Tosué, XXIV, 14 h
vivace que du temps de Moïse, et le pacte social et religieux fut de nouveau sanclionné volontairement, par le serment et la signature de tout le peuple, grands et petits, hommes, femmes et enfants (Néhémie,IX et X)».
En présence d'une règle aussi constante, aussi irréfragable, il est évident que nul parmi le peuple hébreu n'avait le droit d'imposer aux autres son arbitraire volonté. La Misclma, quelle que lût d'ailleurs la vérité de ses principes, n'avait donc pu se fonder que sur le libre consentement des masses, ou tout au moins des majorités. C'était de là qu'elle devait tirer toute sa puissance. Là commence interpretation, et avec elle la discussion parcel enchaînement de principes qui, depuis les hommes de la grande synagogue, fait remonter la loi entière jusqu'à la promulgation sinaïque*. De même, lorsque par son More Nebokhim (^uiàe des égarés) Maïmonide eut soulevé au xii' siècle la grande question de la liberté d'examen contre le principe absolu de l'autorité, Abraham ben-Dior composa son livre « de la Kabbale » dans lequel il inséra le nom de tous les docteurs éminents qui avaient reçu la tradition. Plus tard, et dans un but sans doute analogue, Ghedalia fit paraître son Schal scheleth-Ha- Kabbala (chaîne de la Tradition), Abraham Zacouth son livre Youhassin (généalogie ou chronologie), et David Ganz son Cemach David, résumé d'histoire. On voit donc que cette question a été longuement méditée comme si elle constituait seule l'authenticité et l'autorité de la loi orale.
Il est donc démontré, l'histoire à la main, que la liberté de penser a présidé à la formation du Talmud. On retrouvera le même principe dans l'analyse de sa doctrine. Rappelons seulement en ce qui concerne la partie agadique.que le Talmud lui-même ^ ne lui attribue ni autorité ni caractère légal ; et cette appréciation est confirmée par tous les rabbins postérieurs, tels que iVlaïmonide, Juda Ilalévi, Ibn-Ezra, Scherira Gaon, Isaac Israeli, etc. C'est là un point de départ capital, pour passer de la synthèse à l'analyse.
1. ïr. Abôlh, ou Maximes des pères, I, 1. V. Isid Lœb, la Chaîne de la tradition (1889).