‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 4)Chapitre 32 sur 94 · Archives, L c. p · texte numérisé non relu

Archives, L c. p

(Jurent déployer quelques-uns de nos rabbins, qui seuls et isoles, ont essayé de codifier le corps entier du Talmud.

d Pour ne citer que les principaux et les plus connus, nous avons d'abord Al-Fazi, qui le premier a fait un résumé du Talmud et a eu le courage d'élaguer du texte tout ce qui ne se lie pas étroitement à la discussion. Puis vient Maïmonides, qui, avec son Yad ho^-hazaka^ nous donne un véritable code embrassant toutes les matières, la morale, le culte et la jurisprudence : esprit élevé dont il est inutile de faire l'éloge, mais qui, en raison même de son élévation, s'occupe peu des contradictions où il tombe, en traitant les détails infinis d'une législation très compliquée. Puis vient Ascheri, dialecticien très puissant, qui sait habilement fondre dans Targumenlation talmudique les interprétations de Raschi et les observations des tossaphistes. Son fils lui succède et fait un nouvel essai de codification, dans lequel les opinions d'Ascheri occupent naturellement une grande place. Enfin Jos. Garo, après avoir analysé et résumé les opinions émises par tous ses prédécesseurs, nous donne le Schoulhan-Aroukh^ adopté par l'universalité des Israélites comme code de religion d.

Pendant ces périodes successives de codification, d'autres œuvres sont rédigées ; elles retracent sous forme de questions et réponses les études auxquelles se sont livrés les successeurs du Talmud pendant un long espace de temps. On traite les matières les plus compliquées et les plus bizarres, et Ton résout des problèmes servant à répondre à des hypothèses qui ne se présenteront peut-être jamais ^. Les auteurs s'inquiètent à peine de Tadmissibilité de leurs suppositions, et ils s'évertuent à discuter très profondément les détails les plus minutieux d'une cérémonie quelconque. Ils échangent, par exemple, leurs idées sur la possibihté d'admettre, à titre régulier, un sacrifice accompli dans une circonstance donnée et contrairement aux règles prescrites, et ils agitent la question de savoir si ce sacrifice peut être considéré comme valable, quoique depuis la ruine de Jérusalem cette étude n'offre plus qu'un intérêt théori(nie. Autre exemple : si Ton transgresse involontairement

1. Voir jiotre Introduction au Maassô Nissim (édition liébr. arabe de la Casuistique d'Abr. Muùnonides), p. 11.

telle ou telle défense biblique, que faire? Est-on passible de la verge ou des coups de lanière, ou de l'acccomplissement d'un sacrifice de péché, ou de l'amende, ou de la mise en anathème, etc.? Nous nous contenterions d'imposer à ce pécheur peu coupable Tobligalion de manifester le regret, le repentir, la contrition sincère. C'est là une solution pratique. Mais nos docteurs du moyen-âge ne s'en contentent pas, et se plaçant au point de vue scolastique, ils déploient dans la discussion de ces sujets un concours d'érudition et de perspicacité (pilpoul) dont on ne se fait pas une idée si on ne l'a pas examinée de près, et qui dérouterait un savant de premier ordre, s'il n'avait été habitué à ce genre de travaux dès son enfance, comme le sont la plupart des talmudistes polonais. De bonne heure on les accoutume à ces études spéciales, qui enrichissent la mémoire sans la surcharger ; mais elles agrandissent le cercle de l'imagination jusqu'à autoriser Tadmission des cas les plus méticuleux, et fortifient largement l'intelligence sagace, au risque de la rendre aiguë. En revanche, l'esprit, une fois appliqué et attaché à ces études, s'y plaît et s'y délecte avec une joie ineffable, au point que l'homme oublie la vie matérielle avec ses heures de désespoir ; que l'adversité vienne, elle ne l'inquiète guère ! Un asile est ouvert devant lui et l'accapare à un tel point, que le malheur semble ne pas pouvoir pénétrer jusquelà. On s'élance dans une controverse qui, pour nous autres gens aussi indifférents qu'ignorants, peut paraître puérile, mais qui, pour ces hommes initiés aux moindres secrets de la déduction et de Tintuition, représente la vie dans ce qu'elle a de plus noble : la supériorité de l'intelligence.

Aussi bien, n'est-ce pas à celle insouciance des choses terrestres qu'Israël doit son existence miraculeuse? N'est-ce pas grâce à elle qu'il a pu subsister pendant les siècles de la persécution, et maintenir sa croyance intacte au milieu des barbares ?

Mais si les uns ont résumé la partie législative que leurs successeurs ont discutée et développée, d'autres se sont appliqués à faire connaître la partie, légendaire et exégétique, qu'ils ont explicpiée par des commentaires étendus et à l'aide des procédés d'hcrniéneuliquo. Sous le sens littéral et emblématique des légendes talniudiques, se trouvent cachées

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des doctrines myslorieuscs, et l'on peut dire qu'il n'est aucun procédé k abbalistique dont le Talmud ne fasse pas usage ou au moins mention R. Éléazar fixa trente-deux règles aggadiques, que l'on peut réduire à treize, savoir :

1° Le Notarikon, ou procédé de décomposition à Taide duquel on forme des mots par chaque lettre d'un mot ^ Par la même règle on divise un mot en deux.

2° Transposition des lettres pour former d'autres mots.

S" Addition de la valeur numérique des lettres d'un ou de plusieurs mots (appellation empruntée au mot grec yswjji.eTpia'^), pour y substituer un ou plusieurs autres mots, dont la valeur numérique est la même.

4° La forme des lettres. Par exemple, le Pentateuque commence par % lettre formée de 3 traits, ce qui équivaut à 3 \ Or le caractère i, écrit en toutes lettres ""n, vaut 13, valeur du mot Tnx, im ; donc, 3 X 13 = 39, valeur des mots inx mn'» Jehova un,

b"" Combinaison entre le commencement, le milieu et la fin des mots. Par ce procédé, on combine ensemble ou les initiales de plusieurs mots, ou les médiales, ou les finales, pour en former des mots nouveaux ; ce procédé ressort naturellement du premier; il recompose les mots comme le premier^ les décompose.

6*" Substitution d'une lettre à une autre, au moyen d'alphabets composés par Torde inverse ou transposés : pl^n ou ^:i nx. Il en résultait que les lettres perdaient par Iransmulation leur valeur propre pour en adopter une étrangère, de même que les mots perdaient leur signification primitive pour en prendre une autre qui n'était connue qu'aux adeptes. Déjà l'interprèle chaldéen de la Bible, Jonathan, fils d'Uziel, a fait usage de ce procédé '.

7" Présence de la voyelle pleine ou son absence. Un mot comme celui de Dieu, Eloah, s'écrit tantôt avec la voyelle mère {maire lectionis), tan-

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