‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 271 sur 277 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nous reste à prendre appui qu'en notre père qui est aux cieux. R. Eliézer le grand dit : depuis le jour de la destruction du Temple, les docteurs ont paru être comme des maîtres d'école, ceux-ci comme des bedeaux, et ces derniers ressemblent à des gens du peuple (sans instruction), lesquels vont en diminuant de valeur; personne ne s'enquiert du mal et ne cherche à y remédier, ne nous laissant d'autre espoir qu'en notre père qui est aux cieux. A la fin, peu avant l'arrivée du Messie ', refïronterie croîtra, la pesanteur (les tribulations des violents) sera plus élevée ; bien que la vigne donnera ses fruits, le vin sera cher. Le gouvernement tournera à l'hétérodoxie, et nulle morale ne prévaudra. La maison de réunion (religieuse) servira à la prostitution ; la Galilée sera en ruines, le Gablan sera dans la désolation, les habitants delà frontière^ erreront de ville en ville, sans inspirer de pitié. La science des scribes sera mal accueillie ; ceux qui craignent le péché seront méprisés. La vérité sera restreinte. Les jeunes feront pillir les vieux; ceux-ci resteront debout devantles jeunes; le tils rabaissera le père ; la fille résistera à la mère, la bru à sa belle-mère ; un homme aura pour ennemis les gens de sa maison. L'apparence des gens de cette époque sera cynique. Le fils n'aura plus de honte devant son père, et il ne nous restera d'autre appui que notre père qui est aux cieux '.

Depuis la mort de R. Éliézer *, le livre de la sagesse a été enfoui. Depuis la mort de R. Josué, on a cessé de donner de bons conseils et d'émettre de belles pensées en Israël. A partir de la mort de R. Akiba, les sources de la science ont cessé de jaillir. Depuis la mort de R. Eléazar b. Azaria, la richesse a cessé d'être le sort des savants. Depuis la mort de R. Yossé, l'intelligence a cessé d'exercer sa suprématie. « Depuis la mort de Ben-Azaï, il n'y a plus les mêmes disciples studieux; depuis la mort de Ben-Zoma, les prédicateurs (ou exégètes) ont cessé de présenter leurs exposés. » Depuis la mort de R. Hanina b. Dossa, il n'y a plus de pratiquants pieux. Depuis la mort de R. Yossé le pieux et R. Yossé le petit, il n'y a plus eu de gens de piété. « On l'appelait Qatounlha (petit), parce qu'il était le plus petit par la taille des gens justes et pieux. » Depuis la mort de R. Simon b. Gamaliel ^, les sauterelles ont surgi et les maux d'Israël se sont multipliés. Après la mort de

1. Cf. B., {v.Sijnhedrin, f. 91^ ', tr. Dere/ch erer, fin. 2. V. Neubauer, pp. 65-6. 3. Les éditions de la Mischnà terminent ce texte par un passage que l'on retrouve dans Jér., tr. Sabbat, I, 3 (5) fin (trailuit t. IV, pp. 10-17), et tr, Scheqallm, III, 4 fin. Le commencement de cette même Mischnà diffère aussi notablement dans ces mêmes éditions moins correctes pour l'énumération des docteurs que le texte jérusa. lémite, et de plus l'ordre de succession do cc's noms change plusieurs fois. Le Talmud qui suit, adopte un troisième ordre. 4. V. Maggitù/, an YII, fol. 23. 5. Ici, ce nom est correctement au complet, tandis que la Mischnà du texte jérusalémite a seulement : R. Gamaliel (ci-dessus).

Rabbi, les malheurs ont doublé d'intensité. R. Jacob b. Idi raconte au nom de R. Josué b. Levi qu'avant son décès R. Yohanan b. Zacaï prescrivit» d'enlever de la cour où il agonisait tous les vases qui s'y trouvaient, afin de les soustraire à l'impureté imminente (tant était grand son souci de la pureté). On établit alors (dans l'Eden) un trône pour Ezéchias, roi de Juda (qui se préparait à recevoir royalement le vénérable R. Yohanan). Lorsque R. Eliézer, le disciple de R. Yohanan b. Zacaï, mourut, il dit aussi de débarrasser la cour où il séjournait de tout son contenu, afin d'en écarter toute impureté ; et, en raison des circonstances analogues, un trône a été préparé pour R. Yohanan b. Zaccaï (qui reçut aussi officiellement son disciple au Ciel). Selon d'autres, on dit : comme l'un avait vu (comme R. Yohanan b. Zaccaï avait vu le roi Ezéchias en mourant), son disciple eut une vision semblable à ses derniers moments.

Un membre de la famille de Pazi, que l'on cherchait à convaincre de s'allier à la maison du Naci2, n'accueillit pas cette proposition avantageuse, en disant qu'en raison de l'infériorité de sa propre famille, son allié pourrait avoir honte. A sa mort, il donna aussi l'ordre préalable d'enlever tout de la cour, afin d'éviter l'impureté. Un trône de réception fut érigé au ciel, pour que Josaphat, roi de Juda, pût recevoir dignementc et homme, en disant : Celui qui a couru après les honneurs doit passer après celui qui les a fuis (par modestie). R. Jacob b. Idi au nom de R. Josué b. Levi dit : Il arriva que lorsque les anciens furent réunis pour étudier en commun dans la chambre supérieure à l'école de Beth-Gadia de Jéricho, une voix surnaturelle se -fit entendre et proclama ceci ^ : « Deux des personnes qui se trouvent parmi vous sont dignes d'être inspirées par l'esprit saint, dont l'une est Hillel l'ancien » (l'autre n'était pas nommée pour ne blesser personne) ; les assistants jetèrent les yeux sur Samuel, pour le désigner ainsi mentalement. Une autre fois, les vieillards étant réunis dans la chambre supérieure (l'école) de Yabneh, une voix supérieure se fit entendre et dit : « Il y a parmi vous deux savants dignes d'être inspirés par l'esprit saint, dont l'un est Samuel le petit; » les assistants (pour désigner mentalement le second savant, non spécifié) jetèrent les yeux sur R. Eliézer b. Horkenos. Ils se réjouirent d'apprendre par cette révélation qu'ils avaient bien deviné, que leur pensée se trouvait d'accord avec celle de la Providence (pour dire qiiel est le plus digne d'entre eux).

1. Y. J. tr. 'Abôda Jura, 111,1 (f. 42''). 2. Il est question des effets de l'alliance avec R. Juda le Naci, mais ayant eu d'autres suites, dans J., tr. Sabbat, XII» 3 (t. IV, p. 141). 3. Cf. J., tr. Haraïolh, 111, 9 (f. 48^). Cette version diffère notablement de celle qui expose à peu près le même fait ci-dessus, § 13, au commencement.

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