‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 75 sur 99 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Dn craiii 4e pMUiUrd , mêlé daotn^trft emqpt « hmi Cem r«j«l«r •▼«^ réppgutBe^ 1« br«PY»gf apr^f l9<iae) popf iovpir)oii4 ; 1« moio<|f® doa ronilU , placé près de la boussole fidèle , la détournera de la droite Toie , et fiera périr le bfttiment. Àinsf la plus petite cause de mèeeiiteiitemeiit et de eolére rompra les liens d'alllanee «pi imiMvnt les prineot , et eavsora la oUm de lem poblo» dessoips. I.9 Crvkade » Iraçédi^

Li leoteisr ne peut pfau a?otr de doute maiateiiaat nir ee qu'était Fft(claTe éthiopien* et mr le deisein cpii l'avait amené an camp de Bichard. U comprendra fincUement dan^ quel espoir 1^ JSfubien »e tenait prte de le personne du wontrque eu moment oà Cœur-de- Lion, entouré de ses vaillants barons d'Angleterre et de STorman* die , était rar le sommet du mpni $aûit-George. I^e m avait auprà» de lui la bennij^e d'Angleterre portée par le plus bel bomm^ de Tamiée) William Longue-Épée, comte de Ssdi^bury, sonfir^e naturel, fhût âes ainours de Henri II avec la célèbre RosemQuAs 4e Woodstodi^.

D'après quelques expressic^s éd^appées au m^ le jpurprécédiantf dans sa conversation avec Neville, le Nubien craignait que son défmeaent«'eM été pénétré) surtout parée que le roi semblait sa- TOir que le chien serait Fagent qui découvrirait le voleur de la bannière , quoiqu'il n'eût été question que très légèrement devant Richard des blessures que Fanimal avait reçues lors du vol. Cependant j comme le roi continuait de le traiter ainsi qu'il convenait à sa prétendue situation , le Nubien restait incertain s'il avait été ou non reconnu , et décidé à ne pas renoncer à son déguisement sans nécessité.

Cependant les forces des croisés , conduites par les rois ou princes qui les commandaient , s'avançaient en longues files et entouraient la base de la petite montagne. A mesure qu'un corps d'une nation diffêrente paraissait , son chef montait d'un pas ou deux la colline, et foisait un salut de courtoisie à Richard et à la bannière d'Angle-;

terre , < en gage d'estime et d'amitié , non de soumission et ^ ya^. selage , » comme op avait eu soin de Texprimer dans le pf ptpPOljî de la cérémonie. Les dignitaires de FÉglise qui , dans ces ter|9ps-i^ , ne se découvraient pas la tële devant des créatures» ^opnaieqt a)i roi et à Femblèipe de sa puissance une bénédiction au lieu d'up salut.

Les troupes défilèrent ainsi ; et , toutes dimipuées qu'elles fussent par diverses causes, elles formaient encore une armée formidable, à laquelle la <;onquëte de la Palestine pouvait paraître une t^cbf iacile. Les soldats , pleins du sentiment' de forcé que leur donqait leur réunion, se tenaient droit sur leurs selles de fer , tandis que le son àes trompettes paraissait plus joyeux et plps éclatant , et qu^ les chevaux, rafraîchis par le repos et la nourriture, couy raient leurs mors d'écume et foulaient la terre avec plus de fierté. Us défilaient , par corps d'armée , sans interruption ; les bannières agitées, les lances étinçelantes, les plumes balancées gracieusement par le vent, formaient une longue et brillante perspective. Cette foule hétérogène, composée de nations diverses, différant entre elles par le teint, les traits , le langage et les aripes , semblait alors enflammée du pieux, mais romanesque dessein, de briser les fors de la fille désolée de Sion , et de délivrer la terre sacrée du joug des infidèles païens. Et l'on doit avouer que si , dans d'autres circonstances, l'espèce d'hommage rendu au roi d'Angleterre par tant de guerriers qui n'étaient pas ses sujets , pouvait avoir quelque chose d'humiliant , cependant , la nature et la cause de la guerre étaieqt tellement d'accord avec son caractère vraiment chevaleresque et ses hauts faits d'armes , que des prétentions qu'on aurait pu repousser partout ailleurs , étaient oubliées dans cette occasion. Le brave rendait volontairement hommage au plus brave dans une expédition dont le courage le plus énergique ponyait seul assurer le succès.

Le bon roi était h cheval , à mi-côte à peu près de la t^olline ; un casque surmonté d'une couronne et la visière levée laissait ses traits mâles à découvert. D'un œil calme et froid , il examinait tous les rangs qui passaient devant lui, et rendait aux chefs leur salut. Sa tunique, de velours bleu , était couverte de plaques d'argent, et ses hauts-de-chausses , de soie cramoisie , étaient tailladés de drap d'or. * A côté de lui , était l'esclave tenant en laisse son noble chien. Cette circonstance n'attirait l'attention en aucune manière; la plupart des princes de la croisade avaient introduit des esclaves ^Qirs dans leur

maison à rimitation deFusage barbare des Sarrasins. Au dessus de la tète du roi, flottaient les larges plis de la bannière, et ses yeux, qui s'y portaient de temps en temps , semblaient indiquer que cette cérémonie, qu'il regardait comme indiiSérente pour lui-même , n'ayait d'importance qu'en ce qu'elle offrait la réparation d'un outrage feit à son royaume. Derrière et sur le sommet de l'éminence , on avait élevé pour cette occasion une tour de bois qui contenait la reine Bérengère et les premières dames de sa suite. Le roi y jetait de temps en temps les yeux ; il les reportait aussi quelquefois sur le Nubien et son chien , mais seulement lorsqu'il voyait approcher des chefs que , d'après des circonstances antécédentes qui prouvaient leur malveillance , il pouvait soupçonner de complicité dans le vol de l'étendard, et qu'il jugeait capables d'une telle lâcheté.

C'est pourquoi il ne fit pas ce mouvement quand Philippe-Auguste de France s'approcha à la tète de la brillante chevalerie française ; au contraire , il alla au devant du roi de France au moment où celui-ci gravissait le mont de manière qu'ils se joignirent tous deux à moitié chemin et échangèrent leurs salutations de si bonne grâce, que leur rencontre parut avoir lieu sur un pied d'égalité fraternelle. La vue des deux plus grands princes de l'Europe en rang et en puissance , se donnant ces témoignages publics de concorde, excita dans l'armée des croisés de bruyantes acclamations qui se répétèrent pendant l'espace de plusieurs milles. Et les vedettes du désert alarmèrent le camp de Saladin , par la nouvelle que l'armée des chrétiens était en marche. Cependant , excepté le roi des rois qui peut lire dans le cœur des monarques , sous cette apparence flatteuse de courtoisie , Richard nourrissait en secret contre Philippe le mécontentement et la méfiance ; et Philippe méditait de se retirer avec ses troupes , et de laisser Richard réussir ou échouer dans son entreprise , sans autre secours que ses propres forces.

Le maintien de Richard fut différent quand les chevaliers et les écuyers du Temple * aux sombres armures , passèrent à leur tour; Ces guerriers , dont le teint, brûlé par le soleil de la Palestine, était presque aussi brun que celui des Asiatiques , étaient admirablement équipés , ainsi que leurs chevaux , et d'une manière très supérieure même aux troupes d'élite de la France et de l'Angleterre. Le roi jeta un regard rapide de côté, mais le Nubien ne bougea pas , et son chien fidèle , assis à ses pieds , contemplait d'un œil intelligent et satisfit les troupes qui défilaient devant eux. Le regard du roi se reporta donc sur les chevaliers templiers, tandis que legrand^ualtre,

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profitant de son double caractère , donna sa bénédiction à Richard, comme prêtre , au lieu de le saluer comme chef guerrier.

« Cet être orgueilleux et amphibie veut jouer le moine avec moi , dit Richard au comte de Salisbury ; mais laissons-le passer , William... La chrétienté ne doit pas, pour une semblable vétille, perdre l'avantage de ces lances expérimentées que leurs victoires ont remplies de présomption... Mais regarde, voici notre vaillant adversaire, le duc d'Autriche. .. . Remarque bien ses manières et son maintien , Longue-Epée ; et toi , Nubien , aie soin que ton lévrier le voie bien en face... Par le ciel! il amène av«c lui ses bouffons. »

£n eflfet , par habitude , ou , ce qui est plus probable , pour indiquer le mépris de la cérémonie à laquelle il se soumettait , Léopold était accompagné de son spruich sprecheret de son hoff-narr, et lorsqu'il avança vers Richard, il se mit à siffler comme pour se donner un air d'indifférence , quoique ses traits épais exprimassent la mauvaise humeur, et un peu de cette crainte qu'éprouve un écolier en faute quand il paraît devant son maître. Lorsque le noble duc d'un air sombre et troublé fit le salut exigé , le spruch sprecher agita sa baguette et proclama à haute voix, comme un héraut, que dans ce qu'il faisait alors l'archiduc d'Autriche ne devait pas être considéré comme dérogeant en rien au rang et aux privilèges d'un prince souverain. A quoi le boufibn répondit par un amen sonore , qui excita de grands éclats de rire parmi les spectateurs.

Le roi Richard regarda plus d'une fois le Nubien et son chien ; mais le premier ne fit pas un mouvement , et le second ne tira pas seulement la laisse, ce qui fit que Richard dit à l'esclave avec un peu de mépris : « Ton succès dans cette entreprise , mon noir ami, quoique tu aies eu recours à la sagacité de ton chien pour seconder la tienne , ne te donnera pas , à ce que je crains , une place fort distinguée parmi les sorciers , et n'augmentera pas beaucoup ton mérite à nos propres yeux. >

Le Nubien ne répondit , comme à l'ordinaire , qu'en s'inclinant profondément.

C'était aux troupes du marquis de Montferrat à défiler devant le roi d'Angleterre. Ce prince puissant et artificieux , pour foire un plus grand étalage de ses forces , les avait divisées en deux corps. A la tète du premier , composé de ses vassaux et de ses partisans , et levé sur ses états de Syrie, était son frère Enguerrand; et Conrad lui-même suivait avec une troupe brillante de douze, cents Stradiotes, espèce de cavalerie légère levée par les Vénitiens dans leurs

usé LÉ TALISMAN.

étàté de I^àluaâtte , et dont ils avaient éonfié le commatldemetit au marquis, allié de la république... Ces Stradiotes étaient habillés ihoitié à Teuropéenne et moitié à l'orientale. Ils portaient de courts hauberts, et par dessus une tunique d'une riche étoffe de plusieurs couleurs , avec de larges pantalons et des demi-bottes. Leurs tètes étaient couvertes de bonnets hauts et perpendiculaires semblables à ceux des Grecs , et ils portaient de petits boucliers ronds , des arcs et des flèches, des cimeterres et des poignards. Us étaient montés sur des chevaux de choix entretenus aux frais de la république de Venise; leurs sellés et leurs équipements ressemblaieht â ceux des turcs , et ils inôhtaient leurs chevàut de, là même manière, sur un siège élevé avec des étriers fort courts. Ces troupes étaient fort utiles dans les escarmouches contre les Arabes , mais incapables de s'engager dans la mêlée comme les hommes d'armes de Touest et du iiord de TEurope qui étaient couverts de for.

En tète de cette belle troupe marchait Conrad , vêtu du même costume que les Stradiotes , mais d'une éto£fie si riche qu'il était tdut étidcelànt d'or et d'argent , et la blanche plume attachée siir son bonnet par une agrafe de diamant s'élevait si haut qu'elle semblait vouloir toucher les nuages. Le noble coursier sur lequel il était monté bondissait , caracolait et déployait son ardeur et son agilité d'une manière qui aurait pii troubler un cavalier moins habile que le marquis ; mais celui-ci , avec une gr&ce admirable , le gouvernait d'une main , tandis que de l'autre il élevait le bàtôn de commandement dont l'autorité semblait être également absolue sur les deux troupes qu'il commandait. Cependant son pouvoir sur les Stradiotes était plus apparent que réel ; on voyait à côté de lui , et monté sur un palefroi moins brillant , un petit vieillard entièrement habillé de noir, sans barbe ni moustache , et dont la tournure était humble et insignifiante en comparaison de tout l'éclat du luxe qui l'environnait ; cependant ce vieillard de peu d'apparence était un de ces députés que le gouvernement vénitien envoyait dans les camps pour surveiller la conduite de ses généraux , afin d'exercer ce système d'espionnage et d'inquisition qui distinguait depuis longtemps la politique de cette république.

Conrad , en se prêtant à l'humeur de Richard , en avait obtenu un certain degré de foveur ; il ne parut pas plutôt devant la colline, que le roi d'Angleterre descendit un pas ou deux à sa rencontre en s'écriant : c Ah ! ah ! seigneur marquis , te voilà à la tête de tes légers Stradiotes , et ^ivi de ton ombre comme à l'ordinaire , que le

GHAAtRE XilV. «9

soleil brille m nMi! Petit -on te detnaûder il le éomittàtidebent des th)upe8 repose dttr Tombre mi sur le eorpi ? ^

Conrad pféludait h sa réponse par nn sourire, lorsqtie RoswaH poussa un liurlement furieux et fit un bond en avant. Le Nubien âtt même instant Mcha la laisse , et le létrier, s*élan^ttt atee impé^ tuosité, sauta sur le noble coursier de Conrad,^ et saisissant le tnai^ qnis i lu gdrge le jeta à bas de la selle. L'élégant eatalier roula sur la poussière t et le ebeval efflrayé te mtt fe courir à traters te camp.

« Le terrier a tait lever le gibier, dit Ricbard au Nubien ; )e le gagerais , et je jure par saint George , que c'est un cerf dfat ebn; Détache le ebien , car il va l'étrangler. »

L'Éthiopien eflbotivement , et non sans difficulté, dégagea Conrad et tint de nouveau sou lévrier en laisse, quoiiiue l'annnal exa»* péré se débattit violemment. Cependant la foule s'était portée vef% cet endroit , surtout les partisans de Conrad et les officiera stradiotes qui , voyant leur chef étendu et les yeut levés au eiel avee égarement, le relevèrent en s'écriaht tumultueusement : « Taillez en pièces l'esclave et son chien ! »

Mais la voix forte et sonore de Richard se fit entendre au dessus de toutes les autres clameurs. « Mort à qui osera toucher à ea chien ! Ce brave animal n'a i^it que son devoir en suivant l'instinct dont Dieu et la nature l'ont pourvu... Avance, Mon!... Conrad, marquis de Monferrat, je t'accuse de trahison ! »

Plusieurs des chefs syriens s'étaient approohés, et Conrad, dont la voix et le maintien indiquaient le combat que se livraient en lui la honte , la colère et la confusion , s'écria : • Que veut dire ceci ! de quoi suis-je accusé ? pourquoi ce honteux traitement et ces termes de mépris? Est-ce là le pacte d'alliance que l'Angleterre vient de renouveler ?

— Les princes de la croisade sont-ils considérés comme des lièvres et des daims pour qu'il lâche ses chiens sur eux ? > ajouta la voix sépulcrale du grand-mattre des templiers.

f II fout qu'il y ait ici quelque étrange accident, quelquefotale méprise , > dit Philippe de France qui s'avan<{a au même instant, c Quelque artifice de l'ennemi , dit rarchevèque de Tyr.

— Quelque stratagème des Sarrasins, s'écria Henri de Champa-' gne. On ferait bien de pendre le chien et de mettre l'esclave à la torture.

— Qn'saeun homme ne porte la main sv lui $'il foll OMdelt

vie ! * dit Richard. Conrad , approche , et nie l'accusation que cet animal 9 dirigé par son noble instinct , vient de porter contre toi , de mauvais traitements envers lui et d'avoir insulté l'honneur d'Angleterre.

— Je n*ai jamais touché à la bannière , » dit Conrad avec précipitation.

€ Tes propres paroles te trahissent , Conrad , reprit Richard ; car comment saurais-tu qu'il est question de la bannière , si ta conscience ne te reprochait ce crime?

— Est-ce donc pour cela , et rien autre chose, que tu excites tout oe tumulte dans le camp, répliqua Conrad, et imputes-tu à un prince et à un allié une action qui , après tout , fut probablement commise par quelque obscur voleur pour Tappàt d'un galon d'or ? £t serait-ce sur la garantie d'un chien que tu voudrais accuser un confédéré ? «

L'alarme était alors devenue générale , et Philippe de France jugea nécessaire d'intervenir.

« Princes et nobles , dit-il , vous parlez en présence de gens qui ne tarderont pas à s'égorger les uns les autres s'ils voient leurs che6 en mésintelligence. Au nom du ciel! retirons-nous donc chacun avec nos troupes dans nos quartiers respectifs , et dans une ' heure d'ici nous nous rassemblerons tous dans le pavillon du conseil pour prendre des mesures capables de rétablir l'ordre après ce nouveau sujet de conftision.

— J'y consens , répondit le roi Richard , quoique j'eusse aimé à interroger ce misérable pendant que son brillant justaucorps était encore souillé de sable. Mais nous en passerons dans cette aflfaire par la volonté du roi de France. >

Les chefc se séparèrent ainsi qu'il avait été proposé , chaque prince se plaçant en tète de ses forces , et on entendit de tous cdtés le cri de guerre et le son des cors et des trompettes donnant le signal du ralliement aux divers traînards pour se rassembler sous la bannière de leur chef. Ri^tôt on vit les troupes se remettre en marche , et prendre différentes routes dans le camp pour se rendre à leurs quartiers. Mais quoique tout acte immédiat de violence eût été prévenu , l'accident qui v^ait d'avoir lieu agitait tous les esprits , et ces mêmes étrangers qui tout à l'heure saluaient Richard comme le guerrier le plus digne de commander à l'armée , reprirent tous leurs préjugés contre son orgueil et son intolérance. Les Anglais, regardant l'honneur de leur pays comme intéressé dans cette querelle dont

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