CHAPITRE XXVI
Dans le toaraoi Ta montrer ion courage , Quand le danger redouble tes efTorti , Et combattant au plu» fort du carnage Befieos Tainqneur, ou reste au raog'desmoiti.»
D'un air joyeux, et d^une main a?lde , Le cheTalier saisit le Tétement ,
Puis le pressant sur son cœur intrépide , Il dit (d^abord le baisant humblement} :
<c Fort honoré me liens de ce doux gage , Bienheureux est Pinstant où le reçois Et bienheureux est aussi le message Que Tiens ici d'entendre par ta Toix. »
« Page , Ta dire à la princesse , Que , sous ce lin frôle et léger , Mon cœur palpitant de tendresse , Défîra le fer meurtrier; Mais dis -lui que si ma prouesse Dans la lice cueille un laurier, Il faut qu^à son tour ta maîtresse Accorde un don au che? aller. »
c Tu nous as changé la mesure tout d'un coup dans ce dernier couplet , mon cher Blondel, dit le roi.
— Cest vrai , milord , répliqua Blondel , j*ai traduit de Fitalien ces vers qui me furent donnés par un Tîeux harpiste que je rencontrai à Chypre , et n'ayant pas eu le temps d'en faire une traduction bien exacte , ni de les apprendre par cœur, je suis obligé de suppléer, comme je peux et pour le moment , aux lacunes qui se trouvent dans la musique et les vers , à peu près comme vous voyez les paysans raccommoder une haie vive avec un fagot.
— Non , sur ma foi , dit le roi , j'aime ces petits vers rapides et qui frappent à coups répétés. Il me semble qu'ils vont fort bien et varient agréablement la musique au milieu d'une mesure plus prolongée.
— L'une et l'autre sont permises , comme Votre Grftce le sait bien, reprit Blondel.
— Je le sais , Blondel ; cependant je trouve que des scènes où il doit être question de combats sont mieux décrites soit en rimes de dix syllabes, soit en vers de huit pieds entremêlés, que si l'on emp'oîe les solennels alexandrins : la rapidité des petits vers rap« pelle la charge de la cavalerie , tandis que l'autre mesure ressemble à l'allure plus modérée du palefi*oi d'une dame '.
i. On a été obligé do faire subir quelque altératioo au leni original de ce paaiage ,
— Je continuerai j le jrl^y thwp gui plaît li Votrg (G^râce , > dit Blondel en recommençant à préUideF.
€ Mais auparavant excite ton imagination par une èoupe de Tin de Chio , reprit le roi : je Voudrais te Toir mettre de côté cette nouvelle invention qui vient de t'as8U}étir à terminer ton dernier couplet sur deux seules rimes. C'est une contrainte que tu imposes à ton génie , et qui te fait ressembler à un hommç qui danse dans lesiters.
— Ce sont du moins des fer^ qu'on soulève facilement, > dit Blonde! en faisant voltiger ses doigts sur les cordes de la harpe, comme s'il eût préféré jouer au lieu d'écouter cette critique.
« Mais pourquoi les prendre , mo^ ami , oonliQua le roi , pourquoi enchaîner ton imagination avec des liens de fer? Je m'étonoe que tu puisses continuer ainsi.. . Je suis bien sûr qu'il m'aurait été impossible, à moi, de composer une stance dans cette mesure embarrassante. >
Blondel baissa la tète et parut s'occuper des cordes de sa harpe pour cacher un sourire involontaire qui s'était glissé sur ses traits. Ma|s il nç put se dérober à l'observation de Ricbard.
€ Par ma foi! tu te moques de moi, Blondel i s'écria-t-il, ^ISR l)qnne conscience, tout homme qui ose faire le maître quand il n'est que l'écolier paérite bien cela... Mais nous autres fois , pous prenons la mauvaise habitude d*étre entiers dans nos opinions... Allons, continue ton lui, cher Blondel... continue à ta manière qui yaut mieux que tout ce que nous pourrions dire. >
Blondel reprit son lai ; mais comme la composition improvisée lifi était familière , il ne manqua pas de suivre les avis du roi en reprenant les rimes croisées , et ne fut peul-ôtre pas fâché de montrer par là avec quelle facilité il pouvait changer la forme d'un ppèm^) miéme pendant qu'il le récitait.