CHAPITRE XXVI. îèt
tinction ; et Richard , voyant que la reine paraissait un peu piquée de la préférence donnée à sa cousine , préférence dont il n'était pas fort satisfoit lui-même, dit de manière à être enteûdd de toutes deux : • Nous autres ménestrels, Bérengère, oomtne tu peux hr Toîrpar Blondelyuous respectons plutôt un juge sévère eemmif notre pareûte , qu'une alnie indulgente et împar liale" cc^mme toi , qui teux bien nous en croire sur parole.
Edith fiit blessée de ce sarcasme de son royal parent , et elle ré^ pondit sans hésiter : « Que d'être un juge dur et sévère n'était pâi un attribut réservé à elle seule parmi les Plantagenet. »
Elle en aurait peut-être dit davantage , ayant une Ibrte dose dd caractère de cette maison qui , tout en prenant son nom et sa devist d'une humble plante (j)lanta genistd)^ fut peut-être une des familles les plus orgueilleuses qui aient jamais gouverné l'Angleterrec Mais son œil, animé par la vivacité de sa réponse , rencontra toutà-coup celui du Nubien , quoiqu'il eût essayé de se cacher derrière les nobles qui étaient présents, et elle retomba sur son siège, en devenant fort pâle. Aussi la reine Bérengèrese crut obligée de demander de l'eau et des essences , et d'avoir recours à toutes les cérémonies d'usage en semblable occurrence. Richard, qui appréciait mieux la force d'esprit d'Édilh, pria Blondel de prendre sa harpe et de commencer ses chants , assurant que la musique était la meilleure de tontes les recettes pour faire revenir un Plantagenet. « Chante-nous , dit-il , la romance du Vêtement sanglant dont tu me communiquas le sujet avant tnon départ de Chypre. Tu dois l'avoir achevée maintenant , ou , comme le disent nos archers , ta lyre est brisée... >
Le regard inquiet du ménestrel, cependant , s'était arrêté sur Edith , et ce ne fut qu'après avoir vu ses joues reprendre leur couleur qu'il obéit aux invitations réitérées du roi. Alors , accompagnant sa voix de la harpe , de manière à prêter plus de charme à son chant, sans le couvrir, il chanta sur un air qui n'était qu'une espèce de récitatif, une de ces anciennes aventures d'amour et de chevalerie qui ne manquaient jamais de captiver l'attention des auditeurs. Dès qu'il commença à préluder, l'insignifiance de sa per^ sonne, et son extérieur peu remarquable se transformèrent subitement. Sa figure devint rayonnante d'inspiration et de génie... sa voix mâle , sonore et suave , guidée par le goût le plus pur , pénétrait jusqu'au cœur. Richard, aussi joyeux qu'un jour de victoire, donna le signal du silence :
188 LE TALT8MAN.
P»ix , mes brades , que Ton se Ulf e !
Dans le Jardin et le chAt eau !
et avec le double zèle d^an patron et d*un élève , il fit ranger le cercle autour de lui , et recommanda l'attention à tout le monde; lui-même s'assit avec Tair d'un profond intérêt , non sans y mêler quelque chose de la gra?ité d'un critique de profession. Les courtisans attachèrent leurs yeux sur le roi , afin d'être à portée de deviner et d'imiter les émotions qui se peindraient sur ses traits, et Thomas de Vaux bâilla d'une manière formidable comme un homme qui se soumet avec répugnance à une pénitence ennuyeuse. Le chant de Blondel était en langue normande , mais les vers qui suivent en indiqueront le sens et en donneront une idée.