CHAPITRE XXYII. HM
lettre a éteint les e^éranœs que j'avais osé eoocef olr, oomœe Feau éteint le feu. Pourquoi m'exposerais-je à voir se rallumer une flanune qui me consumerait en vain?- Mais moa frère ne veut4I pas passer sous la tente que son serviteur lui a &it préparer ? Mon premier esclave noir a reçu des ordres pour la réception des princesses. Les liciers de ma maison s'occuperont de votre suite , et nous-^mème voulons être le chambellan du rm Richard. •
U le conduisit effiectivement sons un superhe pavillon où se trouvait réuni tout le luxe que la magnificence asiatique avait pu inventer. De Vaux , qui suivait te roi , débarrassa alors Richard de la cape oo long manteau de dieval qu'il portait, et le roi d'Angleterre parut devant Saladin sous un vêtement étroit propre à fidre ressortir la force et la symétrie de sa personne, et qui formait le contraste le plus remarquable avec les vêtements larges et flottants qui dissimulaient les membres grâles du monarcpie d'Orient. Mais ce qui attii*a surtout l'attention du Sarrasin fut l'épée à double poignée dont la lame large et droite, d'une longueur qui semblait la rMdre impossible à manier, s'étendait depuis l'épaule jusqu'au talon de Richard.
«— Si je n'avais pas vu ce fer, dit le soudan, flamboyer dans le combat comme l'épée de Fange Azraél , j'aivais eu de la peine à croire que le bras d'un homme pût le porter. Oswai-je demander au noble Melec-Ric d'en frapper un coup en toute amitié, et pour me donner un échantillon de sa force ?
~ Volontiers, noUe Saladin, » répondît le roi, et cherchant autour de lui quelque chose sur quoi il pût exercer sa force , il vit une hache d'acier que portait un des spectateurs , et dont le manche, de même métd, avait à peu près un pouce et demi de diamètre.
IjC soin jaloux que prenait de Vaux de l'honneur de son maître l'exeita à lui dire tout bas : t Pour l'amour de la bienheureuse Vierge, prenez garde à ce 9m vous allez entreprendre, monseigneur ! Vos forées ne sont pas encore entièrement revenues , ne fournissez pas un taiomphe à l'infidèle.
» Paix, ftw! » dit Richard en jetant un regard fier autour de lui... « Crois-tu que je puisse échouer en sa présence? »
Le roi , prenant à deux mains sa lourde épée , l'éleva au dessus de son épaule gauche, et lui faisant foire le modiaet au dessus de sa tète , il la fit retomber avec la force de quelque ma(dline redou«taUe : la barre d'acier rouh sur le plancher, séparée en denx comme mi jeune arbre taidu par la haôbe du b^eron.
« Par la tète du Prophète ! voilà un coup merveilleux , » s'écria le Soudan examinant avec une minutieuse attention la barre de fer qui venait d'être coupée en deux ; et la lame dont la trempe était si bonne qu'elle ne portait aucune marque après un coup si violent. Il prit alors la main du roi , et, en examinant la grandeur et la force musclée , il sourit en plaçant à côté la sienne , si grêle et si maigre, et si inférieure en cbair et en nierf .
« Oui , regardez bien, » dit de Vaux en anglais , c il se passera du temps avant que vos longs doigts de singe en puissent faire autant avec la laucille dorée que vous avez là.
— Silence, de Vaux, dit Richard. Par I<îotre-Dame I il entend et devine ce que tu dis. Ne sois pas si grossier, je t'en prie. »
Le Soudan dit effectivement l'instant d'après : c Je voudrais bien essayer aussi de faire quelque chose ; mais pourquoi le faible montrerait-il son intériorité aux yeux du fort?... Cependant chaque pays a ses exercices différents , et ceci paraîtra peut-être nouveau à Meleo-Bic. » En parlant ainsi il prit un coussin de duvet et de soie, et , le plaçant devant lui : « Ton arme pourrait-^e couper en deux ce coussin? demanda-t-il à Richard.
— Non, assurément, répondit Richard; aucune épée sur la terre, quand ce serait l'Excalibar du roi Arthur, ne peut coupw ce qui n'oppose aucune résistance solide.
— Eh bien ! regarde , dit Saladin ; » et relevant la manche de sa robe , il montra un bras long et maigre auquel un exercice constant n'avait laissé que des os, des muscles et des nerft. Il tira son cimeterre, dont la lame était étroite et recourbée , et qui, loin d'être étincelante comme les épées des Francs, était d'un bleu terne , marquée de nombreuses lignes ondulées qui indiquaient le travail minutieux de l'armurier. Le Soudan , maniant cette arme, qui paraissait si feible auprès de celle de Richard, resta suspendu sur le pied gauche qu'il avait légèrement avancé. Il se balança un moment comme pour assurer son ooup , puis faisant un pas en avant, il fendit le coussin avec tant d'adresse et si peu d'etlort que le coussin parut plutôt se détacher en deux morceaux que séparé avec violence. ^rr^ii;
• C'est le tour d'un jongleur, > s'écria de Vaux s'élançant en avant, et ramassant une moitié du coussin qui avait été coupé , comme pour s'assurer de la réalité du feit. . . c II y a du grimoire dans tout ceci . »
Le Soudan parut le comprendre, car il détacha l'espèce de voile qu'il avait gardé jusque-là; il le mit «n double sur la Imt de son
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sabre i et élevant Tarme en Fair, il partagea le vofle flottant sur la lame en deux parties qui voltigèrent séparément dans la tente, montrant en même temps par cet exploit la trempe exquise de son arme et fadresse merveilleuse de celui qui s*en servait.
c Par ma foi, mon frère, dit Richard, tu es sans égal pour le maniement du cimeterre , et il serait vraiment dangereux d'avoir à te combattre! Cependant je mettrais encore quelque confiance dans un coup vigoureux comme nous en déchargeons nous autres Anglais ; ce que nous ne pouvons ftire par l'adresse il ftut l'emporter par la force. Néanmoins , tu es aussi expérimenté dans Fart de fiiire des blessures que mon sage Hakim dans celui de les guérir. J'espère que je verrai le savant ^médecin... Je lui ai de grandes obligations , et lui ai apporté un modeste présent. »
Comme Q disait ces mots, Saladin changea son turban contre un bonnet tatare. A cette vue , de Taux ouvrit à la fois sa large bou* che et ses grands yeux ronds, et Richard contempla l'étranger avec un étonnement qui ne fit qu'augmenter quand le Soudan prononça ces paroles en changeant le ton ordinaire de sa voix contre un ton grave et sententieux : « Le malade, dit le poète, connaît le médecin à son pas ; mais quand il est rétabli, il ne reconnaît pas même ses traits quand il Fa devant lui. »
— Au miracle ! au miracle! s'écria Richard.
— Un miracle de Mahomet, sans doute? dit Thomas de Vaux. -— Est-il possible que j'aie méconnu mon savant Hakim , reprit
Richard, feute de sa robe et de son bonnet , et que je le retrouve dans mon royal frère Saladin !
— Cela se voit souvent dans ce monde, répondit le soudan : la robe déchirée ne feit pas toujours le derviche.
— Et ce ftit par ton intercession , dit le roi , que le chevalier du Léopard fut sauvé de la mort, et par ton artifice qu'il rentra déguisé dans mon camp.
— Précisément, répondit Saladni. Je ftis assez médecin pour comprendre qu'à moms que la blessure fisiite k]son honneur fbt guérie , il n'aurait que peu de jours à vivre. Son déguisement fut plus aisément découvert que je ne Favais imaginé d'après le succès du mien.
— Un accident , • répondit lé roi Richard , qui voulait sans doute parler de la circonstance où il avait appliqué ses lèvres sur la blessure du Nubien... « un accident me fit d'abord connaître que sa peau ne devait sa couleur qu'à Fart, et une fois cette découverte Mte, le reste était faieile ) devinw^ car sa taiQe et ses traits ne
9mt pal dû ceox qu'on oublie. J'ai la confianoe qoe c'est loi qui combattra demaio.
--* D est plein [d'espéranoe et tout entier i ses prëparatifc. Je kil ai fourni des armes et un cheval, ayant une haute opinion de lui, d'qirès ee que j'ai ?u sous différents déguisements.
^ Et saitHil à qui a de si grandes obligations?
^ D le sait. Je fus obligé de me faire connaître en lui taisant part de mon dessein.
-» Et vous a-t-il rien avoué?
-^ Bien de précis ; mais d'après beaucoup de choses qui se scHit passées entre nous , j'ai dû penser que son amour pétait placé trop haut pour avoir une heureuse issue.
— Et savais-tu que cette passion téméraire s'opposait à tes propres vceux?
— J'ai pu le deviner ; mais sa passion existait avant que j'eusse formé ces vœux» et je dois âûouter qu'il est pr<diable qu'elle leur survivra. L'honneur ne me permet pas de tirer vengeanee du rehs que j'essuie sur celui qui n'y eut pas de part. Et d'ailleurs si cette noble dame me le préfère, qui osera dire qu'elle n'a pas rendu jus* tice à un chevalier plein de noblesse ?
— Et cependant de trop bas lignage pour mêler son ssmg k cdai des Plantagenet, » dit Hicbard avec hauteur.
t Telles peuvent être vos maximes dans le Frangistan» répondit le Soudan. Nos poètes d'(^ient disent qu'un vaOlant conducteur de chameau est digne de baiser les lèvres d'une' beUe reine » tandis qu'un prince sans courage ne mérite pas de presser des siennes le bas de ses vêtements. Mais avec ta permission , noble frète , je vais prendre congé de toi pour le moment , afin d'àBer recevoir le duc d'Autriche et cet autre chevalier nazaréen , tous deux bien moins d%nes de notre hospitalité, mais qui cependant doivent être eon^vènablement traités, non pas pour eux-mêmes mais pour nab*e propre hoimeur... Car le sagcf Lokman a dit : « La nourriture qoa tu as donnée à l'étranger n'est point perdue pour toi^ tandis que son corps en a été fortifié, ton renom et ta gloire en ont également profité. »
Le monarque sarrasin sortit de la tente du roi Richard , et hn ayant indiqué, plut6t par des signes que par des paroles, ofl était iitué le pavillon de la reine et de ses dames, Q alla recevoir le marqui» de Montferrat et sa suite , pour qui » avec moins de bîen<^ tiNlkmee, mais avec autant de luxe, le magnifique sondan avait Mt ptépmt dea togemento* Les rafralehissemcAta Ice plue abeiH
GHApreaE xxvn. m
dantB d'Orient et d'£ar<^ tarent préteatét aux schit eraiitf et aux priace^j botes de Saladin. Giacun fat servi sëparément daiu sa te&te, jBt le soiidaB s'était oecupé avee tant de sollicitude dei habitudes et des goûts de eeux qu'il recevait , que des esclaves grées ëtaiMit placés aupris d'eux pour leur présenter la li^Mur défendae à la religion de Mahomet. Avapt que Richard ettt ^bevé son npas, le vieil omrah qui avait apporté la lettre du Soudan au camp des chrétiens entra aveo le plan du cérémonial qui devait Un observé le lendemain, jour du combats Richard , qui était au fut des goûts de son ancienne eonnaJssanee, Finvtta à lui faire raison avec un verre de vin de Schiraz ; mais Abdallah lui donna à entendre d'un air piteux qu'il y allait de sa vio do s'en abstenir dans les cû*constances actuelles ^ car Saladin, quoique tolérant sous bien des rapports, observait et faisait observer, sous peine des ehttiments les plus graves , les lois du Prophète*
« Alors, dit Richard, si le sultan n'aime pas le vin, ce grand consolateur du cœur humain, sa conversion est d^espérée, et la prédiction du prêtre insensé d'Engaddi se dissipe eomme la paiUe i^iassée par le vent* »
Le roi s'entretint alors avec lui pour fixer les conditions du combat, ce qui prit un temps considérable i car il fut nécessaire sur quelques points de se concerter avec les parties adverses aussi bien qu'avec le Soudan.
Tout cela fut enfin réglé et écrit en français et en arabe, et 1ht sig;né par Saladin, comme juge de la lice, et par^Richard et Léopoid, comme garants des deux champions* Au moment où l'omrah prenait congé du roi pour le soir, de Vaux entra.
c Le bon chevalier , dit-il, qui doit combattre demain dédre savoir s'il lui sera permis ce soir de rendre ses hommages k son royal parrain?
— L'as-tu vu, de Vaux, » lui demanda le roi en souriant; « n'as« tu pas retrouvé une ancienne connaissance?
— Par Notre-Dame de Lanercost! répondit de Vaux, il y a tant de surprises et de métamorphoses dans ce pays que ma pauvre t^ en tourne. J'aurais à peme reconnu sir Kenneth d'Ecosse si son beau lévrier , qui a été pendant quelque temps confié à mes soins, n'était venu me lécher et me caresser ; et même alors je n'ai reconnu le chien qu'à la largeur de sa poitrine, à la rondeur de sa
patte et è sa manière d'aboycr^ctf le pauvre animal est peint comme une.courtisanne vénitienne*
— Tu te connais mieux en bètes qu'en hommes , de Vaux, dit le rôi .
— Je ne le nierai pas, répondit de Vaux, et j'ai souvent trouvé que de ces deux espèces d'animaux, les premiers étaient les plus homiètes. Ensuite il platt quelquefois à Votre Grâce de m*appeler brute moi-même ; et d'ailleurs , je sers le lion que tout le monde reconnaît po«r le roi des animaux.
— Ma foi , tu as rompu ta lance sur ma tète. J'ai toujours dit que tu avais une espèce d'esprit, de Vaux, quoiqu'il feille le fhipper avec un gros marteau de forge pour en tirer des étincelles. Mais occupons-nous de l'affisire en question : notre chevalier est-U bien armé et bien équipé?
— Complètement, monseigneur, et noblement, répondit de Vaux ; j'ai reconnu Farmure qu'il porte , c'est celle que le provéditeur de Venise oflRritàVotre Altesse, avant sa maladie, pour cinq cents besants.
— Il Ta vendue à l'infidèle soudan, je gage, pour quelques ducats de plus, et en argent comptant. Ces Vénitiens vendraient jusqu'au Sépulcre.
— Cette armure ne pouvait être portée dans une plus noble cause, répliqua de Vaux.
— Grâce à la noblesse du Sarrasin , et non à l'avarice du Vénitien.
— Plût au ciel que Votre Grâce voulût parler avec plus de prudence ! > dit de Vaux avec inquiétude, c Nous voilà abandonnés par nos alliés pour des offenses feites aux uns et aux autres; nous ne pouvons espérer aucun avantage dans ce pays ; il ne nous reste plus qu'à nous brouiller avec la république amphibie pour perdre les moyens de nous retirer par mer.
— Je serai prudent, i dit Richard avec impatience; c mais cesse de me sermonner. Dis-moi plutôt , car c'est une chose importante, si le chevalier a un confesseur ?
— Il en a un. C'est ce même ermite d'Engaddi qui lui a déjà rendu ce service lorsqu'il se préparait au supplice. L'ermite s'est rendu ici , attiré sans doute par le bruit du combat.
— C'est bon; et maintenant, quant à la requête du chevalier, dis-lui que Richard le recevra, quand, par l'accomplissement de son devoir auprès du Diamant du désert, il aura réparé la fente commise au mont Saint-George. En traversant le camp va prévenir la reine que mon intention est d'aller lui rendre visite dans sa tente, et dis à Blondel de s'y trouver. »