LA ROBE SANGLANTE
SECONDB PARTIE.,
Cent cheTâlien , tons briUants de TaiUance , Sang le tournoi mes.arèrent leurs braa ;
à cause des propriétés différentes de la versification anglaise et de cçUe de na^rs langue. Le texte de la ballade est moitié en Ycrs de dix syllabes, moitié en siexaodrins anglais très différents des nôtres : mais toutes les stances de la première psr^'* en anglais sont chacune sur une seule rime huit fois répétée , ee qujil était impossibls d'imiter en français , bien que les obser? ations du roi Richard portent far ctIM <Uf^ acuité taincae.
Maint y p«rdit son cheyal ou sa lance , Maint y trouTa ia gloire oa le trépas.
Mais un d'entre eux les surpasse en audace , A tous les coups il expose son sein :
C^était celui qui n^ayait jpour cuirasse Et pour écu qu^un blanc tissu de lia.
Son sang coulait au plus fort éa carnage , Et mainte Tois , craignant de le férir , ' Plus dMo guerrier , qu'étonnait son couraee , Crut que d'un yœu ce preux était martyr.
Le prince aussi doot il a touché Tâme Cldt le tournoi par un signal soudain , Et pour vainqueur de la lice il proclame Le cheTalier au vêtement de lin.
On s^apprôtait ^ céi^^rer la messe Que devait suivre yn jbançuet aoipptaçiif « Quand tout-à-coup , saluant la princesse , Un écuyer vient ofrrir k ses yeux Ce lin fatal , percé de coups de lance , Contre ie fer bouclier impuissant, Dont la blancheur , emblème d'innocence , A disparu sous la fange et le sang.
Or, récuyer lui paria ce langage ; ce Je viena au nom du preux Tliomas àt Seal»
Chargé par lui de remettre ce gage Entre vos mains , dame de Bénévent.
^ Mon maître a dit : Au péril de ma vie , 4^ai de Vft dame os^ remplir la loi , ^^obtieos le prix de la chevalerie ; Mais l'en attends un autre de sa foi.
a ^olnt ne cjraignis , a dit encor mon maltrf ,
De m^exposer sans défense aux combats ;
Or maioienaut peut-elle méconnaître
Le chevalier qui lui voua son bras ?
En lui rendant la tunique trop chère ,
l^ni , de mon sang , a gardé la couleur ,
yeux qu'à son tour, s^en parant pour me plaire , •
lia dame aussi la porte sur son cœur, v
L^cuyer dit ; la princeisa tremblante , iEn rougissant étend vers lui la main , Et recevant la tunique sanglante , Avec ardeur la presse sur son sein.
« Brave écuyer , dit-elle , veux apprendre Auîourd'hui même i mon preux chevalier Que de ce lang que |e lui fis répandre y CoBiiaiA le jfïU e^ aawai le (ayer. 9
ai2 LE TAUSMAN.
lleiie a tmiiié , sur m robe pourprée La dame a mis ce TêtemeDt «anglant , Bi Ters la nef, d^ane marche assurée , EUe condait an cortège brillant ; Puis apprenant que le priicê , son père , Aux che?atiers donnait riche festin , En cet atours Tint , comme à Pordloaira , À deux senonx lui présenter le tin.
Dames et preux contemplent la princesse ;
On se regarde , on chuchote , on sourit.
Le prince alors , que la colère oppresse ,
D un ton séyère en la rayant lui dit :
« Pais donc qa^à tous n^a pas honte d^apprendre
rt (a folie et S(S tristes efTits,
DeTiens le prix du sang que fis répandre ,
Mais de ma cour sois bannie à jamais. »
Faible de corps , mais toujours ferme d^âme , Était Thomas présent à ce banquet.
« Prince , dit-il , mon cœur est à ma dame , Mon sang lui fut prodigué sans regret.
Mais si ta fille encourut ta colère , Fuyant tous deux les murs de BénéTent , Lui Teux offrir , dans la riche Angleterre , Atcc mon cœur le beau comté de Kent. »
Un murmure d'applaudîssemens circula dans rassemblée y chacun suivant l'exemple du roi Richard qui combla de louanges son ménestrel favori , et finit par lui donner une bague d'un prix considérable. La reine s'empressa d'oflrir une marque de distinction au fayori , et lui fit don d'un riche bracelet ; la plupart des nobles qui étaient présents suivirent l'exemple de leurs souverains.
c Notre cousine Edith , demanda le roi , est-elle insensible aux sons de la harpe qu'elle aimait autrefois ?
•— Elle remercie Blondel de son lai , répondit Edith ; mais elle est encore plus sensible à la bonté du parent qui a choisi ce sujet.
— Vous êtes irritée , cousine , reprit le roi, d'avoir entendu parler d'une femme plus fantasque que vous ; mais vous ne m'échapperez pas ; je veux vous accompagner jusqu'au pavillon de la reine; il faut que nous ayons ensemble une conférence avant que la nuit fusse place au matin. »
La reine et sa suite se levèrent aussitôt pour partir, et les autres personnes présentes se retirèrent aussi de la tente royale. Les gens de la reine , munis de torches, avec une escorte d'archers, attendaient Bérengère au dehoiis , et elle se mit en marche pour retour-
CHAPITRK XXVI.
ner chez elle... Richard, comme il Favait amioncé, marcha près de sa cousine , et la Ibrça de s'appuyer sur son bras , de sorte qu'ils purent se parler sans être entendus.
« Quelle réponse dois^'e donc rendre au brave soodan? demanda Richsa*d. Les rois et les princes se détachent de moi , Edith ; eette nouvelle querelle me les aliène de nouveau. Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour le Saint-Sépulcre , par accommodement, sinon par la victoire , et la seule chance que j'aie d'y réussir, dépend , hélas ! des caprices d'une femme... J'aimerais mieux porter ma lance en arrêt devant dix des meilleures lances de la chrétienté que d'avoir à raisonner avec une jeune fille obstinée qui ne sait pas ce qui est pour son bien. Quelle réponse, cousine, ferai-je donc à Saladin ? Il faut prendre un parti décisif.
— Dites-lui 9 répliqua Edith, que la plus pauvre des Plantagenet aimerait mieux s'allier à la misère qu'à Tinfidélité.
— Dirai-je à l'esclavage, Edith? Il me s^nble que c'est plutôt là votre pensée.
— Il n'y a pas lieu au soupçon que vous osez m'msinuer... Ve^ elavage du corps aurait pu inspirer la compassion... Celui del'lMM ne peut exciter que le mépris. Honte à toi, roi Richard d'Angleterre I tu as réduit à Fasservissement et à la dégradation les mem-* lM*es et Fesprit d'un chevalier dont la gloire était jadis presque égale à la tienne.
— Ne devais-je pas empêcher ma parente de boire du poison, en souillant le vase qui le contenait, si je ne voyais aucun autre moyen de la dégoûter de cette fatale liqueur ?
— C'est toi*même qui veux me fidrcer à boire du poison , parce qu'il^est contenu dans un vase d'or.
—Edith... Je ne puis pas farcer ta résolution ; mais prends garde de fermer la porte que le ciel datgne encore nous ouvrir. L'ermite d'Engaddi , que les papes et les conciles ont regardé comme un prophète , a lu dans les astres que ton mariage doit me réconcilier avec un ennemi puissant , et que ton époux sera chrétien ; ainsi nous avons lieu d'espérer que la conversion du Soudan et i'entrée des fils dlsmaël dans le sein de FEglise seront les Iruits de ton union avec Saladin. Allons , il faut faire quelque sacrifice plutôt que de détruire une si belle perspective.
— Des hommes peuvent sacrifier des béliers et des chèvres, mais non l'honneur et la conscience..: J'ai entendu dire que c'était la honte d'une fille chrétienne qui avait amené les Sarrasins m £spa«
|M LE TALISMAN
|;qa. U H^ert pas probable quo le dMiooneur d'itfil , ba cbasie de la Palestine...
— Appelles-tu une honte de de?entr impératriee?
— > J'appelle honte et déshonneur de prefimer mi sacrei acut diré-
tian en le receTant a?ee un infidèle qu'il ne peut pas Itâr ; et je aie
.croirais ooiiTerte d'une ignominie inefiaçable si oioi^ deseaidante
d'une princesse chrétienne » je dcTcnais volontairement la première
sultane d'un harem de concubines païennes.
— Kh bieni cousine , je ne tcux pas me ftidier aVee toi, qugiftt'il me semble que ton état dépmdant eût pu te disposer à ^ûs de eondeioendance.
-*• Mon roi, répondit Edith, Votre Grâce a digneoMtt succédé aux états, dignités et riiAesses de la maison des nantafenét... M'enviai Â>iic pas à votre pauvre parente quelque portion de^leur orgueil.
^ Pat ma foi, jeuM ftUe, dit le roi, tu m'as désarçonné par ce
seul mot... Ainsi donc embrassons-nous et soyons amis. 4. Je dépè-
jlberai présentement un messager à Saladin... Mais après tout ne
iMnea-^OUi pas mieux de diflSirer la réponse jusqu'aprèa l'avoir va.
Cte le dit d'une beauté remarquable.
•^ B n> a pas de chance que nous nous voyions^ milord.
^ Par saint George ! il y a certitude du contrafre, reprit le roi $ car Saladin nous fournira probablement un champ cIob poui" ce eomkiat d« la bauièFe, et sams doute il en sera spedaftemr lainème».à Bérengère mewt d'envie de le voir aussi , et j'oserais jurer qu'aucune de ses dames ne restera en arrière. Vous motes que toute autre , belle cousine... Mais allcms, nous voici arrivés au pavîHoQ, et il fout nous séparer, sans rancune, je l'espère... U faut sodlsr notre réconciliation , belle Edith , avec tes lèvres comme avec ta BBaiiiM. Gomme souverain, j'ai droit d'embrasser mes jolies vassalea, >
U l'embrassa respectueusement et avec affection , et retourna chez lui par le clair de lune , se fredonnant à lui-même ceux des , refrains de Blondel qui lui revenaient à la mémoire.
A wa arrivée dans sa tente , il se mit aussitôt à prépara ses dépêches pow Saladin, et il les remit au Nubien en lui recommandant de partir à la pointe du jour pour retourner vers le Soudan.
CMÂFSTBM ZXYII. ftS