‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 236 sur 277 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cette distinction d'après celui qui est d'avis de fixer la banlieue de ces villes à mille coudées et la limite sabbatique à deux mille coudées ; mais comment l'admettre d'après celui qui est d'avis d'acorder, outre mille coudées pour la banlieue, deux milles pour les champs et les vignes? Or, la mesure de la limite sabbatique dérive de la mesure des villes lévitiques ; et si la mesure ne peut servir pour le fait principal (les villes), comment l'admettre pour l'acbessoire qui en dérive (les limites)? (question non résolue). — D'où sait-on que l'on n'enterrait pas dans les villes? C'est que, dit R. Abahou au nom de R. Yossé b. Hanina, il est écrit (Nombres, XXXV, 3) ; leur banlieue servira à leurs bestiaux, à leurs biens, à tous leurs besoins de la vie ; on en conclut que, dans ces parages, on pourvoira seulement aux besoins de la vie, non aux enterrements.

4. En ce même jour, Akiba a encore expliqué ce verset (Exode, XV, i) : Alors Moïse cl les enfants entonnèrénl ce cantique à VEternclel parlerem, pour dire. La dernière expression, « pour dire » est inutile, et, pourtant elle a été exprimée, afin d'enseigner que les Israélites répétaient après Moïse chacune des paroles énoncées par lui : Je chanterai VElcriiel, puis : car il est très élevé, de la môme façon que les fidèles répètent en chœur les versets du Hallcl. Voilà le sens de l'expression « pour dire » (ou : redire). Selon R. Néhémic, on procédera comme pour la lecture du Schema (faite à haute voix en public), et non comme pour la lecture du Hallcl (en chœur).

Cette lecture ressemble à celle d'un enfant qui lit le Hallel à l'école, après chaque parole duquel on répète le texte lu^. Ainsi, après que Moïse rut dit : « Je vais chanter », on répéta api'ès lui ces mots ; puis il dit (ibid. 2) : Ma force est Dieu etc., etl'on répéta de même ce verset. Selon R. Eleazar au nom de R. Yossé le Galiléen, il s'agit d'une lecture semblable à celle d'un homme majeur, qui lit le Hallel à la synagogue, à l'audition duquel on se contente de répéter le premier verset (comme une sorte de refrain). Ainsi, lorsque Moïse eut dit : « Je vais chanter », ce verset fut répété après lui ; et lorsqu'il eut dit la suite: « Ma force etc. », on répéta le premier verset, «je vais chanter» (à l'instar d'un Alleluia). R. Yossé le Galiléen dit : Au moment où nos ancêtres se trouvèrent dans la mer rouge, les enfants reposaient sur les genoux de leur mère, et les nourrissons suçaient le sein. En voyant la Prov'dence apparaître, les enfants levèrent la tête au-dessus des genoux de leur mère, les nourrissons quittèrent le sein où ils buvaient, et aussitôt ils ouvrirent la bouche pour se mettre à chanter et à entonner des cantiques, en s'écriant (ibid) : Voici mon Dieu ; je veux l'exalter. R. Meir dit : Même du sein de leur mère ^es enfants à naître entonnèrent le cantique, comme il est d'i, (Psaume LXVIII, 27): Dans les assemblées, bénissez Dieu, L'Eternel, de la source d'Israël (dès la sowrce ou la matrice). R. Néhémie dit : en quittant U

1, Cf. tr. Soucca, III, iO.

mer rouge, nos ancêtres virent les cadavres des méchants, pour lesquels ils avaient été assujettis aux travaux les plus pénibles et les plus durs, tous cadavres éparpillés au bord de la mer. Au moment de vouloir chanter, l'esprit saint les inspira, et les plus jeunes en Israël accompagnèrent le cantique de Moïse, puisqu'il est dit (Isaïe, LXIII, 11) : // s'est souvenu des jours anciens de Moïse et de son peuple ; là est celui qui les a fait remonter de la mer, avec les pasteurs de son troupeaul II n'est pas dit « du troupeau », mais « de son troupeau », tous étant comme pasteurs. Selon lui, l'expression « pour dire » a en vue les générations futures (le devoir de réciter ce cantique chaque jour). R. Abahou dit au nom de R. Yossé b. Hanina : l'inspiration consistait en ce que, si Moïse commençait le verset, disant « Je chanterai », tous continuaient : « Je chanterai Dieu, car il est très élevé ; il a lancé cheval et cavalier dans la mer. Puis Moïse commençait: « Ma force », et l'on disait: Ma force et le sujet du chant est Dieu. — i.

5. En ce même jour, R. Josué b. Ilorkcnos a exposé l'exégèse suivante. Job a servi exclusivement le tiès saint (béni soit-il) par amour, puisqu'il est dit (Job, XIII, 16) : certes, si même il me tuait, f espérerais en lui. Cependant, j'avais encore des doutes sur le point de savoir si cette phrase est affirmative ou interrogative, si ce dernier terme doit être traduit « j'espère », ou « dois-je espérer? » Mais comme il est dit (ibid. XXVII, 16) : Jusqu'à ce que f espère, je ne veux pas enlever de moi ma droiture (confiance en lui), on reconnaît clairement que c'est un trait d'affection. R. Josué s'écria: « Qui enlèvera la poussière de tes" yeux, ô R. Yohanan b. Zaccaï; toute ta vie, tu avais expliqué que Job a seulement servi l'Eternel par crainte, en te basant sur ce verset (ibid. I, 1) :• C'était un homme pieux et intègre, craignant l'Eternel et se détournant du mal. Or, maintenant Josué, un disciple de ton disciple, a enseigné que Job agit par amour de la Divinité. »

On a enseigné au nom de R. Juda : de ce verset (Job, XXVII, 2) : Par le Dieu vitrant qui a écarté mon jugement, et le tout-puiisant qui a rempli mon âme d'amertume, on conclut que l'homme ne doit pas' prononcer de vœu (ou jurer) par la vie du roi, à moins de l'aimer (ceci confirme l'avis de R. Josué que Job adorait Dieu par amour). Au nom de R. Nathan on a dit (ibid., XIII, 16) : // sera aussi mon salut, car ce n'est pas devant lui que le flatteur (V hypocrite) se présentera. Un verset dit (Deutéron., VI, 5) : Tu aimeras l'éternel ton Dieu ; et un autre dit (ibid., 13) : tu craindras l'éternel ton Dieu, et tu le serviras ; c'est pour dire qu'il faut, d'une part, agir par amour, et d'autre part, au nom du respect. — ^.

A quelle époque a vécu Job? Selon R. Simon b. Lakisch au nom de Bar-

i. Suit une phrase que l'on retrouve au tr. Pesahim, X, 7 (t. V, p. 153). 2. Suit un long passage que l'on retrouve au tr. Berakhoth, IX, 7, traduit t. I, pp. 471-2.

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Kappara, c'était au temps de notre ancêtre Abraham, ainsi qu'il est écrit (Job., I, {) : IL y avait tin homme au pays de Ouç, du nom de Job ; or il est dit (Genèse, XXII, 21) : Oicç son fils aine (le fils de Nahor, ou parent d'Abraham). Selon R. Aba, Job a vécu au temps de Jacob, et Dinah était sa femme. Ainsi il est écrit (Job, II, 10) : tu parles comone une femine insensée, Nebalah, et d'autre part (Genèse, XXXIV, 7) : Car il a commis une infamie en Israël (où le mot Nebalah se retrouve). Selon R. Levi, c'était au temps où vécurent les douze chefs de tribus, puisqu'il est dit (Job, XV, 17) : ce que les sages racontent et qu'ils n'ont pas nié de leurs ancêtres'^. R. Yossé b. Halafta dit : Job a vécu au moment de l'arrivée des enfants d'Israël en Egypte, et il est mort lorsqu'ils quittèrent ce pays. Ceci ressemble à un pasteur qui se trouve assailli par un loup, lequel est prêt à se jeter sur le troupeau. Que fait le berger ? Il oppose au loup un bouc sauvage. C'est ainsi qu'il est écrit (ibid. XVI, 11) : Dieu m'a livré au pouvoir do V homme injuste, et ilmeprécipite aux mains des impies (c'est ainsi que Job a été livré à Satan, lui a été jeté en pâture, pour l'occuper et l'empêcher de porter ses accusations contre les juifs). R. Ismaël a enseigné : Job faisait partie des serviteurs de Pharaon et du nombre de ses dignitaires (familia) ; puisqu'il est dit (Exode, IX, 20) : Celui qui craint la parole de Vélernel, et d'autre part, il est dit (Job, I, 8) : C'était un homme intègre et droit, craignant Dieu cl s'éloignant du mal. R. Yossé b. R. Juda dit que Job vécut au temps des Juges, ainsi qu'il est écrit (Job, XXVII, 12) : Voici, vous avez tous vu cela; et comment vous laissezvous aller à des discours vains 1 Or, le commencement du verset, « vous avez vu, » est relatif aux événements de la génération (au temps des Juges), où les lévites allaient retirer leurs dîmes en granges (au détriment du juste, les juges se laissaient corrompre); il y est fait allusion lorscju'il est écrit (Hosée, IX, 1) : tuas préféré l'argent de prostitution (de concession) à toutes les granges de blé. R. Samuel b. Nahman dit au nom de R. Jonathan : Job a vécu au temps de la reine de Saba, puisqu'il est dit (Job, I, 15) : Scheba survint et elle les prit. R. Nathan dit : Job vécut au temps des Chaldéens, puisqu'il est dit (ibid. 17): Les Chaldéens se disposèrent par trois groupes (ou bandes). R. Josué b. Korha dit : Job a vécu au temps d'Assuérus, puisqu'il est écrit (Esther, II, 2) : Que l'on cherche pour le roi des jeunes filles vierges, belles à voir,el il est dit d'autre part (Job, XLII, la): On ne trouva jamais de femmes aussi belles que les filles de Job. R. Josué b. Levi dit : Job a fait partie des Israéhtes revenant en Palestine après la captivité de Babylone. R. Yohanan dit : Job a été du nombre de ces exilés, mais il est resté Israélite supérieur; aussi, R. Yohanan a pu apprendre de lui des règles relatives au deuil, auxquelles il est fait allusion dans ce verset (ibid. I, 20) : Job se leva et déchira son manteau. Or, R. Juda b. Pazi dit au nom de R. Yohanan : on sait, par ce verset, que l'homme en deuil doit déchirer son vêtement en se tenant debout 2. R, Iliya dit : par l'exemple de 1. Cf. ci-dessus, I, 3. 2. Cf. J., tr. Moëd QaCon, III, 7 (t. VI, p. 343). T. VII. 19

Job, la Providence semble dire qu'ayant eu en ce monde un païen juste, elle l'a récompensé et enlevé de ce monde pour un autre. R. Simon b. Lakisch dit*: Job n'a pas existé et n'existera jamais. Est-ce qu'il n'est pas en contradiction avec lui-même ? 11 a commencé par dire ici (précédemment) que Job a vécu au temps d'Abraham, puis il nie son existence? En effet, Job a existé; seulement, selon Resch Lakisch, toutes les souffrances exposées sont fabuleuses. Pourquoi alors sont-elles décrites? La Bible veut dire que si même tout cela était survenu à Job, il l'eût supporté.

R. Akiba interpréta ces mots (ibid., XXXII, 2) : Elihu fils deBarakheél, le Buzite, de la famille de Ram, se mit dans une grande colère contre Job. Par « Elihu », il faut entendre Balaam, ou « fils de Barakheél », autrement dit celui qui est venu maudire Israël, et qui malgré lui a dû le bénir, selon ces mots (Deutéron., XXI 11, 6) : L'Eternel ton Dieu n'a pas voulu écouter Balaam, et il a changé la malédiction en bénédiction. 11 est nommé « le Buzite », parce que sa prophétie a été méprisée^, selon ces mots (Nombres, XXIV, 16) : q%U tombe et a les yeux ouverts. Il était « de la famille de Ram », puisqu'il est dit de Balaam (ibid., XXIII, 7) : Balak m'a fait venir d'Aram. R. Eléazar b. Azaria lui dit : Si Elihou est Balaam, la providence l'a déjà couvert de son égide; et si ce n'est pas lui, il te le contestera un jour (dans le monde futur, il te reprochera cette confusion). En réalité « Elihou » est Isaac, « le fils de Barakheél », le fils que Dieu a béni et dont il est écrit (Genèse, XXYI, 12) : L'Eternel le bénit; « le Buzite », parce qu'il & méprisé tous les emplacements de l'idolâtrie (les a couverts de honte par son dévouement), au moment oîi il s'est laissé lier sur l'autel par son père, pour être sacrifié ; « de la famille de Ram », de celle d'Abraham. Moïse a écrit les cinq livres de la loi ; plus tard, il a écrit à part le chapitre de Balak et Balaam ; puis il a écrit le livre de Job. Celui-ci était un homme pieux, intègre, craignant Dieu, s'éloignant du mal (Job, I, 8). R. Tahalifa de Césarée^ déduit de ces mots que Job avait les plus grands scrupules religieux. Est-ce à dire, demanda R. Zeira*, puisque l'on tire une telle déduction de ce verset, qu'à défaut de scrupules religieux, on n'est pas un Israélite convenable? Si ; on veut dire seulement que Job avait cette supériorité de surmonter les malédictions dont il fut l'objet, et de pardonner.

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