‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 244 sur 277 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

(4). Pour le déchaussement aussi, lorsqu'il est dit de la femme (Deuiér on. TKN ,9) : elle répondra el rfï'ra, on peut comparer cette formule obligatoire à ce passage les lévites répondront et diront. Or, entre ce dernier passage et ce qui concerne le déchaussement il y a analogie, et il faut aux deux cas employer la langue sainte. Selon R. Juda, c'est prouvé de ce qu'il est dit : « elle répondra et s'exprimera ainsi » ; ce dernier .ermevise l'emploi delà môme langue.

On a enseigné au nom de R. Juda : chaque fois que le texte biblique emploie les expressions « répondre et dire, » ou s'il se sert des termes « ainsi », « tel », il faudra recourir à la langue sainte (à l'hébreu). R. Eleazar dit : on peut considérer comme point fondamental de comparaison ce verset (Exode, XIX, 19) : Moïse parlait et Dieu lui répondit d'une voix forte (où certes il n'est question que d'hébreu). Mais, objecta R Ijagaï, n'est-il pas dit (Genèse, XXIV, 50) : Labun et Bathuel répondirent (et pourtant, ils parlèrent en araméén) ? Et l'on ne saurait dire que l'expression « répondre » est justifiée par les paroles de leur interlocuteur Eliézer; puisqu'il y a aussi le terme « ils dirent » (sans utilité)? Et ce n'est pas à dire que ce dernier terme ait pour but d'indiquer (pour ces deux individus) une simple parole (sans portée sincère), puisqu'il est dit (ibid.) : Cest par VÉternel que cette parole a été énoncée. Il n'y a pas lieu non plus de supposer qu'ils se servirent de l'hébreu, puisqu'il est dit (ibid. XXXI, 47) : Laban Vappcla monceau de témoignages (en araméén) ; et l'on ne saurait faire valoir qu'il s'agit d'une époque antérieure à la promulgation de la loi, puisque le chapitre contenant la confession à réciter en offrant la troisième dîme (Deutéron. XXVI, 13-15), qui est postérieur à la promulgation de la loi, pourra être dit en toute langue? C'est que, dit R. Samuel b. Nahman au nom de R. Yohanan, la langue syriaque*, ff^jpoç, ne devra pas être mal vue par toi, puisque l'on en trouve des exemples dans le Pentateuque, dans les Prophètes et dans les Hagiographes. Dans le Pentateuque, il y a l'exemple précité (Genèse, XXXI, 47) : Laban rappela Yegar Sahadoutha ; dans les Prophètes, il est dit (Jérémie, X, 10) : Ainsi vous leur direz (en araméén) ; et dans les Hagiographes, il est écrit (Daniel, II, 4, et la suite) : Les Chaldéens parlèrent au roi en araméén. — -.

Il est écrit (Deutéron. XXVII, 17) : Les lévites répondront et diront à tout Israël, à haute voix, c'est-à-dire par la voix de celui qui est haut placé. Ceci prouve que Dieu joignit sa voix à la leur. Selon une autre explication, par « voix haute, » on entend la meilleure de toutes, la plus noble; ce sera, dit R. Isaac, ni la plus petite, ni la plus grande, mais une voix moyenne.

3 (5). Quant à ce qui concerne les formules de bénédictions et malédictions, des que les Israélites eurent traversé le Jourdain, ils furent arrivés

1. Neubauer, ibid., p. 426. Au J., tr. Pesahim, V, 3 (t. V, p. 08), le mot soiwsi a le sens de « langue vulgaire ». 2. Suit un passage que l'on retrouve au tr. Megi hitta, I, 9 (Uaduit t. VI, p. 313),

au mont Garizim et à celui d'Ebal, qui se trouvent en Samarie, du côte de Sichem, près des bocages de Môreh, comme il est dit (Deutéron. XI, 30) : ils se trouvent au delà du Jourdain, etc., près des bocages de Môreh; et il est dit ailleurs (Genèse, XII, G) : Abraham traversa le pays jusqu'à la localité de Sichem, jusquau bocage de Môreh ; or, comme pour ce dernier, le texte précise qu'il est voisin de Sichem, il en est de môme du bocage de Moreh indique ici.

Voici les dispositions géographiques des emplacements en question dans ces versets. Comme il est dit: «lisse trouvent de l'autre côté du Jourdain, » il s'agit de localités au-delà de ce fleuve ; « après le chemin d'oi!i vient le soleil, » c'est du côté où le soleil brille en se levant (à l'est); « dans le pays des Cananéens, qui habitent la vallée, en face de Guilgual, près des bocages de Moreh » emplacement qui désigne le mont Garizim et le mont Ebal (loin du Jourdain), où habitent des Cuthéens (Samaritains). Selon l'avis de R. Juda, R. Eléazar dit au contraire : ce ne saurait être là ni le mont Garizim, ni le mont Ebal des Cuthéens, puisqu'il est dit : « Ils se trouvent de l'autre côté du Jourdain, » (ce qui suppose l'autre rive, à proximité), seulement au-delà du fleuve ; « après le chemin de l'arrivée du soleil, » expression par laquelle il faut entendre le côté où le soleil se couche (l'ouest) ; «dans le pays des Cananéens, » non en Canaan même, mais dans le voisinage des Hiwites (dont la localité de Sichem faisait partie); « qui habite la vallée, » ce qui n'est pas tout à fait la plaine, mais un territoire placé entre deux montagnes ; « en face de Guilgal » ce qu'il ne faut pas non plus prendre à la lettre, puisqu'il n'y avait pas encore de Guilgal, ni « près des bocages de Moreh, » que l'on n'avait pas encore atteints. Cependant, comment R. Eléazar explique-t-il ces deux désignations de «mont Garizim » et « mont Ebal » ? Selon lui, les Israélites érigèrent deux monticules artificiels, auxquels ils donnèrent ces deux noms (en prévision de l'avenir, ou de l'arrivée future des juifs sur ces montagnes). Selon R. Juda (qui adopte ces désignations comme réelles), les Israélites ont parcouru en ce jour cent vinj^t milles pour arriver du Jourdain à ces montagnes; selon R. Eléazar au contraire, ils n'ont pas bougé de place. On a enseigné que R. Eléazar b. Jacob dit : les termes en question du texte biblique ont eu simplement pour but de simplifier aux Israélites la voie à suivre dans le désert, en leur disant de suivre la route, sans avoir à marcher par les champs, de passer par des pays habités, et non dans les solitudes, de suivre les plaines sans avoir à escalader des montagnes. R. Eléazar b. R. Simon dit avoir fait remarquer aux savants ou écrivains Cuthéens (qui se tiennent à la lettre de la Bible, sans admettre les explications orales) : vous avez falsifié votre rouleau de la loi, sans aucun profit pour vous (inutilement). Vous avez écrit dans votre texte de la loi (en y ajoutant) : « près des bocages de Moreh, à Sichem. » Or, on sait bien que Sichem en est voisin ; seulement, vous ne tenez pas compte du procédé de comparaison qui sert à le reconnaître : car, ici, on emploie

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