‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 3)Chapitre 83 sur 125 · CHAPITRE V. 3G · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 3G

inspirant la crainte, courafjeux, vaillant, sincèn; et honoré! l\. Hanina attendit qu'il eût achevé cette enumeration, puis lui dit: As-Ui cessé d'exprimer toutes les louanges de ton maître? A quoi bon (ouïes ces qualifications? Nous ne nous permettrions pas même les trois premières si, après avoir été dites par Moïse notre maître, dans la Loi, les membres de la grande synagogue ne les eussent introduites dans la prière. Cela ne ressemble-t-il pas à celui qui vanterait l'argent d'un roi qui posséderait des milliers de pièces d'or? Ne serait-ce pas une dérision ?

R. Hanina dit encore^ : Tout dépend du ciel, sauf la crainte de Dieu, comme il est dit : Maintenant Israël, que te demande F Eternel ton Dieu? de le craindre seidement (Deutéronome, x, 12). Mais la crainte de Dieu est-elle peu de cliose? R. Hanina ii'a-t-il pas dit, au nom de R. Simon ben-Yochaï, que Dieu réserve seulement parmi ses trésors celui de la crainte divine, selon ce verset (Isaïe, xxxiii, 6) : L« crainte de Dieu est son trésor? C'est vrai, et pour Moïse seul c'était peu de chose; c'est que, dit R. Hanina, cela ressemble à un homme auquel on demanderait un grand vase, et s'il le possède, ce vase lui semble petit; mais si on lui demande un vase qu'il n'a pas, fût-il petit, il lui semblera grand.

X ff On fait taire celui qui dit deux fois le mot grâce, n

Selon R. Zeira, il en est de même de celui qui dit deux fois le mot schema' (écoute). Mais, objecte-t-on, celui qui après avoir lu le schema', le répète une seconde fois, commet un acte de dérision; pourquoi ne pas l'interrompre? Ces deux points, répondit-on, ne se ressemblent pas : la répétition des mots ne peut contenir que des moqueries non dangereuses, tandis que la répétition des versets semblerait s'adresser à deux divinités (on le lait donc taire). Mais, demanda R. Papa à Abayé, ne se peut-il pas qu'il répète le verset parce qu'il n'y a pas appliqué son attention la première fois (sans qu'il soit reprehensible)? On F. 3V ne saurait, répondit-il, se conduire vis-à-vis de Dieu comme vis-à-vis des hommes; celui qui ne s'y est pas appliqué dès le principe, en disant le schema', mérite d'être battu sur f enclume jusqu'à ce qu'il s'y applique mieux.

à (3). Si l'ofliciant se trompe, un autre le remplace, sans cérémonie. On le remplaçant doit-il recommencer l'office? Au commencement de la section oli l'officiant s'est trompé.

5 (/l). L'officiant ne doit pas répondre amen après la bénédiction

' Tr. Nidda, fol. lii^tr. Me^Mld, fol. 'i5'\

:i(i/i TRAITE DES HEHAKIIOTIl.

des sacoi'doles, [)oiir(jiril ne soit ])as induit en erreur. S'il u\ a pas d'autre colien ([U(î lui, il ne doit pas prononcer la formule de ])énédiction. S'il est certain de pouvoir la prononcer sans se troubler et de continuer aussi la ])rière, il lui est loisible de le l'aire.

Les rabbins ont enseigno : Lorsqu'on passe devant l'i. relie sainle, on doit commencer par décliner Tlionneur, sans quoi TofFice ressemble à un mets sans sel; si l'on résiste trop, ce serait un mels trop salé; comment faire alors? A la première invitation, on refuse; à la seconde, on liésile; à la troisième, on se lève et l'on y va. Les rabbins ont enseigné^ : Il est trois choses dont l'excès est nuisible, s'il y en a trop ou trop peu; ce sont : la levure, le sel et le refus (d'accepter une offre ou un honneur).

\\. Houna dit : Si l'on s'est Irompé dans les trois premières sections, on recommence tout; si c'est au milieu, on reprend à la quatrième; si c'est aux trois dernières, on reprend à la section du culte (seizième); selon R. Assé, il n'y a pas d'ordre pour celle du milieu'-^. Mais alors, demanda R. Schescheth, oil reprend-on? Il n'y a qu'à reprendre la section qui a été mal dite. C'est contraire à l'avis de R. Houna, selon lequel toutes celles du milieu ne forment qu'une seule section. R, Juda dit : On ne doit jamais solliciter ses besoins personnels, ni dans les trois premières, ni dans les trois dernières sections, mais dans celles du milieu; car, dit R. Hanina, dans les premières on expose les louanges du maître, dans celles du milieu on lui demande la récompense, et dans les dernières on l'en remercie et l'on prend congé de lui. Il arriva à un disciple , disent les rabbins , que s'étant rendu devant l'arche sainte en présence de R. Éliézer, il allongeait beaucoup l'office^. Maître, lui dirent ses disciples, comme il est long! Il ne le prolonge pas plus, répondit-il, que notre maître Moïse, duquel il est dit (Deutéronome, ix, aô): Quarante jours et quarante nuits il pria, etc. On raconte encore d'un autre disciple qu'ayant officié en présence de R. Éliézer, il abrégea par trop. Comme il est bret I dirent de lui ses condisciples. Il n'est pas plus bref, répondit R. Eliézer, que Moïse dans cette courte prière (Nombres, xii, i3) : Dieu guéris -la donc. R. Jacob dit, au nom de R. Hisda : Si l'on implore la miséricorde divine pour son prochain, il n'est pas nécessaire de mentionner son nom , puisque dans la prière précitée de Moïse ne se trouve pas le nom de Miriam (en faveur de laquelle cette prière avait été dite).

Les rabbins ont enseigné quelles sont les prières pour lesquelles il convient de

' Tr. Gtnltiii,ïo\. 70". seulement la section où rerrenr a eu lieu.

■^ C'est-à-dire : Tordre des sections ' Commentaire Mehiltà sur TExode,

n'est pas absolu; il sutlit donc de répéler section Beschafah.

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se courber : A la première el ficelle de Taction de [}râce (avant-dernière), au commencement et à la fin; mais à celui qui se courberait au commencement et à la lin de chacune des sections, il faut aj)[)rendre que cela ne se fait pas^ R. Simon ben-Pazi ou R. Josuében-Lévi dit, au nom de Bar-Kapara, que c'est la coutume du simple Israelite, mais que le sacerdote s'incline à la fin de chaque section-, r. 3/1''. et le roi au commencement ainsi qu'à ia fin de chacune d'elles. Je m'explique bien, dit R. Isaac bar-Nahmeni, les distinctions établies par R. Josué ben-Lévi entre l'Israélite, le sacerdote et le roi; ce dernier, une fois courbé, ne doit se redresser qu'à la lin, comme il est dit (1 Rois, viii, 5/i) : Lorsque Salomon eut cessé d'adresser à F Eternel toute cette prière et supplication , il se leva de devant V autel du Seigneur, ou il avait été agenouillé.

Les rabbins ont enseigné que la racine hid signifie se jeter la face à terre ^, comme il est dit : Bethsabée s'étendit ("pn) a terre (ibid. 1, 3i); le terme kara indique l'agenouillement, comme il est dit au verset précité; le prosternement indique l'extension des bras et des pieds, selon ce verset (Genèse, xxxvii, 10) : Viendrons-7ious , moi, ta mere et tes frères, nous 'prosterner devant toi à terre (en nous étendant)? R. Iliya, fils de R. Ilouna, dit : Il n'y a qu'à suivre l'exemple donné par Abayé et Raba pendant la prière (ils ne s'étendaient pas en tombant sur la face). Comment se fait-il que l'un approuve celui qui courbe le genou pour l'action de grâce, et que l'autre ne l'approuve pas? C'est que l'un parle du commencement et l'autre de la fin. Raba s'agenouillait au commencement et à la fin de l'action de grâce. Pourquoi, lui demandèrent les rabbins, agis -tu ainsi? J'ai vu, répondit-il, que R. Nahman et R. Schescheth agissaient de même. Mais n'a-t-on pas dit qu'on est reprehensible en s'agenouillant pour l'action de grâce? Cela ne s'applique qu'à la récitation du Hallel (Psaume cxiii). Mais ne dit-on pas qu'on est également reprehensible pour toute autre action de grâce (y compris le HaUel)1 Non, il s'agit là de celle du repas.

6 (5). Si l'on se trompe en priant, c'est un mauvais présage; si c'est un ministre officiant, c'est un mauvais signe pour ceux qu'il représente, car l'envoyé d'un homme est comme lui-même. On raconte que lorsque R. Hanina ben-Dosa priait Dieu pour les malades, il disait de suite : Tel mourra, tel vivra. Comment, lui disaiton, sais-tu cela? C'est que, répondait~il, si je dis ma prière couram-

^ Celui qui renchérit sur les ordon- de Dieu, ils doivent se courber plus que

nances des rabbins, ainsi qu'il a été dit les autres fidèles, plus haut, passe pour orgueilleux. ' Tr. Mcghilïâ, f. -2 -2''; tr. Schchouoth,

'^ En leur qunlifé de serviteurs directs fui. iC*.

'M\i] TUAITK DKS lîKll A k MOTH.

nieiit, jc sais qu'elle (îst a<ji'éée; au cas coiitraiiMî, je suis troublé et mon vœu est par consequeiit iiîjeté.

A quelle prière sa[)|)li(|no l'avis do la Misclinà? A la première section de V'amidn, répond U. Hiya ou ]{. Saplira, au nom d'un élèves de Rabhi. D'aulres rapportent ce qu'il a dit à l'ensei/jneirien! suivant : Celui qui prie, est-il dil , doit s'aj)pliquer à toutes les sections; s'il ne le peut pas, il doit s'appliquer au moins pour l'une d'elles, savoir à la première, comme le dit \\. Iliva ou ]\. Saj)!ira, au nom d'un élève de Rabbi.

cfOn racoute de R. Hanina, otc.i-'

Comment le sait-on? C'est que, ditR.Josué ben-Lévi, il estécrit(Isaïe, lvu, 19) : Sila parole des lèvres est forte (comme celle du Créateur), il y aura la paix; paix de près et de loin, dit F Eternel, et je le guérirai. R. Hiyabar-Aba dit, au nom de R. Yochanan' : Tous les prophètes n'ont énoncé leurs prédictions (soit en laveur de l'avenir, soit pour consoler du passé) qu'eu égard à celui qui donne sa fille en mariage à un étudiant de la Loi , ou à celui qui se livre au commerce, pour le savant, ou à celui qui nourrit les savants de ses biens; quant aux savants eux-mêmes, il est dit d'eux (Isaïe, lxiv, 3) : Nul œil n'a jamais vu ce que Dieu, et nul autre que lui, fait pour celui qui espère en lui^. Le même rabbin dit aussi : Tous les prophètes n'ont fait leurs prédictions qu'en vue du règne messianique, mais non de la vie à venir, selon ces mêmes mots : Nul ne Va vu

(l'avenir) en dehors de toi. Eternel. Ceci contredit l'avis de Samuel, qui dit^: La vie actuelle ne diffère du règne messianique que par la soumission aux rois (désormais supprimée), comme il est dit : Le pauvre ne cessera d'être au milieu de la terre (Deutéronome, xvi, 11).

Il dit encore : Les prophètes n'ont énoncé leurs prédictions cju'en faveur des hommes repentants; quant aux justes parfaits, il est dit d'eux : Nul œil ne Va vu en dehors de toi, Eternel. C'est contraire à l'avis de R. Abahou, qui dit: Là oil se tiennent les hommes repentants, ce n'est pas la place des justes, comme il est dit : Paix de loin et de près, d'abord à ceux qui ont été éloignés (et qui maintenant le regret(ent), ensuite à ceux qui sont proches. R. Yochanan interprète ce verset différemment : On entend par loin celui qui a toujours été éloigné du mal, etparjom celui qui s'en était approché et s'en est écarté plus tard. A quoi s'applique alors le verset précité? Au vin spécial, dit R. Josué ben-Lévi ,

Tr. Synnèdrin, fol. ^çf. ' Tr. Schahhath , fol. 63" et i5i'; tr.

C'est un détail qui n'a pas TiiAnio été Pescdiiin, fol. ()8'. révélé aux prophètes.

conserve dans les grains de raisin depuis la creation du monde. Selon Samuel bar-INahmeni, cela s'applique à TEden du paradis terrestre, dans lequel nul œil liumain n'a péne'tie; ce n'est pas à diie qu'Adam, ayant dté dans le jardin, a vu TEdeii; car ces deux choses sont dislinclc.vs, comme il résulle de ce verset (Genèse, ii, lo) : Un Jlcuve sortait de rEden pour arroser le jardin.

Les rabbins ont ensei[jne ceci : Lorsqu'il arriva au fils de 11. Gamaliel de tomber malade, son père envoya deux savants auprès de R. Hanina ben-Dossa pour qu'il inq)lortU la miséricorde divine. A leur arrivée, le rabbi monta en haut de la maison et se mil à prier. En descendant il leur dit: Allez, la fièvre l'a quitté. Es-tu prophète, lui demandèrent-ils, pour que tu le saches? Non, répondit-il; mais voici la tradition reçue : Si j'énonce facilement ma prière , je sais qu'elle est agréée, mais au cas contraire elle ne l'est pas. Ils se sont alors mis à noter par écrit l'heure exacte; et à leur retour auprès de R. Gamaliel, ils lui en firent part. Par Dieu, dit-il, c'est bien exact, pas un instant plus tôt ni plus tard, la fièvre l'a quitté et mon fils a demandé à boire (signe d'amélioration).— On raconte encore de R. Hanina ben-Dossa que, lorsqu'il alla étudier chez R. Yochanan ben-Zaccaï, le fils de ce dernier tomba malade. Mon ami Hanina, dit le père, invoque Dieu pour qu'il le guérisse. R. Hanina se mit la tète entre les genoux (se prosterna) et se mit à prier, et le malade se rétablit. R. Yochanan ben-Zaccaï dit alors : Si je m'étais agenouillé toute la journée, cela n'eût servi à rien. Mais, lui dit sa femme, Hanina t'est-il supérieur? Non, répondit-il , il est devant Dieu comme l'esclave du maître (et peut toujours entrer chez lui), tandis que je suis pour lui un prince (plus rare, qui n'a pas d'accès immédiat).

R. Hiya bar-Abba dit, au nom de R. Yochanan : On ne doit prier que dans une maison contenant des fenêtres, comme il est dit (Daniel, vi, 1 1) : Il avait ouvert les fenêtres de sa chambre en face de Jérusalem. R. Cahana dit : Je considère comme impudent celui qui prie dans une plaine ouverte (et non dans la solitude). De même, dit-il, je considère comme impudent celui qui (dans la prière) expose sans pudeur tous ses péchés, comme il est dit (Psaume xxxii, i) : Heureux celui qui cèle la faute, qui caclie le péché.

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