CHAPITRE PREMIhR 'lO
gardez-vous de lui, car il a trois cents raisons (subtiles) à objecter^ contre l'admissibilité au mariage d'une adjointe en ce cas. » Ils se rendirent donc auprès de R.Jonathan, emportant une lettre que lui adressait son frère R. Dossa, où il était écrit : « Observe que des savants en Israël vont se rendre auprès de toi. » Ils arrivèrent et prirent place devant lui ; mais à chaque explication donnée par lui, ils refusaient de la comprendre. Ils commencèrent à murmurer d'impatience. « Qu'avez-vous à vous plaindre, » s'écria le Rabbi ? Il se mit à leur jeter des mottes de terre (en signe de mépris) ; selon d'autres, ils entrèrent par une porte, et ils sortirent de chez lui par trois portes (se retirant honteux). R. Jonathan, à son tour, fit dire à son frère : « Tu m'as envoyé des hommes qui ont besoin d'apprendre, et tu m'as dit que ce sont des savants en Israël. » Ils retournèrent auprès de Dossa et lui demandèrent son avis à ce sujet. Il répondit : « Sur ce siège, le prophète Ijagaï était assis^, et il a affirmé trois règles, 1° l'adjointe d'une fille (à un degré prohibé pour le beau-frère) est elle-même libre d'épouser un cohen (c'est une preuve qu'elle échappe aux devoirs du lévirat) ; 2" les Israélites habitants des contrées d'Amon et Moab (où la culture est autorisée en la septième année agraire) prélèvent une dîme pour les pau\res en cette septième année (lorsqu'ils n'ont pas de glanures des champs), 3° les prosélytes de la ville de Tadmor (Palmyre) sont admissibles dans l'assemblée des Juifs (il est permis de s'allier à euxj. » Il ajouta : « Levez mes paupières, que je puisse voir (malgré mes yeux faibles) les sages en Israël. » 11 aperçut R. Josué et lui appliqua ce verset (Isaïe, XXVIII, 9) : A qui veut-on enscujner la science? Je me souviens que sa mère transportait son berceau à la Synagogue, afin que dès les premiers ans les oreilles de cet enfant s'accoutument aux paroles de la loi. 1! vit R. Akiba, et lui appliqua ces mots (Ps. XXXIV, HJ : les lionceaux éprouvent la disette et la faim ; je reconnais que c'est un homme égal en force au lion pour l'étude de la loi. Il vit R. Elcazar b. Azaria, et dit de lui (Ps. XXXVII, 25) : f ai été jeune et j'ai vieilli^; je reconnais qu'il descend à la dixième génération d'Ezra, et ses yeux ressemblent à ceux du Scribe. R. Ilanina de Scphoris dit que R. Tarfon était avec eux, et que R. Dossa invoqua pour lui ce qui a été dit de R. Eleazar b. Azaria (qu'il eût les mêmes mérites).
R. Nahman b. Jacob dit* : on peut admettre comme prosélytes des habitants de Corduène et ceux de Tadmor (Palmyre). En effet, dit R. Abahou au nom de R. Yohanan, une Mischnà dit formellement que les prosélytes de Tadmor sont aptes à s'allier aux Israélites 5. Or, on a dit là : « Les taches de sang trouvées sur des étoffes provenant de la ville de Reqem ne constituent pas une impureté » (cette ville, par son caractère païen, échappe aux lois sévères
i. 11 trouvera un nombre si considérable de motifs d'opposition, qu'il restera inébranlable. 2. Littéralement : « sur un massif comme un morlier. » Cf. tr. Yac/aïm, IV, 3. V. Derenbourg, Essai, etc., p. 22, note. 3. Cf. J., tr. Berakhôth, I, 9 (t. I, p. 24) et IV, 1 (p. 78). Voir le journal Maguid, an. Ill, p. 31. 4. Mischnâ, tr. Qiddouschin^ IV, 1 ; tr. Yadaïm^ III, 3. V. Neubauer, Géogra^ pkie, p. 379. 5. Mischnà, tr. Nidda^ VII, 3.
20 TRAITÉ YEBAMOTH
sur la pureté) ; donc les prosélytes de Tadmor, soumis à cette loi, peuvent aussi s'allier aux Juifs. R. Jacob rapporte le fait que R. Ijanina et R. Josué b. Levi discutent à ce sujet : l'un dit que les taches trouvées sur des étoffes venant de cette ville ne sont pas impures ; l'autre dit qu'il est permis de recevoir dans sa famille les prosélytes de cette ville. Celui qui déclare que ces taches sont sans importauce (traitant les habitants de cette ville comme des étrangers) est d'avis de recevoir pourtant ces habitants comme prosélytes ; celui qui déclare qu'il faut les recevoir ne va pourtant pas jusqu'à attacher de l'importance aux taches (ne les déclare pas impures).
R. Yossé b. R. Aboun dit au nom de R. Nahman b. Jacob : la Babylonie, au point de vue des généalogies (des descendances), va jusqu'au fleuve Zarouq^. Il dit aussi que Rab et Samuel diffèrent d'avis à ce sujet : le premier est d'avis que cette limite va jusqu'à Nehar-Zarouq ; le second dit qu'elle va jusqu'au fleuve de VVanaï (ou Youani). R. Juda dit : la partie enclavée entre les deux fleuves (entre l'Euphrate et le Tigre, au Nord) est considérée comme territoire de l'exil (extérieur) pour les généalogies. R. Ijanina b. Broqa dit au nom de R. Juda : les gens de la ville de Mesa ne se sont souciés (dans leurs alliances) que des cas douteux pouvant rendre une femme profanée (non des descendances illégitimes), et les Cohanim qui se trouvaient dans cette ville faisaient seulement attention de ne pas épouser une femme répudiée. Là (en Babylonie), on appelait Mescha la villle morte^, Madaï (Medio N. 0.) la malade, Elam et Gôbya (ou Gokaï) les agonisantes ; enfin une bande de terre dite Habal-Yama (à l'Ouest), forme le bleu ciel (la plus belle part) de la Babylonie, et celle-ci a pour ornements les localités de Schenouya, Awanya, Gôbya, Çoçraya.
Bien que les Schammaïtes et les Hillélites ne soient pas d'accord 3 sur les questions des adjointes en fait de lévirat, ou de leurs sœurs, ou du divorce de vieille date, ou du doute d'adultère, ou d'un mariage accompli en ne donnant à la femme qu'une valeur minime d'un proula*, ou du cas où après avoir répudié sa femme on passe la nuit avec elle dans une même auberge, ou de ce que la femme peut aussi bien être consacrée, soit avec une monnaie de dinar (argent en espèces), soit par la valeur de cette somme (en nature), malgré tous ces cas de divergence, les Schammaïtes ne refusaieilt pas d'épouser des femmes issues de l'école adverse des Hillélites, ni ceux-ci des Schammaïtes ; ils conservaient les uns vis-à-vis des autres des règles de droiture et de paix, comme il est dit (Zacharie, VIII, 19) : Aimez la vérité el la paix. Comment peut-on s'exprimer ainsi lorsque, par suite de leurs divergences d'opinion, il peut y avoir chez les uns des filles que les autres considèrent comme illégitimes? Voici comment ces divergences se produisent : si une femme a été
1. Ce nom, à ajouter à la Gco(/rapIiie du Talmud, est omis aussi dans le Lexique de J. Levy. Faut-il voir là une corruption de 'Ouq, ou 'Azaq (J., tr, Qiddousr/un, IV, 1 ; B., ib. 71»)? 2. Jeu de mots entre Mésa (viUe) et Métha (morte), et ainsi de suite. V. Neubauer, p. 325. 3. Cf. Mischnù, tr. Qiddouschiii, I, 1. 4. Valeur inférieure à celle qui est e-xigible pour la Kethoubah,