ex* pression qui ressemblait à un sourire mélancolique. « Je confesse, révérend père , que je pourrais sur quelques points dire le ilfea cijUpa. Mais, n'est-il pas bien dur que des défauts de caractère aient été punis par un tel châtiment , et que , pour un ou deux accès de colère très naturels , je sois condamné à yoir se flétrir cette ricbe moisson de gloire poor Dieu , et d'honneur pour la cheyalerie? Mais elle ne se flétrira pas ! par TAme du conquérant! je pbnh terai la croix sur les tours de Jérusalem , ou on la plantera sur la tombe de Richard.
— Vous le pouvez, dit le prélat , et cela sans que le sang chrétien coule de nouveau dans cette guerre.
— Ah ! vous voulez parler d'un traité , sire prélat? Mais alors le sang de ces chiens d'infidèles cessera aussi de couler, répondit Richard.
— Il y aura quelque gloire , répliqua l'archevêque , à avoir arraché de Saladin, par la force des armes et par le respect qu'inspire votre nom , des conditions qui nous rendent à la fois le Saint-Sépulcre, ouvrent la Terre-Sainte aux pèlerins, garantissent leur sûreté par des places-fortes, et par dessus tout, assurent le salut de la ville sainte en donnant à Richard le titre de roi-gardien de Jérusalem.
— Comment ! > dit Richard , dont les yeux s'animèrent d'un éclat extraordinaire , < moi , moi ! roi-gardien de la ville sainte! La victoire elle-même, et c'est réellement une victoire, n'aurait pu rien obtenir de plus, ni même autant, remportée par des troupes désunies et marchant avec répugnance! Mais Sàladin se propose-t-iltoujours de conserver son pouvoir dans la Terre-Sainte ?
— Oui, mais comme souverain conjoint et fidèle allié du grand Richard , comme son parent, s'il m'est permis de le dire ainsi , par alliance.
— Par alliance ! » s'écria Richard surpris , quoique moins cependant que le prélat ne s'y était attendu. « Ah, ah ! Edith Plantagenet. Ai-je rêvé ceci , ou quelqu'un me l'a-t-il dit? ma tête est encore affiiiblie par la fièvre , et elle a été agitée. Ce fut l'Écossais , le Hakim , ou cet autre saint ermite qui m'a dit quelque chose de cette étrange proposition.
— L'ermite d'Engaddi, très probablement, car il s'est donné beaucoup de peine dans cette affaire , et depuis que le mécontenta* ment des princes s'est manifesté , et qu'une séparation de leurs Ibr** ces est devenue inévitable , il a eu plusieurs conférences, tant avée
^Wre atte»dne à la^cbrétteaté , du mm$ en pArtie , le but 4e cette
iiilite enU'^rifie.
^ Ma iMreid;e épouser uaiiifid^le,ab!i» fit ïUc|iiird»e^
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« Le €oiiseiiteDB«Dt du pape dettt a«Ds mtm donle* $'«Mei^ «part¥aiit»etle$ai&t ermitei qpii estbkaeoiimi Bone^ pwt (ISD traiter «vea le suntpère*
— Quoi! sans attendre d'abord notre consentement? dit le roi^
~ IfoR asfttrém^, * reprit r^rcbeTéqae d'un ton de voix eoneiliant et mielleux $ c avec yptre consentement spécial et mm
'#irtremei^.
^ Ston erasentemeot ftu mariagie de ma parente a?eo lu imfidèle , » dit Richard ; et il prononça ces paroles plutôt d'un air 4e doute que s'il eût repoussé absolument la mesure* < Combien l'étatf loin de songer qu'on pût me presser jamais un tel arrangement lorsque je m'élaa^iai de la proue de ma galère «ur le rivage ayrien a?ec l'ardeur d'un lion qui tombe sur sa proie I Et maintCh oant!... Mais continuez, et je vous écouterai avec patience, i
Aussi cbarmé que surpris de trouver sa tâche beaucoup moins difficile qu'il ne l'avait craint, l'archevêque se hâta de citer à Richard les exemples d'alliances semblables qui avaient eu lieu en Espagne avec l'approbation dusaintrsiége ; les avantages incalculables ;i^e toute la chrétienté retirerait de l'union de Richard et de Saladin , cimentée par un lien aussi sacré ; et il parla surtout avec beaucoup de chaleur et d'onction de la probabilité qu'il y avatf que Saladin , dans le cas où l'alUifflce projetée s'accomplirait, embrassftt la véritable religion.
c Le Soudan a-t-il montré quelques dispositions à se faire chréti»? demanda Richard. S'il en étsdt ainsi , il n'existe pas un cheva* fier sur la terre auquel J'accorderais plus volontiers la main d'une ptf ente , d'une sœur même , qu'au noble Saladin, Oui , quand même l'on mettrait à ses pieds un sceptre et une couronne, tandis que lui n'aurait à offrir que sa vaillante épée et son cc^ur plus vaillant
encore.
•^ Saladin a entendu nos docteurs chrétiens , » dit l'archevêque iQ chercKant en qurtque sorte à éluder laque^m, • et comme il ^ute avec patience et répond avec cahne, on ne peut qu'espérer doramMdm è la fia comme w Uion au feu de Tentar. MQgna e$t
CHAFiniE XIX. m
jDèrUaà, eiprasçeUebU*. D'aiUeivs, termite dTfigftddi, dâiitfl«4 m» que to pardfis toi&beiit i terre sans porter de fruâs, eit îotfmmatot pénétré de la crorance que la coiiT^sioa des Sarraittis et des autres païens est proehe, et que ee mariage peut oontribufr àla déterminer. Il lit dans le cours des astres ; Û vit dans les naeérar lions de la ehair, et habite ces lieux sacrés que les sainte fondèrent aiitrefoto. L'esprit d'Élie, le londateur de son bienheureux ordre, a dté avec hii oomma avec le prophète Elisée, Si» de Shaphut, Icnaqa'il étmidtt son manteau sur lui. »
Bicbard écoutait les raisonnements du prélat avec un trotà abattu et on regard inquiet. « Je ne sais , dit<41, ce qui se passe en moi, mais on, dvait qpie les eonseils flegmatiques de ces princes de la chrétienté m'aat intacte de lemr esprit de léthargie. Il fut un teoqpe eà si un laïque etit osé me pn^mer unç telle alliance, je l'aurais ^ndu à terre , et si c'eût 4t< un prêtre , \é M aurais craché au visage comme à un renégat, à im prêtre de Baal. Et cq^endant aujowpdlnn le conseil ne sonne pu si étrangement | mes oreilles ; car pourquoireftiseraibjedelbrmerunealliancefratemdie avec un Sarrasin, brave , Juste, généreux, qui aime et honore un noble «menai ewune un ami même , tandis que les princes de la chrétienté abaih donnait leurs alliés, et désertent la eause du oid et de la chevale* rie? Mais je veux me posséder et ne dois pas song^ à eux. Je ne feraiplus qu'uneffiDrtpoiHrempèeherladésimionde cettepieuse ligue; si j'échoue , lord archevêque, nous reparlercms du conseil que vous venea de me donner, et que pomr le moment je n'accepte ni ne rejette. Allmis dimc au consol, milord; Theure nous y appelle. Vous dites que Richard est fier et impétueux, vous allez le voir s'humi* Uer eooiine'l'faumble plante d'où dérive son nom . »
A l'aide des domestiquea de la chambre, le roi se hâta de s'ha» Ullar, il se revêtit d'un justaucorps et d'un manteau de même eouleur sombre , et sans aucune autre marque de dignité rivale qu'uii cercle d'or sur la tête , accompagné de l'archevêque de Tyr, il s'em* pressa de se rendre au conseil , qui n'attendait que son arrivée pour ouvrir la séance.
Le pavillon du conseil était une vaste tente, devant laqnette se déployait une grande baimière de la eroii , et une autre Feprésaii«> tant une femme agenouillée, les cheveux épars et les vêtcmens en désordre i p<mr perwmifi^ l'Eglise perséeutée et afiiigéê de Jéru-
f • La Téritè sit srui4s , slls prérandra^ à*' m
salem ; elle portait cette devise : Afflictœ sponsœ ne obUçiscartsK Des gardes choisis avec soin éloignaient tout le monde du voisinage de cette tente, de peur que les débats, qui étaient quelquefois bruyants et orageux , ne parvinssent à des oreilles qui n'étaient pas destinées à les entendre.
C'était donc là que les princes de la croisade étaiMt rassemblés attendant l'arrivée de Richard ; ses ennemis surent profiter de son retard pour l'interpréter au désavantage de ce prince. On rappela tout bas diiFérens exemples de son orgueil et de la présomption avec laquelle il s'arrogeait une supériorité à laquelle il n'avait pas de droits , et on en cita ce court moment d'attente comme une nouvelle preuve. Chacun cherchait à se fortifier dans l'opinion défavorable qu'il avait de lui , et à justifier à ses propres yeux le ressentiment qu'il éprouvait , en interprétant de la manière la plus sévère des cir^ constances fort insignifiantes \ tout cela peut^tre parce qu'il sentait intérieurement pour le roi d'Angleterre un certain respect involontaire, qu'on ne pouvait vaincre sans des efforts extraordinaires.
Ils étaient donc convenus entre eux de lui foire peu d'accueil à son arrivée, et de se renfermer tout juste dans les bornes du respect qu'exigeait la cérémonie. Mais quand ils virent la noble per* sonne du héros \ quand ils contemplèrent cette figure majestueuse un peu|pàlie par la maladie y cet œil, appelé par les ménestrels la brillante étoile des combats et de la victoire ; quand ses hauts fidts, s'élevant au delà de la force et de la valeur humame, se retracèrent à leur mémoire, tous se levèrent; le jaloux roi de France luimême, et le duc d'Autriche, sombre et courroucé, se levèrent aussi d'un commun mouvement , et tous les princes assemblés s'écrivent d'une voix unanime : < Vive le roi Richard d'Angleterre ! que Dieu accorde une longue vie au vaillant Cœur-de-Lion! »
Le front ouvert et serein comme le soleil d'été à son lever, le roi Richard remercia ceux qui l'^atouraient, et se félicita de se retrouver encore une fois au milieu des princes croisés.
f II désirait, > dit-il en se tournant vers l'assemblée, « leur adresser quelques paroles sur lui personnellement, quoique ce fût un sujet bien indigne de les occuper, au risque de retarder pendant quelques minutes leurs délibérations sur les intérêts de la chrétiMté et de leur sainte entreprise. »
Les princes croisés reprirent leurs sièges , et il se fit un profond silence.