XI. V
Le vieux Rabbi, comme le rapporte rhisloire, ne se laissa détourner de ses devoirs rebgieux, ni par les tortures, ni par les supplices, et au moment de perdre la vie il répétait, dans une dernière exclamation, ce credo sublime. Hélas 1 combien de martyrs, se souvenant de lui, Tont imité sur les bûchers et sont morts aussi courageusement pour leur foi!
Si du domaine de Thistoire nous passons à celui des sciences exactes, nous verrons qu'elles figurent là avec non moins d'éclat. On y trouve maintes prescriptions hygiéniques et de médecine usuelle, par exemple, l'interdiction de boire de l'eau ayant séjourné toute la nuit dans un vase de métal (p. 436); des notions de physique, comme la pluralité des couleurs de la lumière ^ , et une foule de renseignements sur l'histoire naturelle. L'un des auteurs le plus souvent cités, Samuel, est représenté comme un astronome et mathématicien distingué. On peut en fournir la preuve par deux passages, pris toujours dans ce même volume, et relatant les opinions scientifiques de cet auteur, tout en citant également d'autres opinions que la science repousse au plus léger examen.
Dans le premier ^, Samuel calcule au juste la durée d'un clin d'œil, et il dit qu'il représente la 56,848® partie de l'heure, ou si l'on veut réduire cette fraction en tierces ou 60®^ de seconde, on aura 56,848/216,000 = moins de 4 tierces, ou presque un 15^ de seconde. Il semble qu'il ait connu les équations algébriques les plus compliquées.
Dans le second passage ^, Samuel apparaît en véritable astronome, en érudit consommé dans cette science que les Glialdéens ont cultivée les premiers avec succès. Si une comète, dit-il, survenait dans le signe du zodiaque qu'on nomme VOrion, l'univers périrait par ce choc ; et comme quelqu'un prétendait l'avoir vu passer à cette époque, il déclara que cette traversée n'avait dû être qu'apparente, qu'en réalité elle a dû
i. Voir Babli, même traité, fol, 52b. La Joi de l'équilibre se trouve aussi dans ce volume, ch. II. § 5. (p. 44).
2. Chap, I, § 1, p. 8. Dans le Babli, ibid. fol. 7a, la solution est moins précise et plutôt approximative (88, 888« partie de l'heure).
3. Ghap. IX, .§ 2, p. IGO ; comp. p. G à 8, pour la rotalion du soleil et de la lune.
avoir lieu au-dessus ou au-dessous de ce signe; et il affirme son juî^ement en disant qu'il est aussi bien au courant des voiUes célestes que des rues de Nehardea, sa ville natale. On peut ajouter foi à son assertion, puisqu'il avoue sincèrement, — on pourrait dire naïvement, — qu'il ignore seulement ouest le siège de la comète. Et un auditeur de l'école se demanda s'il était monté au ciel pour en connaître si bien les constellations l Ou comprend maintenant qu'il ait pu calculer si minutieusement la durée des révolutions lunaires ou mois ^ et l'on ne s'étonnera pas de trouver (p. 8) des données de cosuiologie et même de géologie, des notes sur les terrains primitifs, sur la formation des croûtes terrestres, comme un avant-goiit des théories antibibliques de Guvier, d'Elie de Beaumont, etc.
La doctrine morale du Talmud sur le juste et sur le pécheur repentant nous paraît réunir à un assez haut degré l'élévation et le sens pratique, pour qu'il convienne de li résumer eu peu de mots. On verra par là comment il a su se tenir à égale distance des exagérations de tout genre.
D'après le Talmud : 1° une faute commise contre son prochain ne saurait s'effacer par la pénitence que quanJ ce pécheur aura donné pleine satisfaction à la partie lésée ou offensée, et en aura obtenu le pardon. Alors c'est une affaire entre Dieu et lui; à lui la prière, les jeûnes, la contrition, le repentir; à la grâce de Dieu la rémission. •
2'' Les péchés contre les abstinences culinaires, la sainteté des fêtes, la débauche, la dureté en fait d'aumônes, etc.; ces fautes, ne regardant que Dieu seul, peuvent recevoir une rémission pleine et entière par un repentir sincère et un changement complet de conduite, par une vie opposée à celle que le pécheur avait eue auparavant. Et non seulement il sera l'égal du ]uste parfait, mais par les efforts héroïques de tous les instants qu'il est obligé de faire pour vaincre ses passions et se détourner des plaisirs qu'il avait déjà goûtés, il s'élève à un degré supérieur au Zadic gamour, qui ne ressent aucune tentation pour les fruits défenilus qu'il n'a jamais conn u.
1. Voir notre exposé du calendrier juif, Almanack perfétael, préface p. X.
3° Celui qui aura péché contre les hommes n'importe de quelle manière devra reconnaître ses faules, s'en repentir et cherchera tout réparer amplement ; s'il y parvient, il recevra de Dieu la rémission de ses péchés et pourra encore prétendre à l'estime des hommes. Mais il ne pourra devenir l'égal, et, à plus forte raison, le supérieur du Zadic gamour, de celui qui n'a jamais volé, trompé^ prêté à usure, frappé, qui a toujours soutenu l'infortuné de sa bourse, de ses conseils, qui a veillé les malades, leur a procuré les médicaments nécessaires, qui a protégé la veuve et l'orphelin, qui a donné des' vêlements à ceux qui en manquaient, du bois à ceux qui avaient eu froid, à manger à ceux qui avaient faim, car ce pécheur repentant a donné des preuves d'un mauvais cœur ; il en fait le sacrifice par crainte de la punition céleste. C'est fort bien ; mais cela n'égale pas la conduite de celui qui avait toujours le cœur bien placé ^
On y rencontre aussi la mention d'un défaut bien vieux, que les écrivains seront heureux de voir blâmé : il s'agit du plagiat 2, et l'on fait remonter jusqu'à David le désir légitime, sollicité par ce roi comme une faveur divine, d'avoir l'assurance que ses paroles seront répétées en son nom par la postérité, dans les synagogues et dans les maisons d'étude. Ce serait un déni de justice d'agir autrement et de ne pas mentionner l'auteur des paroles que l'on cite, chacun le sait; mais combien en est-il qui observent ce précepte religieusement, scrupuleusement?
Cette loi est fort simple, mais on en trouvera qui certes paraîtront encore plus simples et même ingénues. Ainsi, dans la Mischnâ de ce même traité (IX, 5), en parlant de l'entrée au temple de Salomon, on prescrit le plus grand respect dans la tenue et l'on interdit « d'y cracher à terre ». De telles défenses ne choquaient pas nos ancêtres, accoutumés à employer aux heures d'étude, comme en général dans leur langage aniique, une crudité d'expressions plus forte encore. Nos habitudes modernes, plus sévères en apparence, respectant plutôt la forme que le fond des idées^ ne toléreraient plus de telles expressions, et lorsque nous