‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 4)Chapitre 23 sur 94 · J., tr. SchebiUk, IX, 1 fin (t. II, p · texte numérisé non relu

J., tr. SchebiUk, IX, 1 fin (t. II, p

là un des produits de rimaginalion populaire qui, sesoaveianl de l'influence et de la portée de quelques esprits vénérables, leur attribuait le pouvoir de faire des miracles jusque dans leurs effets pernicieux et audelà des désirs de ces docteurs.

Veut-on maintenant établir un parallèle entre ces légendes et d'autres, prises en dehors du judaïsme? Il sera inutile pour cela de remonter aux premiers siècles de l'ère chrétienne ou de chercher dans les sombres époques du moyen âge le plus reculé. Que Ton ouvre notre histoire nationale française, un peu avant la Renaissance, qu'on lise les hauts faits accomplis par une jeune fille du peuple, cette héroïne qui arracha la France à l'Anglais et mourut ensuite comme martyre de son patriotisme ; on arrivera à ce ûiit très sincèrement reproduit par les historiens modernes :

Un jour, à sa sortie de chez le roi, qui la mandait parfois auprès de lui, un homme passant achevai lui cria des paroles inj irieuses en blasphémant le nom de Dieu : € Ah, en nom Dieu ! tu le renies i>, lui répondit aussitôt Jeanne, sans se préoccuper de l'insulte qui ne s'adressait qu'à elle, <c et tu es si près de ta mort 3)/ Une heure après, l'homme tombait à l'eau et se noyait^-

Quel exemple frappant de l'influence exercée sur le peuple par les âmes fortes! On peut l'alfirmer, sans sortir des limites de la vérité, l'humble et douce Jeanne Daic n'avait nullement l'intention de vouer à la mort celui qui Tavait injuriée, pas plus que notre docteur du Talmud à l'égard de ses ennemis. Personne ne voudrait en douter. Et pourtant il a pu se trouver au moyen âge des gens qui, n'éprouvant aucun soupçon injuste à l'égard de Jeanne, eussent accusé le rabbin du Talmud, el avec lui tous les Juifs du monde, d'avoir usé de maléfices et de sortilèges contre son adversaire dans un esprit de vengeance ! C'est bien mal comprendre ces légendes pieuses que de les interpréter ainsi. Et qui sait si une version textuelle ne contribuera pas à dis>iper de telles erreurs ?

En outre, comme le disait M. Hallel ', les allégories et les passages

1. Pasquerel, Procès, t. III, p. 102; Jeanne d'Ave, par M. Sepet, p. W.

2. Archives Israelites, 1844. Comp. Presse iànuHUe^ 1809, n^ 'Ji, p.4v^-.

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symboliques permetcnt d'entrer dans les idées Ih'o-philosophique.s de Tantiquilé et de soulever le voile dont elle aimait à se couvrir. Citons une allégorie où la féerie le dispute au miraculeux, et où (comme partout) le flambeau de la raison nous éclairera à travers les ombres les plus ténébreuses.

(T Lès démons, est-il dit, doivent leur naissance aux quatre spectres nocturnes mères, nommées Lilith, Naama, Agiiereth et Mahala. Chacune de ces quatre gouverne pendant une saison de l'année, et elles s'assemblent auprès du mont Naspa. Elles se dirigent de l'orient vers le nord ; et Salomon les domine toutes et s'en sert pour son plaisir ]>.

Ce mythe, ainsi que d'autres de ce genre, n'est nullement l'effet d'un égarement de l'esprit; et les gens superstitieux ont beau inventer un monde nouveau, peuplé d'esprits malfaisants; l'allégoriste ne nous montre qu'une grande vérité philosophique, présentée dans le style attrayant de la parabole.

La dogmatique entend par démons les vices qui cherchent continuellement à nuire à l'état moral de l'homme, et les vices de l'homme peuvent être attribués aux quatre causes suivantes :

1° A l'ignorance, représentée par Lilith, oiseau ou spectre nocturne, qui ne se plaît que dans les ténèbres et qui est l'ennemi mortel de l'enfance. Tel est le vulgaire, dont toute la vie n'est qu'une enfance et qui a l'instruction en horreur.

2° Aux plaisirs physiques, auxquels succombe même l'homme religieux et instruit; c'est ce que dit le Talmud : «Celui qui surpasse son prochain par le rang, le surpasse aussi par ses passions ».

S"* A l'égarement de l'esprit par les idées philosophiques, si les dispositions naturelles n'y sont pas favorables ; car, de même que, si la vue est dirigée sur un objet trop éloigné ou trop fm, elle ne distingue plus les objets les plus proches placés sous le rayon visuel, ainsi Tesprit faible, dépassant les limites de sa conception, aliène son esprit ; il perd de vue les principes les plus évidents qui l'ont soutenu dans la foi, et tombe dans la plus grande dissolution des idées.

4° Ala superstition, qui est une véritable faiblesse et maladie de l'âme, qui rend l'homme incapable de toute idée sublime et affaiblit sa croyance

à runilé (le Dieu. C^esl celte folie qui entrelient des vesliges d'idolâtrie dans les croyances et les mœurs de plus d'un homme sans cervelle, en ce qu'ils se représentent la divinité avec des passions et des attributs humains. « Enfin, ajoute lallégorie, Salomon les domine toutes et s'en sert pour ses plaisirs ». C'est l'homme sage et religieux qui domine les vices, se dirige vers un but louable, afin qu'il tire parti de sa liberté au profit de sa parfaite félicité.

N'est-ce pas celte sentence que l'auteur du Contrat social (IX) semble avoir résumée en ces mots : a L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » ?

Nous avons reproduit ces explications à titre de spécimen ; mais il va sans dire que nous ne nous lancerons pas dans le vaste champ des interprétations, qui entraînent à des séries infinies de commentaires sur commentaires.

En dehors des légendes, on trouve là des renseignemenls hisloî iques, ou du moins des récits fondés sur une base historique ^ . On sait par exemple, que Simon ben-Schelah dut fuir le palais du roi Alexandre Jannée, son beau-frère ou cousin, à cause des divisions nées entre les sectes rehgieuses et à cause de leur rivalité. Dans le premier traité 2, on attribue ce fait à une calomnie répandue à la cour et accréditée par le roi lors de l'arrivée de trois cents Naziréens, et l'on raconte que^ grâce à l'intervention de personnages persans venus à la cour du roi qui avaient conservé de lui un bon souvenir, ce rabbin rentra plus tard en faveur.

De même un peu plus loin, à propos de la récitation des prières et des bénédictions, on raconte les derniers inslanls d'Akiba ^ ce héros martyr de la dernière guerre de l'indépendance d'Israël, faite sous Barcokhebas contre Adrien ; le Talmud veut démontrer, par un exemple historique, avec quelle ferveur on doit prier Dieu lorsqu'on récite le schema\ celte profession de foi israélite, et que Ton dit ces mots : Tu aimeras l'Éternel ton Dieu de toute ton âme, c'est-à-dire tu lui saciifieras ta vie.

i, V. au tr. Berakhoth, II, 4 (t. I. p. 42).

2. Chap. VII. § 2, p. 130. Au Talimid liabli, fol. 48^, ce récit est mutilé.

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