‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 4)Chapitre 31 sur 94 · L'auteur des Diqdouqc Sofrim y a puisé à pleines mains · texte numérisé non relu

L'auteur des Diqdouqc Sofrim y a puisé à pleines mains

folio '1. Ils proviennent d'Antonio Magiiabccchi, qui fut le fondateur (\q cette riche et précieuse collection de manuscrits et d'imprimés appelée Magliahechiana.

Ces manuscrits se divisent ainsi : le premier volume contient les traités Berakhôthy Dekhorôlh, Temoura^ Kerilôly Tamid, Midôtliy Meila, Kù nin ; le deuxième contient Baba-Kama et Baba-Metzia^ et le troisième Baba-bathra, Sanhédrin et Schebouoth. Une épigraphe à la fin du premier volume porle ces mots : a Écrit le vendredi 22 Eloul, an 936 » (ce qui correspond à septembre 1176 de J.-C); et quoique les deux autres volumes ne soient pas datés, on reconnaît à Tidentité des caractères que leur écriture est de la même main et de la même époque que celle du premier. <r La dite suscription, nous écrit M. Lasinio, est certainement de la même main que celle qui a écrit tous les trois volumes. Gomme je n ai pas voulu me fier seulement à moi-même sur une chose aussi importante et aussi essentielle, j'ai interrogé les employés de la bibliothèque, qui sont très expérimentés en fait de manuscrits, et dont l'un connaît suffisamment l'hébreu pour juger do l'identité des caractères, et tous, à l'unanimité, ont confirmé mon opinion. L'encre, la main, tout est sans doute du même temps et de la même personne que le reste. En conséquence, le premier volume a été écrit l'année 4936 de la création (malheureusement le copiste n'a signé ni son nom, ni le nom de la ville où il a écrit) ; et notre manuscrit est le plus ancien du Talmud que l'on connaisse, du moins jusqu'à présent ». Il y a aussi des morceaux du texte de la Mischnâ ou de la Guemarâ traduits en latin dans le second volume, et notamment dans le troisième, appartenant à la partie appelée aggadique; quelquefois ce sont seulement des titres ou des sommaires de sujets traités dans le cours des chapitres. D'après l'écriture, ces additions datent de la fin du xiv® siècle ou du commencement du xv®.

11° La bibliothèque de Turin contient les cinq principaux traités de la seconde section du Talmud Babli.

\1^ Celle de Parme, qui provient du bibliographe G. B. de Rossi, pos-

1. Fonds PI uteum, cod, 7 à 9, ou classe III, no XXXVIII a (i y de l'ancien catalogue latin, comme nous l'apprend une lettre particulière de M. F. Lasinio, professeur à l'université de Florence.

sède, outre un exemplaire de la Mischna ^ et T Abrégé d'AUasi, un manuscrit du traité Schabbalh, daté de Tan 1400.

13" En Orient, le Ilakham de la communauté juive-espagnole à Jérusalem possèile en manuscrit, dit Lebrecht, les trailés du Talmud de Jérusalem pour toute la première section, ou Zcraim 2.

14'' Il y a encore en Prusse un certain nombre de manuscrits modernes, les uns de 1709, au séminaire israélile de Miinster; mais ils n'ont qu'un intérêt secondaire, puisque ce sont des copies d'exemplaires imprimés.

Enfin, depuis 1489, on a imprimé successivement des volumes détachés"', et la première édition du Talmud complet Babli a paru à Venise, en 1520 ; elle est devenue fort rare et ne se trouve plus que dans de grandes bibliothèques, par exemple à Paris ^ Elle a suffi pour rendre ce livre impérissable et a servi à en reconstituer des éditions innombrables dans tous les formats ; elles sont plus ou moins complètes, selon que la censure ecclésiastique pouvait ou savait en faire retrancher les passages compromettants pour l'Eglise ^.

Dans l'édition complète de Baie, 1578-81, la troisième en date, et qui, presque toujours depuis, est restée l'édition classique, une étonnante créature, le censeur, fit pour la première fois son apparition. Dans son désir de protéger la foi contre tout danger (car on supposait que le Talmud cachait de violentes invectives contre le christianisme sous les expressions et les phrases les plus innocentes en apparence), ce fonctionnaire fit des choses étonnantes. Quand, par exemple, il rencontrait dans le livre quelque vieux Romain jurant par le Capitole, ou par le Jupiter de Rome, aussitôt il lui venait des soupçons. Assurément, ce Romain devait être, un chrétien, le Capitole était le Vatican et Jupiter le pape. Et sur

1. Mss. Codices hebraici biblioth. J. B. de Rossi, t. I (Parma, 1803). n° 138. du X1II° siècle.

2. Le rabbin D' Lehmann Ta publié avec le commentaire de R. Salomon Joseph Syrileio (ou plutôt Serillo), à Francfort s. Mein, eu 1875.

3. V. ma Notice Les incunables hébreux, n*' 48 à 51, 85, 122, 133-6, 238.

4. Bibliothèque nationale, « Catalogue des livres de la Bibliothè^iue du Roi », t. I,n'> A 843.

5. V. Raph. N. Rabbinowicz, Maamau etc., ma Notice Les Incunables ht'breu.i\ pp. 5 et 6, et le n" 26; Hevue des vtiulos juives, V, p. '111 . n. 1.

l'heure il effaçait le mot Romey qu'il remplaçait par un autre nom de lieu qui lui venait en tête. Une de ses contrées favorisées paraît avoir été la Perse; quelquefois c'était Aram ou Babel. De sorte que, de nos jours encore, on peut rencontrer ce digne Romain jurant par le Gapilole de la Perse ou par Jupiter d'Aram ou de Babel. Mais^ partout où se trouve le mot gentil, le censeur était saisi d'inexprimables terreurs. Un gentil ne pouvait être qu'un chrétien, qu'il demeurât dans l'Inde ou à Athènes, à Rome ou à Ghanaan ; que ce fût un bon gentil (et il y en a dans le Talmud), ou que ce fût un méchant. Aussitôt il le baptisait, et, le baptisant suivant sa fantaisie, en faisait un Égyptien, un Araméen, un Amalécite, un Arabe, un nègre, quelquefois un peuple entier. Tout cela se trouve dans nos dernières éditions. Une fois ou deux, on a essayé de purger le texte de ses taches les plus saillantes, mais sans succès. — Enfin, il y manque le tr. Ahôda Zara (de l'idolâtrie) ; bien qu'il s'agisse là exclusiment du paganisme, il a été l'objet du même ostracisme, en entier. L'édition d'Amsterdam, imprimée au dernier siècle, est la plus estimée de toutes les éditions du Talmud Babylonien. — Quant au texte palestinien, dit de Jérusalem, il en sera question plus loin, § 8.

COMMENTAIRES ET RESUMES

Dans cette esquisse rapide, nous ne pouvons qu'effleurer les questions en quelques paragraphes, tandis que cliacun(^, d'elles formerait seule un travail, si nous pouvions approfondir les sujets et les épuiser. Ainsi, nous avons à peine mentionné en passant les divers abrégés du Talmud, et il nous a été encore moins permis d'aborder ici la vaste nomenclature des travaux qui constituent la littérature talmudique ; ils sont innombrables, et Ton na jamais pu, par cette raison, en dresser une liste bien complète. Ce sont, en dehors des traités d'exégèse biblique, des œuvres de casuistique sans bornes, dont nous voudrions au moins donner une idée.

€ On ne se rend peut-être pas assez compte de l'œuvre gigantesque suscitée par le Talmud, et de l'immensité du travail auquel se sont livrés les rabbins, malgré toutes les cruelles incertitudes qui enveloppaient leur existence. Après qu'il eut dit le dernier mol sur l'interprétation de la Tôrâ, après qu'd eut exposé toutes les discussions auxquelles le texte sacré avait donné lieu, ainsi que toutes les lois traditionnelles et les règles établies par les rabbins de la Palestine et de la Babylonie jusqu'au V® siècle de l'ère chrétienne, le Talmud à son tour lut mis sur le métier, et devint le sujet d'une nouvelle série de commentaires où la fmesse de l'observation et la justesse de l'analyse ne laissent rien à désirer^-

f Les rabbins du moyen âge eurent une ambition très belle et très noble, c'était de ne laisser subsister d'incertitude sur aucun des points de la partie halachique du Talmud. Us se mirent courageusement à l'œuvre ; la patience si vantée des bénédictins peut se comparer à celle que

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