CHAPITRE PREMIER
MISCHNÂ^
1. A partir de quel moment récite-t-on la prière du schema f. 2. du soir? Depuis l'instant auquel les sacerdotes rentrent au temple pour manger de la troiimâ ou oblation, jusqu'à la fin de la première veille. C'est Ta vis de R. Eliézer; les (autres) sages disent jusqu'à minuit, et R. Gamaliel dit : jusqu'au lever de l'aurore.
2. Voici un fait (à l'appui de cet avis) : Ses fils, revenant une fois d'un festin (potatio) après minuit, lui dirent : Nous n'avons pas encore récité le schema . Il leur répondit : Si l'aurore n'est pas encore levée, vous êtes obligé de faire ladite prière.
3. Non-seulement pour ce sujet, mais pour tout ce que les sages ont limité par l'heure de minuit, il est permis légalement de l'accomplir jusqu'à l'aurore.
4. La combustion des graisses ou de membres de certains sacrifices, ainsi que la consommation de tout ce qui a la journée pour limite, peut également être accomplie juscju'à l'aurore. Pourquoi alors dit-on jusqu'à minuit, pour éloigner l'homme du péché (par une limite anticipée) ?
' Pour les notes explicatives sui' la Misclinâ. voir I" partie.
T2'2 THAITK DES HEKAKHOT
GUEMA1\A
Dc quelle source le tana ^ déduit-il robligatioii de lire l(; schema'? pour quel inotil' commencer par la forme interrogative : rr A partir de quel instant Iv et ])ourquoi commencer par le schema' du soir? Pourquoi ne pas nous renseigner d'abord sur le schema' du matin? C'est que le tana fonde l'obligation de cette lecture sur le verset oii il est écrit : En te couchant et en te levant (Deutéronome , vi , 7); et il nous apprend que l'heure de dire le schema' au coucher compte depuis l'instant auquel les sacerdotes rentrent chez eux pour manger les oblations; ou bien encore, si l'on aime mieux, on peut dire que le tana, pour commencer par le soir, s'est fondé sur ce passage du récit de la création du monde, qui s'exprime ainsi (Genèse 1, 5) : Il fut soir, il fut matin, un jour (et dans cette enumeration, il est d'abord question du soir). S'il en est ainsi, pourquoi enseigne-l-on la règle suivante à la fm de la Mischnâ^"^ Le matin (y est-il dit), on récite deux bénédictions avant le schema' et une après, et le soir deux bénédictions avant et deux après; pourquoi ne pas commencer aussi par le soir? C'est que le tana a commencé par exposer ce qui concerne le schema' du soir, puis il a passé à celui du matin; et après avoir enseigné tout ce qui concerne le matin, il est revenu sur certains détails qui concernent le soir.
Mar^ dit (dans cette Mischnâ) : rr Depuis l'heure à laquelle les sacerdotes mangent l'oblation. 7' Et depuis quelle heure la mangent-ils ? Depuis l'apparition des étoiles. Alors pourquoi ne pas dire de suite : depuis l'apparition des étoiles ? C'est que cette expression a pour but de nous apprendre encore autre chose : les sacerdotes ne doivent manger de l'oblation qu'après la vue des étoiles '^ ; et nous apprenons par là que si le sacrifice expiatoire n'est pas encore offert, ce retard ne forme pas un obstacle à la consommation. Ainsi nous lisons (dans le Pentateuque) : Lorsque le soleil vient, il est pur (Lévitique, xxii, 7). Tant que le soleil n'est pas couché, il est défendu au sacerdote de manger les oblations^; mais (dès que le soleil est couché), quoique le sacrifice expiatoire ne soit pas encore offert, le sacerdote peut en manger (il est considéré comme entièrement purifié). Mais d'où sait-on que ces mots le soleil vient veulent dire que le soleil se couche ? Peut-être cette expression signifie-t-elle que le soleil se lève, en se rapportant au jour suivant, et les mots il est pur
^ Chaque auteiu* ou collaborateur de * Mischnâ, 6'" partie, tr. Kelim, eh. i,
la Mischnâ s'appelle tana, pluriel tanaïm, H 5 ; tr. Negciim, eh. xiv, S 3.
comme les divers rabbins de la Guemara ^ Commentaire Torath-Cohanim , sec-
reçoivent le nom générique à'amoram,. tion Emor, ch. iv, S 5; Talmud, tr. Ye-
~ N° 7 de ce même chapitre. hnmotli, fol. 76*".
■' Le inaîtr<* on le ])j'éopinant.
CHAPITHK PHEMIKH. 'in
s'applicjueraioiit à riioinnie qui, après avoir lait son sacrifice (ot non pas auparavant) , pourrait nian/|er ties oblations. Habba fils du li. Scliila répond ceci : V. -?} Si le mot pur ( "in^l) devait se rapporter à l'homme, il eût été exprimé au ïuiui: Use purifiera; par conséquent, de ce que ce mot est au présent, il résulte qu'il s'appli(|ue au jour (cela veut dire : dès que le jour est fini, au même moment, l'homme est pur); d'après le dicton vulgaire, le soleil arrive et le jour s'éleint. Cette réponse de Ilabba fils de Schila n'est pas parvenue aux rabbins d'Occident (Palestine ou Jérusalem): ils ont donc fait aussi une objection : comment le terme il vient (ndt), disent-ils, s'applique-t-il au soleil et le mot pur au jour même? Peut-être s'agit-il là (comme on l'a déjà supposé) de farrivée de la lumière solaire au matin, et le mot jmr s'applique-t-il à l'homme. Ils ont ensuite expliqué ce verset à l'aide de la Beraïtha^; car on y lit que l'apparition des étoiles sert d'indice dans cette occasion, et on en conclut qu'il s'agit du coucher du soleil.
ce A partir du moment auquel les sacerdotes l'entrent pour manger des oblations. i->
Il a été fait une objection à cette limite indiquée par la Mischnâ; car on a appris ailleurs : A partir de quel instant lit-on le schema'' du soir? Depuis le moment oii le pauvre rentre manger son pain avec du sel, jusqu'à finstant oil il cesse son modeste repas. La fin de cet intervalle est certainement en contradiction avec la Mischnâ (selon laquelle la durée de la récitation du schema' est beaucoup plus longue). Est - ce que le commencement ne la contredit pas également? Non, les limites données par fexemple du pauvre et celui du sacerdote sont conformes^. On a fait une autre objection : Quand commence-t-on la lecture du schema' du soir ? Lorsque les hommes rentrent pour prendre le repas du vendredi soii'; tel est l'avis de R. Méir. Les autres sages disent : c'est à partir du moment où les sacerdotes sont purs pour manger des oblations. (Or, si les sages s'expriment ainsi pour manifester une opinion contraire, il paraîtrait que leur limite ne s'accorde pas avec la précédente. Comment donc expliquer cette contradiction?) C'est que le signe matériel de cet instant est la vue des étoiles. Si ce signe n'est pas manifestement indiqué dans la Bible, il y est du moins fait allusion par ces mots (Néhémie, iv, 21) : Nous travaillimis et la moitié d'entre nous veillaient, la lance à la main, depuis le
Le passage nommé beraïtha contient Talmud, et on les reconnaît au mot inides propositions ajoutées subséquemment tial tania ou tanoii rahhanan. à la Mischnâ, sans pourtant y avoir été " Elles ont lieu toutes deux au couiiiisérées. Kll(»s sont (lisséiuiiiécis dans le niencPiiuMiL de fjippai'ilion des étoiles.
22^1 THAITK [)KS HERAKIIOTH.
lever dc Imirore jusquà la sortie des éloiles; puis il est (lit: La miit, nous devions veiller^ et le jour, travaillei'. QiriiKli(|iio ce nouveau vorset? Ceci : si l'on supposait que dès le coucher du soleil il l'ait nuit, on op])oserait à cette hypothèse l'usafje de ceux qui travailleut bien plus lard, ou de ceux qui commencent avant le jour. On nous a donc l'ait entendre ces mots : La nuit servait à veiller et le jour à travailler (ainsi les limites du jour et de la nuit sont définies par la sortie des étoiles et le lever de i'aurore; et comme le travail axait lieu jusqu'à la sortie des étoiles, cela indique la fin du jour). On peut donc admettre que l'instant du repas des pauvres et de celui des hommes ordinaires est conforme. Mais si l'on admet que le repas des pauvres et celui des sacerdotes ont aussi lieu au même instant, l'avis des sages (qui donnent pour limite le repas du sacerdote) ne se confondrait-il pas avec celui de R. Méir (qui assigne pour limite celui des hommes ordinaires)? Ou bien faut-il supposer que l'heure du repas du pauvre se distingue de celle du sacerdote? Non, ils ont tous deux la même heure, tandis que celle des pauvres et celle des hommes ordinaires ne sont pas les mêmes. Mais celle du pauvre et celle du sacerdote sont-elles bien pareilles? N'y a-t-il pas en ce cas une objection à tirer de l'enseignement suivant? A partir de quel instant, est-il dit, commence la lecture du schema' le soir? Depuis l'instant auquel le sabbat se trouve sanctifié, la veille au soir ( à l'issue du jour); c'est l'avis de R. Eliézer; R. Josué dit: Depuis l'instant auquel les sacerdotes sont purifiés pour manger des oblations; R. Meir dit : Depuis l'instant auquel les sacerdotes prennent le bain de purification pour manger de ces oblations; R. Juda lui objecta (que cette limite n'est guère possible), car les sacerdotes (impurs) doivent prendre leur bain pendant qu'il fait encore jour ^; R. Hanina dit : Depuis l'instant auquel le pauvre rentre pour manger son pain avec du sel; R. Achaï ou R. Acha dit : Depuis l'instant auquel la plupart des hommes rentrent pour s'attabler. Or, si l'on admet que la limite du pauvre et celle du sacerdote sont pareilles, l'avis de Hanina (qui donne à cette lecture la limite du pauvre) n'est-il pas semblable à celui de R. Josué (qui indique la limite des sacerdotes)? Non, et cela prouve que ces deux limites représentent des mesures différentes. Laquelle des deux est postérieure à l'autre? Il parait que c'est celle du pauvre, car si celle-ci était moins tardive, l'avis de R. Hanina (qui l'admet comme limite) se confondrait avec celui de R. Eliézer-; il est donc bien prouvé que celle-ci est postérieure.
On vient de dire : rrR. Juda objecta à R. Meir (que cette limite du sacerdote n'est guère possible), car les sacerdotes (impurs) prennent leur bain
^ Un peu plus loin, le Talmud explique ' L'instant fixé par lui est celui du
de quelle manière R. Meir a répondu à repas des sacerdoles. cette objection.
CHAPITIU: PHEMIKH. 225
pendant (lu'il fail ciicoio jour. ?? G(!lto objcclion paiait IoihUm', cI qii'\ a-t-il été répondu? R. Meir lui a ainsi j épondu : Ne crois pas cju(! je m'en rappoile à ta manière de mesurer le crépuscule ^ muDU/^n ]^D (entre le joui' et la nuit) ; moi je suis, à ce sujet, de l'avis de U. Yossé, qui dit : Cet intervalle de temps dure un clin d'œil , ([ue j)ersonne ne saurait mesuier, car d,ès que le jour est passé, la nuit airive. Comment se l'ait-il que R. Meir se contredises lui-même? (Il a dit plus haut que le schema s,ii lit au moment oii les hommes vont prendre leui' repas le vendjcdi soir, et maintenant il donne pour limite le bain des sacerdotes , ce qui serait un peu plus tôt.) Ce sont deux manières diverses de transmettre l'avis de R. Meir. Conniient se fait-il que R. Eliézer se contredise lui-même? (Dans la Mischnâ il admet pour limite celle où les sacerdotes consomment les oblations, et dans la Beraillia il donne pour limite l'instant de la sanctification du sabbat. ) Ce sont deux manières de transmettre l'avis de R. Eliézer. On peut encore répondre que l'avis de R. Eliézer ne se rapporte pas au conniiencement de la Mischnâ, relativement au conmiencement de l'heure assignée pour le schema, mais à la fin, pour déterminer le moment final de cette lecture.
ff Jusqu'à la fin dfî la première veiiie. -r?
Quelle est la pensée de R. Eliézer? S'il suppose que la nuit se divise en trois veilles, pourquoi ne dit-il pas jusqu'à la quatrième heure (dix heures)? Et s'il admet qu'elle se divise en quatre, pourquoi ne dit-il pas jusqu'à la troisième heure (neuf heures)? En tout cas, fut-il répondu, il admet la division de la nuit en trois; seulement (en indiquant la fin de la veille et non l'heure) il a voulu nous faire entendre qu'il y a des veilles au ciel (pour les anges), comme il y en a sur terre (et qu'on peut les reconnaître matériellement). En effet, on a enseigné : R. Eliézer dit que la nuit se divise en trois veilles, pour chacune desquelles le Très-Saint (béni soil-il!) se fait entendre, du haut de son trône, comme un lion; car il est dit (Jérémie, xxv, 3o) : L Eternel rugit dans les hauteurs; il fait entendre sa voix de sa demeure sainte , et il tonne sur son palais^. Voici le signe physique qui distingue ces veilles ^i pendant la première, l'àne brait;
^ La longueur de cet intervalle, selon voix divine retentit trois fois la nuit, et
R. Juda, est le temps qu'il faudrait pour que, par conséquent, il y a trois veilles, parcourir un demi-mille avant la sortie des ^ Avant Finvention des horloges et des
étoiles. Par conséquent, cet intervalle, qui montres, il était dillicile de mesurer le
précise l'instant du bain pour les sacer- temps, pendant la nuit, par des moyens
dotes, serait bien antérieur. usuels. Le Talmud donne donc dej in-
II y a, dans ce verset, trois fois le dications pour connaîlre le début de
inot^X*^', crier: d'où l'on conclut (jue la chaque veille.
n() TIUITK DES HEHAKHOTH.
à la seconde, les chiens aboieni; à la Iroisième, reniant suc(; le sein de sa mere, ou la iemme cause avec son mari (c'est l'approclie du jour qui (^^veiile les uns et les autres). Qu'enumère là R. Eliézer? S'il a en vue le commencement des veilles, à quoi bon donner un signe à la première? N'est-ce pas l'arrivde de la nuit? Si c'est la fin des veilles qu'il délermine, à quoi bon indiquer la fin de la dernière? Ne la reconnaît-on pas par le jour? (r) Il a pour but de déterminer la fin de la première, le commencement de la dernière et le milieu de l'interme'diaire. Ou bien encore on peut dire que pour chacune d'elles R. Eliézer indique l'instant final; quant à l'objection faite, que,, pour la dernière, cette indication paraît inutile, elle s'annule par cette considération que l'indication sert à avertir que c'est le moment de lire le schema' du matin ; c'est-à-dire que celui qui est couché dans une salle obscure et qui ignore quand arrive l'instant de lire le schema , devra se lever pour cela, dès qu'il entendra la femme causer avec son mari, ou si l'enfant suce le sein de sa mère.
R. Isaac, fils d'ismaël, dit au nom de Rab : La nuit a trois veilles; à chacune d'elles, le Très-Saint [béni soit-il! | est assis et. rugit comme un lion. Hélas! dit-il, j'ai ruiné ma maison, brûlé mon palais, exilé mes enfants parmi les peuples du monde. Tama (c'est-à-dire, on a enseigné dans la Beraïtha). R. Yossé dit : Un jour, je cheminai sur la grande route, j'entrai dans une des ruines de Jérusalem pour y faire une prière. Elie (d'heureuse mémoire) est alors venu et en a gardé l'entrée, attendant que j'eusse fini ma prière. Après que j'eus fini, il me dit : rr Salut à toi, maître. — Je lui répondis: Salut à toi, mon maître et mon directeur. — Mon fils, me dit- il, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? — Pour prier. — Tu aurais dû prier en chemin. — Je craignais d'être interrompu par les passants. — Tu aurais dû faire une prière courte, r» Dans ce moment, j'appris de lui trois choses: i° j'appris qu'on n'entre pas dans une ruine; 2° qu'on peut prier en chemin; 3° qu'on fait en chemin une prière courte. Il me demanda ensuite : crMon fils, quelle voix as-tu entendu dans cette ruine? Je lui répondis : J'ai entendu une voix gémissante comme une colombe, disant : Hélas! pourquoi ai-je ruiné ma maison, brûlé mon temple, exilé mes enfants au milieu des peuples! — A cela il dit : Je te le jure, par ta vie et par ta tête, ce n'est pas à cette heure seule que cette voix dit cela, mais encore trois fois par jour; elle ne dit pas seulement cela en ces heures, mais au moment où les Israélites entrent dans les synagogues et dans les écoles^ et répètent : Amen, que son nom puissant soit béni'^ ! Le Très-Saint
^ On priait aussi dans les écoles élé- rite allemand , de désigner la synagogue uientaires ou plus avancées. C'est de là par le nom de Schide (école), que provient l'habitude, chez les Juifs du ' Ces mots font partie d'une formule
CIIAIMTRK PHEMIER. '221
[béni soil-il!] remue la tète et dit: rllomeux le roi qu'on loue ainsi dans sa maison! Mais qu'en est-il du père qui a exilé ses enfants? Hélas! les enfants ont dû être chassés de la table de leur père. 75
Les rabbins ont enseigné : Pour trois causes, ou no doit pas entrer dans les ruines : pour écarter tout soupçon de mal^; pour ne pas courir le danger d'être enseveli sous un éboulemenl, et pour éviter les démons 2, Pourquoi mentionner tani de raisons? S'il y a la crainte des soupçons, à quoi bon celle de Véboulement? Cette seconde raison serait insuffisante pour une construction neuve (dont une seule partie est tombée en ruine et dont tout le reste est solide). Pourquoi la crainte de rencontrer des démons ne suffît-elle pas? A cause du cas où l'on serait à deux (cas auquel les démons n'arrivent pas). Mais alors . si l'on est à deux, il ne peut pas y avoir de soupçon (pourquoi alors mentionner cette cause?) (r.) Il s'agit de deux personnes aux mœurs dissolues. Pourquoi la crainte de l'éboulemeiit ne dispense-t-elle pas d'énoncer celle du soupçon, ou des démons? C'est pour le cas où il y aurait deux personnes d'une vie pure (il n'y a à supposer ni l'action des démons, ni celle du soupçon). Pour F. 3''. quel cas la crainte des démons ne dispense-t-elle pas de celle du soupçon et de celle de l'éboulemcnt? Pour le cas où il s'agit d'une ruine neuve et de deux personnes de bonnes mœurs. Mais, s'il s'agit de deux personnes, pourquoi parler des démons (qui alors ne se montrent pas)? Cette crainte subsiste dans les endroits où on les suppose fréquents. Ou bien encore, on peut admettre qu'il s'agit toujours d'une seule personne et d'une ruine neuve qui se trouve dans les champs, auquel cas il n'y a pas à craindre des soupçons; car il n'y a guère de femmes dans un endroit désert; mais il y a la crainte des démons.
On a enseigné : Selon Rabbi, la nuit se divise en quatre veilles; selon R. Nathan, en trois. Sur quoi se fonde R. Nathan ? Sur ce verset (Juges, vu, 19) : Gédéon arriva, accompagné de cent hommes, à T extrémité du camp, au commencement de la veillée médiale. Or, il n'y a de médiale que par rapport à ce qui est antérieur et postérieur (soit, ensemble, trois). Comment Rabbi (qui divise la nuit en quatre) justifie-t-il le terme médiale? C'est, dit-il, l'une des deux veillées médiales (par rapport à quatre). R. Nathan n'admet pas cette interprétation, car il n'est pas dit l'une des médiales, mais la médiale (la seule). Sur quoi se fonde Rabbi? R. Zerika ou R. Ame répond au nom de R. Josué ben-
liturgique que le public répète à haute dans une ruine on n'ait des intentions crivoix pendant la récitation du V^lp (sanc- minelles.
tification du Seigneur, dite à la synagogup " Les esprits malfaisants, selon la
soit parle ministre officiant, soit par des croyance populaire, habitent de préfé-
personnes en deuil , pour le repos de l'âme rencc les déserts et les ruines. Ils n'ont ja-
dii défunt). mais pu s'acclimater dans les habitations;
^ Il est à craindre (pi'en so rendant aussi ne les trouve-t-on pas là.
t>2H ThAITK \)KS lîKM A K IfOTII.
L(''\i : I II nciscjI (IVs.iimic (;\i\, {'r>.) (Ill : 1 nninul^ic. ni<; lève j/oiir Ir rendre i>i art' (le 1rs fir 1rs (fr<jmlv, el iiii autre (lit [ihiiL 1^18) : Airs y eux onl jnvcrdé les vcillrs ; comiiicnl s'accordcul ces (Icux vcrsols? ((rcsl-à-dirc, comment admettre qireii .s<' levant à minuit David pn'cédait deux veilhîs?) C/est (|iie la miit est divisée en(juatre. 1{. Nathan ((jiii ne lient jias compte de cette explication) est de; Tavis (le R. Josue, (|ui dit (an sujet du srkema du malin) : Jus([uà la tioisième heure (9 h.), on peut le dire, car c'(vst l'usa|je des rois de so lever à cette heure. Donc, David, se levant à minuit, ])réc(idait deux veilh'es : la troisiè'me de la nuit, jusqu'à six heuies, et la piemière du jour, commençant à six heures (lu matin, il. Asche dit qu'une veilk'e et demie compte pour deux (l'une de "i II. à () h. cl la moitii; de ]a deuxième, depuis minuit jusqu'à 2 h,).
J{. Zerika ou W. Ame dit encore au nojn de il. .losué hen-Lëvi : On ne dit en piésence d'un moii que ce qui Je concerne ^ K. Aha har-Kahana dit : Cette restriction ne s'apj)li([ue qu'aux sujets hihliques (pour lesquels la pr(^sence du dtifunt de'range l'attention), mais non aux sujets vulgaires. D'autres, au contraire, pr(3tendcnt que ladite restriction s'appli((ue à plus forte raison aux questions profanes. Mais David ne se levait-il qu'au milieu de la nuit ? Ne restaitil pas lev(3 dès le commencement de la nuit ? car il est dit (Psaume cxix, 1 A7) : Je me suis levé au soir pour f invoquer. Et comment sait-on que le soir signifie le commencement de la nuit? Parce (ju'il est écrit (Proverbes, vu, ^) : Au crépuscule, k soir, dans la nuit sombre, à robscurité. R. Oschia répond au nom de R. Acha que David a voulu dire (au verset 62 du psaume cxix) : Jamais minuit n'a passé me trouvant endormi. — R. Zeira dit : Jusqu'à minuit, il sommeillait à l'instar du cheval ; à partir de cet instant, il se levait fort comme un lion '^. R. Aschédit: jusqu'à minuit, il s'occupait de sujets bibliques; à partir de là, il adressait à Dieu des cantiques et des louanges. Mais le mot wesc/i^ exprime-t-il le soir? N'est-ce pas le matin? n'esl-il pas écrit (au P"" livre de Samuel, xxx, 1 -y ) : David les battit depuis l aurore jusqii au lendemain soir? Gela ne veut-il pas dire évidennnent du matin jusqu'au soir? Non, c'est d'un soir à l'autre. S'il en est ainsi, on aurait dû dire d'un crépuscule (du matin) à rautre, ou d'un soir à l'autre. C'est que, ditRabba, il y a deux crépuscules : celui de la i\uit (au matin) , avant l'arrivée du jour, et celui du jour à l'arrivée de la nuit. Mais comment David savait-il au juste quel est le milieu de la nuit, tandis que Moïse ne le savait pas? N'est-il pas dit (Exode, xi, Ix) : Vers minuit , je sortirai contre les Egyptiens? Que signifie : Vers minuit? Peut- on supposer que Dieu ne lui ait pas précisé l'époque, comme s'il y avait un doute possible pour lui? Non, il dit à Moïse, demain à minuit, à cette heure-ci; mais Moïse, ne préci-
' Traité du deuil *Se?«^^/io^/<( intitulé pni' " Traité Soiicca,fo\. 9.&', traité .4 Wa
eiuphémisme ((des joies v). cl), nu ^ 7. Zara^ fol. 3^
CM VIMTUK PRE, M lb: R. T29
sanl [Kisauhml , dil : Icrsiuinuil. Mais alors, s'il a doiik' de la inimilc, coiiimeiit David a-t-il pu la (hUeriiiiiiei'? G'esl que David se [;uidail d'apiès un si|jne iiiaferiel ; car K. Aclia bar-iîiziia dil an nom da \\. Simon le Pieux : Une har|)(^ élail susp(;n(lue au-dessus du lil de David. A niinuil juste, un venl du nord airivail , souillait sur elle et la Taisait résoniu'r'. Aussitôt, l(; loi se levait pour se livrer à l'étude de la Loi, jusqu'à ra|)[)arition de l'aurore. Dès cet instant, les sages d'Israid se rendaient chez lui et lui disaient : frSci|jiieur notre roi , Ion peuple d'Israël a besoin d(^ se nourrir. — Allez, leur répondil-il, et nouri'issez-vous les uns les autres. — Mais, répli([uaienl-ils , la sauterelle ne nourrit pas le lion, et le puits ne s'emplit j)as de son contenu terreux (de même, si lu n'entretiens pas les nécessiteux, ce n'est pas nous (jui |)ourrons pourvoira leurs besoins). — Alors , leur répondit-il , étendez vos mains pour former des associations (qui y pourvoiront).?^ Aussitôt ils prirent conseil du [général Ahitol'el ( pour savoir quelles voies il fallait employer) ; ils formèrent le tribunal du Synbédrin et consultèrent l'oracle des Ourim et Tumim (pour savoir s'ils réussiraient). W. Joseph dit que ce l'ait est confirmé par le verset suivant (]"'' livre des Chroni(pies , XX VII, 3à) : Après Ah'UoJel vint Benialtou,/ils de Joïada , et Ahilar, et le fjeneral du roi Joah; cet Aliitofel fui le conseiller. De même, il est dit : Le conseil d'Aliitofel, tel (|u'il l'a donné en ces jours, lorstpi'on consulta cet hounne divin à ce sujet (11 Samuel, \vi, ':î!i): Beuiahou, fils de Joïada, c'est le Synhédrin; v. /,\ Abitar représente l'oracle. Deméme encore, il est dit (Il Samuel, w, 22) : El Benialiou hen-Joïnda domine sur les Crêtes cl les Plètes. Pour(|uoi les appelle-t-on ainsi (m")d)? Parce qu'ils déchirent (rr^r) leurs paroles, et l'on nonnne les seconds T^D, parce qu'ils sont merveilleux (x^d) dans leurs paroles'-^; puis enfin vint le <iénéral du roi Joah.
R. Isaac bar-Ada, ou, selon d'aulres, K. Isaac, fils de R. Idi , confirme par un verset (le fait de la harpe qui résonnait spontanément, ou par le vent i\u nord) : Eveille-toi, ma gloire , éveille harpe et psaltérion, que f éveille le matin [Vs. lvii , 9). R. Zeïra dit que Moïse savait toujours à quel inslantest minuit, ainsi que David; et, si ce dernier avait recours à une harpe, c'élait pour mieux s'éveiller du sommeil. Mais, si Moïse savait au juste l'instant, pourquoi a-t-il dit : rVers minuit??? Pour éviter l'accusation d'imposteur, au cas où les astronomes de Pharaon se tromperaient ( s'ils supposaient l'heure de minuit quelques instants plus tôt que l'heuie réelle, ils ne verraient pas la plaie infli[[ée par Dieu et accuseraient Moïse de mensonj];e). En effet, on a enseigné ^ : 11 faut s'accoutumer à dire :
Voir notre note à (-e sujet, Tabniid sur les({uels reposent ces intei'prëtations.
de Jérusalem, V" partie, p. 9, et tr. Synhc- — Ce qui précède indique les allusions
drin, fol. 16^. (pie l'on peut trouver dans ces versets.
Il est inutile de faire; ressortir la sy- ^ Traité des usages, cli. m.
iionyinie rlos ternies, ou les jeux de mois
iTRAlTK DES BEIiAKIlOT 11,
Je ne sais pas, car ou peut se Iromper et être pris au pié{}e de ses propres f)aroles. R. Asche (lit : Moïse se trouvait au milieu de la nuit du i3 au ih (du mois de nissan), et voici ce qu'il disait à Israël : «Dieu m'a dit que demain, à minuit, comme aujourd'hui (à la même heure), je sortirai contre l'Ejjypte.w
Un psaume de David commence ainsi : Préser-ve mon âme, car je suis pieux (Psaume lxxxvi, 2). Levi et R. Isaac l'expliquent en ces termes. L'un dit que David s'exprima ainsi devant l'Eternel : r Maître de l'univers, ne suis-je pas un homme pieux, car tous les rois de la terre, de l'Orient ou de l'Occident, dorment jusqu'à la troisième heure, tandis que moi je me lève à minuit pour te rendre grâces (Psaume cxix , 62 ) ? 77 D'après l'autre , le roi s'exprima ainsi : rr Maître de l'univers, ne suis-je pas un homme pieux? car tous les rois d'Orient et d'Occident siègent en rond, pour tenir conseil selon leur rang; tandis que mes mains mêmes sont salies par l'examen [mulierum menstruatarum) de la matrice et du fœtus \ afin de declarer quelles femmes sont pures pour leurs maris. En outre, pour tout ce que je fais, je prends conseil de mon maître Mephiboscheth et je lui dis : Mephiboscheth, mon maître, ai-je bien décidé les questions de droit? Ai-je bien condamné? Ai-je bien fait d'absoudre? Ai-je bien fait de déclarer un tel cas tantôt pur, tantôt impur? Et en lui adressant toutes ces questions, je n'ai pas eu honte. 71
R. Josué, fils de R. Idi, dit : N'est-ce pas là ce qu'indique ce verset: Je parlerai de tes témoignages en présence de tes rois'^, sans avoir honte (Psaume cxix, /i6)? On a enseigné que le nom de Mephiboscheth n'était pas le vrai; c'était Ischeboschet; etpourquoil'appeîait-on Mephiboscheth? Parce qu'il faisaitrougir David par sa supériorité à dicter les règles religieuses^. Aussi David a-t-il eu le mérite de donner naissance à Khaleb ^. Ce dernier, dit R. Yochanan , ne se nommait pas ainsi, mais son nom était Daniel. Et pourquoi i'appelait-on Khaleb? Parce que, dans la fixation des règles, il faisait pâlir même Mephiboscheth (pareil jeu de mots). C'est de lui c[ue Salomon dit dans sa sagesse (Pro-
^ On voudrait faire entendre par là que le roi David n'avait pas seulement à cœur les intérêts politiques de la Judée, mais qu'il prenait encore souci des moindres prescriptions religieuses, pour lesquelles ses sujets le consultaient. I^es femmes lui apportaient les diverses sécrétions du sein, pour savoir de lui si cela constituait un fruit ou non. C'est d'après sa décision que la femme était pure ou impure pour les relations matrimoniales aver l'époux. Voy. Lévitique, \ii. ?< à 6. xv, 19 h ^79.
Comp. tr. Niddâ, fol. 2/^^ 36\ liU\ bh'; tr. 'Baba-Bathra, fol. 127^; Zehahim, 33' et 3 4^ tr. Kerithoth, fol. 8'^ et 28'; Hotdlin, 77' et'';tr. Bekhôroih, fol. 19^.
- Allusion à la descendance royale de Mephiboscheth, qui ét«it de la race de Saûl.
' Jeu de mots entre rT^")3^DDet 'C^^2
Il Samuel, cliap. iii. 3. pl l Chro-
niques, rli. nr. 1
CHAPITRK PHKiMIEH. 231
verbes, xxiii, i5) : Monjils,si Ion cœur est sa^re , mon cœur aussi s' en réjouira. Et il est dit encore [ibid, xxvii, 1 1) ; Deviens intelligent, mon fils, et réjouis mon cœur, afin (jue je puisse répondre à ceux qui me blasphèment. Mais est-ce que David pouvait lui-même se nommer pieux? N*a-t-il pas dit : Si je n^ avais la anoyance de voir le bien de Dieu dans le pays de la vie future (Psaume xxvii , 1 3 ) ? — On a enseigne au nom de R. Yossé : Pourquoi y a-t-il des points sur le mot x'?!'?, si 7ion, de ce verset (en d'autres termes, ces ])oints superposés qui, de temps immémorial, ont eu une signification, semblent indiquer ici que David n'était pas certain de pouvoir retourner en Palestine d'où il avait été expulsé^)? Aussi David ditil devant le Très-Saint : Maître de l'univers, j'ai la conviction que tu récompenseras les justes pour leurs bonnes qualités dans la vie future; mais je ne sais si j'aurai une place parmi eux ou non ( donc ce roi n'était pas sûr de sa piété, ce qui contredit l'assertion du psaume lxxxvi, 2). — -Peut-être, disait-il (fut-il répliqué), ai-je commis un péché qui me prive de la certitude de jouir de la béatitude éternelle (mais au fond, il se croyait saint).
Cette déduction semble conforme au raisonnement de R. Jacob bar-Idi , lequel a signalé la contradiction suivante. Il est dit d'abord (Genèse, xxvii, i5 ) : Je serai avec toi et je te garderai partout ou tu iras, et il est dit ensuite (xxxii, 8) : Jacob eut très-peur (comment expliquer que Jacob s'effraye après avoir reçu la promesse d'être partout accompagné?). C'est que, disait-il, quelque péché que j'ignore peut me causer des dangers. On a aussi enseigné ceci : 11 est dit ( Exode, XV, 1 G) : Jusqu'à ce qu ait passé ton peuple, 6 Eternel, jusquà ce quil ait passé, ce peuple que tu as acquis; or, les premiers mots du verset représentent la première entrée (en Palestine, sous Josué); la fin du verset s'applique à la seconde entrée (sous Esdras). Cela prouve, disent les sages, que les Israélites auraient mérité d'entrer aussi librement sous la conduite d'Esdras que sous Josué (et non pas seulement avec l'autorisation des Perses, ou Cyrus, à la domination duquel ils restaient soumis); mais leurs péchés antérieurs les privèrent d'une indépendance complète'-^.
frEt les sages disent : Jusqu'à uiiuuit. -n Quelle opinion suivent-ils (comment, selon eux, expliquer le terme biblique
en te couchant, qui fixe une limite antérieure)? S'ils sont de l'avis de R. Eliézer, pourquoi n'adoptent-ils pas sa limite (de la première veille)? S'ils sont de l'avis de R. Gamaliel (selon lequel cela signifie tout le temps pendant lequel on est K. u' couché, c'est-à-dire toute la nuit), pourquoi ne ])as admettre cette mesure? Ils sont, on tout cas, de re dernier avis; et s'ils disent seulement /ii.s^y«'« mimât.
' \ Samuel, di. wvi, 19. — - Voir tr. Synhédrin, fol. 98". et Sotà , loi. ?)(}\
'2:V2 TliAITK DKS KKI{ A K IIOTII.
c'est |)()»ii ('l()i}|iKM* J'Iioniino de la liaiis|jre.ssioii dun ix'clié. (îest co qu'on a oiiscifjiK^ : Les sa^jcs out l'ait, une liai<; ])n*servalric<^ autour dc leurs paroles, ])our (fue riionfime ne disc pas, en arrivant des cliamps le soir: je veux rentrer, manger un ])eu, boire un peu, ine ie])Oser un peu, puis je lirai le schema' v.\ je prierai; or, il pourrait arriver que, accaparé j)ar le sommeil, il dorme toute la nuit et n'acconi])lisse pas son devoir. Mais maintenant, dès que Tliomme rentre des champs le soir, il va à la synagogue; et, s'il a l'habitude de faire la lecture, il la lail; s'il a l'habitude de revoir des questions en discussion, il le fait aussi ; puis il Iitl(> schema , se meta réciter Vamida, va manger et dit la Ixbédiction du repas. Celui qui transgresse les ordres des sages est digne de la peine de mort. Pourquoi , dans bien d'auties sujets, ne mentionne-t-on pas la peine de mort et en parle-t-on ici ? C'est ou bien pour empêcher qu'on ne se livre au sommeil (qu'on ne surmonterait pas s'il n'y avait pas la crainte d'une peine grave); ou bien c'est pour s'opposer à l'avis de celui qui dit ' : La prière du soir est volontaire; on nous apprend donc qu'elle est obligatoire.
On vient de dire qu'on lit d'abord le schema\ puis la prière 'amida. C'est contoime à l'avis de R. Yochanan qui dit : Qui est-ce qui mérite la vie future? Celui qui fait suivre la formule du salut d'Israël par la prière du soir. R. .ïosué ben-Lévi dit c[u'on a placé toutes les prières du jour au milieu, ou entre les deux lectures du schema'' (dans la supposition que l'on récite ï'amida avant le schema^ du soir). En vertu de quoi ditfèrent-ils d'opinion? C'est ou à cause d'un verset, ou à cause d'une divergence de déduction. Voici le raisonnement sur
lequel se fonde R. Yochanan : La délivrance d'Lsraël, ou sortie d'Egypte, a bien commencé la nuit; mais elle n'a été effective que le matin (aussi R. Ilochanan tient-il à ce qu'on lise avant {''amida Je schema\ dans lequel il est question de la délivrance). R. Josué ben-Lévi pense que la r délivrance?? n ayant eu lieu définitivement qu'au matin, celle qui aété accomplie auparavant (la nuit) ne compte pas (donc il faut réciter avant le schema' la prière ^amida). On peut encore admettre que c'est un verset qui sert de base aux interprétations, car il est dit (Deutéronome, vi, 8) : En te couchant et en te levant; or, R. Yochanan compare le cérémonial de la prière du couclier à celui du lever; de même que pour celle-ci le schema précède Y'amida, il doit en être de même le soir. R. Josué ben Levi , au contraire , emploie le même mode de syllogisme , et il dit : De même ({u'au lever le schema' est la récitation qui s'approche le plus du sommeil^, de même , le soir, elle doit s'en approcher le plus (et être précédée de ï'amida ). Toutefois, Mar, fils de Rabina, lui fit une objection (en lui rappelant l'enseignement suivant^) : Le soir, est-il dit, on fait deux bénédictions avant le schema'
' Plus loin, fol, fî7'\ lation que fait flsraélite après le réveil.
"" (Vest-à-dire, c'est la première réci- ^ Vhis, \om, Mischitâ. 7. Tel. 11'.
CHAIMTUE PRKMÏEK. 233
el deux autres après; or, s'il était admis qu'il faut a[jir en sorte que, dans celle récitation, la lormule de la délivrance soit suivie de la prière 'aniida, conimenf ce principe serait-il misen pratique pour ce cas? La seconde prière postérieure n'est-elle pas ici la ionnuie hasckkibénou (fais-nous re|)Oser en paix, qui se dit avant Y'amida)^l Oui, lut-il répondu; mais comme ce sont les rabLins qui l'ont instituée, on la considère comuK; un sim])le prolon^jement de la formule de délivrance (sans interruption). Si Ton ne faisait cette suppositiou, comment, le matin, rapprocherait-on ladite formule de ï'amida? Or, R. \oclianan prescrit de réciter, avant cette dernière prière, 1(î verset (Psaume li , 17) : Dieu, ouvre mes lèvres, et de la terminer par les mots : Que les paroles de ma bouche soient agréées (Psaume xix, 1 5). N'est-ce pas une interruplion enlre la formule de délivrance eiV'amida? Or, comme c'est un usajje établi par les rabbins de réciter ce verset, on le considère comme un prolongement de Y'amdda; de même la section haschkihénou n'est considérée que comme prolongement de la formule de délivrance.
R. Eliézer dit au nom de R. Abina : Tout individu qui dit trois fois par jour aschré{\)s. cxlv) , ])eut élre certain qu'il aura une part à la yie future. Pourquoi? Est-ce parce qu'il suit l'ordre alphabétique^? Qu'on dise alors le psaume cxix, où chaque lettre de l'alphabet se retrouve huit fois. Est-ce parce qu'on trouve dans le psaume cxlv (v. 16) les mois lu ouvres les mains pour r/mcwnf Pourquoi ne pas dire alors le psaume cxxxvi, surnommé le grand Hallel (longue enumeration de louanges) , où se trouventles mots analogues [v. 'i5) : Il donne du pain à toute chair f C'est parce qu'on y trouve les deux sujets réunis. R. Yochanan demanda : Pourquoi l'un des versets de ce psaume cxlv ne commence=t-il pas par la lettre j (n), comme cela a lieu pour les autres lettres ? Parce quelle sert d'initiale au verset qui prédit la chute d'Israël'-^, car il est écrit (Amos, v, 2): Elle est tombée, la vierge d'Israël, et elle ne se relèvera plus. Dans le l\Iidi, on interprétait ainsi ce verset, pour ne pas y voir une malédiction : Elle est tombée, mais elle ne tombera plus; lève-toi, vierge d'Israël^. En effet, dit R. Nahman bar-Isaac, David, inspiré de l'esprit, semble y faire allusion par ces mots du même psaume : Dieu soutient tous ceux qui chancellent [ibid. v. ili). R. Eléazar bar-Abiua dit : Les termes dont le prophète s'est servi à l'égard de Michael démontrent que celui-ci a un degré de supériorité sur Gabriel; pour le premier ange, il est dit (Isaïe, vi, 6) : L'un des séraphins vola vers moi, tandis que, pour
' On sait que ce psaume, ainsi que ennemis d'Israël «; c'est une manière de
plusieurs autres, olfre cela de particu- détourner, jusque dans le langage, les
lier que chacun de ses versets commence malheurs qui devaient frapper la nation. [)ar une drs lettres de falphahet lié- ' On suppose la présence d'un accent
l^reu. (lisjonctif au milieu de la phrase, afin d'en
Il \ a dans \o \o\\p i rrLn chwio dea modilier le sens.
'■ISà TRAITi: DES BEIUKIÏOTII.
(îahriol, il est dit (Daniel, ix, 21 ): L homme (îabviel, qm je vis en songe, me parut iC abord abîmé de fatigue. GominenL sait-on que, dans le premier verset prérilé, il s'a[|isse de Michael? C'est, répondit R. Yochanan, de la synonymie des termes inN qu'on le déduit : ïl est dit, (dans Isaïc, ib.) : Vun (inx) des séraphins vola vers moi; et il est dit ici (Daniel, x, i3) : Et voici que Michael, l'un ("inx) des premiers jmnces , est venu me secourir. On a enseigné que l'ange Michael vole d'un trait, Gabriel en deux , Elie en quatre , et l'ange de la mort en huit ^ ; mais ce dernier, pendant la peste, vole d'un coup (pour remplir plus vite les ordres divins).
R. Josué ben-Lévi dit : Quoiqu'on ait lu le schéma' du soir, dans la synagogue, c'est un devoir de le répéter avant de s'endormir. R. Yossi dit : N'estce pas ce qu'indique ce verset (Psaume iv, 5) : Tremblez et vous ne pécherez pas, F. 5". méditez en votre cœur sur vos couches (sous-entendu : le schema') et soyez silencieux (dormez ensuite) , Selâh? R. Nahman dit que le savant peut s'en dispenser. Toutefois, dit Abayé, même le savant doit dire un verset qui sollicite la miséricorde divine, par exemple : En tes mains je recommande mon âme; tu m'as racheté, Etei'nel, Dieu de vérité (Psaume xxxi, 6). R. Levi bar-Hama, au nom de R. Simon ben-Lakisch, dit, en se fondant sur les mots des psaumes : Inquiétez-vous et ne péchez pas, que l'homme doit toujours exciter le bon penchant contre le mauvais; si le premier l'emporte, c'est bien; sinon, qu'on s'occupe de l'étude de la Loi, ainsi qu'il est dit : Méditez en votre cœur; si, malgré cela, le bien ne remporte pas la victoire, qu'on lise le schema', ainsi qu'il est dit, sur votre couche; si l'idée du bien ne l'emporte pas encore, il faut penser au jour de la mort, ainsi qu'il est dit : Et vous serez silencieux, Selâ.
Le même auteur dit : Pourquoi est-il écrit (Exode, xxiv, 12) : Et je te donnerai les tables de pierre, avec la loi et les commandements que j'ai mis par écrit, pour qu'on les enseigne? Les Tables contiennent les dix commandements; la Loi écrite, c'est le Pentateuque; et les commandements sont compris dans la Mischnâ; les mots que j'ai mis par écrit correspondent aux Prophètes et aux Hagiographes ; et les mots pour qu'on les enseigne, à la Guemarâ; cela prouve que les lois orales, la Mischnâ et la Guemarâ, ont été données à Moïse sur le Sinaï.
R. Isaac dit que la lecture du schema' sur la couche équivaut à la prise en main d'une épée à deux tranchants; car il est dit (Psaume cxlix, 6): L'exaltation de Dieu est dans leur bouche et une épée à deux tranchants dans leur main. Com-
^ Les anges sont supposés être les man- de la mort va le moins vite, parce que le dataires du Tout-Puissant; et, d'après ses mourant, par suite de son repentir, peut ordres , leur vol varie en rapidité. Si leur obtenir parfois le pardon de Dieu et remessage doit produire le salut, il est plus couvrer la vie. rapide qu'au cas contraire. Ainsi fange