CHAPITRE XXYL »S
— Et votre politesse n'aurait-elle pas pu , dît Richard, m'excepter aussi , moi qui suis gentilbomme , aussi bien que Blondel , et comme lui » un confrère de la gaie science.
— Votre Grâce devrait songer, • objecta de Vaux en souriant, « qu'il est inutile d'attendre de la politesse d'un mulet.
— Très bien parlé, dît \e roi , et surtout d'un mulet aussi mal dressé. Mais voyons , maître mulet , app' ochez , et que l'on vous décharge , afin que vous puissiez aller à l'écurie sans perdre de temps à écouter de la musique. En attendant, toi, mon bon frère Salisbury, va dans la tente de notre épouse , et dis-lui que Blondel vient d'arriver avec une provision toute fraîche des derniers ouvrages des ménestrels. Dis-lui de se rendre ici sur-le-champ , escorte-la toi-même , et veille à ce que notre cousine Edith Plantagenet l'accompagne. »
Ses yeux s'arrêtèrent en ce moment sur le Nubien avec cette expression douteuse que sa figure prenait ordinairement en le re* gardant.
€ Ah ! ah ! notre silencieux messager est de retour ! approchetoi, l'ami, et tiens-toi derrière lord Nevilie... Tu vas entendre des accords qui te feront bénir le ciel de t'avoir affligé de mutisme plutôt que de surdité. >
En parlant ainsi il se tourna du côté de de Vaux, et fut bientôt absorbé dans to^s les détails militaires que ce baron lui donna.
Au moment où le lord Gilsland avait à peu près fini son rapport , un messager annonça que la reine et sa suite s^approchaient de la tente royale... • Apportez un flacon de vin, s'écria le roi, de ce vin de Chypre que le vieux roi Isaac gardait depuis si long-temps, et que nous conquîmes quand nous primes d'assaut FamagoustaS Remplissez le verre du lord Gilsland, messieurs... Jamais prince n'eut un serviteur plus exact et plus fidèle.
— Je suis bien aise , dit Thomas de Vaux , que vous trouviez le mulet un serviteur utile, quoique sa voix ne soit pas si musicale que le crin ou le fil de fer.
— - Comment ! tu n'as pas encore digéré cette épithète de mulet ? Fais-la couler avec une rasade, l'ami, ou cela t 'étouffera... Allons, voilà qui est bien ! et maintenant je te dirai que tu es un soldat comme moi , et que par conséquent il faut que nous nous passions mutuellement nos plaisanteries , en temps de paix , de même que les coups que nous nous donnons réciproquement dans un tournoi , et que nous nous aimicns d'autant plus que nous frappons plus
isé tÉ TALTSMAN.
fort. Mais Voici là dîtférence qu'il y a entre toi et Blendel. tû tf es que mon camarade, Je pourrais dire même mon élévè danfs fart dé la guerre, et Blondel est mon maître dans là science des trdùfaàdours et des ménestrels. A toi je te pertiiets là famifiarilë de l'intiipité; mais lui, je le respecte comme mon supérieur dans son ari... Allons , Tàmi , nie sois pas niaussade , et reste ici pour entendre nos chants.
— Par ma foi , pour voir Votre Majesté de si bonne humeuf , dit le lord Giisland, je resterais à entendre BJohdel jusqu'à ce l|ii1| eût achevé la graiide romance du roi Arthur, qui dure trois Jours.
— Nous ne mettrons pas ta patience à ùné si rude épreuve , àli le toi. Mais voici la lueur des torches du dehors qui nous ànnbnte rapproche de notre royale épouse... rfàte-toi d'aller là recevoir, Fami, et tâche de te faire bien voir des yeux te^ pitis briHâtits éé la chrétienté... Allons, ne reste pas là à ajuster ton manté'âlu, vois-tu, tu as laissé passer Neville entre le vent et les voiles de ta galère.
— tl he m'a Jamais précédé sur le chartip de bataille , » dit de Vaux fort peu satisfait dé se voir devancé par lë chambellan.
« Non, et ni lui ni persoiïne ne s'y moUtra jamais avant toi, thoi bon Tom de Gills , répondit le roi , à moins que te ne soit nèusmême de temps en temps.
— Oui, mon roi, dit de Vaux; mais rendons aussi justice aux malheureux... L'infortuné chevalier du Léopard m'y à quelquefois précédé àiissl, car voyez-vous, il pèse moins à èheval, et...
-- Paix! * dit le roi en Finterrompant d'un ton impérieux; «pas un mot de lui. .. » Et en parlant ainsi il s'empressa d'aller au devsint de la reine. Il lui présenta ensuite Blondel eomme le roi des mé* nestfeis et son mattre dâils la gaie science... Bérengère, qiif n'igno^ rait pas que la passion de son royal époux pour la poésie et la ma-sique égalait presque son avidité de gloire militaire, et que Blondel était surtout son favori , n'oublia rien pour le recevoir atec toutes les distinctions flatteuses dues à celui que le roi Voulait honorer. Cependant , il était évideht que , tout eh répondant ôôùvênablement aux comi/lhnents que la belle reine faisait pleuvoir sur Itli avec (m peu trop d'abondance peut-être , Blondel était plus flatté et plus reconnaissant de Faccueil simple et gracieux (|ue lui fit Edith, dont FaflfabilUé lui paraissait peut-être d*aut'mt plus sincèi-e qu'elle Fexprlmait avec plus de concision et de simplicité.
La reine et son royal époux s'aper^redt t^s deui de eéttè dis-