CHAPITRE XXVm. S
pour sa part, de s'en enorgaeillir. L'Ecossais , de son côté, nia qu'il eût remporté l'avantage , et voulut l'attribuer au soudan.
c Tu as eu assez d'honneur dans cette rencontre , reprit Richard , et je te l'envie bien plus que tous les sourires d'Edith Plantagenet , quoiqu'un seul pût récompenser dignement les dangers d'un jour de bataille. Mais qu'en pensez-vous , nobles princes ? sera-t-il dit qu'une si illustre assemblée de chevaliers se séparera sans avoir fait quelque chose dont les temps futurs puissent parler? Qu'est-ce que la défoite et la mort d'un traître pour la brillante guirlande d'honneur et de chevalerie qui nous entoure ? Ce cercle doit-il se rompre avant d'être témoin de quelque exploit plus digne de son attention? Qu'en dis-tu , royal Saladin , si tous deux auyourd'hui , devant cette noble compagnie , nous décidions la question long-temps contestée , relative au sort de la Palestine , et finissions d'un coup ces guerres fatigantes ? La lice est ici toute prête I Jamais l'islamisme ne peut avoir de meilleur champion que toi ; quant à moi , à moins que de plus dignes ne se présentent , je jette le gant du combat comme défenseur de la chrétienté, et en tout honneur et tout amour, nous nous livrerons un combat à mort pour la possession de Jérusalem. »
11 y eut un long silence avant la réponse du soudan. Ses joues et son front se colorèrent ; et l'opinion de plusieurs personnes fut qu'il avait hésité un moment s'il accepterait le défi. A la fin , il dit : « En combattant pour la Cité sainte contre ceux que nous regardons comme des idolâtres et des adorateurs d'images , je pourrais espérer qu'Allah voudrait fortifier mon bras ; ou si je tombais sous l'épée de Melec-Ric , je ne pourrais passer au paradis par une mort plus glorieuse : mais Allah a donné Jérusalem aux vrais croyants , et ce serait tenter le Dieu du Prophète que de faire dépendre de l'adresse et de la vigueur de mon bras une possession qui m'est assurée par la supériorité de mes forces.
—- Eh bien ! si ce n'est pas pour Jérusalem , > reprit Richard du ton d'un homme qui sollicite une faveur d'un ami intime, « que ce soit pour l'amour de la gloire ; et rompons au moins une lance à fer émoulu.
— Il ne m'est pas même permis , > répondit Saladin en souriant de l'air presque caressant avec lequel Richard lui proposait le combat ; « il ne m'est pas même permis de consentir à cela : le maître place le berger à la tête de ses brebis, non à cause de lui, mais pour l'amour du troupeau. Si j'avais un fils pour soutenir le sceptre
m IJS TAUSHAN.
3iprà8 moi , Je pourrafi» avoir la liberté , comme J'en at le dëdir , de risquer cette téméraire rencontre ; mais vos propres Écritures voas diisent que quand le berger est frappé, le troupeau se disperse.
— Tu as eu tout le bonheur de ton côté , > dit Richard en se retournant vers le comte de Huntingdon avec un soupir ; « j'aurais donné la plus belle année de ma vie pour cette seule demi-heure de combat auprès du Diamant du désert. >
Cette folie èhevaleresque de Richard ranima la galté de rassemblée ; et quand à la fin du banquet on se leva pour se séparer , Saladin s'avança et prit la main de Cœur-de-Lion.
< Noble roi d'Angleterre , dit-il , nous nous séparons maintenant pour ne Jamais nous revoir ; je n'ignore pas que votre ligue est dissoute pour ne plus se reformer , et que les forces de votre royaume ne vous permettent point de poursuivre votre entreprise. Je ne puis pas vous céder cette Jérasalem que vous désiriez tant : elle est pour nous comme pour vous une ville sainte. Mais toute autre chose que Richard pourra dismander à Saladin lui sera accordée aussi iacilement que cette fontaine épanche ses eaui. Oui , et Salàdin ferait cette offre avec autant de franchise, quand bien même Richard, seul dans le désert, n'aurait que deux archers à sa «oite. »
Le jour suivant , Ridiard revint au camp , et peu de temps après le jeuBe comte de Huntingdon épousa Edith Plantagenet.
A cette occasion , le soudaa envoya pour présent de noee le célèbre talisman , mais quoiqu'il ait opéré beaucoup de cures en Europe , aucune n'égala en succès et en célérité celles qui forent feites par le Soudan. Il existe encore , ayant été légué par le comte de Huntingdon i un brave dievalier écossais , sir Simon du Lee , dans l'ancienne et honorable fomitte duquel on le censure aujourd'hui ; et quoique les pierres magiques aient été bannies àh la pharmacopée moderne, on a recom*s à sa vertu pour arrêter les hémorrhagîas,, ou dans des cas d'hydrophobie causée par la morswe d'mi animal.
Notre histoire se termine ici : les conditions auxqudbs lUchard abandonna ses conquêtes peuvent se trouver dans toutes lés histoires de répoçue.
OliCïU' FIW DU TALISMAN.
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