‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 253 sur 277 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

entre ces deux cérémonies, et l'on en conclut que, dans Tune comme dans l'autre, ralloculion devra être faite dans la langue sacrée. Cette explication est justifiée d'après l'avis de R. Akiba i, qui dit : la pluralité des expressions implique une extension du sujet (un sous-entendu à compléter; et comme il y a deux termes : parler, puis dire, on en déduit l'emploi exigible de l'hébreu) ; mais comment expliquer celte exigence d'après R. Ismacl, qui ne lient pas compte de la redondance des termes? En effet, dit R. Hiya. b. Aba, il faut avoir recours à ce procédé d'analogie : comme ici, au sujet de la guerre, le texte biblique emploie le mot approcher, et que ce terme est également usité dans ce verset (Exode, XX. IS) : Moïse s'approcha de l'obscurité, on établit une analogie entre les deux allo<:utions, et l'on en conclut qu'il faut, dans l'un comme dans l'autre cas, recourir à la langue sacrée.

Ne semble-t-il pas que l'ordre suivi dans la Bible doive être rectifié ainsi : « Les chefs de corps feront le dénombrement en tête du peuple » ; puis : « le prêtre s'approchera ; il parlera au peuple, etc. » Ne serait-il pas à propos, qu'après les dispositions d'ordre prises, on fît entendre aux intéressés les dernières recommandations relatives à la guerre ? C'est vrai, mais il ne faut pas croire que l'ordre des versets, tel qu'il est suivi dans le Pentateuque, soit rigoureux. Ainsi, aux termes du Livre (de la Bible), le prévôt répèle le texte qu'il a entendu réciter de la bouche du prêtre (en hébreu), et l'énonce en n'importe quelle langue ; mais lorsque le prêtre parle au milieu des rangs des guerriers (disposés pour la bataille), le prévôt ne le répète pas, car il est occupé à la fourniture des vivres, ou de l'eau, ou à la réparation des routes. R. Hagaï demanda : aussi bien que le prévôt, après avoir entendu réciter le texte une première fois de la bouche du prêtre (en hébreu), l'énonce au peuple en toute langue, pourquoi ne le répèlc-t-il pas d'après renonciation faite une seconde fois par le prêtre au milieu des rangs des combattants? Certes, répliqua R. Hiya b. Ada, il doit en être ainsi ; sans quoi, le texte biblique serait ainsi conçu : « 11 arrivera, lorsque les prévôts auront cessé de parler au peuple, etc. » ; puis : « le prêtre s'approchera et parlera au peuple. » (C'est donc que, même sur le champ de bataille, le prévôt répétait les paroles du prêtre). Toutefois, fut-il répondu, il a déjà été observé que l'ordre des versets bibliques n'est pas rigoureux ; par conséquent, on ne peut rien conclure de la disposition du texte.

R. Yohanan déduit ceci du verset cité (au § 2) : Lorsqu'on ne se trouve pas dans le même cas que ces gens, en état de détourner les gens du mal (de savoir que le bon avis sera suivi), il n'y a pas lieu de l'empêcher — -.

(3) Que votre cœur ne soit pas inquiet, ne craignez rien, ne tremblez pas^ etc. (Deutéron. XX, 3). Que votre cœur ne s'inquiète pas au hennissement des chevaux el au cliquetis des épées; ne craijncz rien, en en-

1. Même procédé ci-dessus, "VII, 5, et souvent. 2. Suit un passage que l'on retrouve au tr. Troumoth, V, 9 fin, traduit t. Ill, p. G3.

tendant le heurt des boucliers et le bruit des trompettes de guerre ' /.XayYO î ne tremblez pas, au bruit des chars de guerre, cnrnim ; ne soyez pas saisis par les cris de guerre, car V Eternel voire Dieu marche avec vous. Vos ennemis ont la puissance de la chair et du sang, mais vous avez la force divine. Les Philistins sont arrives avec le pouvoir de Goliath; pourtant celui-ci a fini par tomber sous le glaive de David, et les siens ont péri avec lui. [Les fils d'Amon sont venus en se fondant sur le pouvoir de Schobakh, et pourtant celui-ci a fini jjar être vaincu, et tous les siens sont tombés avec lui] ^. Mais vous ne leur ressemblez nullement : car ccsl lÉlernel votre Dieu qui marche avec, vous et combat pour vous contre vos ennemis pour vous secourir ; g' esl-k-dire, en ayant avec vous le campement de l'arche sainte.

Il est écrit (II, Samuel, XXII, 13, ou Ps. XVIII, 13): Au, sciol reflet qui de sa face sur;/ it, des flammes ardentes s'allument,'-^; c'est pour faire face à leurs escadrons, turba (aux ennemis). Elles « brûlent » (ou « passent»), pour s'opposer au passage de leurs bandes. Dieu lance la grêle contre leurs balistes, ballisterium, et « des charbons ardents» contre leurs machines à lancer, tormenta ; enfin «le feu», pour brûler leur naphte, Naphta. Puis, (ibid, ii) : Il tonne du haut des deux, l'E'ernel; le Très-haut fait entendre sa voix. Il « tonne » contre leurs torches flamboyantes ■^ ; il se fait entendre, pour contrebalancer le bruit de leurs chars. Enfin (ibid, lo) : Il lance ses flèches ; ils s'éparpillent ; par reclair il les frappe do torpeur. Il « lance ses flèches », pour faire diversion à celles de ses ennemis; «ils s'éparpillent», ces mots indiquent que, par ses coups, les ennemis furent dispersés. Selon Aba b. Cahana, ce verset prouve qu'ils (les Égyptiens) avaient été disposés sous le commandement de leurs chefs par diverses catégories ; mais, d'une part, les flèches envoyées contre eux par l'Éternel, d'autre part, les éclairs pénétrant au milieu d'eux les effrayèrent et les dispersèrent; les éclairs formaient le contre pied de l'éclat répandu par leurs armes. Il est dit aussi (Deuléronome,VII, 23) : // les troubla par une grande terreur ; il jeta parmi eux le trouble et la consternation, au point qu'ils perdirent leurs étendards de ralliement, signum. Rabbi dit : par le verset précité il est sans doute fait allusion à une épidémie, puisqu'il y est dit : « Il les troubla par une grande terreur, jusqu'à ce qu'ils

4. Le commentaire Pac-Mosché explique d'abord ce terme, comme Piischi, par celui à'année; mais il fait bien d'ajouter ensuite le sens adopté par Maimonide, qui voit dans le terme mischnique une sorte de maillet, ou fer recourbé, pour casser des cailloux. On traduit parfois : lance. 2. La phrase mise entre [J ne se trouve que dans les éditions de la Mischnà, ou du Talmud Babli. 3. Cf. Mekhilla, section Beschalah, ch. 3; Midrasch sur les Psaumes, cli. 18. 4. Le commentaire Qorban 'éda traduit le mot Lapid (flamme), emplojé dans le texte talmudique, par un terme néo-latin, dont la transcriptioi est corrompue; c'est sans doute le mot Fut^ gura.

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