CHAPITRE VI
F. 35\ 1. Quelle est la bénédiction des fruits? Pour les fruits des arbres on dit : cr Sois loué, créateur des fruits de l'arbre,^ excepté pour le vin, à propos duquel on dit : ff créateur du fruit de la vigne, i? Pour ceux de la terre, on dit : rr créateur du fruit de la terre; 17 mais pour le pain on dit : ce qui fait sortir le pain de la terre. 11 Pour la verdure, on dit : cr créateur du fruit de la terre, n et selon R. Juda : cr créateur des espèces de légumes, n
Gomment sait-on que ces bénédictions sont obligatoires? C'est que les rabbins concluent des mots saintetés des louanges à Dieu (Lévitique, xix, 9^), qu'il faut réciter une bénédiction avant et après la jouissance ^ R. Akiba dit même qu'il est interdit de goûter à quoi que ce soit avant de l'avoir béni. Mais est-ce bien à cela (aux bénédictions antérieures et postérieures) que s'applique ladite expression (ou pour indicjuer qu'il faut diverses bénédictions selon les espèces)? Le pluriel de ce terme n'indique- t-il pas : i'' que la Loi prescrit de racheter les fruits de la quatrième année- avant d'en manger; 2° que ce rachat est seulement exigible pour les objets qui entraînent l'obligation d'un cantique? C'est conforme à l'avis de R. Samuel bar-Nahmeni, qui dit^, au nom de R. Jonathan: Les lévites du temple se mettent seulement à chanter en offrant les libations de vin , comme il est dit : La vigne leur répliqua : Dois-je cesser d^ offrir ma boisson qui réjouit Dieu et les hommes (Juges , ix , 1 3 ) ? Or, si elle réjouit les hommes , comment peut-elle aussi plaire à Dieu? C'est qu'il est seulement prouvé parla que,
^ Comme il y a dans le verset biblique ^ Littéralement : de les rendre d'abord
le pluriel ni^l^l, au lieu du singulier, le profanes, puis de les consommer hors de
Talmud en conclut qu'il y a lieu de ré- Jérusalem, cite]', en cas de consommation, doua- hé- ' IV. So(a) fol. 7''.
nédiclions.
CllAlMTUK \l. 36ÎT
sur le vin soul, on entonne un canliquc». CosI juste (Fypres celui qui dit qu'il s'agit dans ce verset d'une plantation de qualrième année de n'importe quel arbre fruitier; mais il ne saurait elre question de la quatrième année de la vigne (sans quoi, on en déduirait (]ue lout ce (jui doit être racheté peut donner lieu au chant). Or, on a appris que R. lliya etU. Simon bar-Abbi sont en désaccord sur la question de savoir s'il s'affil de plantations ordinaires à la qualrième année, ou de la vigne, et encore, d'après celui qui traite de la vigne de qualrième année, c'est juste si l'on tire parti de la comparaison; car, selon l'enseignement de Rabbi, il est dit d'une part (Lévitique, xix, 25) cV au(rmentc'r votre 'produit , et d'aulrepart (Dculéronome, xxii, 9) : Le produit de la vigne ; or, de l'analogie des deux mots on peut conclure qu'il s'agit chaque fois de la vigne , et que la première moitié du mot louanges^ s'applique à la bénédiction. Mais si l'on ne tire pas parti de la comparaison, d'où sail-on qu'il faut dire la bénédiction? Et si même de la comparaison des termes on conclut à l'obligation de la prière postérieure^, comment sait-on qu'il en faut une auparavant? Cette dernière objection n'est pas sérieuse, car on peut déduire ce point par a fortiori et dire : si l'on bénit Dieu étant rassasié, à plus forte raison le doit-on quand on a encore faim.
Cela s'explique donc pour la vigne; mais comment le savait-on pour les autres espèces? Par comparaison avec la vigne : de même qu'en jouissant de cette dernière il faut prononcer une bénédiction, il en est de même des autres jouissances; et il n'y a pas à dire que pour la vigne c'est une exception, en raison de ce qu'on est obligé d'y laisser aux pauvres les petites grappes^ (Lévitique, xix, 10), puisque pour le blé cette obligation n'existe pas (et cependant on le bénit en le mangeant): et il n'y a pas à dire que le blé est une exception, en raison de ce qu'on prélève sur la pâte une part sacerdotale (hallà), puisqu'il y a à lui opposer l'exemple de la vigne. La même conclusion revient donc en tous sens, et la particularité de l'un n'est pas celle de l'autre. Il n'y a qu'un point commun entre eux, c'est que pour tous deux, si l'on en jouit, il faut réciter la bénédiction, et cela s'applique à tout ce qui est dans le même cas. Il n'y a pas à dire que le point commun entre eux soit qu'ils servent tous deux aux sacrifices et libations de l'autel'* (à l'exclusion de ce qui n'entre
' Comme ce mot est au pluriel, il est, ^ On ne pourrait donc pas en tirer
pour ainsi dire, exprimé deux fois ou en l'obligation de faire une bénédiction pour
deux parts, dont Tune sert d'appui aux les autres fruits qui ne sont pas sujets à
déductions syllogis tiques. la loi du grapiiloge.
" La bénëdiclioii qui suit la consom- ^ 11 faut entendre ce passage ainsi,
mation d'un mets est la seule que la JUblc d'après Raschi : Faut-il les bénir parce
prescrive textuellement, Deutéronome, qu'elles servent pour les libations et j)our
vni, 1 0. les offrandes, tandis qu'il serait inutile de
:î7() ïhaitk des rehakhotii.
j)as dans colto cal('|;()ric), puisqu'on pourrait aussi invoquer co litre pour Tolivc (dont on répand l'Iuiilo sur l'aulol, et que cependant on bénit). A (pioi bon dire que Tolivc lui est comparable parce qu'on en ofTre aussi sur Tautel? Ne la comprend-on pas explicitement sous le terme fjénérique de kerem (vigfne) dans ce verset (Ju[r(;s, xv, 5) : Il brûla tout, depuis les [rerhcs et les blés, jusqu'aux plantations cVolivc (kerem)? Là, dit R. Papa ^ on rap[)elle kerem (Volive, mais non kerem tout court (vijjne). Mais en tout cas l'objection ne subsiste-t-elle pas quil y a entre elles un point commun, à savoir qu'on les offre sur l'aulel (est-ce une exclusion pour le reste)? Non, on les compare aux sept espèces de produits supérieurs de la Palestine ^ : De même que si l'on en mange il faut les bénir, de même cette récitation est exigible pour tout ce dont on jouit. Mais ne peut-on objecter que pour ces sept espèces c'est différent, parce qu'on est tenu d'en prélever des prémisses (qu'elles ont cette supériorité sur tous les produits)? De plus, s'il est vrai qu'on en déduitla bénédiction d'après, comment sait-on qu'il en faut une au préalable? Ceci n'est pas une objection sérieuse; car si l'on bénit Dieu en étant rassasié, à plus forte raison le fait-on en étant affamé. Mais comme il egt question (dans le verset parlant de louanges à Dieu) de plantations de quatrième année, cela ne peut s'appliquer qu'à ce qui pousse sur terre; d'oii sait-on qu'il faut bénir la consommation de viande, d'œufs et de poissons? C'est notre raison qui nous indique de ne jouir de rien ici-bas sans remercier Dieu.
Les rabbins ont enseigné qu'il est défendu de goûter à un objet sans dire une bénédiction, sous peine de commettre une prévarication. Que faire en cas d'omission? Aller consulter un sage. Mais que peut y faire ce dernier et comment réparera-t-il la faute? Cela veut dire, répond Raba, on va d'avance; chez un savant, qui vous apprend les formules de bénédiction, afin que l'on n'arrive pas à commettre ce péché. R. Juda dit, au nom de Samuel, que l'action de goûter à quelque chose sans bénédiction équivaut au détournement de saintetés du ciel, puisqu'il est dit: A Dieu appartient la teire avec ce qu'elle renferme (Psaume xxiv, i). R. Levi demanda: Ce verset n'est-il pas contredit par cet autre [ibid, cxv, 16) :Les deux sont à l'Eternel et la terre aux hommes? Il n'y a pas de contradiction; le premier verset parle du cas oii la bénédiction n'est pas encore dite (cela appartiendra encore, en ce cas, à Dieu), mais après F. 35''. que la bénédiction aura été dite, c'est aux hommes. R. Hanina bar-Papa dit : La jouissance d'un objet pris ici-bas sans bénédiction équivaut à un vol fait au Très-Saint et à l'ensemble d'Israël (qui sera puni de la disette de fruits à
bénir d'autres fruits ne servant pas à '^ Voir Deutéronome, vm, 8, r* pnr-
l'autel. tic, p. 111.
' Tr. BabaMetiiaJo]. 87''.
CHAPITUK VI. 371
cause de cotte laiile); comme il est dit (Proverbes, xxvni, ^A): Celui qui vole son père et sa mère, en disant ce n est pas un péché, est un associé des brigands; or ici le mot père signifie i'Klernel, dont il est dit (J)euléronome, xxxii, 7): N'est-ce pas ton père, qui t'a formé? Et la mère n'est autre que l'assemblée dlsraël, dont il est dit (Proverbes, i, 8): Ecoute, monjils, la morale de ton père, et ne dédaigne pas les recommandations de ta mère. Que signifient ces mots : // est le compagnon des brigands? C'est que, dit U. Hanina bar-Papa, il est digne d'être le compagnon de Jéroboam, fils de Nebat, qui a détourné les Israélites de leur père qui est aux cieux (celui qui mange sans bénir entraine les autres au mal).
R. Hanina bar-Papa présenta l'objection suivante : N'y a-t-ii pas de contradiction entre ce verset (Osée, 11, 9) : Je prendrai mon^ blé en son temps, et celui-ci (Deutéronome, xi, lA) : Tu rentreras ton blé? Non, lorsque Israël accomplit les volontés du Seigneur, sa moisson est productive; au cas contraire, elle ne réussit pas. Les rabbins ont enseigné : Pourquoi est-il dit : Tu rentreras ton blé (cela ne va-t-il pas sans dire)? C'est qu'il est écrit : Le livre de cette Loi ne quittera pas tes lèvres (Josué, 1, 8); or, pour qu'on ne prenne pas ces mots à la lettre, il est écrit : Tu rentreras ton blé, c'est-à-dire que tu ne dois pas négliger pour cela tes affaires^. Telle est l'interprétation de R. Ismaël. R. Simon ben-Yocbaï dit : Si l'homme laboure au temps de la culture, s'il sème aux semailles, s'il récolte au moment de la moisson, si ensuite il bat les gerbes et qu'il les vanne dans un moment propice, qu'adviendra-t-il de la Loi^ (quel temps lui consacrera-t-il)? Il faut donc expliquer cela en disant que, si Israël accomplit la volonté de Dieu, le travail des champs se fera par d'autres, comme il est dit (Isaïe, lxi, 5) : Les étrangers seront la et feront paître tes troupeaux, etc. Mais si Israël est rebelle, il devra lui-même se livrer à tous ces rudes travaux, comme il est dit: Tu rentrmms ton blé, et, de plus, il devra accomplir le travail d'aulrui, selon ces mots : Tu sentiras tes ennemis, etc. (Deutéronome, xxviii, /i8). Abayé dit: Un grand nombre de gens ont agi selon l'avis de R. Ismaël et s'en sont bien trouvés; ceux qui ont fait comme R. Simon ben-Yocbaï n'ont pas réussi. Raba dit aux rabbins : Je vous prie de ne pas paraître devant moi aux mois de nissan et de tissri (moment des moissons), afin que pendant le reste de l'année vous ne soyez pas préoccupés des moyens de vivre.
' C'est-à-dire, comment le premier dier la Loi, il est bon de travailler et de
verset appelle -t- il Dieu possesseur des s'adonner h l'agriculture, produits de la terre, et le second verset ' Le même auteur s'exprime en ce
indique-t-il le contraire? sens, exclusivement favorable à l'étude de
' Raschi remarque à ce propos: Comme la Loi, dans le Talmud de Jérusalem,
la misère empêche le plus souvent d'élu- Voir plus haut, 1"" partie, p. iT).
37l> TllAITK DES HKRAKIIOTll.
linbbali bar bar-liana ou U. Yocbanan (lit, ;m nom d<; H. Jiida bar-Eb»i' : On voil bien que les dernières generations ne ressemblent pas aux premières; celles-ci faisaient de la Loi Tessentiel, et de leurs travaux l'accessoire; aussi ont-elles pu maintenir l'un et l'autre; tandis que les dernières [[fenerations, (|ui ont faitd(^ leurs travaux Tessenlicl et de la Loi l'accessoire, n'ont réussi ni dan» l'un ni dans l'autre. La même comparaison, dit-il, est encore a})plicable à ceci^: Les premières [fenerations entraient leur récolte par la [grande porte, afin qu'il y eût bien robli[fation de prélever la dime; les générations nouvelles les rentrent par les toits, par les cours ou par les baies, pour se dispenser ainsi de donner cette part; car on sait ce que dit IL Yanaï, qu'on est obligé seulement de donner la dime sur les produits lorsqu'ils ont vu la face de la maison , comme il est dit: fai enlevé les saintetés de la maison (Deutéronome, xwi, i3, il faut donc qu'elles y aient pénétré); selon R. Yochanan, il suffit de l'accès dans la cour pour constituer l'obligation, comme il est dit [ibid, i^) : Ils mangeront dans tes portes (il suffit donc que les produits aient passé par là) et se rassasieront.
ff Excepté le vin , etc. ^^
Pourquoi cette exception a-l-cllc lieu pour le vin? Est-ce que par suite de son changement avantageux^ on doit aussi changer la bénédiction? Mais cependant on ne change pas la bénédiction de l'huile si même elle est améliorée, et R. Juda ne dit-il pas au nom de Samuel, ainsi que R. Isaac au nom de R. Yochanan , qu'on récite pour l'huile d'olive la formule: «Béni soit le Créateur des fruits de l'arbre? 75 Là c'est différent, on ne saurait s'exprimer autrement; on ne peut pas la bénir par la formule : rrBéni soit le Créateur du fruit de l'olivier, v puisque le fruit lui-même se nomme ainsi ^; mais que l'on dise : rrLe Créateur du fruit de l'olivier w (de l'arbre). Aussi Mar Zoutra dit-il: La différence a pour cause que le vin nourrit, et non l'huile. Mais l'buile n'est-elle pas aussi un réconfortant? N'a-t-on pas enseigné ^ que si l'on fait vœu de s'abstenir de toute nourriture, on peut prendre du sel et de l'eau? car, dit-on, ces deux objels ne constituent pas la nourriture, comme toute autre consommation en boisson^; et il n'y a pas à supposer que c'est une objection contre Rab et Samuel, selon lesquels il faut seulement réciter la formule : r Créateur des espèces de nourriture, w pour les cinq espèces de blé (le froment, l'orge, le riz, l'épeautre et le seigle); car, ditR. Houna, cet enseignement s'applique à celui qui s'interdit
' Tr. Guittin, fol. 8i\ '' En bébrcu, folivier et l'olive portent
^ Comp. tr. Guitlin, foi. 87". un seul et même nom : D'»?*
^ Gomme le fruit ou raisin est devenu ^ Tr. Erouhin, fol. 96'' et 3o\
du vin. "^ Donc, riuiile y est comprise et elle
CIIAPITUE VI. 378
loiile Jiouniliiro (honnis l'eau et le sel); donc Tliuile est une nourriture. (Pourquoi alors ne comporte-t-elle pas aussi une nouvelle bénédiction?) C'est (fue le vin fortifie et non l'huile. Est-il vrai (jue le vin a celle qualité? Au contraire, Raba n'en buvait-il pas à chaqu*e veille de Pà([ues^ pour s'affaiblir et nian(fer ensuite beaucoup d'azymes? C'est qu'un peu soutient, mais une grande quantité excite Festomac. Mais soutient-il dans un cas quelconque? N'est-il pas dit : Le vin réjouit le cœur de riiomme et le pain le soutient? Il paraît donc que le pain a cette vertu? Non, le vin a les deux qualités: il soutient et il é^jaye, tandis que le pain n'a pas la seconde. S'il en est ainsi, l'aut-il, après l'avoir bu , réciter les trois sections de l'action de grâce complète? Non, car il ne constitue pas un repas. Mais, demanda R. Nahman bar-ïsaac à Raba, si l'on s'en contente, que dit-on? — Attends, lui répondit-il, l'arrivée du prophète Elic, pour qu'il le dise; pour le moment, personne ne s'en contenterait.
On a dit plus haut que, selon R. Juda, au nom de R. Samuel, ou R. Isaac au nom de R. Yochanan, on dit pour la jouissance de l'huile d'olive la formule : rr Créateur des fruits de l'arbre.^ Dans quel cas? Il ne peut être question du cas où on la boit, puisque c'est nuisible, ainsi qu'on apprend : Si l'on boit de l'huile d'une oblation faite aux sacerdotes (teroumâ), on paye le capital (comme dommage), mais non le cinquième (il n'y a pas eu de jouissance); mais si l'on s'en frotte le corps, il faut payer un cinquième en sus (dans quel cas est-ce donc?). Il s'agit du cas où l'on y trempe du pain. Mais alors l'huile n'est qu'accessoire, et l'on a enseigné, en règle générale, qu'en cas d'une part essentielle et d'une autre accessoire, on ne bénit que l'essentiel, ce qui dispense aussitôt de bénir pour l'accessoire? C'est qu'on l'a pris dans un certain mets [anygarum)^ où l'huile est essentielle; car, dit Rabbah bar-Samuel, on appelle anigaron l'eau où l'on a fait bouillir des raves, et ansigaron l'eau de toutes espèces d'herbes potagères^. Mais alors V anigaron n'cst-il pas essentiel et l'huile accessoire, de sorte qu'on ne la bénirait pas selon la précédente F. 30". règle? C'est que l'on s'en sert comme remède contre le mal de gorge; or on a enseigné : Si l'on souffre de la gorge le samedi (jour auquel on ne prend pas de médecine^), on ne doit pas commencer par se la gargarise^ avec de l'huile, mais mettre beaucoup d'huile dans X anigaron et l'avaler (alors on bénit l'huile). Cela ne va-t-il pas sans dire? Non, on aurait pu croire, comme il s'agit de
est aussi considérée comme une nourri- œnogarou lorsqu on la préparait avec du
ture. vin, et onygaron lorsqu'on y joignait du
' Voir traité Pesahiin, fol. 107''. vinaigre.
'^ Il s'agit là évidemment de deux es- ^ Les sages l'ont interdit, lorsqu'il n'y
pèces de sauces ou ragoûts faits avec des a pas de danger mortel, dans la crainte
entrailles de poisson, bien connus des que Ton ne viole le sabbat en broyant des
Grecs et des Romains ; on appelait la sauce ingrédients nécessaires au remède.
Wlfi THAITK DKS iJKH A KIlOTIl.
inodicamonf , (ju'il no Inul pas dii lout 1(3 heiiir; on nous n|)[)rcii(i (loric (jwil lo faul, parce qu'il y a ou jouissance.
Pour (le la Fariiu; do l'romont j)r(ipar(;e comme mets on dit, selon R. Juda: frCr(ia(eui' des IVuits de la terre, ?? et selon \\. Aalnnan : ffïout aét(i cvéé par sa ])arolc.T? Il (îst imitile, dit Uaba à 1{. Naliinan, que lu contredises l'avis de R. Juda , car il estconfirm(3 parR. Yochanan et Samuel. R. Juda dit, au nom de Samuel, ainsi que R. Isaac, au nom de R. Yochanan : Pour la jouissance de riiuile d'olive on dit : rr Créateur des fruits de l'arbre. t) Il parait donc que, malgré sa transformation, on la considère comme fruit (et l'on dit : rrdes fruits de l'arbre i?); il en est de même ici pour la farine (malgr(» le changement du blé en farine, on dit : rrdes fruits de la terrer»). Est-ce comparable? L'huile ne peut avoir de changement supérieur, tandis que la farine peut être améliorée en pain. Et encore, s'il y a un cbangement supérieur, dira-t-on la formule crTout a été créé,?) et non cr Créateur des fruits de la terre??' Au contraire, R. Zeira ne dit-il pas, au nom de R. Matna et de Samuc^l, que pour des citrouilles crues et pour de la farine d'orge, on dit la formule : rr Tout a été créé par sa parole? •« il parait donc que, pour la farine de froment (qui est supérieure à l'orge), on dit : rr Créateur des fruits de la terre? w i\on, pour le froment on dit la même formule. Mais alors, pourquoi ne pas parler de froment, et y comprendre l'orge par a fortiori? C'est qu'en s'exprimant ainsi on aurait pu croire que, pour l'orge, il ne faut aucune bénédiction; on nous apprend donc que même en ce cas il faut la dire. Mais pourquoi supposer que l'orge est inférieure au sel et à l'eau de saumure pour lesquels on a prescrit^ la formule ff Qui crée tout par sa parole??? C'est que l'on aurait pu croire qu'il faut la bénédiction pour le sel et la saumure, parce que l'homme les prépare à son usage, tandis qu'il n'en faudrait pas pour la farine d'orge, qui a, comme remède, ie but de nuire aux vers des intestins^ ; il a donc fallu enseigner l'obligation de la bénédiction, en raison delà jouissance.
Pour les parties tendres ou bourgeons de palmier on dit, selon R. Juda : rf Créateur des fruits de la terre , ?? et selon Samuel : ff Tout est dû à sa parole. ^ R. Juda adopte cCtte formule, parce que, dit-il, c'est un fruit. Samuel est d'un autre avis, parce que, dit-il , ce produit finit par durcir. Toutefois Samuel dit à R. Juda: Tu es un esprit perspicace et je partage ton avis, il est vrai, pour le radis qui finit aussi par durcir; pour lui on dit : ff Créateur des fruits de la terre.?? Mais cela ne prouve rien, car on plante le radis dans l'intention de le manger étant mûr (c'est donc un fruit), tandis qu'on ne plante pas le palmier pour en manger les pousses; or, comme elles n'ont pas cette destination, on ne
' Plus loin, foi. /lo'', et h'inié Nedarim, '^ Voir tr. Schahbaih, foL 109'', et tr,
fol. 55". Huïïin, fol. (>f.
CHAPITUK Vl. 375
peut pas les bénir comme fruit (on dit donc l'autre formule). Cependunt, au sujet des câpres, quoiqu'on les plante en vue de leurs calices de lleurs (bourgeons), on enseigne^ que, ])our les es])èces de câpres, leurs fcîuilles et leurs calices on dit : rr Créateur des fruits de la terre ;w mais pour les fruits euxmêmes ou leur écorce, on dit : frTout est dû à sa parole? w C'est que, répond li. Naliman bar-Isaac, on plante les câpres en vue de leurs feuilles et bourgeons (qu'on préfère au reste), tandis qu'on ne plante pas les palmiers en vue des pousses. En somme, quoique Samuel ait approuvé R. Juda, l'avis de Samuel sert de règle.
n. Juda dit, au nom de Rab, que pour des câpriers des trois premiers ans de plantation on peut, bors de Palestine, après avoir rejeté le fruit (la baie), en manger les câpris ou l'écorce. Est-ce à dire que la baie est un fruit et non la câpre? Ne dit-on pas au contraire que, pour tous les produits du câprier, pour les feuilles et les bourgeons, on dit : r: Créateur des fruits de la terre; n mais pour les baies et les câpres on dit : rr Créateur des fruits de l'arbre? w (Rép.) R. Juda est de l'avis de R. Akiba,car on a enseigné que selon R. Eliézer on prélève la dîme des câpriers pour les bourgeons, les fruits et l'écorce; selon R. Akiba, on ne la prélève que sur les fruits eux-mêmes qui portent ce nom. Mais alors pourquoi ne pas dire simplement que l'avis de R. Akiba sert de règle? Si l'on avait dit cela, on aurait pu croire que cet avis s'applique même à la Palestine; on nous apprend donc qu'on admet l'avis le moins grave pour l'appliquer seulement hqrs de la Palestine^. Et l'on ne dit pas que l'avis de R. Akiba sert de règle bors de Palestine, en vertu du principe de l'application d'un avis moins grave; car si l'on s'était exprimé ainsi, on eût dit qu'il a lieu seulement pour la dime des fruits d'arbres, qui en Palestine même est une obligation imposée seulement par les rabbins^; mais comme ceux des trois premiers ans de plantation sont interdits en Palestine par le texte biblique, on aurait pu croire que l'interdiction s'étend bors de ce pays; on apprend donc le contraire^. Rebina vit que Mar bar-R. Asché jetait (en ce cas) les baies et mangeait les câpris. Quel avis suis-tu? lui demanda Rabina. Si c'est celui de R. Akiba qui est moins sévère, pourquoi ne pas adopter l'avis de Scbammaï qui l'est encore moins? Car on a enseigné que, selon Scbammaï, on considère le câprier comme formant un mélange hétérogène avec la vigne, mais non selon Hillel; cependant tous deux reconnaissent qu'on lui applique la prescription des trois premières années de plantation. N'y a-t-il pas là une contradiction? on
^ Mischnâ, i'" section, tr. Maasserôthj le froment, le vin et fhuiie. — Quant à
ch. IV, S 6. Akiba, il parle des fruits d'arbres.
^ Comp. tr. SchabbatJh fol. iSq'. '' On peut, hors de la Palestine, con-
^ La Loi, comme l'observe llaschi, sommer les câpris pendant les trois ans
n'impose l'obligation de la dîme que sur qui suivent la plantation.
370 TUAITK DES BEUAKIIOTII.
commence par dire que, scion Scliammaï, c'est considère comme un mdlan[re liélérogène avec la viijne, parce (pjc Ton considère ce produit comme de la verdure; puis on dit (|ue tous reconnaissent qu'on lui ai)plique la loi de prescription des trois ans, comme lorsqu'il s'a[jit de la plaidalion d'un arbre? Cette contradiction n'est qu'apparente; car Scliammaï, ayant des doutes à cete'[jard, lui applique les deux lois sévères, tantôt celle de la verdure, tantôt celle de l'arbre. Mais même en ce cas, n'y a-t-il pas, selon Scliammaï, doute sur l'application de la prescription de trois ans? Or on a enseigné^ qu'en cas d'un tel doute il est deTendu d'en manger en Palestine; c'est permis en Syrie, et au dehors on peut même aller en acheter, pourvu qu'on ne le voie pas (de crainte d'abus), lorsqu'il les cueille (n'en résulte- t-il pas 'qu'on peut les manger?), (r.) Lorsque dans un passage l'avis de R. Eliézer est contesté par R. Akiba, F. 36^ on suit ce dernier; mais si l'avis de Scliammaï est en opposition avec HilleP, il ne change pas (donc, selon Schammaï, ces Fruits étaient défendus, et Mar bar-R. Asché, en les mangeant, suivait l'avis de R. Akiba). Mais ne faut-il pas considérer que l'écorce garde le fruit^? Or la Loi, en disant : Vous ne toucherez pas à la primeur des fruits (Lévitique,xix, 28), a en vue ce qui lui est adjoint, savoir : la garde du fruit (donc n'est-ce pas interdit pour cette cause?). Raba répond : On n'a égard à cette gardienne spéciale du fruit que lorsqu'elle subsiste aussi bien sur pied que coupée; mais comme ici elle tombe après que le fruit est cueilli, on n'y a pas égard. Abayé objecta cet enseignement* : On ajoute à la grenade (pour lui constituer la grandeur légale de l'œuf) le bouton, mais non le bourgeon fleuri^; or, de ce que l'on dit qu'on n'y ajoute pas la fleur, il paraît qu'on ne la considère pas comme nourriture, et pourtant on enseigne*^ que, comme primeur (nb^:?), on défend les pelures de grenade, la fleur, l'écorce de noix et les graines de raisin? En eflet, dit Raba, on n'appelle gardienne du fruit que ce qui reste au moment de la maturité; tandis que pour les câpres l'écorce tombe à ce moment. Est-ce bien ainsi? R. Naliman ne dit-il pas, au nom de Rabbah bar-Abouha"^ : On défend comme Orla l'usage des bourgeons de dattes, parce qu'ils constituent la garde du fruit; or ils ne subsistent qu'avant la maturité, et pourtant on les nomme gardiens? C'est (]ue R. iNahman est de l'avis de R. Yossé, qui dit dans une Mischnâ^ : On
' Mischnû, l'^secLion, tr.Or/rt, cb.ni, " Misclmâ , 6' section, ttaité Ouktsin,
S 9 ; Talmud , tr. Kidouschin , fol. '6^\ cb. 11 , 8 3 ; Talmud , tr. IMlhiy fol 1 1 8\
^ Tr. Betsa, fol. ii^ tr. Yebamoûi, ' Ce qui entoure la baie dans le câ-
fol. 9". prier est comme la fleur pour la grenade.
' Et, bien que R. Akiba dispense i'é- ' Mischnâ, 1'" section, tr. Orla, ch. u,
corce des di'oits de la dîme, on ne sau- ^ 8. ruit appliquer cela à la loi sur les trois ' Tr. PesaUm, fol. 52^
ans de plantation. ' Misclmâ, tr. Orla, cb. 1, 8 G.
GHAPITUE VI. 377
ddl'end (à celte époque) l'usage du verjus (raisin non encore mûr), que Ton considère comme fruit, contrairement à Tavisdes rabbins^ Mais, demanda R. Simi de Neberdoa, les rabbins contestent-ils son avis pour d'autres arbres? I\'a-t-on pas enseigné'^ que dans la septième année de repos agraire on ne taille plus les arbres, selon Scliammaï, à partir du moment où ils produisent des fruits? selon Hillel, on cesse pour les caroubiers, lorsque leurs branches chargées s'enchaînent; pour les ceps de vigne, lorsque les grains sont mûrs; pour les oliviers, lorsqu'ils fleurissent, et pour les autres arbres, lorsqu'ils commencent à produire leurs fruits ; R. Assi ajoute qu'au terme bossar répondent le grain et le flageolet blanc. Cette dernière hypothèse est-elle possible (lorsqu'on parle de raisin)? On veut seulement dire que c'est là la grandeur du grain non mûr. Or l'avis qu'on admet seulement le bossar comme fruit et non le samadar, est celui des rabbins (en contestation plus haut avec R. Yossé), et pourtant on enseigne que l'on considère les arbres comme fruitiers , dès qu'ils produisent (donc le samadar n'est-il pas aussi un fruit?). Aussi Raba réponditil : On appelle gardien du fruit l'objet qui lui est tellement nécessaire que si on l'enlevait le fruit se fanerait; tandis qu'ici ce n'est pas le cas. On fit une expérience pour démontrer cette règle : on enleva la fleur d'une grenade et elle se dessécha; mais lorsqu'on enleva la fleur du câprier, ce fruit se maintint. [On adopte comme règle à suivre l'avis de Mar bar-R. Asche, selon lequel on jette les grains et l'on peut manger l'écorce; et de même, si on ne les considère pas comme fruits au point de vue de TOrla, ils ne le sont pas non plus pour la bénédiction à réciter, et au lieu de dire la formule : rr Créateur des fruits de l'arbre , -n on dit : rr Créateur des produits de la terre ^. -n ]
Pour le poivre on dit, selon R. Scheschelh, la formule : cfTout est dû à sa parole, -n Selon Raba on ne dit rien. 11 se conforme en cela à ce qu'il dit ailleurs^ : Si l'on mâche du poivre ou du gingembre au jour du grand pardon , cela ne constitue pas une interruption de jeûne. Ne peut-on objecter cet enseignement : Il doit y avoir une déduction à tirer du verset : vous ne toucherez 'pas à la primeur des fruits; et comme il va sans dire que les produits de l'arbre fruitier sont destinés à être mangés, à quoi bon le redire? Pour y comprendre l'arbre dont le bois et le produit ont le même goût, savoir le poivre, afln de démontrer que le plant de poivre (malgré sa petite taille) est considéré comme plantation interdite les trois premiers ans, et pour montrer qu'il ne manque rien à la Terre-
^ Dans ce cas, on adopte comme règle mis entre crochets, ne se trouvait pas
leur avis, parce que c'est celui de la plu- dans les premières éditions du Talmud;
ralité. il a été ajouté plus tard, à titre de con-
* Mischnâ, tr. Schebiith, ch. iv, 811; elusion.
Talmud, tr. Pesahim, ibid. '* Tr. Yoma, fol. 81^.
^ Tout ce passage, que nous avons
378 TKAITI<: J)KS nKKAkilOTlI.
Saiiilo, (loiil il ()î>t (iil (DouléronoiiK;, viii, <)): C'est un pays où tu marifrcras le pain sans crainte, tu nen mamjueras pas, tout y est (comment se lail-ii (ju'ici ou le considère cojnme fruil)?Jl n'y a pas de conlradiclion; on considère le poivre comme plantation tant qu'il est vcrL(çt l'on dit alors : rr Créateur'des fruits de la terre 77), mais non s'il est sec. Les rabbins demandèrent à Marimar : Comment se fait-il que l'on ne considère pas comme une interruption du jeûne de Kippour de mâcher du gingembre? liaba ne dit-il pas qu'il est permis de manger (quoique de provenance étrangère) des électuaires de l'Inde^ (ou de l'Ethiopie) et que l'on ditalois la formule : crBéni soit le Créateur des produits do la terre» (comment se fait-il qu'on le considère comme une nourriture)? C'est (luel'on parle du cas oil c'estvert (alors c'est mangeable et cela constitue un fruit); mais s'il est sec, il est sans valeur. Pour le habitz (mélange de farine, miel et huile) du pot, ainsi que pour le froment pilé, on dit, selon R. Juda, la formule : fcTout est dû à sa parole;» selon R. Cahana, on dit : cr Créateur des espèces de nourriture.» Pour le froment pilé seul, ils admettent unanimement la formule «Créateur des espèces de nourriture;» ils ne sont en désaccord que pour le cas où il ressemble au mets précédent; on dit alors, selon R. Juda : rr Tout lui est dû,» parce que le miel (dont c'est la formule ordinaire de bénédiction) y forme la partie essentielle; selon R. Cahana, la farine y joue le principal rôle, et l'on dit en conséquence la formule qui s'adapte à ce produit. 11 faut croire, dit R. Joseph, que la raison penche en faveur de ce dernier avis, puisque Rab et Samuel disent tous deux que si une nourriture contient l'une des cinq espèces de blé (citées plus haut), on dit, en ia mangeant, la formule : ff Créateur des espèces de nourriture.»
Outre cet avis , ces deux rabbins répètent la même règle pour les cinq espèces de blé elles-mêmes. Et quoique cette répétition semble inutile, chaque avis a sa portée; si ia seconde règle avait été seule énoncée, on aurait cru que l'on récite seulement cette formule pour l'espèce pure, mais non lorsqu'il y a mélange; on apprend donc le contraire par la première règle. Et si cette règle seule avait été énoncée, on aurait cru que la même formule s'applique aussi au riz et au millet lorsqu'ils sont purs, l'exclusion s'appliquant au mélange; on nous apprend donc cfu'elle se dit seulement pour les cinq espèces, mais non pour le riz et le millet, fussent-ils sans mélange. Mais est-il vrai qu'on ne récite pas cette formule lorsqu'on en mange? N'est-il pas dit : Si l'on apporte à quelqu'un du pain de riz ou de millet, on dit les bénédictions antérieure et postérieure comme pour un mets cuit; or, pour ce dernier, on dit auparavant la formule : tr Créateur des espèces de nourriture,» et à la fin une qui résume
* Bien qu'il arrive d'un pays habité par des idolâtres et des païens, on ne le considère pas comme impur.
cil AIM TUE M. 379
les trois? Non, on veut dire qu'il y a analogie mais non identité parfaite; car il est vrai que l'on dit, comme pour le mets cuit, une auparavant et une après; mais il y a ces deux difïérences qu'au commencement, au lieu de dire : r Créateur des produils de la terre, w on dit : rrïout est dû à sa parole,^ et à la fin, au lieu de dire le résumé des trois sections de l'action de grâce, on dit cette formule : ffll a créé des âmes nombreuses et pourvu aux besoins de toutes ses créatures, w Mais le riz n'est-il pas un mets cuit? N'a-t-on pas enseijj^né que l'on compte comme tels (en les comprenant sous la même formule) le froment divisé en plusieurs parties, ou le oruau , ou la fine Heur de farine et le riz? Or, quel est l'avis qu'on exprime là? Celui de R. Yocbanan ben-Nouri, qui dit^ : Le riz est considéré comme une espèce de blé, et s'il est trempé à Pâques, il entre dans la catégorie des défenses spéciales à cette solennité; et si l'on en fait des pains azymes , ils suflisent pour remplir le devoir de la consommation légale, et non selon les rabbins. Et encore ne sont-ils pas du même avis? On enseigne que celui qui broie du froment (le mâche) est tenu de réciter la bénédiction : :r Créateur des fruits de la terre; ^7 si on l'a moulu, rôti ou cuit, et que les morceaux soient fermes, on dit avant d'en manger la formule : frQui produit le pain de la terre, ^? et, à la fin, les trois sections de l'action de grâce complète; si les morceaux ne se tiennent pas solides, on commence par dire la formule : rr Créateur des espèces de nourriture,^ et à la fm, le résumé de l'action de grâce; en mâchant du riz, on dit : rr Créateur des produits de la terre ;w après l'avoir moulu, rôti ou cuit, quoique les morceaux se tiennent fermes, on dit au commencement la formule : cr Créateur des espèces de nourriture, ?? et à la fin, le résumé des trois sections. Or, si c'était l'avis de R. Yochanan ben-Nouri, selon lequel le riz est une espèce de blé, ne faudrait-il pas réciter au préalable la formule : et Qui produit le pain de la terre, ?î et ensuite les trois sections complètes? Il faut donc admettre que c'est l'opinion des rabbins, et il reste l'objection de Rab et de Samuel^? Elle reste irrésolue.
On a dit plus haut : Celui qui mâche du froment doit réciter la formule : (f Créateur des produits delà terre ;?? mais n'a-t-on pas dit pour ce cas : «Créateur des espèces de semences?^^ Il n'y a pourtant pas de contradiction; ce dernier avis est celui de R. Juda, et le premier celui des rabbins, comme il est dit : Pour la verdure on récite la formule : fc Créateur des produits de la terre; w selon R. Juda, on dit : cr Créateur des espèces de plantes. 77 On a dit aussi : Celui qui mâche du riz récite la formule : «Créateur des produits de la terre ;?> si on l'a moulu, rôti ou cuit, quoique les morceaux se tiennent fermes, on
> Tr. Pesahim, fol. 35" et ii/i^. riz la iormulc : rr Créateur des espèces de
^ N'ont-ils pas, au contraire, dit j)his nourriture? w haut qu'en aucun cas on ne dit pour le
380 TUAITK DKS HKH AKllOTII.
coininonco par diro : rrCreaUMir des espèces de nourriture,^ et ensuite on ré- (•il(î le résumé de raclion de {rràce. Connnent se fait- il (jiron dis(^ ailleurs (|n'après en avoir niante on ne dit rien? Il n y a pas de contradiction , n'pond \\. Schescheth : le premier avis est celui de R. Gamaliel, le second celui des rahbins; car on a ensei^rné cpielle est la règle à suivre : Si ce que Ton mange est Tune des sept espèces privilégiées de la Palestine, il faut, selon R. Gamaliel, réciter l'action de grâce complète; selon les rabbins, le résumé sufTit. Il arriva à R. Gamaliel et à des vieillards, comme ils étaient assis dans une chambre à Jéricho, de recevoir des dattes', et ils les mangèrent. R. Gamaliel offrit à R. Akiba l'honneur de réciter la bénédiction (c'est-à-dire complète, selon son avis); mais celui-ci s'empressa de réciter le résumé. Akiba, s'écria R. Gamaliel , jusques à quand viendras-tu provoquer des discussions? — Maître, lui répondit-il , comme ton avis est contredit par celui de plusieurs autres, la règle est, selon ton propre enseignement, que l'avis de la majorité l'emporte sur une opinion isolée. R. Juda dit, au nom de R. Gamaliel : Si c'est l'une des sept F. 37'. espèces privilégiées et non du blé, ou du blé qu'on n'a pas pétri en pain, il laut, selon R. Gamaliel, réciter les trois sections complètes. Selon les autres sages, une seule bénédiction suffit. Si ce n'est ni l'une des sept espèces, ni du blé, comme, par exemple, du pain de riz ou de millet, on dit, après en avoir mangé, le résumé de l'action de grâce, selon R. Gamaliel, et rien selon les sages. Or, quel est l'avis qu'on exprime là (tandis que plus haut on prescrit de réciter le résumé après le manger)? Si c'est l'avis de R. Gamaliel, on ne comprend pas qu'on dise à la fin de la première partie: Si les morceaux ne se tiennent pas solides, on commence par réciter la formule : rr Créateur des espèces de nourriture; 77 à la fin, on dit le résumé de l'action de grâce; d'après qui est-ce dit? Ce ne peut être d'après R. Gamaliel : puisqu'il prescrit les trois sections complètes pour les dattes et le froment broyé, à plus forte raison les faut-il réciter pour le blé (sorte de pain), si même les morceaux ne tiennent pas; il va donc sans dire que c'est l'avis des rabbins (qui prescrivent le résumé). S'il en est ainsi, ne se contredisent-ils pas (en étant d'avis dans un autre enseignement de ne rien réciter du tout en ce cas)? Non, on peut toujours admettre qu'il s'agit là de l'avis des rabbins; seulement, lorsque dans ladite braïtha on enseigne qu'il n'est pas besoin de réciter quoi que ce soit après en avoir mangé, c'est du riz qu'il s'agit.
Raba dit: Pour le rihata (mélange de farine, miel et huile) que mangent les campagnards, on dit, s'il y a beaucoup de farine, la formule : ce Créateur des espèces de nourriture. i? Pourquoi? Parce que la farine (dont c'est la formule)
' Comme le miel découle des dattes et vilégiées de la Palestine, il communique (ju'il constitue une des sept espèces pri- cette meuie valeur légale à la datte.