‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 270 sur 277 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il est écrit (Psaume VII, 12) ; Dieu est irrité * chaque jour (c'est la cause pourquoi chaque jour est signalé par une malédiction). R. Zeira dit : les premiers jours (oij l'elTet de la malédiction était moindre que plus tard) étaient encore supportables. Et comment l'effet est-il annulé? (Comment le monde n'est-il pas encore ruiné?) R. Abin dit au nom de R. Aha : la bénédiction sacerdotale nous préserve de ces maux. R. Simon b. Gamaliel dit ^ : on trouve la preuve de la malédiction des rosées dans ce fait qu'en principe (pendant l'existence du Temple) une ville pourvue abondamment de rosée avait beaucoup de fruits ; tandis qu'à présent même la ville pourvue abondamment de rosée a peu de fruits. Autrefois, lorsque la rosée tombait sur la paille et le chaume, elle les blanchissait; aujourd'hui, cette même rosée les rend noirs par son contact. On a enseigné que R. Simon b. Eleazar dit : La perte de la pureté en Israël a précédé celle du goût et de l'odeur des fruits ; l'omission de l'observance de la loi sur les dîmes a eu pour conséquence la perte du meilleur blé. Qu'est-ce qui a été frappé le plus par !a malédiction, les fruits ou le blé? On peut le savoir, répond R. Levi b. Haïlha, de ce qu'il est dit (Haggée, II, 16) : Alors, quand (ce furent les jours où l'on négligea le Temple) on vint à un tas de vingt mesures, il n'y en eut que dix ; quand on arriva au pressoir pour piiiser cinquante pourah (vases), il n'y en eut que vingt. Or, en faisant la morale aux Israélites et en leur démontrant qu'ils sont la propre cause de leur misère, le Prophète ne dit pas, à la fin du verset, qu'au lieu de cinquante mesures à tirer du pressoir, ils n'en trouvèrent que vingt-cinq ; mais il dit : « il n'y en eut que vingt » (preuve que la proportion des fruits diminués était au-dessous de celle du blé, qui avait diminué de moitié). Les autres sages ajoutent : « La prostitution et la sorcellerie ont tout ruiné » (ils ont exprimé cette dernière proposition, qui dans la Mischna est anonyme).

Il est écrit (Lamentations, V, 16) : Elle est tombée la couronne de notre tête ; ce texte est une allusion à la défense faite aux nouveaux mariés (à partir de Vespasien) de porter des couronnes, composées d'une étoffe éclatante, en brocard d'or. Selon R. Aba au nom de Rabbi, c'était un composé d'une sorte de sel pétrifié (? Cristallin), agrémenté de peintures au soufre. Selon R. Jérémie a u nom de Rab, c'était un mélange de sel pétrifié el de feuilles d'olivier. Selon R. Nahman b. Jacob, c'étaient au besoin de simples joncs 3. R. Jérémie épluchait une branche d'olivier, qu'il tressait en couronne pour s'en orner la tête. Lorsque Samuel l'apprit, il s'écria : « Mieux valait que R. Jérémie eût la tête enlevée, au lieu d'agir ainsi à l'opposé de l'ordonnance des docteurs ». Cette imprécation involontaire lui avait à peine échappé, qu'un ordre fatal du gouvernement (romain) le condamna à mort.

Voici ce qu'on entend par les dais des fiancés : des étoffes peintes auxquelles

1. Le sens ordinaire de ce verset est celui-ci : Dieu juge l'homme qui l'irrite chaque jour par les crimes qu'il commet. 2. Tossefta à ce traitt?, ibid. 3. Le com. mentane Qorban 'eda rend le terme taimudique par l'équivalent néo-latin Orlaja. Voir Midrascb Rabba au verset précité des Lamcntationç.

sont suspendus des ornements en or. On a enseigné : malgré la défense précitée, il es! permis d'ériger une coupole en treillis de bois de papyrus, Tuârupo;, à laquelle on suspend tout ce qu'il vous plaît. La Mischnà interdit l'usage de VIros ; c'est un instrument de musique. Par « couronnes de la mariée », on entend les plaques d'or *, représentant en gravure la vue d'une ville principale (p. ex. de Jérusalem), ou l'orDcment à tourelle d'or. — '^.

Puisque la Mischnà dit, à la fin, qu'il fut permis plus tard aux fiancées de sortir sous un dais, qui est — ce qui a annulé la première défense? Ce sont les rabbins, répondit R. Yossé b. R. Aboun, qui, ayant autorisé cette tenue plus tard, ont mis fin à l'interdit préalable. De la même façon, le chef de la captivité fit demander à R. Hisdaï 3 pourquoi il est écrit (Ezéchiel, XXI, 31) : Ainsi a dit V Eternel : que Von enlève la tiare, que l'on retire la couronne? Ce verset, répondit-il, signifie que (par suite de la destruction du Temple) la tiare du grand-prêtre a été supprimée, et nul (en se mariant) ne porte plus de couronne. Lorsque R. Yohanan eut connaissance de cette belle explication, il s'écria : « Hesed (gracieux) est son nom, comme il l'est lui-même et ses paroles sont pleines de grâce ».

16. Depuis la mort de R. Meir, les fabulistes ont cessé leurs proverbes. Depuis la mort de Den-Azaï, il n'y a plus les mêmes disciples studieux. Depuis la mort de Ben'Zoma. les prédicateurs (ou exégètes) ont cessé leurs exposés. Depuis la mort de R. Josué, la bonté n'est plus dans le monde ; Depuis la mort de R. Simon b. Gamaliel, des sauterelles sont venues ainsi que bien d'autres maux. Depuis la mort de R. Eleazar b. Azaria, il n'y a plus de richesse parmi les sages. Depuis la mort de R. Akabia^, la Loi n'est plus en honneur. Depuis la mort de R. Hanina b. Dossa, les gens aux bonnes actions manquent. Depuis la mort de R. Yossé le petit, il n'y a plus de gens pieux ; on rappelait Qatnoatha, parce qu'il était le plus petit (par la taille) des gens pieux. Depuis la mort de R. Yohanan b. Zaccaï, la sagesse ne brille pas du même éclat. Depuis la mort de R. Gamaliel l'ancien, la gloire de la Loi s'est éteinte, et avec elle sont ruinés la pureté et le Pharisaïsme\ Depuis la mort de R. Ismaël b. Phabi, le sacerdoce n'a plus d'éclat. Depuis la mort de Rabbi. il n'y a plus d'humilité, ni de crainte du péché. R. Pinhas b. Yaïrdit: Depuis la destruction du temple, on voit rougir des compagnofls d'étude et des gens de bonne famille; ils s'enveloppent la tête de honte. Les gens de valeur sont peu estimés^ tandis que les hommes violents et les médisants l'emportent. Nul n'encourage, ne recherche, ne sollicite le bien ; il ne

1. Cf. J., tr. Sabbat, VI, l (t. IV, p. 67). Peut-être le diadème. 2. Suivent deux passages que l'on retrouve, l'un au tr. Sabbat, ibid., l'autre au tr. Péa, I, 1 (t. II, p. 8). 3. Cf. Midrasch Rabba, sur Ruth, ch. Ill; B., tr. Guittin, f. 7. 4. Les éditions du Talmud B. ont à tort: Akiba. 5. L'austérité et la vie religieuse-

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