‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 2)Chapitre 76 sur 277 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La III« section du corps mischnique du Talmud est consacrée au droit matrimonial; d'où le nom de Séder Naschim, « section des femmes ». On a essayé d'expliquer pourquoi cette partie juridique précède la législation civile générale, en invoquant à titre de précédents les textes de la Bible, et l'on a observé que l'Exode (ch. XXI, vers. 7 et 22) détermine les droits des femmes, avant d'exposer les sujets de jurisprudence communs à tous les hommes.

Le lecteur est désormais en présence de difficultés d'un ordre nouveau, dont les subtilités de juristes peuvent donner une idée. Il trouvera ici, non-seulement de la théologie, mais une suite de thèses de droit compliquées de théologie'. L'étendue matérielle, il est vrai, diminue au fur et à mesure que l'on avance, car, bien des pages se retrouvent dans les volumes précédents. Mais combien de chapitres neufs restent obscurs, bizarres ! Pour obvier quelque peu à cet inconvénient, nous avons cherché à rappeler les us et coutumes du droit romain. Déjà Frankl, Duschak, Fassl, L. Low, en ont donné quelques notions, mais bien vagues, par suite du défaut de méthode dans ces matériaux, qui exigeraient une classification rigoureuse et sévère. Ainsi, la 3® section du Talmud se compose de 7 traités. Dans quel ordre se suivent-ils? Tout y est discuté avant la question des Qiddouschin (du mariage), qui forme le dernier traité, au lieu d'être le premier. D'une part, le Talmud de Jérusalem semble adopter cet ordre ci : Yebhamoth, Sola, Kethouboth, Nedarim, Guiltin, Nazir, Qiddouschin. D'autre part, le Talmud babli suit un autre ordre : Ycb., Keth., Ned., Nazir, Sôta, Guittin, Qidd. (sans compter une interversion dans les éditions de la Mischnà : Ned., Guittin, Sôta). Ainsi, le l*' traité et le dernier ont seuls la même place dans les deux Talmuds 2.

Le Talmud B., tr. Sola (f. 2=^), commence en ces termes : « Pourquoi le texte biblique sur le Naziréat (Nombres, VI) se trouve-t-il rapproché du chap, sur la femme soupçonnée (ib. ch. V) ? » A cette question très précise, le Talmud répond, selon sa manière evasive : « Pour qu'en voyant l'état fâcheux de la femme soupçonnée, on fasse vœu de s'abstenir du vin (Nazir). » Puis, les rabbins ajoutent : « Il est vrai que, par cette raison, le tr. Sola devrait précéder ici hazir\ mais comme on a déjà le tr. Kethoubolh (des contrats) et celui de JSedarim (des vœux), parmi lesquels le Naziréat figure en dernier, on a (par rapprochement) émis ensuite le tr. Sola, »

Cette insouciance de l'ordre et de la méthode n'a arrêté personne durant tout le moyen-Age, sauf Maïmonidc, jusqu'à nos jours. Le commentaire Pné-Mosché, — peut-être par esprit de pilpoiil (contradiction ou chicane), — se demande d'où vient la divergence notable en.re l'ordre

1. Voir Dareste, Journal des savants, 1884, pp. 302-316 et 375-385. Cf. ci-après, p. 321. 2. V. Geiger, fVissenschasftliche Zeitschrift fur jiidische TheoUgie, II, 448; J. Derenbourg, Revue des études juioes, 1882, III, pp. 205-10.

Page 1