CHAPITRE V
1. On ne se met à prier que sous l'impression du respect divin. Les anciens savants pieux attendaient un instant (en entrant à la synagogue) avant de prier, afin de se recueillir et de penser à notre Père qui est aux cieux. Si le roi même les saluait, ils ne répondaient pas; ils ne se seraient pas interrompus, eussent-ils eu un serpent attaché au talon.
Comment explique-t-on les premières paroles que vient d'exprimer la Mischnâ? C'est que, dit R. Eliézer, le prophète a dit (I Samuel, i, lo): Elle (Hanna) avait Fame affligée^. Mais peut-être la situation de Hanna était-elle exceptionnelle. Et n'avait-elle pas lieu d'être irès-afïligée? On le déduit donc, dit R. Yossé bar-R. Hanina , de ce verset : Et moi, par ta grande miséricorde , je viens dans ta maison, je me prosterne sur ton saint parvis , avec crainte (Ps. v, 8). Mais ne peut- on dire aussi pour David qu'il avait l'âme fort inquiète en priant? On le déduit donc, dit R. Josué ben-Lévi, de ce verset : Prosternez-vous devant Dieu dans son sanctuaire majestueux (Psaume xxix, 2 ) , oii le dernier mot peut être traduit par crainte. Mais peut-être s'agit-il là réellement de la beauté, et pour cette raison R. Juda se parfumait-il avant de prier? Il faut donc le déduire, dit R. Nahman bar-Isaac, de ce verset : Servez F Eternel avec crainte et soyez joyeux en tremblant (Psaume 11, 11). Que signifient ces derniers mots? R.Ada répond, au nom de Raba, que tout en se livrant à la joie on doit trembler. Aussi Abayé, en se trouvant devant Rabba et en voyant sa gaieté extrême, lui rappela ce verset. Je ne l'ai pas oublié, répondit-il, puisque j'ai les phylactères en tête. R. Jérémie fit dans de telles circonslances la même observation à R. Zeira, selon le verset (Proverbes, xiv, 28) : /)e tout chagrin naît un excédant (de récompense divine, non par la joie), et R. Zeira répliqua en
Il Ihiit flojic, pour se ruetti'n à prior, être séj'ienx et grave.
3/i8 TRAITK DES HKHAKIIOTII.
I" 3i '. monlranl los pliylaclèrcs. Comme Mar, fils de; Rabina, mariail son fils, il vit (jiic les rahhiiis s'amusaient beaucoup; il se fil apporter un verre de grande valeur ayant coûté f\oo zouz, le brisa en leur presence et mit fin à leur joie. R. Asclié, pour la même cause, se conduisit de même. Pourquoi, demandèrent les rabbins à R. Hamnona Zouli, lors de la célébration du mariage de Mar, fils de Rabina, ne clianles-tu pas un cantique? Je vous rappelle au contraire, dit-il, que nous devons mourir (paroles tristes) K Que devons-nous te répondre? lui demanda-t-on. Dites : Où sont la loi et le commandement (accomplis par nous) pour qu ils nous protègent de l'enl'er.
R. Yochanan dit, au nom de R. Simon ben-Yoliaï : Il est interdit à l'bomme d'avoir ici-bas le rire toujours à la bouche, puisqu'il est dit (Psaume cxxvi, 9) : Alors (à l'avenir) notre bouche s^empUra de joie et notre langue de cantiques. Quand cela ? Lorsquon dira parmi les peuples : Dieu a accompli en leur faveur de grandes actions [ibid.). On raconte de Rescb Lakisch, qu'à partir du jour où il entendit cet enseignement de R. Yochanan, il ne s'en écarta plus.
Les rabbins enseignent qu'on ne doit pas se mettre à prier en sortant d'un jugement ou au milieu d'une discussion légale , mais après avoir fixé la règle. Qu'entend-on par là? Voici un exemple, répond Abayé : R. Zeira dit^ que les filles d'Israël agissent avec scrupule (au sujet des menstrues), et dès qu'elles voient la moindre goutte de sang , petite comme un grain de moutarde , elles prennent sept jours de purification^. Raba citait l'exemple de R. Oscliia, qui dit^^ : Il est permis d'agir avec subterfuge à l'égard du blé et de le placer au grenier avec la paille, pour qu'on puisse en donner à manger aux animaux avant d'avoir prélevé la dime^. Ou bien encore on peut citer R. Houna qui disait, au nom de R. Zeira, qu'il est interdit, sous peine de passer pour prévaricateur, de tirer du sang des animaux consacrés ni d'en profiter. Les rabbins priaient, selon les termes de la Mischnâ (la tête penchée) ;R. Asché, selon cet enseignement (après l'étude).
Les rabbins ont enseigné qu'on ne doit se mettre à prier ni par chagrin , ni par paresse, ni au milieu des plaisanteries, ni dans le bavardage, ni par légèreté, ou au milieu des futilités, mais en se livrant sincèrement^ à l'accomplissement de ce précepte: de même on ne doit quitter son prochain dans aucune
' Ce distique cbaldéen est un curieux IV, 3i ; S. Luc, X\ II, 6. — * Tj-. Pesaspécimen — et peut-être le plus ancien hiin, fol. 9'; tr. Meiialwth, fol. 67^; tr. qui existe — des petites poésies rhythmées Aboda Zara , fol. h 1 ''. et rimées que l'on chantait dans les offices ' Il est bon de savoir que la dîme léreligieux au moyen age. gale n'est due que pour le froment battu.
' i:i\NiddaJ'.6&'-Av.MeghiUaJ.9.S\ " Tw Schnbbath, fol. 3o";tr. Pesa/um,
' Voir S. Matthieu . Xlll . 3 1 ; S. Marc . foi. 117".
C H AIM IKE V. HV.)
do ces roiulilions, mais apic's l'élude. C'esl (jue les premiers prophètes avaienl eu e[jalem(Mil soin de lerminer leurs sentences par des louan{>;es à Dieu el des paroles consolantes. Aussi M ai'é, petit-fils de 11. Houna, lils de R. Jérémie bar- Aba, ensei|fna qu'on ne doit cpiilterson prochain qu'après une renfle d'étude; car en se communi(|uant une règle légale, on ne s'oublie pas, comme lors du fait suivant^ : R. Cahana accompagna R. Simi bar-Asché depuis l'embouchure du fleuve (sans doute l'Euphrate), jusqu'à NrfJîJ ^3 (palmiers de Rabylone). En arrivant là, il dit à son compagnon : Est-ce vrai ce (ju'on dit, que ces palmiers datent du temps d'Adam? Je me souviens seulement, lui répondit-il , de ce qu'a dit R. Yossé bar-Hanina : S'il est écrit (Jérémie, ii. G): Dans un pays où nul homme n a passé et que personne ii'a habité, ce n'est pas un pléonasme; la fin du verset veut dire que la terre habitable a été déterminée comme telle par Adam le premier homme ^. R. Mardochée accompagna R. Simi bar-Asché depuis Hagronia (Agranum^) jusqu'à Re-Kiphi, ou, selon d'autres, jusqu'à Re-Doura. Les rabbins ont enseigné qu'en priant on doit avoir l'attention fixée sur Dieu. On en trouve l'application , dit Aba-Schaoul, en ces mots (Psaume x , 17): Lorsque ton cœur sera préparé , tu leur prêteras V oreille. R. Juda a enseigné quel était l'usage de R. Akiba : Lorsqu'il priait en public, il se hâtait d'achever, pour ne pas faire attendre l'assemblée; mais lorsqu'il était seul, il allongeait l'office, au point que, lorsqu'on l'avait quitté dans un coin on le retrouvait dans un autre, par les mouvements qu'il se donnait dans les génuflexions. On doit toujours prier, dit R. Hiya bai-Aba, dans une pièce où il y a des fenêtres, comme il est dit (Daniel, vi, 1 1) : // avait ouvert les fenêtres, etc. Pour que l'on sache bien qu'il est inutile de prier toute la journée, Daniel a dit explicitement (i7>iVL) : Trois fois par jour, etc. Pour que l'on ne croie pas qu'il commença seulement dans la captivité, il dit : Comme il V avait déjà fait auparavant. Pour que l'on sache qu'il faut se tourner vers un seul côté, il est dit : Vers Jérusalem. 11 est indiqué que les trois prières peuvent être résumées en une fois , par ces mots de David (Psaume lv, 18) : Soir, matin et midi. On sait, par la conduite deHana, qu'il ne faut pas élever la voix pendant la prière : On n^ entendait pas sa voix (I Samuel, i, i3). On ne doit pas commencer par demander ses besoins avant de prier, comme l'apprend Salomon (I Rois, viii, 28) : Ecouter les cantiques et les invocations; or, le premier terme correspond à la louange , le second à la prière, ou à l'expression des vœux de l'homme. On ne doit pas les intercaler après la bénédiction postérieure du schema' ; mais on peut les dire après les trois premières sections de la prière 'amida, fût-ce le rituel de con-
Tr. Eroubin, fol. ^h^',Sotaf fol./i()''. avait prédit qu'un jour on planterait des ^ C'est-à-dire, selon Rnsclii , ce pro- palmes dans cet endroit. — ^ Nenbauer. verbe signilie seiileuieut qu'Adani déjà Géoijviiphie du T(dnmd, p. 'ôh^].
:i50 Tl{ VriK DIvS lUiHAKIIOTIÎ.
lession du jour dti {jrand j)ar(lon. On a ensoiijrie de même que li. Iliva bar- Asche dil , au nom do J{al) ', (]U(^ maiffrc riiahiludo d'exprinujr ses vœux dans ia quinzième section, on j)eul, encore les ajouter à la lin, fût-ce même à la suite de Toflice du jour de Klppoiir {frrdud pardon). U. Hanniona dit : On peul déduire de la conduite dellanna j)lusieurs rèjjlesim[)()rtanles: /Amwrt ^Mr/fl^7 e?i son cœur, c'est-à-dire qu'il laut y appli((uer ratlenlion ; ses lèvres seules sap^itnicnt, c'est qu'il laut prononcer nettement ce qu'on dit; on n entendait pas sa voix, c'est qu'on ne doit pas crier; Eli la crut ivre, c'est qu'il est interdit de prier en état d'ivresse^.
F. Si*". De ces mots : Jusquà quand agiras-tu comme une ivre [ibid.), lî. Eléazar conclut qu'on doit réprimander un compagnon blâmable^. Hanna répondit et dit : Nmi mon maître, c'est-à-dire, selon Oula ou selon R. José bar-R. Hanina, elle lui dit : Tu n'es pas le maître en ce sujet, et l'esprit saint ne repose pas sur toi; sans quoi tu ne m'eusses pas soupçonnée à tort. Selon d'autres : Tu n'es pas un maître près duquel réside la Providence ou l'esprit saint, car tu m'as jugée en mal et non en bien. Ne sais-tu pas que je suis une femme à Fame oppressée, et que je nai bu ni vin, ni boisson forte ? Cela prouve, dit R. Eléazar, que si l'on est soupçonné à tort on doit le faire savoir. Ne prends pas ta servante pour la fdle dun impie; donc, dit R. Eliézer, celui qui serait ivre en priant ressemblerait à l'idolâtre, par analogie de ce verset avec cet autre : Des gens impies sont sortis de ton sein (Deutéronome, xiii, i/i), où il s'agit de part et d'autre d'idolâtrie. Eli répondit : Va en paix; cela prouve, dit R. Eliézer, que si l'on a soupçonné son prochain à tort, on doit s'excuser auprès de lui, et, de plus, le bénir, comme il est dit : Le Dieu d'Israël exaucera ta prière. Puis : Elle forma un vœu et dit :
Dieu Sebaoth. Depuis le jour, dit R. Eléazar, où Dieu eut créé le monde, personne ne l'avait invoqué par ce nom, jusqu'à ce que Hanna vint et l'appela Sebaoth (des armées)*. Maître de l'univers , dit-elle, comme tu as créé dans cet univers des myriades d'armées , peut-il être difficile pour toi de me donner un seul fils? Cela ressemble à ce fait survenu à un roi humain, qui donnait un festin à ses serviteurs : un pauvre arrive, se place à la porte et demande un morceau de pain; on ne fait pas attention à lui: il presse et pénètre jusqu'au roi, en disant : Si tu donnes un grand dîner, te sera-t-il difficile de m'en donner un morceau? Lorsque tu verras, etc. disait-elle. Voici, selon R. Eliézer, ce
Tr. Aboda Zara, fol. 8\ à la douce mère de Samuel une pensée
"^ Tr. Eroubin, fol. 6/i\ guerrière; le ffDieu des armées n est pris
* Tr. Erachin, fol. 16''. ici, dans le sens de roi de la Création,
" n est bien entendu que, par cette ainsi que partout dans la Bible, et il se-
expression mNDÏi 'n, Hanna invoquait le rait puéril de lui rattacher quelque autre
Dieu des armées célestes, le maître de idée soldatesque, comme on Ta prétendu
runivers,et quil ne faudrait pas attribuer parfois à tort dans les temps modernes.
cil API Tin: V. 351
qu'elle dil à Dieu : Maître de Tunivers, si tu vois ma peine, cest bien; si lu ne la vois pas, je me cacherai pour mon mari Elkana, et, comme il me soupçonnera d'adullère, il me donnera à boire Teau d'épreuve, et il en résultera, selon la promesse de ta Loi, que je serai absoute et que f enfanterai (Nombres, v, 58). Ce n'est vrai, toutefois, que d'après l'explication selon laquelle la stérile deviendra féconde; mais comment i'entendre ainsi d'après celui qui prétend que si jusque-là la femme éprouvait des peines en enfantement, elle n'en éprouverait plus; si elle n'avait eu que des filles, elle aurait des [jarçons; s'ils avaient été noirs, ils seraient désormais blancs, ou longs au lieu d'être courts? Non, car déjà R. Ismaël, selon lequel la stérile devient féconde ^ a reçu de R. Akiba la réponse que, s'il en était ainsi, toutes les stériles s'enfermeraient pour recevoir l'eau d'épreuve. Que signifient alors ces mots lorsque tu verras? L'Ecriture s'exprime selon le langage des hommes (et le verset n'a pas de sens caché).
Trois fois (dans le récit de Hanna) se trouve le mol servante. En voici le sens, selon R. Yossé bar-R. Hanina. Hanna dit à l'EterneP : Maître de l'univers, tu as créé à la femme trois préceptes dont la violation peut entraîner la mort (allusion au mot mnDN* comparé à nn^D) : ce sont les menstrues, la séparation de la part sacerdotale de la pâte et l'action d'allumer la lumière le vendredi soir. Or je n'ai commis aucun péché concernant ces points. Donne à ta servante la semence dliommes. Quel est le sens de cette dernière expression? Que ce soit, dit Rab, un homme supérieur; selon Samuel, que ce fds oigne deux hommes, comme cela eut lieu en effet pour Saûl et David; selon R. Yochanan, que ce fils ait la valeur de deux autres hommes, savoir : de Moïse et d'Aron, comme il est dit (Psaume xcix, 6) : Moïse et Aron parmi ses prêtres et Samuel parmi ceux qui invoquent son nom. Mais selon les rabbins, que ce soit un enfant absorbé par les autres hommes. R. Dime, de son côté , interprète ainsi ce vœu : Que cet enfant ne soit ni trop long, ni trop court, ni petit, ni muet, ni trop gras, ni trop rouge, ni trop blanc, ni trop sage (qu'il n'excite pas l'envie), ni un sot. Je suis la femme qui s'est trouvée avec toi ici; des mots avec toi (I Samuel, i, 26), on conclut, dit R. Josué ben-Lévi, qu'on ne doit pas se tenir dans les quatre coudées de celui qui prie. Cest pour avoir ce garçon que f ai prié; le prophète Samuel, à ce que raconte R. Eliézer, enseignait des règles légales devant son maître (ce qui est interdit d'ordinaire) , car il est dit : On sacrifia le taureau
et Von conduisit le jeune homme près d'Eli [ibid, v, 26) ; quel rapport y a-t-il entre ces deux idées? C'est qu'Eli avait dit d'appeler un sacerdote pour opérer regorgement; dès que Samuel l'apprend, il dit : A quoi bon recherchei* pour cela un sacerdote? si cetle opération est faite par un Israélite quelconque, elle est valable- On l'amena alors devant Eli , qui lui demanda : D'où sais-tu cela ? C'est qu'il n'est
' Tr. iSo^^/ , fol. 9.0'. — " Tr. Schabbalk , ïo\. 3^,