‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 3)Chapitre 101 sur 125 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nous écouter (et non Hanania), c'est bien; en cas contraire, qu'ils aillent sur une hauleur* se faire consiruire un autel par leur chef Acliia, et Hanania leur chantera des canti(jues sur la lyre ])our pardonner leurs péchés; mais, en vérité, on dira qu'ils n'ont pas de part au culte d'Israël. A ces mots, le peuple eifravé se mit à ])leurer, en disant : Dieu nous [jarde de ne pas avoir notre part à l'adoralion de Dieu. Et pourquoi toule cette scène a-t-elle eu lieu? Parce qu'il est dit : De Sion sort la Loi , et la parole divine de Jérusalem (Isaïe, ii, 3). On comprendrait que, s'il avait déclaré une chose pure, eux l'aient déclarée impure, pour être plus sévères; mais comment le contraire est-il possible? N'a-t-on pas enseijpié que, si un sage déclare une chose impure, il n'est pas permis au voisin d'établir le contraire^, et que, s'il a défendu une chose, le voisin ne peut la permettre? C'est vrai, et ils n'ont fait cela que pour s'opposer aux actes de Hanina.

On a enseigné : Lorsque nos docteurs sont entr(;s dans la vigne (l'école) de Yabné, il y avait là R. Juda, R. Yossé, R. Néhémie et R. Eliézer, fils de R. Yossé Haglili, qui commencèrent tous à exposer leurs idées en l'honneur de l'hospitalité. R. Juda, le chef des orateurs en tous lieux^, commença ainsi à expliquer la Loi : Moïse, est-il dit, prit la tente et la planta en dehors du camp (Exode, xxxiii, 7); or, on peut le déduire par a fortiori, si pour l'arche sainte, éloignée seulement de douze milles, la Loi dit [ibid.) : Tous ceux qui recherchaient Dieu pour r invoquer, sortaient vers V arche sainte , à plus forte raison doit-on porter la même estime aux savants, qui vont d'une ville à l'autre, d'une province à l'autre, pour apprendre la Loi et la répandre (ce qui est une recherche de la divinité bien plus grave). Puis : Dieu parla avec Moïse face à face [ihid.). R. Isaac

l'explique ainsi : Moi et toi, dit l'Eternel à Moïse, nous pouvons traiter ensemble de l'application des lois. Selon d'autres. Dieu dit à Moïse : De même que j'ai tourné ma face vers toi, de même agrée favorablement le vœu d'Israël et remets la tente à sa première place. Il retourna au camp, etc. Selon R. Abouhou. Dieu parla ainsi à Moïse : On va dire maintenant que moi le maître je suis encore irrité (du veau d'or), et toi l'élève tu Tes également; qu'adviendrat-il d'Israël? Si donc tu remets la tente en place au sein du camp, ils sauront que tout est calmé et ce sera bien; sinon, que ton disciple Josué, fds de Noun, serve à ta place. C'est pourquoi il est dit : // revint au camp, etc. Cependant, dit Raba, la parole divine ne sortit pas sans effet, comme il est dit : Son serviteur le jeune Josué, fils de Noun, ne quitta pas latente. R. Juda se mit ensuite à interpréter ce verset : Fais attention et écoute, Israël; cest aujourd'hui que tu es devenu un

^ Comme agissent les païens. Achia ^ Ce R. Juda, fils d'Haï, ne se retrouve

était le chef de la captivité. sous ce titre qu'au ii\ Schahbath, fol. 33\

^ T«i\ Aboda Zara, fol. 7';tr. Ilullin, et tr. Menahoth, fol. 10 3^. i'o\.h/i'; \v. Niddajo]. 'K>'\

50/i THAITK DES BEUAKHOTII.

peuple. (Deiitéronome, xxvii, (j). Mais est-ro seulement ce jom-là qiifsrael recul la Loi? N'etaienl-ils pas dans le déserl depuis cpiarante ans? C'est afin de de'nionirer que, pour ceux qui étudient la Loi, elle est aulanl aiinee (fue le jour de sa révélation sur le mont Sinaï. 1{. Tanhoum, fds de IL Iliva, liahitanl du villaoc; d'Acco, dit comme preuve à l'aj)pui : Si à l'Iiomnie cpii lit le schema' soir et matin, il arrive une fois de fomeltre, il lui semble ne Tavoir jamais récité. Le terme fais attention (hasketh) sijjnifie : Faites de petites associations [assou kitoth) pour vous occuper de la Loi, parce que la Loi s'acquiert seulement en société, conformément à l'avis de R. Yossé bar-R. Hanina, qui dit : S'il est écrit : Une épée sera suspendue au-dessus des gens isolés , et ils deviendront fous ( Jérémie, l,3G), cela veut dire qu'il y a danger pour les savants de se mettre isolément à l'étude de la Loi, et de plus ils perdront leur esprit, d'après les derniers mots de ce verset comparés à ceux-ci : Nous nous sommes laissé induire en erreur (Nombres, xii, 1 1). En outre, c'est même un pécbé, selon les termes qui suivent : Et nous avons péché. On peut aussi le comparer à ces mots : Les princes de Tsoan sont devenus sots (Isaïe, xix, i 3). Selon une autre explication, les mots comprends et écoute Israël veulent dire qu'il faut s'exercer par la controverse à l'explication de la Loi. C'est ce que dit Resch Lakisch : Comment sait-on que les paroles de la Loi ne s'accomplissent qu'en faveur de celui qui se tuerait pour elle? C'est qu'il est dit : Voici la Loi, si un homme meurt sous une tente (Nombres, xix, là ). Selon une autre explication encore, il faut d'abord se taire, puis discuter, comme dit Raba : Il faut commencer par apprendre la Loi, puis la méditer et en parler.

Chez R. Yanaï, on interprète ce verset (Proverbes, xxx, 33) : Le lait comprimé donne le beurre , la pression du nez fait couler le sang , et la pression de la colère produit la discussion. Chez qui trouve-t-on le suc de la Loi ? Chez celui qui répand pour elle le lait qu'il a sucé du sein de sa mère (qui lui consacre toutes ses forces) ; et la pression du nez fait couler le sang, c'est-à-dire le disciple qui accueille en silence les observations du maître irrité , saura plus tard distinguer entre le sang pur et l'impur, dans une question de menstrues; et la colère comprimée fait sortir la discussion, y met fin, c'est-à-dire si l'élève a la patience de ne répondre ni aux premières, ni aux secondes observations du maître, on acquerra le talent de savoir distinguer entre les questions pécuniaires et criminelles; car on a enseigné : Pour devenir habile, il faut étudier le droit civil, questions qui offrent le plus d'extension dans la Loi, comme une source d'eau vive. R. Samuel bar-Nahmeni explique aussi ces mots (ibid. Sa) : Si tu as agi sottement par F élévation, aie soin, en devenant sage, de mettre la main sur la bouche; cela veut dire que, si pour la Loi on se rabaisse \ on finira par être élevé; mais,

' Littéralement : Si. pour elle, on passe pour fou; c'est-à-dire, selon Raschi.

CHAPITHË IX. 505

si Ton s'attache un anneau à la bouche (si i'on craint de denian(UM'), on devra à la lin se mettre la main sur hi bouche (par ifjnorance).

R. Néhëmie commença ensuite à parler en riioinieur de Thospilalité, et il expliqua ce vers(it : Saûl d'il au Keni : Allez, détournez-vous , quittez le milieu d\\malec , afin que je ne vous détruise pas avec lui , car lu as témoi^pié de la faveur^ aux enfants d'Israël (I Samuel, xv, 6). On peut aussi y appliquer la règle d'à fortiori : Si Ton a bien considéré Jethro parce qu'il a l'ait bon accueil à Moïse pour en tirer gloire (Exode xviii, i^), à plus forte raison a-t-on du mérite d'béber|)ei' un savant, de lui donner à manger et à boire, et de le tain; jouir de ses biens.

R. Yossé, à son tour, parla du même sujet à ce propos : Ne méprise pas l'Hdomite, est-il dit, car cest ton frère, et ne méprise pas r Egyptien, car tu as été étranger chez lui (Deutéronome, xxiii, 8); on peut en conclure également une comparaison : Si une telle recommandation est faite pour les Égyptiens, qui n'ont attiré Israël à eux que pour leur usage, comme il est dit : Si tu sais quil y a parmi eux des gens vaillants, tti les nommeras chefs des troupeaux qui ni appartiennent (Genèse, xlvii, 7), à plus forte raison a-t-on du mérite à recevoir un savant et à le gratifier ^e biens.

R. Eliézer, Ills de R. Yossé Hagiili, aborda ce sujet par l'explication suivante : Dieu bénit Obed Edom, à cause de F arche de Dieu (II Samuel, vi, 11); on peut faire la même déduction : Si Obed fut béni pour avoir seulement pris soin de l'arche, qui n'a rien coûté à manger, ni à boire, à plus forte raison est-ce un mérite d'entretenir chez soi un savant. Pourquoi a-t-il été béni? C'est que, dit R. Juda bar-Zebida, Hamoth et ses huit belles-fdles ont mis six enfants au F. 6/i' monde d'un coup , comme il est dit : Peoultaï le huitième (I Chroniques , xxvi , 5 ) , et il est écrit : Car Dieu F avait béni. Tous ceux-là appartenaient à Obed, et leurs fils et leurs frères étaient des gens vaillants et forts pour le service , savoir soixante-deux pour Obed Edom^.

R. AbinHalevi dit : Si l'on presse l'heure et qu'on veuille aller au-devant du temps, on sera refoulé en arrière^; si, au contraire, on attend le moment propice, le temp^ semble s'écouler promptement. On le déduit de la conduite de Rabbah et de R. Joseph, car R. Joseph avait acquis (pour ses connaissances) le surnom de Sinaï, et Rabbah celui d'arracheur de montagnes (en raison de sa

si ses condisciples le considèrent comme qui fait quatorze, et comme les huit bellesfou, par suite des nombreuses questions lilies eurent chacune six enfants, soit enqu'il adresse au maître. semble quarante-huit, cela donne un total

' Il leur a fourni des vivres (Exode, général de soixante-deux, xvin, 12). '' Gomme Absalom avait voulu régner

'^ On peut en déduire que la naissance du vivant de son père, il finit par êtjc tué.

qui suivit le huitième enfant fut particu- Comp. tr. Eronbin, fol. 1 3''; tr. Mocd Ka-

lièremeut bénie el donna six entants, ce lan, fol. iiV'.

500 TKAITK DES IJKRAKHOTII.

grande finesse d'induction). Lorsque l'heure pressai! (() nil inan(|uail un rliel" d'e'cole), on lit demander lequel d(;vait avoii' la |)re('njinenre\ et fori recul la réponse que H. Joseph devait avoir la préférence, parce (pion a besoin de celui qui a enlassé le blé (dont la mémoire est riche d'ensei|j-nemenls). Cependant il n'accepta pas, car les devins chaldéens lui avaient dit qu'il ne ré|[nerait (|Uft deux ans (il ne se pressa donc pas, et il s'en trouva bien); car Kabbah réfjna vingt-deux ans, et R.Joseph deux ans et demi, et pendant tout le temps de Rabbab il ne fit pas seulement venir chez lui le chirurgien chargé de le saigner (au lieu de le faire venir chez lui, à la manière des princes, il se rendait chez le chirurgien, par modestie). R. Abin Halévi explique ce verset : U Eternel t'exaucera au jour de malheur; que le nom du Dieu de Jacob te soutienne (Ps. xx, 2) ; n'est-ce pas aussi le Dieu d'Abraham et d'isaac? Oui, mais c'est pour dire qu'il est bon de saisir la poutre par le milieu solide (on parle de Jacob comme ayant le plus d'autorité, tous ses enfants étant Israélites). 11 dit aussi : Prendre part à un repas où se trouve un savant, c'est jouir de l'éclat de la divinité, comme il est dit ( Exode, xviii , 12): Aron et tous les enfants d'Israël vinrent manger avec le beau-père de Moïse, devant Dieu. Quoiqu'ils aient mangé non devant Dieu, mais devant Moïse, ils ont eu autant de mérite à cause de la présence de ce savant, et ils semblaient jouir de l'éclat divin.

11 dit encore : En quittant son compagnon on ne doit pas lui dire : rrVa avec paix, 7? mais en paix, car Jetbro ayant dit à Moïse : Va en paix, réussit, tandis que Absalon, auquel David avait dit : Va avec paix, finit par être pendu. Il recommande au contraire la première expression pour l'adieu aux morts^, en vertu de ce verset : Tu viendras auprès de tes ancêtres en paix (Genèse, xv, i5).

R. Levi bar-Hiya dit : Si en sortant de la synagogue on entre à la maison d'étude pour apprendre la Loi , on aura le bonheur de voir la Providence, comme il est dit : Ils vont d'un camp à l'autre, il verra Dieu à Sion (Psaume lxxxiv, 8). R. Hiya bar-Asché dit, au nom de Rab, qu'en vertu de ce verset (qui parle de transports continuels), les sages n'ont de repos ni ici-bas, ni dans la vie future. R. Eléazar dit, au nom de R. Hanina^ : Les sages augmentent la paix en ce monde, comme il est dit : Tous tes enfants sont instruits par Dieu, et leur paix est grande (Isaïe, liv, i3). Or, dans ce verset, le dernier terme peut signifier les constructeurs (de la paix). // y aura beaucoup de paix pour ceux qui aiment ta Loi, et ils n'auront pas d'obstacle (Psaume cxix, i65). Que la paix soit dans tes murs,

^ \oir h\ Moray oth, h]. ih\ ment, prenaient congé de lui avant de

^ Pendant la translation d'un mort quitter le convoi funèbre.

d'une localité à l'autre, les personnes qui , ^ Ce même passage termine également

après l'avoir accompagné, ne le suivaient les traités Yebamotlh Nazir. Kcritoth et pas jusqu'au lien définitif de l'enterre- Tamid.

Page 1