Revue des Deux-Mondes, 1" novembre 1867, p
3. En dehors de la Mischnâ, part minime et bien facile, on n'a traduit en latin que quelques traités fort courts de jurisprudence, et le docteur Pinner a fait une traduction allemande (qui laisse beaucoup à désirer) du premier volume de la série du Talmud Babli, qui est la seconde par ordre chronologique; malgré le patronage de l'empereur Nicolas I", il n'est pas allé plus loin et il n'a pu commencer par le Talmud de Jerusalem, faute d'un bon concours littéraire dont nous parlons plus loin. Rabe a aussi traduit le tr. Berakhôlh du T. Jérus.
4. Analysée par M. Isid. Lœb, dans la Revue des éludes juives, t. X, p. 262.
traduire le Talmud. Après avoir signalé les dilfjcuUés communes à toutes les traductions, il insiste sur la difficulté spéciale au Talmud, par deux exemples tirés l'un de la Haggada, l'autre de la Halakha, qui témoignent manifestement des nombreuses intercalations successives faites dans le texte à titre de commentaires, ou d'explications, ou d'addition, ou de variante. Cependant, il n'y a pas là, croyons-nous, de raison sufsante pour détourner un traducteur de son projet. 11 n'est certes pas douteux, même en défalquant toutes les siiperfétations jointes au texte, qu'un commentaire explicatif restera toujours indispensable, disposé d'une façon quelconque pour completer la traduction. Sous cette réserve toute prévue, une version devient possible.
Dès 1882, le célèbre traducteur de la Bible, feu M. S. Cahen, annonçait un tel projet dans sa préface au Lévilique (t. III); il se proposait a de donner en entier le texte de la Mischnâ, écrit dans un idiome aussi beau, aussi simple, mais plus flexible et plus riche que la langue béLraïquc. Quant au Talmud proprement dit, ou la Guemarâ, il avait rintention d'en publier seulement par extraits ce qu'elle offre de plus intéressant, et, en substance, ces épineuses discussions, débattues dans un style serré, obscur, difficultueux, sous des formes verbales qui échappent à toute loi de la syntaxe, de l'orthographe, etc., enfin avec cette anarchie grammaticale qui est un cachet si particulier à l'idiome né dans la religion babylonienne, et parlé par les Asché et les Rebina, ces derniers anneaux delà chaîne traditionnelle talmudique i>. On verra jusqu'à quel point nous avons adopté cette méthode, et en quoi la nôtre diffère de celle-ci. Ce qu'il importe seulement de constater de suite, c'est que l'idée a été émise et qu'elle a failli réussir. Cela ne nous étonne pas. A litre de Français, nous devons au Talmud, plus que tous les autres peuples, des témoignages de respect et de sympathie. D'abord c'est à Paris qu'il fut, pour la première fois, jelé dans les flammes par ordre du pape Innocent IV, en 1244. C'est un titre de noblesse irrécusable. Puis, la plupart des tossatistes ou glossateurs sont de l'Ile-de- France, et l'on possède encore un monument qui atteste la vivacité des études talmudiques dans ce pays au xiv^ siècle. C'est de Paris qu'est daté le plus beau manuscrit du Talmud, le seul complet, qui se trouve muin-
tenant conservé à Munich ^ Il a été écrit Tan 5103 du monde (1343), pour un parent de Simon de Sens. Ne sonl-ce pas là des droits légitimes et incontestables à notre attention spéciale ?
L'annonce (aite en 1826 par la Revue encyclopédique d'une version complète est applaudie, en un arlicle signé : U (T. XXX, p. 565) ; mais en 1828, le comte Beugnot, Fauteur d'une Histoire des Juifs en France, etc. expose les motifs, — selon lui péremptoires, mais pas pour tous, — pour lesquels le Talmud ne pouvait, ni devait être traduit (t. XXXVIII, p. 20-31).
Un peu plus lard, en 1841, ce même projet, sur lequel on avait mûrement réfléchi, est sur le point d'entrer de nouveau dans une voie pratique, celle de l'exécution immédiate. Un comité de rédaction, composé de six membres, avait été formé, et leurs noms font autorité en notre faveur, puisqu'ils ont admis la possibilité d'exécuter un tel projet. Ce furent : MM. S. Cahen, directeur des Archives israélites, Albert Cohn, J. Derenbourg, S. Munk, Ph. Sander et 0. Terquem.De ces six membres, un seul survivant, a seul aussi manifesté sa compétence en Httérature talmudique par d'autres œuvres analogues.
En outre, il y avait eu un fondateur ou patron de l'œuvre, M. Singer, qui fit imprimer à ses frais un prospectus; par cette publication il s'engageait pour une assez forte somme. Ce prospectus montrait le plan de l'œuvre, les conditions de publication, le format (in-4°) et le mode de distribution du travail de traduction. Le spécimen qui y était joint en donnait une idée très exacte et en même temps très satisfaisante. Il survint malheureusement un désaccord entre l'homme de finance et l'homme de lettres, entre celui qui devait avancer les fonds nécessaires à l'impression du travail et ceux qui étaient chargés de le rédiger. Faute d'entente, le projet resta à l'état de projet, et il n'y fut plus donné suite pour une cause pécuniaire. Il appartenait à nos jours d'écarter un tel obstacle, qui n'a plus lieu d'être, dès que les autres difficultés peuvent être surmontées. Dès lors, il est juste de voir une à une quelles objections sont faites à notre tentative et de les examiner de près, afin de les réduire à leur valeur.